Gard encore

Mon ami Marcel Loeffler, accordéoniste de renom, m’avait parlé de son ami Simon et suggéré d’aller le rencontrer si je passais dans le coin. Alors je décide de faire le détour et suivre son conseil. Le crochet m’oblige à franchir le Montluziers, pas très haut mais jonché de pierres et d’obstacles compliqués, techniques même. Autant hier Honoré m’a refusé des passerelles et ponts de niveau débutant, autant là je suis époustouflé pas son habileté à franchir ces parties techniques que j’ai du mal a passer, tant dans la montée que dans la descente. Aujourd’hui peu de déchets, le terrain est trop difficile.
En arrivant au village, il y a un loueur d’ânes de randonnée qui interpelle notre petit convoi. Jean-Pierre de Natur’âne, me propose d’héberger Honoré pour la nuit, il sera avec six potes et un cheval. Autant dire qu’il ne s’est pas fait prier. De mon côté je suis content pour lui, il a bien mérité cette surprise, et je pourrais dormir dans un lit. Comme Marcel me l’avait promis, je suis super bien accueilli chez Simon qui prend soin de moi avec un délicieux dîner. Le musicien me fait découvrir son univers de percussions et les artistes (certains célèbres) qu’il a accompagné. La soirée passe trop vite, il est déjà temps de repartir.
Honoré semble avoir passé une agréable nuit aussi, il prend son petit déjeuner avec ses potes et ne me calcul même pas. Pourtant il est temps de se remettre en marche. Il fait frais au fond de la vallée, on doit commencer par 5km de bitume, la route est étroite par endroits et ça roule vite, on serre les fesses, ça passe.
Plusieurs habitants du coin me mettent en garde à propos de la météo du week-end prochain, un épisode cévenol est annoncé, ça veut dire fortes pluies et possibles inondations. Je commence à chercher un point de repli pour être en sécurité. En attendant on marche mais aujourd’hui est une journée sans. Honoré qui était exemplaire hier, tire, double à gauche, broute, refuse de prendre un chemin… La journée a été insupportable, longue, chaude, stressante. Heureusement nous sommes accueillis dans un centre équestre où nous arrivons tôt. Édith me propose la douche et ce soir il y a une soirée crêpes au village, Édith et son mari Alexandre m’invitent.
Ce matin, Honoré doit rencontrer des amis chevaux pour les désensibiliser à la peur de l’âne. Et comme c’est mercredi, il y a les cours d’équitation et Magali la monitrice, propose que je présente mon projet pendant qu’Honoré se fait papouiller par les enfants. Mais je suis bavard et les questions fusent, il est tard pour partir. Édith propose qu’on reste la journée, voire le week-end à cause de la météo annoncée. Après réflexions, j’accepte la proposition, Honoré est en sécurité, l’accueil est chaleureux, parfait. Au passage merci à tous ceux qui ont partagé ma demande de bivouac abrité dans le Gard.
Tant que je suis là, je profite de la voiture pour faire quelques courses afin d’être prêt pour le départ et donne quelques petites coups de main sur le centre équestre.
Les pluies cévenols ont été moins violentes que prévues et c’est tant mieux. Enfin là où j’étais en tout cas. Nous allons pouvoir repartir demain.
Entre temps, notre intervention à la radio a été diffusée, je n’ai pas trouvé le podcast de radio bleue mais merci radio 16 pour le lien vers le podcast : https://www.radio16.net/tour-de-france-avec-un-ane-pour-ramasser-les-dechets/

Gard

Boris, des ânes de Philémon, a été guide et je profite de son expérience pour découvrir la région. La semaine de repos est bénéfique, le mollet va mieux, même si je ne me sens pas encore capable d’aller faire un jogging, la tendinite me laisse enfin dormir et Honoré semble profiter de ses camarades.
France Bleue Gard est venu nous interviewer au camping et au pré, cette après-midi nous avons rendez-vous au studio de radio 16, une radio locale qui fait pas mal d’audience et je dois rencontrer Stéphane Blaise, ânier qui a fait le tour de France avec son âne Marius et animateur sur la webradio Allô la planète.
