GR38

Pour la première fois je suis accueilli chez un particulier sans connaître son prénom. Pourtant bien accueilli, il m’offre des tomates que je mange en vinaigrette avec du thon. Au passage, depuis que je suis en Bretagne je n’ai pas encore été invité à dîner. Après mon repas, une amie de mon hôte du soir qui se présente, c’est Valérie, passe carresser Honoré. Plus tard elle me propose de venir boire un verre avec eux et m’invite boire le café le lendemain, vu que le GR38 passe devant chez elle. Le lendemain donc, je prend mon chemin sans revoir mon hôte et j’arrive devant une passerelle. Je serre les fesses en espérant que mon grandes oreilles ne me trahissent pas. Non, il passe fièrement la passerelle. Je le félicite comme il se doit. C’est le jour de l’ouverture de la chasse, les coups de feu fusent de partout, les chiens courent… il y a du monde dans la campagne. Mais tout se passe bien. J’arrive devant chez la fameuse Valérie… personne. Je fais le tour de la maison qu’elle m’avait indiqué la veille sur la carte. J’avais pris soin d’enregistrer le point pour ne pas oublier. Tant pi, je continue, mais Honoré a laissé sa trace devant la porte. J’arrive alors à Trédion où il y a un Vival, parfait pour faire un appoint, c’est dimanche, demain tout sera fermé. Mais les prix sont exorbitant ; 3 € la brioche que je paie habituellement moins d’1 €. Bon, pas le choix… je vais à la boulangerie, choisi un gros pain aux céréales affiché 1,70 €, la boulangère me le vend 1,90 parce qu’elle l’a coupé. OK je me casse de là. Nous traversons une jolie forêt dont le chemin est en piteux état à cause des pluies, beaucoup de boue et d’ornières pleines d’eau qu’Honoré passe assez bien finalement. À la pause déjeuner, un couple revenant des champignons s’arrête discuter. Ils habitent un ancien moulin tout près de mon chemin. Ils m’invitent à bivouaquer, j’accepte car le mot magique a été prononcé ; douche. Merci Dominique et François pour l’invitation. Seulement si par la route il n’y a que 3 km, par le chemin il y en à prèsque 9. Et le dernier se fait sous la pluie. Une vraie pluie bretonne, pénétrante à souhait. J’installe le campement à la fin de l’averse, mais tout est trempé. Je peux me réchauffer grâce à la douche et Dominique propose de laver mon linge, ce qui m’arrange bien parce qu’avec ce temps, il sera difficile de le faire sécher. Je le tend sous ma tente mais l’humidité ambiante ne permet pas de sécher. Le terrain est en pente et le duvet de treck a tendance à glisser. Je passe donc une partie de ma nuit à faire la chenille pour remonter. Le lendemain matin Dominique et François me proposent le petit déjeuner. François m’accompagne un bout de chemin. Au passage, il était hydro-géologue, il a travaillé 30 ans à analyser les sols et notamment la pollution de l’eau, générée par les déchets, sauvages ou organisés. Forcément, il était particulièrement sensible à ma démarche et m’encourage à persévérer.
Le chemin reprend sous le soleil, mais la température ne remonte pas beaucoup et le vent est frais. Au bout de quelques kilomètres je m’aperçois que j’ai perdu ma pierre du randonneur offerte par Céline et Antoine de D’âmes Nature. Ça me rend un peut triste mais je me dis que je n’en ai plus besoin. Le chemin est ravissant, parfois escarpé et technique mais Honoré s’en sort super bien. Il a même passé un gué devant un Tipi et une cabane d’elfe, la passerelle étant réservée aux créatures de la forêt. La pause sur une butte, permet de finir de sécher le linge étendu sur le bât. Mais je sais que la tente est trempée, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je dois trouver un bivouac au plus tôt. D’autant qu’on m’a donné des œufs et que l’un d’entre eux s’est cassé dans la sacoche que je vais devoir laver aussitôt installé. Je trouve un spot parfait près d’une chapelle. Les riverains sont absents, j’attend. Et arrive Sandy, à qui je demande rapidement de l’eau. Patrice le compagnon de Sandy rentre du travail et vient offrir quelques pommes à Honoré et m’inviter à dîner. J’accepte avec plaisir l’invitation. Puis d’autres voisins viennent me rencontrer et m’inviter à l’apéro. Ha dommage, je ne vais quand même pas prendre l’apéro chez les uns et dîner chez les autres ! Sandy est libraire pour une grande enseigne et Patrice informaticien à Vannes. Ils viennent d’acheter cette charmante maison près de la chapelle et y trouvent le calme nécessaire à leur épanouissement. Merci pour cette agréable soirée.
