Nouvelle vie

Après un temps de réadaptation à la vie sédentaire, après les fêtes de fin d’année qui avaient une saveur particulière, il est temps pour Honoré et moi de se projeter vers l’avenir. Et justement, le Père Noël est passé pour nous ! C’est Jean Lucien qui nous suit depuis notre séjour dans l’Oise et plus particulièrement lors de notre semaine folle chez Ânes Victoires (de la chaîne Youtube éponymes), qui me propose ses ânes. Atteint d’une longue maladie, il doit se séparer de Léa, Peluche et Martin. Il a vu que je cherchais des compagnons pour Honoré et aussi dans le but de démarrer une location d’ânes de randonnée et d’asino-médiation et j’ai la chance qu’il me fasse confiance. Alors maintenant que je sais que je vais pouvoir rester dans cette maison et que j’aurai du terrain, j’accepte avec joie. Natacha et Michel de l’asinerie du Tremble, là où est né Honoré, me proposent d’assurer le transport. On part de bonne heure pour aller chercher les 3 mousquetaires et nous voici près d’eux. L’émotion est forte de rencontrer mes nouveaux compagnons, mais surtout de les arracher à Jean Lucien qui les regarde partir le cœur serré. On n’est pas parti comme des voleurs hein ! On a bien pris le temps de nous connaître, boire un café, faire les démarches administratives nécessaires… Mais il faut faire vite pour arriver au pré avant la nuit afin de pouvoir surveiller l’intégration dans leur nouvel environnement et la présentation avec Honoré. Mais Honoré est un gentleman, il est habitué à voyager et faire de nouvelles rencontres et il a su accueillir ses nouveaux amis et les mettre en confiance immédiatement. Les trois mousquetaires sont maintenant quatre. On apprend à se connaître, on se découvre et je pense rapidement commencer à travailler avec eux pour mieux comprendre leur fonctionnement. Voici le début d’une nouvelle histoire, toujours autour du voyage qui finalement ne s’arrêtera jamais grâce à ce projet. J’aurai la joie de transmettre quelques échantillons de ce que j’ai vécu durant mon Tour de France.

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Retour au bercail

Merci infiniment à tous pour vos messages de soutiens et d’encouragements. Je suis particulièrement touché d’autant que cette période est compliquée. J’étais prévenu, je savais que ça allait être dur. Honoré semble apprécier le repos, c’est déjà ça, mais pour moi c’est un grand vide que de ne plus avoir à chercher la prochaine étape, ne plus vous rencontrer et ne plus marcher. Mais j’utilise mon temps libre pour finaliser mes récits et effectuer la carte du trajet que voici :
https://www.google.com/maps/d/u/0/edit?mid=1_cvx2hKqeLC6IWUbp_lt55pobNJsFSg&usp=sharing
Les villes citées sont celles où j’ai bivouaqué ou bien où j’ai été hébergé ou encore où j’ai fais du wwoofing.
J’en profite pour remercier chaque personne qui m’a accueilli comme un membre de sa famille, me proposant une douche, un repas chaud et même parfois un lit quand c’était possible (je n’ai jamais laissé Honoré dormir seul, sinon il m’aurait appelé toute la nuit).
Encore une fois un grand merci à tous ceux qui ont fait parti de cette incroyable aventure. Sans vos messages d’encouragements et les magnifiques rencontres, je n’aurais jamais pu réussir ce tour de France. Et l’engagement pour la lutte contre les déchets plastiques aurait été désuet.
Je commence la mise en page du livre… alors il y aura du nouveau et je vais bien entendu vous en tenir informé. Vous allez me manquer.