Je suis super content d’enfin rencontrer Stéphane et sa compagne Florence elle aussi animatrice à Allô la planète. J’ai l’impression de les connaître depuis longtemps à force de les écouter à la radio ou de les suivre sur les réseaux sociaux et YouTube pour les aventures de Marius. La soirée est riche en échanges d’anecdotes avec les ânes. Stéphane et Florence me rassurent sur la suite de mon aventure car je commence à en apercevoir la fin, bien que ce soit encore abstrait. Merci à Ind et Boris de m’avoir permis de les recevoir chez eux, on a passé une superbe soirée.
Aujourd’hui c’est le départ, la semaine de pause est terminée, mais nous ne partons pas seuls. Gilbert et Boris viennent faire un bout de chemin avec nous accompagnés bien sûr des copains d’Honoré, Bijou et Cadeau. Il faut monter pour sortir de la jolie vallée et nous arrivons au col de Porte, au pied d’un château médiéval où nous déjeunons ensemble. Tout le monde était venu nous dire au revoir à la sortie du camping, mais Honoré n’a pas été insensible au départ de ses congénères au pied du château. À peine avaient-il disparus de l’horizon qu’il les appelait vigoureusement. C’est à ce moment-là que l’émotion de la séparation s’est fait sentir après cette semaine reposante et agréable en bonne compagnie. Mais il faut avancer et nous allons suivre quelques temps la voie Régordane, qui est également un lien entre la voie du Puy-en-Velay et la voie d’Arles que nous apprêtons à rejoindre.
Honoré test un peu comme à chaque redémarrage d’après pause, c’est le jeu, mais là en plus il se retourne et appelle les copains. La journée est volontairement courte de façon à reprendre en douceur les bonnes habitudes. Ce soir on bivouac au Pradel, près de la mairie.
La journée s’annonce belle et ensoleillée, les dénivelés sont beaucoup moins raides aujourd’hui. Les kilomètres défilent le long de paysages toujours aussi chouettes, les rencontres toujours aussi agréables avec les habitants du coin. C’est après la pause pique-nique que ça a commencé à se compliquer. Déjà le fléchage n’est pas très clair, pourtant nous sommes bien sur le GR 700 qui fait partie des voies historiques, notamment pour les pèlerinages. Je m’attendais donc à un meilleur repérage, mais bon la carte est claire, le tracé GPS ne laisse aucun doute, on avance sur un chemin en très mauvais état à cause des pluies mais aussi des motards qui ont contribué à son érosion. Mais c’est en arrivant en bas que ça a vraiment posé problème. Les derniers mètres de la descente sont en fait une piste de moto cross, qui donne accès à une route goudronnée fermée par une barrière incontournable. J’appelle la gendarmerie pour trouver une solution. Impossible de contacter les propriétaires du motocross ou du karting plus bas où pourtant il y avait du monde. Les courses bruyantes effraient Honoré qui est difficile à rassurer. Il faut dire que je ne fais pas le malin non plus car physiquement nous sommes tous les deux trop fatigués pour remonter, d’autant que la piste est en mauvais état, et qu’en plus je n’ai presque plus de réserve d’eau. Le temps perdu à chercher une solution retarde d’autant la recherche du bivouac du soir.
Finalement les gendarmes arrivent sur place et nous sauvent la vie ! Ne pouvant passer par la barrière, l’un d’entre eux fait le tour et découvre que la clôture en contrebas est facilement démontable. Encore faut-il trouver un passage pour y accéder, un autre gendarme découvre un passage abrupte, mais que nous devons tenter et qui finalement s’avère être validé par Honoré. Merci infiniment aux gendarmes du PSIG d’Alès d’être intervenus et de nous avoir aidé.
Coup de gueule toutefois auprès des propriétaires du terrain et de la fédération Française de randonnée ! C’est pas la première fois qu’un GR traverse une voie privée, mais les propriétaires acceptent le passage. Et quand on accepte, on ne barricade pas avec ce genre de barrière ! Sinon on refuse et on contourne. Là, les conséquences auraient pu être dramatiques pour moi comme pour Honoré, s’il avait fallu faire demi-tour sans eau en pleine chaleur.