Je repars par un chemin, puis la route, un peu trop aujourd’hui, mais bon les paysages sont chouettes. À la pause de midi, j’envoie mon dossier de presse la la presse locale (j’ai pris le journal ce matin). L’après-midi est charmante par ses paysages et l’architecture des maisons, mais il y un ruisseau à traverser. Je me dit qu’il n’y aura pas de problème vu les progrès qu’il a fait. Il y a deux petites passerelles en béton, mais ajourées. Il passe la première après une courte hésitation et s’arrête devant la seconde. C’est la même à peine deux mètres plus loin. Il bloque, renifle, me regarde et tire au renard, me mettant en déséquilibre. Puis il fait demi-tour en courant, me voilà dans la boue. Je suis en colère, il passe le premier et a peur du second, je ne comprend pas sa réaction. Je suis plein de boue, lui aussi car il a couru dans l’eau, ça m’énerve. À ce moment là, je l’aurais bien mis à vendre ce con. Il a passé tellement d’obstacles plus difficiles et plus effrayants. Du coup il est puni de pause broutage. Je suis vraiment vexé, énervé. Concernant les déchets, depuis quelques jours je suis sur la communauté de communes de Vannes Agglomération, ici il y a plus de bennes de collecte et de tri. C’est donc plus facile de se débarrasser des déchets. Sinon au niveau quantité, c’est toujours la même chose, 20 litres de déchets non recyclables et au moins autant de bouteilles, emballages de sandwichs, de bonbons, barres de céréales… et de canettes de bière. Voilà, ça change de sujet, ça me détend. Et et puis faut pas oublier qu’on est là pour ça quand même. Bref, je continue quand même ma marche quotidienne parce qu’il faut trouver un bivouac. Je repère sur la carte un village avec une chapelle et je me dit que ça pourrait le faire. Sauf que le village est trop en pente, impossible de s’installer. Je poursuis la descente et rencontre Maïté et Joël, des retraités qui rénovent une maison. On discute beaucoup autour d’une bonne bière fraîche, puis ils rentrent chez eux, me confiant le jardin. Il fait beau dès le lever de soleil ce qui me permet de plier la tente sèche, ce qui ne m’étais pas arrivé depuis plus d’une semaine. Les paysages sont toujours aussi beaux, Honoré passe une grande passerelle prèsque sans hésiter. Il a gagné sa carotte. Et à la suite un passage abrupte à grimper. Honoré s’arrête, me regarde l’air de dire « t’es sûr qu’il faut monter ce truc ?  » Ben oui pépère, il faut y aller. Dans la forêt de Lanvaux, il y a des petits poèmes et ses dessins sur des ardoises. C’est chouette de trouver ce genre de détail qui ponctue la randonnée. Sinon c’est une journée de forêt, prèsque que de la forêt, avec des côtes à monter, puis à descendre… et toujours pas de bivouac. J’appelle la mairie qui est évidemment fermée cette après-midi. J’avance et rencontre une randonneuse qui me dit qu’un bivouac est possible près du site d’accrobranche. Seulement juste avant il y a une passerelle, la même que dans les marais Charentais et qu’il a refusé de passer au bout de 3 heures de bagarre. Il pose deux pieds, je l’encourage, je me dis que c’est gagné, mais non il recule. Je tente avec la carotte… idem. Ha non ! Là je suis dans un cul-de-sac, c’est juste un gros fossé, il faut qu’il passe. J’insiste, mais non le refus est catégorique. Quelques mètres plus loin, il y à une autre passerelle, mais l’angle avec la lumière du soleil est différent. Je tente et là miracle en moins de 2 minutes, il passe. Ouf ! Festival de carottes, de bisous et de caresses ! Je vais enfin voir le gérant de l’accrobranche Utopia Ecoparc Aventure eco Utopia parc qui est ravi de ma démarche et m’invite à m’installer près de l’étang. L’endroit est magnifique, il y a plein d’animations, une guinguette… chouette lieu à découvrir et accueil sympa. La nuit est humide et fraîche, la rosée est arrivée tôt dans la soirée. Le brouillard ne se lèvera pas avant 9 heures mais je le retrouverai plus tard.