Combrailles et Sioule

Le paysage est tout blanc de neige et de givre, Honoré tarde un peu sur le foin, mais il faut partir, Marine reçoit du monde et j’aimerais partir avant qu’elle ne soit trop occupée. La route est glissante, heureusement aujourd’hui il y aura plutôt du chemin. Impossible de distinguer le relief avec ces nuages bas, mais sur la carte c’est évident, on quitte la montagne pour les Combrailles. Je passe quelques coups de fils pour trouver un hébergement pour ce soir, la météo annonce -10° pas question de monter la tente. Marine m’avait parlé d’un ranch, la mairie de Charbonnières aussi. Je fini par avoir Alain au téléphone, il me propose un terrain pour Honoré et le gîte de son ex-femme, qui est aussi sa voisine, pour que je sois au chaud. Patricia m’accueille avec son ami Dom’ et très vite je suis à l’aise. Patricia et Alain proposaient de la rando à cheval, alors nous avons des choses à nous dire. La soirée est trop courte comme d’habitude. Il a gelé fort cette nuit, la route est verglacée et les chevaux de Patricia ont décidé de se promener dans les environs. Nous partons donc tous ensemble,  Patricia et Dom à la recherche des chevaux, Honoré et moi pour une nouvelle journée de marche.
L’objectif du jour est d’atteindre Ébreuil, soit 25 kilomètres. C’est une grosse étape mais je suis attendu chez la maman de Léo qui m’avait reçu à la ferme que j’avais visité tout près du massif du Sancy. L’étape n’est pas très difficile bien que vallonnée, mais nous continuons de quitter les montagnes pour rejoindre la Sioule. Le ciel est couvert et je n’aurai pas beaucoup d’occasion de voir les sommets en me retournant. Mais qu’importe, elles nous auront laissé tellement de beaux souvenirs et j’ai eu la chance de pouvoir prendre de nombreuses photos. Honoré continue d’être chiant mais je crois que c’est de ma faute, j’ai probablement accéléré la cadence, pour lui c’est synonyme de fuite alors il s’arrête et analyse la situation. Nous avons rejoint le GR300, celui qui nous conduira jusqu’à la maison. Le ciel se dégage quand on arrive sur les hauteurs de Saint-Hilaire-la-Croix d’où j’aperçois au loin les contours du Puy-de-Dôme enneigé. Nous sommes à la frontière entre Combrailles et Sioule et la journée est loin d’être terminée. Les caprices d’Honoré font bouger le bât à tel point que je suis contraint de tout défaire et remettre en place pour éviter une blessure. Ce serait dommage si près de l’arrivée. Enfin nous arrivons chez Dominique la maman de Léo. L’accueil encore une fois est extraordinaire et la soirée trop courte.
Concernant les déchets, j’avoue qu’avec ce froid ça n’a pas été ma priorité et mis à part sur le site de pique-nique bien pollué, je ne me suis pas inquiété de ce qui traînait en chemin.
Pour cette avant-dernière étape, on part encore avec des températures négatives et le ressenti est vraiment très froid. Je suis sur les chemins de rando habituels que j’ai plusieurs fois parcouru avec ma chienne. L’émotion monte et ça me fait un drôle d’effet d’être ici avec Honoré. La journée est belle, les couleurs de l’automne laissent place à celles de l’hiver et même si les montagnes sont voilées, l’ambiance est agréable. L’étape du jour est plus courte qu’hier, on a plus de temps pour la pause déjeuner. Honoré se couche, je le laisse tranquille, il l’a bien mérité, ces derniers jours je ne l’ai pas ménagé. On arrive sur Charroux, classé à juste titre « un des plus beaux villages de France ». Mais c’est lundi, tout est fermé. Pas grave, j’ai pensé à ce jour tellement souvent durant notre tour de France, traverser Charroux est toujours un plaisir mais aujourd’hui la saveur est plus forte, c’est notre avant dernière étape, d’en haut on devrait voir la maison. En haut au sud, on voit encore les Puy-de-Dôme, au nord … Ben rien ! Brouillard total, on n’y voit pas a 100 mètres. Bon, c’est peut-être aussi bien, les larmes auraient coulé et avec ce froid, j’aurais eu des stalactites aux yeux ! Allez courage Honoré, on descend à Taxat-Senat, on est attendus. Dorothée, la rédactrice en chef du magazine du pays Saint-Pourcinois pour lequel je rédigeais quelques piges avant mon départ, m’avait suggéré de contacter le maire, Jean-Philippe. Empêché pour raisons de santé, il a dû déléguer notre accueil qui a été grandiose pour une si petite commune. Comme quoi la taille de la commune n’est pas représentative de la qualité de l’accueil. Bien au contraire d’ailleurs, les petites communes prennent plus le temps d’accueillir, de rencontrer et de découvrir les voyageurs qui traversent leur territoire. J’ai été reçu en grandes pompes par un adjoint chez qui Honoré et moi avons dormi et une autre qui nous a invité à dîner. Ce fut encore une très très belle rencontre qui fera sans doute partie de ma nouvelle vie, puisque Monique et Jean-Paul sont des cavaliers qui ont l’habitude d’accueillir dans leur gîte, des randonneurs. Nul doute que cette rencontre est le début d’une collaboration dans ma nouvelle vie de loueur d’ânes de randonnée. Je ne vous cache pas que, malgré un accueil extraordinaire chez Patricia et Jean-Pierre, la nuit a été bonne mais perturbée par mon imagination à propos de cette dernière journée de marche. Et ce matin, j’avais du mal à cacher mon émotion pour bâter Honoré pour la dernière fois de ce Tour de France.
La fine couche de neige tombée dans la nuit, n’aura pas perturbé Honoré. Et nous voici partis dans nos dernièrs au revoir, puis la dernière étape qui s’annonce encore une fois froide mais heureusement courte. Pourtant la journée n’est pas si simple. Et c’est franchement pas si aisé le fait de marcher sur des chemins connus, de ne pas être dans la découverte et de revenir sur une routine, enfin je n’ai jamais été dans une routine mais ce qui n’est pas vagabond devient routinier rapidement. L’émotion me gagne, j’avance, Honoré aussi, mais plus hésitant. Il faut sans cesse le remotiver, moi aussi. On traverse Chantelle en passant par la boulangerie, la supérette est fermée, tant pis on continue notre chemin. Les gorges de la Bouble sont interdites au public, de toute façon on aurait pas pu prendre la passerelle métallique ni les gués gorgés d’eau ! Nous sommes obligés de faire un détour par la route de Saint-Pourçain qui est assez circulante mais finalement, nous y sommes habitués. Honoré  reconnait les chemins sur lesquels nous nous sommes entraînés, où je l’ai désensibilisé à la circulation, aux cyclistes, aux joggeurs, bref à tout ce que nous allions rencontrer lors de ce temps de France. Sa démarche est modifiée, la mienne aussi, sans doute. Il s’arrête souvent, trop souvent, et ça m’énerve. Je râle, ce n’est pas juste, il a ses raisons et j’ai les miennes, on ne réfléchit plus de la même façon sur ces derniers kilomètres. C’est dur. C’est la dernière côte, pourtant pas la plus dure, mais qu’est-ce qu’elle est longue ! Et arrivé en haut, juste avant la descente, à la croix du carrefour, j’entends et reconnais le tracteur de Patou. Ce son familier m’émeut et je ne peux retenir mes larmes quand il descend du tracteur pour me saluer.
Je m’attendais à ce que le retour à la vie sédentaire soit difficile. Mais je ne m’attendais pas à apprendrepeu avant mon retour que je n’avais plus de voiture. Je m’attendais encore moins à en trouver une autre dans la cour de la maison que j’habitais. Bien qu’en route nous nous soyons séparés en bon terme, la surprise est violente.
Non, le Tour de France n’est pas une promenade, ce n’est pas non plus une randonnée. C’est un engagement, du militantisme, une conviction… Chacun peut appeler, identifier, interpréter comme il le veut, mais ce n’est pas anodin et ce n’est pas sans conséquence.
Je savais en partant que ce voyage changerait ma vie. Ce voyage m’a tellement appris ! Merci, merci mille fois à tous ceux qui ont croisé ma route, merci à tous ceux que j’ai rencontré, si brièvement soit-il. Merci à tous ceux qui d’une manière ou d’une autre m’ont tendu la main, m’ont accueilli, m’ont hébergé, m’ont proposé une douche, m’ont invité à dîner ou juste à partager un moment de leur vie. Vous faites parti de mon tour de France, vous faites parti de l’engagement écologique que j’ai entrepris avec Honoré. Vous faites parti de ce projet de loi qui je l’espère, un jour, changera notre manière de consommer et d’emballer nos produits alimentaires.
Et si vous connaissez un âne sympa pour marcher avec Honoré, contactez moi 😉
Même si la marche est terminée l’aventure continue, d’une manière différente, mais toujours active.
MERCI 🤗