Après avoir quitté les militaires, il fallait rattraper la route et la piste cyclable pour traverser Alès. Ce n’est pas la partie la plus jolie de la journée, mais de toutes façons, je suis trop fatigué pour profiter du paysage. Je repère une passerelle sur laquelle je pense qu’Honoré pourrait passer, mais il refuse. Le pont plus loin est en travaux et donc fermé à la circulation, il refuse aussi. C’est dommage car en face il y a un centre équestre ou j’espérais pouvoir me présenter pour bivouaquer. Impossible de les joindre au téléphone, ils sont fermés. Au troisième pont, Honoré fini par accepter de passer en suivant un petit train touristique. Mais nous sommes trop loin pour faire le détour vers le centre équestre et trop fatigués pour risquer de devoir rebrousser chemin. Tant pis, je continue sur le trajet que j’avais dessiné en me disant que ces refus d’Honoré sont un signe d’un bivouac bien plus agréable, et il avait raison.
Tout à coup j’entends des voix sortir d’une propriété, c’est Clara une charmante octogénaire qui raccompagne des amis venus lui rendre visite. Spontanément elle m’offre à boire et me demande de quoi j’ai besoin, je crois que j’ai failli pleurer quand elle m’a dit que j’avais trouvé mon bivouac, tellement j’étais à bout de force. Et en plus, elle me propose la douche et improvise un dîner sur le pouce. Ce matin j’ai même droit à des gaufres maison et elle m’en fait même pour la route. Comme quoi il faut toujours écouter le chemin, et l’âne a toujours raison 😉

Cévennes

Cette nuit au camping de « Le Bleymard » a été mouvementée avec l’orage. On a tout eu, vent, grêle, éclairs, tonnerre et la foudre est tombée pas très loin. Le Lot, qui coule tout près, a légèrement gonflé mais ne nous a pas inondé. Toutefois les sols encore secs de l’été caniculaire ont eu du mal à absorber toute l’eau qui commençait à s’infiltrer dans la tente par le bas. Par chance, l’orage a pris fin juste au point critique, j’avais mis tout ce qui craignait dans le sac à dos et m’apprêtais à sortir de la tente pour me réfugier plus haut et vérifier qu’Honoré allait bien (il avait la possibilité de se mettre en hauteur). Je sors quand-même de la tente, vais voir Honoré qui s’est mis à l’abri et pars à la rencontre de mes voisins de camping. Le courant a disjoncté et ils attendent le cantonnier. Tout le monde a eu peur, une fois que tous sont rassurés, chacun retourne se coucher.
Je prends mon temps pour partir, tout est trempé, mais au creux de la vallée, le soleil ne chauffera pas avant 10 heures. Alors j’attaque la journée qui s’annonce difficile avec 12 kilomètres de montée. Pique-nique en haut, juste après le Mont Lozère et la station de ski. C’est au moment de la descente que tout s’est compliqué. Ça descend abrupte, il faut parfois sauter des rochers mais Honoré s’en amuse. Quand tout à coup il faut passer un ruisseau. On a passé une dizaine de gués ce matin, mais là il faut juste enjamber un ruisseau de 50 cm de large, il ne veut pas. Avec l’orage, le ruisseau fait du bruit qu’Honoré refuse d’affronter, violemment. À tel point qu’il me fait tomber. Je me sais mal au genou, recommence, insiste, mais rien, il tire au renard et m’envoie au bord du ravin. Là j’ai peur, j’ai mal, je suis fatigué. Je craque ! Je suis au milieu de nulle part, impossible de remonter à cause des rochers infranchissables en montée, impossible de descendre à cause de ce clapotis sous les pierres. C’est tellement abrupte que je ne peux pas dormir ici… Je suis en pleurs, épuisé, déprimé, j’ai mal au dos, au genou, au mollet. La pause est dans trois jours, il faut que j’y arrive ! Au bout d’une heure et quelques chutes, je décide de remonter en espérant trouver un passage, quand tout à coup, je vois un petit panneau en bois écrit a la main « le cros ». Je regarde sur la carte, aucun chemin n’est représenté depuis ma position, mais c’est mon seul espoir. C’est à travers bois, pentu mais ça passe, le passage fléché à la peinture verte, conduit à une prairie puis à une ferme. Là, je rattrape un chemin qui me mène au GR7 que j’avais quitté plus haut. Ouf, mais que de temps perdu, impossible d’aller où je pensais bivouaquer ce soir, trop loin, trop isolé si je dois trouver un plan B. Heureusement, il y a un hameau nommé Hôpital, ancienne commanderie des Templiers, où je trouve une habitante qui me propose son terrain. Je suis soulagé et même si ça me repousse la prochaine pause, tant pis, on s’adapte, je suis trop fatigué pour aller plus loin.