Morbihan

En quittant l’étang, je me demande si je dois prendre l’itinéraire le plus court ou celui de randonnée pour rejoindre Redon. Je choisi le bucolique et ne le regrette pas. Un petit peu de dénivelés pour se remettre en jambe, du bois, peu de route. Puis on rejoint le canal de Nantes à Brest. Malgré les nombreux ponts, dont quelques uns métalliques, Honoré traverse Redon sans encombrement et se permet même une pause à l’arrêt de bus du lycée, le temps que je prenne mon pain. Nous poursuivons le canal que nous quitterons en entrant dans le Morbihan et en rejoignant une autre rivière, l’Oust. Ça y est, nous sommes vraiment en Bretagne. D’ailleurs ici les noms des communes sont écrits en français et en breton, au cas où on se soit téléporté jusqu’ici. Les paysages changent et se valonnent davantage. Le canal et les rivières sont toujours incontournables par ici, on passe de l’un à l’autre alors qu’autour, les abords s’élèvent. Il y a même une via ferrata et des cours d’alpinisme, tandis qu’en bas on loue des canoës et des vélos. Il est temps de trouver un bivouac et comme les lieux sont peu habités, j’appelle la mairie. La secrétaire me donne les coordonnées d’un gîte d’étape… j’appelle et Myriam et Pierre-Marie qui me proposent un bout de terrain sur leur ferme des Ménéhy. C’est un poney club mais aussi gîte, camping, accueil pour scouts… et il y a aussi l’amoire à jeux. Tout le site est géré en totale harmonie avec la nature et le respect de l’environnement. Dommage que je n’ai pas pris le temps de bavarder avec eux, aussi très pris par leur travail en cette fin de saison. Mais il faut avancer et de nouveaux jolis paysages s’ouvrent devant nous. Enfin devant moi parce qu’Honoré regarde à droite, à gauche, derrière… puis s’arrête. J’avais lu sur le blog de Stéphane Blaise et son âne Marius https://heureuxquicommemarius.com, que Marius avait parfois une attitude bizarre en Bretagne. Stéphane attribuait ça avec humour, au fait que son âne devait entendre des Korrigans. Est-ce que c’est ça, je n’en sais rien mais toujours est-il qu’il est parfois étrange. Il en a bien entendu un Korrigan, c’est le nom de l’âne avec lequel Charlotte a parcouru plus de 1000 km entre Guérande et l’Ardèche. Toutefois, cet après-midi là alors que nous sommes sur la « butte des cinq moulins », c’est le silence qui se fait remarquer. Pas un bruit, même pas le vent, pas même le chant d’un oiseau. Nos pas résonnent sur les racines des pins qui bordent le chemin, comme un tambour sans orchestre. C’est impressionnant, inquiétant même. Puis nous redescendons et la civilisation nous rappelle à son bon souvenir en arrivant devant un élevage industriel de volailles je suppose. Une quantité impressionnante de stabulations, silos et autres bâtiments agricoles. Il est temps de s’arrêter mais pas ici. C’est un peu plus loin que je trouve sur la carte l’ancien couvent de Bodélio. J’espère qu’il y a quelqu’un parce que je suis épuisé, Honoré aussi et la prochaine habitation est loin. J’appelle, insiste, rien. Je rappelle, plus fort, insiste encore puis Agathe sort d’un mobile home. Elle me fait visiter les lieux qu’elle a acheté avec ses frères suite à un coup de cœur, pour le rénover et en faire un lieu éco responsable. Le seul endroit assez plat pour poser la tente est l’ancien cloître. Les bâtiments qui datent du XIIIème siècle je crois, sont en mauvais état et certains menacent de s’écrouler. Honoré recommence à écouter autour de lui, oreilles tendues. Puis reprend ses activités de broutage et de roulades. C’est vrai que l’ambiance du site est étrange, mais énergétique. La nuit fut juste animée par le chant des chouettes résonnant dans les ruines, ajoutant une part de mystère au site. Le lendemain matin, le réveil se fait sous une grosse nappe se brouillard épais. Associé au site, j’ai l’impression d’avoir été transporté en Écosse ou en Irlande. Ceci dit, l’ambiance n’est pas très rassurante mais le jour se lève vite et la lumière devient plus chaleureuse, bien qu’encore épaisse. Au fur et à mesure de notre progression, le temps se lève et les paysages de plus en plus beaux. Après un parc de dinosaures, s’amorce la descente vers Rochefort-en-Terre, classé un des plus beaux villages de France, à juste titre. La descente est technique faite de sentiers étroits, parfois bordés de murets en ardoises, parfois périlleux de par la nature du terrain, tantôt de pierres érodées par les pluies ayant creusées de véritables creuvaces, tantôt sablonneux et glissant, parfois très abruptes. Pourtant Honoré semblait à son aise, sûrement plus que moi qui avait du mal à tenir mon équilibre avec mon sac sur le dos. Joli village disais-je, mais pas de pain. Et je vais attendre un peu pour me mettre au régime local à base de kouign amann. Le reste du parcours est moins technique, bien qu’encore une descente abrupte nous attende. Les pieds se faisant lourds, il faut trouver un bivouac. D’autant que la pluie est annoncée et la tente est déjà bien humide du brouillard matinal. Plusieurs riverains m’envoient à la mairie. J’arrive à la mairie de Molac où rapidement Honoré devient l’attraction, la secrétaire appelle un adjoint qui me propose son terrain. Il m’y attend et m’offre un jus de pomme maison, et délicieux, des pommes de terre et des carottes de son jardin. Je me fais donc une poêlée de pommes de terres, mais je n’emporterai pas le reste, trop lourd et il faut trop de gaz pour les cuire. Il a plu une bonne partie de la nuit, la tente est trempée et il faut plier mouillé. Je passe devant la boulangerie et prends mon pain, la journée commence joliment. Encore du brouillard, on n’aperçoit que les mâts des éoliennes. C’est étrange. Le ciel est menaçant mais les averses rares et rapides, pas besoin de mettre l’imper. Encore de jolis chemin toute la journée, quelques erreurs de navigation dont une qui m’aurait bien fait tourner bourique. Même le GPS ne s’y retrouvait pas dans cette forêt dense. Même le Dolmen tout proche était tout retourné. D’ailleurs je n’en retrouve pas la photo… Honoré passe plusieurs passerelles, je suis super fier de lui, sauf la dernière. Pourtant il s’est bien engagé, mais une planche a craqué et il est parti en courant, me renversant au passage. J’espère qu’il n’aura pas peur à nouveau pour les prochaines. Ici les déchets sont gérés par les communautés de communes et rares sont les bennes collectives, mis à part dans les zones résidentielles. Difficile donc de me décharger. Ce soir atelier couture, je dois réparer une sacoche qui commence à se découdre au niveau de l’accroche. Je pense que les bonds de cabris qu’a fait Honoré hier, ont bien tirés sur les coutures. Il faudra que je surveille tout ça dans les prochains jours.

Wwoofing

J’ai longuement hésité entre repartir de l’asinerie de Charlotte, il faudra bien partir un jour, ou rester quelques jours de plus. D’abord parce que l’accueil était génial, aussi parce qu’Agathe, la woofeuse arrivée lundi soir est sympa et super intéressante (elle est guide et conférencière pour des croisières notamment en  antarctique). Mais aussi parce qu’il a plu cette nuit et que je dois plier la tente mouillée, et encore parce que j’ai explosé le forfait de 30 Go et donc plus Internet, donc plus de mail, plus de nouvelles et plus de carte routière. Finalement il était convenu que je parte, alors… je télécharge les cartes avec le Wi-Fi de Charlotte. Et comme d’habitude après une pause, le départ est difficile. Ça fait une semaine et demie que je suis arrêté. Charlotte a pris soin d’Honoré, vérifié ses bobos, corrigé ses appréhensions, fait passer une passerelle… Bref elle nous a consacré du temps et pour moi c’était super important. C’était une belle rencontre et le repos chez elle à fait beaucoup de bien à Honoré et à moi aussi. Et avec de belles rencontres, Cyrille, les gens de Connexions Paysans, Isabelle… pleins de gens sympas. Et finalement je me suis bien reposé et le mollet va mieux.
Faut quand même que je vous parle un peu plus de Charlotte. Ancienne journaliste, elle a repris mais aussi développé, l’asinerie « Aux Ânes etc… » qu’elle gère seule. Elle y propose l’asino-médiation avec un public en situation de handicap, des randos à la carte et des formations. Depuis peu elle accueille aussi des séances de yoga. On en parle dans les cahiers de l’âne, revue que tous les amoureux des grandes oreilles connaissent.
J’ai aussi profité la pause pour resememeler mes Lowa. 1400km ça use les souliers. C’est les cordonnier du SuperU de Saint-Gildas-des-Bois qui m’a fait du bon boulot. Il faut dire que sa femme fait Compostelle, il connaît les besoins des randonneurs.