La fatigue probablement, me fait manquer de lucidité puisque j’oublie de demander le prénom de cette accueillante cévenole. D’autant que ce matin avant le départ elle m’offre le café et des tartines. Nous avons beaucoup échangé notamment sur l’environnement mais pas nos prénoms. C’est dans les nuages et sous la pluie que nous partons de ce lieu splendide.
La journée de marche est difficile, pas tant par les dénivelés mais par la nature du terrain, tantôt parsemé de gros blocs de granit, tantôt sablonneux mais pentus, donc avec de profondes ornières causées par les épisodes cévenols, c’est-à-dire de fortes précipitations qui peuvent parfois emmener des blocs complets de terrain y compris avec les arbres. C’est donc un exercice fatiguant par la concentration nécessaire afin d’éviter la chute, protéger mollet et genou déjà bien abîmés par les kilomètres, mais aussi prendre soin d’Honoré qui, jeune fougueux, a envie de s’amuser. Heureusement il est plutôt agile mais il n’empêche que je dois rester vigilant sur ce terrain particulièrement technique. On rencontre des bergers qui surveillent les brebis, ici le loup a fait des ravages, il faut être vigilant.
La descente vers Vialas est à la fois technique et vertigineuse mais la vue est magnifique et impressionnante. Et depuis longtemps j’aperçois au loin un horizon tout plat. Serait-ce la Méditerranée que nous apercevons déjà ? Ce soir c’est bivouac à la sauvage mais demain si tout va bien, nous arrivons en pause. Nos organismes en ont grandement besoin. Aujourd’hui j’ai très peu ramassé le déchets, mais il faut préciser que 80 % du chemin parcouru était composé d’estives dans le parc naturel des Cévennes. On a croisé des vaches et des moutons, la dernière estive était normalement réservée aux chevaux mais nous n’en avons pas vu. Mais j’ai été surpris du calme avec lequel Honoré est venu saluer les vaches Aubrac et les brebis. Un vrai âne de paysan.
Depuis déjà quelques jours l’accent des locaux ne fait aucun doute, nous sommes bien dans le sud. Mais aujourd’hui c’est encore plus flagrant, la végétation, les pins, parfois même les oliviers et bien sûr l’architecture, attestent visuellement de l’évolution de notre trajet. Malheureusement, on aperçoit aussi les ravages causés par les incendies. Mais sur les hauteurs, pour la première fois je découvre le Mont Ventoux.
J’arrive au camping du vieux moulin à Peyremale où je suis accueilli par Jonathan le gérant. Son camping m’accueille pour me remercier de mon action sur l’environnement, j’en suis très touché. Boris, des ânes de Philemon, et son ami Gilbert m’accueillent à leur tour pour nous escorter vers le pré où se trouvent Bijou et Cadeau, les ânes avec lesquels il fait de la rando avec ses clients. Les trois équidés s’entendent tout de suite très bien, ça fait plaisir de les voir gambader ainsi.
Boris a contacté son réseau et aujourd’hui nous partons du camping avec d’autres ânes et des bénévoles pour aller ramasser des déchets dans les environs. C’était une super journée avec de nombreux échanges avec les participants et ça fait super plaisir de voir à quel point les gens se sentent impliqués par la protection de l’environnement. Je suis toutefois un peu déçu que la presse locale ait boudée cette action spontanée. Nous avons refait une après-midi ramassage sur les bords du Luech, le ruisseau qui longe le camping qui m’accueil.
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Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre et commenter, partager mes publications, je vous en remercie. Ça me touche énormément et m’apporte la motivation qui me manque parfois dans les coups durs.
Beaucoup d’entre vous me suggèrent de publier un livre de notre aventure. Bien sûr c’est en cours et j’espère qu’il sera à la hauteur de vos attentes. Les publications Facebook sont un résumé de ce que je prévois pour le livre. Car je ne publie pas tout ici, il y a des choses personnelles qui peuvent avoir un intérêt dans le livre mais aucun sur les réseaux sociaux. Et surtout, qui ne sont pas soumis aux commentaires, parce que trop personnel ou sujet difficile à modérer efficacement. Pour la sortie du livre, j’organiserai des conférences dans lesquelles j’espère rencontrer ceux qui nous suivent via les groupes et que nous n’avons pas encore croisés.