Je disais donc que le départ était compliqué. Charlotte et Agathe nous accompagnent jusqu’au premier obstacle, une grande flaque d’eau causée par la pluie. Mais Honoré passe rapidement avec l’aide de Charlotte. Je dis pudiquement aurevoir avec quelques trémolos dans la gorge et part rapidement. L’étape sera courte, 16 km pour une reprise ça ira bien. Bivouac au bord d’un étang à Fégréac, ponctué par un groupe de jeunes venus faire une partie de pétanque nocturne, avec des bières. Je me suis endormi avant le score final.

Canal de Nantes à Brest

J’avais fini la journée de reprise par des pistes cyclables, je reprends de même. Je suis interpellé par une mamie qui me propose de l’eau et une madeleine, elle s’appelle Madeleine, justement. Jolie rencontre éphémère. Les chemins sont plus agréables que la ville et le bitume dont j’ai plus que marre. Pour le coup, je rattrape le canal le Nantes à Brest que je vais suivre quelques jours. C’est tout plat et aujourd’hui il y a peu de monde. Le temps est gris, les éclaircies trop rares pour recharger le téléphone. Heureusement je trouve un bivouac près d’une écluse et peux en profiter pour recharger, mais pas complet. Je discute avec le jeune éclusier qui m’explique son métier. La maison d’éclusier est occupée par un restaurant tenu par deux jeunes femmes, Les Cueilleuses. Il semble que leur table est réputée, manque de chance c’est jour de fermeture, je ne pourrais pas goûter leur cuisine. Juste l’odeur du pain qui cuit au feu de bois de bonne heure le lendemain matin et qui parfume ma tente toute proche.
Je reprends la route, enfin le chemin, le long du canal. C’est calme, il n’y a pas grand monde. Le midi je trouve une boulangerie et déjeune à La Chevalerais, il y a des tables au bord du canal. La journée est longue. Je suis sur un chemin de Compostelle et des Miquelots en même temps. Il va à Compostelle pour ceux qui viennent de Bretagne et au Mont Saint Michel dans l’autre sens. C’est le chemin que je voulais suivre à l’origine du projet. Je marche jusqu’à une écluses près de Blain. L’éclusier me propose un pré dans lequel il mettait ses ânes. Je bivouac ici et suis initié au métier d’éclusier. Il m’offre même un livre édité par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique dans lequel il figure fièrement devant son écluse. Le lendemain, je repars et fais un détour par Blain surtout pour y acheter de la lessive bio. Je vais au grand Leclerc et demande à une dame de veiller sur Honoré. Habituellement je ne vais pas dans de si grandes surfaces, il y a trop de monde. Je croise peu de monde encore aujourd’hui. Je dois reconnaître qu’il y a peu de déchets sur les bords du canal. Quelques emballages de barres de céréales probablement tombées des poches des joggeurs ou cyclistes. Une seule bouteille de coca en trois jours, un record. Toutefois, en sortant du chemin de halage, les détritus sont de retour. Je croise deux pèlerines qui font Compostelle en plusieurs fois. Ça fait plaisir de rencontrer à nouveau des pèlerins, je n’en avait pas croisé depuis Le petit prince de compostelle Dominique, aux Sables d’Olonne. Les journées sont bien plus courtes, c’est bon pour le repos. Mais les feuilles des arbres commencent à jaunir, certaines à tomber. Le matin la toile de tente est humide de rosée. Je trouve un bivouac au bord du canal, à Saint Omer de Blain. J’ai fait une petite étape, ça suffira. Dans mes contacts wwoofing, j’ai envoyé un message à Aux Ânes etc… chez qui j’espérais faire une pause « bilan » pour Honoré. Mais Charlotte est en vacances. Pourtant elle m’appelle et me propose un bivouac à Guenrouët que j’accepte car je suis convaincu qu’Honoré en a grand besoin. Il s’est fait mal derrière les oreilles en tirant au renard par peur d’un animal sauvage il y a quelques jours, et ça ne se passe pas à cause du licol qui frotte sur l’hématome. Il est donc au paradis des ânes dans cette grande prairie ombragée dans laquelle il peut courir et se rouler à volonté sans licol.
Le vendredi j’en profite pour aller faire un plein sérieux alimentaire à base de salades, tomates et carottes qui font faute à mon alimentation hasardeuse de ces derniers jours. Je retrouve aussi de la lessive car celle prise à Blain est trop lourde et ne convient pas au lavage à la main, malgré les conseils de la vendeuse. Ces courses m’auront pris l’après-midi dû à la circulation qui va retarder le bus. Malgré la totale confiance que j’éprouve envers mon compagnon à grandes oreilles, je ne suis pas 100% serein de le laisser seul dans un parc pourtant grand et appétant, avec de l’eau en quantité et l’ombre protectrice, mais sans électricité sur les fils. Je sais pourtant qu’il respecte les clôtures… et finalement s’est-il rendu du compte de mon absence ? En partant du Leclerc de Pont Château, j’ai senti une violente douleur dans le molet droit. Il est tout dur ce soir, je crains m’être fait une déchirure musculaire. Je masse longuement avec la pommade homéopathique à base d’eucalyptus et d’arnica, en espérant une efficacité rapide. Samedi c’est pause total pour nous deux. Je reçois la correspondante de Ouest France qui me propose de recharger ma batterie. Charlotte rentre de vacances dimanche et passe donc me rencontrer. Le courant passe tout de suite et elle prend même le temps de verifier mes doutes sur les bobos d’Honoré. Lundi je reçois la journaliste de L’Écho De la Presqu’île qui reste un long moment à m’interroger. Et mardi je pars pour l’asinerie et faire du wwoofing.

Repos à Nantes

J’avais rencontré Germaine au camping du Petit Bonheur où j’avais fais une pause agréable. Elle y était en vacances avec sa fille et son petit-fils et m’avait laissé son numéro et une adresse. Ces derniers temps, à la recherche d’un endroit pour faire une pause, j’avais retrouvé cette note dans mon carnet et trouvait le lieu idéalement situé. Je cherchais alors à la joindre et le lendemain elle me rappelait. Un vrai soulagement pour moi, et Honoré. Je suis reçu par Élisabeth, sa sœur, qui m’attendait sur le pas du portail avec sa fille Laurine rapidement rejointe par Patrice le papa de Laurine et un frère d’Élisabeth et Germaine, Maurice. Germaine arrive plus tard avec son compagnon Mohamed. Elle a dû accompagner son fils aux urgences pour une douloureuse colique néphrétique. Rapidement je me sens bien accueilli, dans une ambiance familiale. Le tutoiement est tout se suite de rigueur. A peine installé on me propose la douche et toutes les commodités. Une bonne bière dégustée lors des traditionnelles questions que posent mon voyage. Puis la partie de pétanque et l’apéro avant de passer à table. Ça fait du bien ! La soirée ne traine pas trop, je suis fatigué et demain la famille part à la pêche de bonne heure grâce à un coefficient de marée favorable. Ils me confient la maison. Je vais juste faire quelques rapides courses alimentaires et me reposer toute la journée. Le soir, malgré la fatiguante journée à la mer (pêche et baignade), Élisabeth prépare les palourdes pêchées le matin, avec des frites. Un régal. Le repos est total et le lendemain, Élisabeth me conduit faire quelques courses à Nantes. Vendredi on dîne tous ensemble, je leur fais découvrir la Truffade. Samedi je vais faire le touriste et découvrir la grande ville, l’imposant château de Anne de Bretagne, la cathédrale que je n’ai pas pu visiter car elle est toujours fermée, suite à l’incendie de 2020. Dimanche je repars. Encore un départ difficile, j’ai été accueilli comme un membre de la famille, c’est touchant et ça rend la situation émouvante. La gorge est nouée, les mots ne sortent pas. Mais il est temps. Kenavo ! Comme on dit par ici. Les premiers kilomètres ne sont pas les plus agréables car il faut traverser une zone industrielle. D’ailleurs je suis rapidement confronté à ma mission de ramassage des déchets, mais il y en a trop et Honoré a peur de tout, vélos, voitures, joggeurs… ça lui passe au bout de quelques heures. Enfin prèsque, il faut se remettre en mode travail. Une fois le périphérique et les autoroutes traversées, c’est déjà plus calme, et heureusement pour nous, on est dimanche. J’ai du mal à réaliser qu’on est déjà au nord de la Loire, ces semaines sont passées super vite. Il faut que je ralentisse, alors je me suis inscrit sur un site de woofing (wwoof.fr). Ça m’obligera à m’arrêter plus souvent et permettra à Honoré d’être au calme et à l’abri. La journée de reprise se déroule tranquillement jusqu’à Sucé-sur-Erdre où je bivouac au bord de l’Erdre.