La somme qui restera sur la cagnotte leetchi.com/c/tdfane servira à financer la publication du livre. Merci à tous pour votre aide précieuse.

Encore des Monts

La pause chez Fanny à la chèvrerie fait beaucoup de bien aux organismes, tant à Honoré qu’à moi. Les alternances d’orages et de soleil permettent aux champignons de pousser généreusement, de beaux bolets feront nos repas de la journée. Avec les œufs des poules de Fanny et ses délicieux fromages, c’est le bonheur. D’ailleurs c’est une aubaine car pour se ravitailler par ici, c’est difficile. Il y a peu de commerces et mes valises sont presque vides.
Même si la pause a été brève, ce matin je pars avec le moral dans les chaussettes. Je ne sais pas pourquoi mais c’est pas la grande forme. En plus Honoré est un peu chiant ce matin. Mais rapidement il comprend que quelque chose ne va pas et s’assagit.
Je pars assez tard en espérant croiser Fanny, mais finalement c’est son chien que je croise, qui se promène sur le GR. Il accompagne une famille qui marche en direction de la ferme, je préviens Fanny qui le récupérera un peu plus tard. Il y a beaucoup de sources par ici, ce matin on passe celle de la rivière Ardèche. Il y a peu de commerces, mais aussi peu d’habitations et de villages. Difficile de s’approvisionner même en eau. Heureusement à la croisée du GR 7 et du GR 4, il y a un restaurant. J’espère pourvoir y faire le plein des gourdes, et pourquoi pas y bivouaquer. Mais le resto est complet, le coup de bourre vient de passer et la serveuse exténuée me repousse d’un « c’est pas le moment » ! Le prochain ravitaillement en eau est à 12 km. Et en plus il y a du dénivelé aujourd’hui ! Plus loin je rencontre un couple fort sympathique qui me pose les questions habituelles sur notre tour de France. Il m’offre sa bouteille d’eau et me propose de participer à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane. Je suis très touché, d’autant que cette journée est vraiment compliquée. Et en plus je dois faire plus de kilomètres que je ne l’aurais souhaité. Heureusement, le couple qui est de la région m’indique une abbaye où, sans aucun doute, je pourrais bivouaquer.
Il se trouve que la fameuse abbaye n’est autre que Notre-Dame-des-Neiges dans laquelle avait séjourné Robert-Louis Stevenson. Cette rencontre est providentielle. Honoré a été remarquable aujourd’hui, il m’a beaucoup aidé malgré un début de journée compliqué. On a passé des endroits très difficiles d’accès, sauté des barrières, grimpé des rochers et descendu des chemins de galets abruptes. Au final, on a parcouru 28 km avec 800 m de dénivelés positifs avec de forts pourcentages et 900 m en négatif. Autant dire que ce soir je monte le campement, un coup de gant pour la toilette, une soupe et au lit. La journée de repos chez Fanny est réduite à néant avec ces efforts.
La nuit fut agitée par la douleur au genou, c’est décidé je vais accepter la proposition des Ânes de Philémon (qui m’a envoyé un message via un groupe d’âniers) et faire une pause chez lui. Mais d’abord ravitaillement. La supérette de La-Bastide-Puylaurent est bien dévalisée mais ça fera l’affaire, les sacoches sont vides et j’ai faim. Juste après on traverse l’Allier qui prend sa source un peu plus haut, nous passerons tout près après la pause déjeuner. Encore un volcan à grimper et c’est dans les nuages que je fais la pause déjeuner. Honoré ne mange pas, reste à l’affût, mais de quoi ? De temps en temps j’entends un bruit que je n’arrive pas à identifier… La pause fût rapide encore car des averses sont encore annoncées et j’ai trouvé un camping où je pourrais prendre une douche et laver mon linge. Il y a même un parc pour ânes, merci Stevenson. Après la pause on traverse un parc d’éoliennes récent mais quand même bruyant, c’était ça le bruit que j’entendais et qui inquiétait Honoré. Avec les nuages je ne les avais pas vu, mais une éclaircie les laisse apparaître, c’est impressionnant, étouffant. Puis la descente, les crottes d’ânes qu’Honoré s’empresse de lire (il y a des messages dedans, chut, c’est pour les ânes). Enfin, nous traversons la rivière Allier, ou plutôt le ruisseau, puis plus loin on la passe carrément à gué. Enfin on arrive au camping, un peu de confort fait du bien. Honoré a un immense parc avec de la bonne herbe bien verte, mais il ne me voit pas, il s’inquiète, m’appelle.
Comme on est sur un chemin de randonnée réputé, il y a beaucoup de randonneurs qui font halte ici. C’est le cas de Léa, une jeune venue de région parisienne qui a fait Compostelle et qui a besoin de retourner aux sources du chemin pour méditer et se concentrer sur ses choix de vie. Comme je la comprend ! La conversation est riche, un bel échange.
Je profite du camping pour une nouvelle pause, reposer mollet et genou et esquiver les nouveaux orages annoncés. Sur la route j’avais cueilli des coulemelles, au camping il y a des mousserons. La nature m’offre encore trois repas, ça fait du bien. Je suis en pause de marche certes mais pas en pause concernant les déchets. Je profite d’avoir accès à l’électricité et recharger mon téléphone pour poursuivre mes démarches politiques et faire avancer le projet de loi. N’ayant pas de réponse de la part des députés, je décide d’aller à la pêche de nouveau via le site de l’Assemblée Nationale. Comme je ne suis plus particulièrement attaché à une circonscription, je décide de chercher par mot clé. Hé bien figurez-vous que dans la liste des mots clés suggérés par l’Assemblée Nationale, aucun ne fait référence à l’environnement, ni à la pollution, ni au dérèglement climatique, même pas à l’écologie d’une manière générale. Comme s’il n’y a aucun problème à ce sujet. Allô, y’a quelqu’un ? On attend quoi pour s’inquiéter ? Non je dis ça, c’est pas comme s’il y avait des millions de morts à cause des déchets plastiques quand même !
Bref, les orages sont passés, à côté de nous heureusement, on reprend la route à la recherche de pain. Mais il n’y a pas de boulangerie. Quand par chance je trouve une épicerie, les prix sont multipliés par deux et on n’accepte pas la carte en dessous de 15 €. Sachant qu’il y a un distributeur tous les 80 km je trouve que la notion de commerce par ici est un peu poussée à la consommation. En même temps, ils ont passé l’été à avoir des bobos parisiens qui sont venus se prendre pour Antoinette dans les Cévennes, je comprends qu’ils soient fatigués  Mais moi j’y suis pour rien.
Enfin j’arrive à Le Bleymard où on me propose de bivouaquer au camping, de forts orages sont annoncés : « ne vous mettez pas trop près du ruisseau » m’annonce la secrétaire de mairie. Bon c’est pas rassurant mais les locaux semblent plus optimistes. Le camping est au bord de la source du Lot, département que j’espère traverser dans quelques semaines.

Parc des Monts d’Ardèche

Je pars de bonne heure ce matin car des orages et de la grêle sont annoncés pour aujourd’hui. Et j’ai 15 km à faire pour atteindre le prochain village où je peux potentiellement m’installer. Le chemin nous promène entre l’Ardèche et la Haute-Loire, les paysages sont toujours agréables, le Mont Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc dominent maintenant notre horizon. Un premier orage éclate au loin, il nous reste encore une heure de marche avant d’arriver mais l’orage à la bonne idée de nous contourner. J’arrive au stade de foot que la secrétaire de mairie de la commune de Les Vastres m’avait proposé. Il y a un petit abri sous lequel je pourrais monter la tente en cas de grêle mais je descends quand même au village vérifier qu’il n’y ait pas un autre lieu mieux abrité pour Honoré. Finalement retour au stade on devra se contenter de ça mais c’est déjà pas mal.
Nous poursuivons notre progression dans les Monts d’Ardèche. Le paysage est vallonné, mais maintenant nous y sommes habitués. Nous avons été doublé par deux Québécois à vélo, qui m’ont bien fait rire en me demandant si j’avais le droit de faire le tour de France à pieds avec un âne. Je ne comprenais pas bien le sens de la remarque quand ils m’ont expliqué que la France est un pays étrange. Pour les Québécois, en France, pays des droits de l’homme, il faut toujours demander une autorisation pour tout. Si la remarque n’est pas drôle, notamment quant à l’image qu’elle donne de notre pays, l’accent avec lequel la remarque est soulignée est assez amusant, tabarnak. Nous suivons le GR7 et par ici, il longe pour partie ce qu’on appelle la ligne de séparation des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée. En fait c’est une ligne imaginaire mais parfois symbolisée par des œuvres d’art, qui marquent cet endroit d’où l’eau va s’écouler : sur le versant Est de cette ligne, l’eau va s’écouler vers la Méditerranée, sur le versant Ouest, l’eau va s’écouler vers l’Atlantique. C’est le cas de la Loire, elle s’écoule sur le versant Ouest. Il s’en est fallu de peu pour que le plus long fleuve de France, ne soit qu’une rivière qui se jette dans le Rhône, quelques mètres plus à l’Est…
La journée a été longue à cause des dénivelés et parce qu’il est difficile dans ces petits villages de trouver du ravitaillement et un endroit pour pique-niquer le midi. Par précaution, j’appelle la mairie des Estables, une petite station de ski familiale, pour trouver un bivouac. Dans ces zones escarpées, les fermes ne sont pas toutes habitées et les terrains des particuliers, souvent en pente, ne permettent pas de nous recevoir. On me propose alors une aire de pique-nique à l’extérieur du village. Ce soir je bivouac donc près d’un ruisseau qui s’appelle la Gazeille. Pour ceux qui connaissent Robert-Louis Stevenson et son fameux voyage dans les Cévennes avec un âne, ce nom doit leur rappeler quelque chose… Le-Monastier-sur-Gazeille est à une quinzaine de kilomètres d’ici. Ici le ruisseau fait moins d’un mètre de large mais le débit est suffisant pour y faire la lessive et la toilette.
Nous partons de bonne heure ce matin car je sais que le dénivelé va être encore important et entre le déchirure musculaire au mollet gauche et la tendinite au genou droit de plus en plus présent, je vais devoir y aller doucement. Sur les hauteurs la vue est vraiment époustouflante et j’imagine que par temps clair, on doit voir très loin. La journée a été marqué par le passage près du Mont Gerbier de Jonc, comme je me l’étais promis. Le chemin est toujours agréable et je décide de faire un crochet vers Sainte-Eulalie, un joli petit village au pied du Mont Gerbier de Jonc et au cœur duquel coule la Loire. J’appelle la mairie pour savoir si je peux bivouaquer mais le maire est catégorique, il y a un camping 4 étoiles et aucun terrain communal. Je passe pourtant devant le stade de foot et le tennis justement au bord de la Loire, mais ma démarche ne semble pas intéresser l’individu. Tant pi, finalement ça m’arrange, ça fera moins de kilomètres demain, de gros orages sont encore annoncés et je devrais vite me mettre à l’abri ainsi qu’Honoré. Finalement c’est à Sagne-et-Goudoulet, un charmant petit village de montagne, que je trouve le bivouac parfait. Parfait parce qu’en fait tout est organisé pour accueillir des ânes. En saison, le bâtiment tout proche est un gîte et le terrain est aménagé pour les ânes car il est sur un circuit d’un loueur d’ânes tout proche.
Petit détour par le cimetière pour faire le plein d’eau avant de prendre la route qui va être longue aujourd’hui. 23 km avec beaucoup de dénivelés et peu de pauses car le temps presse, de nombreux orages sont encore annoncés cet après-midi et de la grêle ce soir. Heureusement Sabine et Anthony, les boulangers bio de Bourbon-l’Archambault, sont passés par ici l’an dernier avec leur âne et m’ont conseillé une adresse, chez Fanny. Le premier orage passe à côté de nous, j’en profite pour faire la pause déjeuner, le second arrive juste au moment du départ mais comme la forêt tu es plutôt dense à cet endroit nous sommes peu mouillés. On prendra quand même quelques gouttes du troisième orage. La météo nous laisse le temps d’arriver et de monter le campement. Nous allons faire une pause ici, Honoré moi l’avons bien mérité ! Soudain le ciel devient noir et menaçant… ça y est la grêle arrive. Heureusement grâce à l’application de météo, j’ai pu voir d’où allait arriver l’orage et installer le campement à l’abri de grands sapins qui semblent suffisamment solides. Nous sommes à l’abri, assez pour ne pas subir de dégâts. Un camping-car garé dans la cour de la chèvrerie, a eu des impacts sur son panneau solaire.
Je remercie au passage toutes les personnes qui continuent de participer à la cagnotte http://www.leetchi.com/c/tdfane ça va permettre à Honoré de prochainement refaire une visite avec un ostéopathe et contrôler que tout va bien et renouveler le matériel usé 😉