Parc des volcans d’Auvergne

Ce dimanche il neige, une véritable journée de repos encore imposée avant le départ. Et ça fait beaucoup de bien. J’en profite pour organiser mon arrivée, je dois trouver un compagnon pour Honoré, un camion pour le transport des ânes… J’ai du pain sur la planche.
Il est vrai que ces derniers temps j’ai peu parlé des déchets. C’est que forcément quand on est en pause, on ne ramasse peu. Pourtant comme il y a un point de collecte pas très loin, je vais faire mon tri et me débarrasse des déchets afin de repartir à vide.
Et voici l’heure de partir de cette agréable pause. Le soleil semble nous indiquer que c’est le bon moment. Le départ comme toujours est maladroit à cause de l’émotion, finalement c’est Honoré qui donne le ton en foulant les premiers pas sur la route. D’ailleurs je constate immédiatement que la pause lui a fait le plus grand bien. Je retrouve mon âne d’il y a quelques semaines, volontaire et concentré en route vers de nouveaux horizons. On commence par descendre dans la vallée avant une belle et longue montée qui nous conduit sur le plateau de Tauves sur lequel on tombe nez à nez avec le massif du Sancy. Au sud c’est le Cantal qui est tout blanc et qui brille sous le soleil radieux. Honoré avance d’un bon pas mais de temps en temps il s’arrête à cause d’un rondin ou d’un piquet pas à sa place. Bref, dans l’ensemble la journée est plutôt agréable. Je crois que j’ai pris 150 photos du Sancy, de la Banane d’Ordanche, le Puy-de-la-Tache… Des reliefs où sont né l’idée de partir ramasser les déchets. C’est émouvant d’en faire le tour par ici, être si près sans parcourir ces chemins. Mais la neige et les barrières d’estive m’en empêchent.
Pour autant, la vue est magique avec ces contrastes neige-herbe, soleil-ciel bleu. On en oublie même de compter les kilomètres et on arrive ainsi à Saint-Sauves-d’Auvergne. Il a parfois fallu jouer les sangliers pour passer certains chemins et faire quelques détours à cause de ponts trop bruyants avec le courant des ruisseaux gorgés d’eau. J’arrive sur la commune juste à la fermeture de la mairie. Heureusement j’avais appelé en route mais il est 17 heures, la nuit tombe très vite et le froid l’accompagne. Des élus m’ont rejoint et m’accompagnent sur le lieu de bivouac. Inquiet des températures négatives annoncées, une adjointe court à la mairie chercher la clé du gîte communal sous la fenêtre duquel je peux attacher Honoré. C’est parfait je suis à l’abri Honoré est devant la fenêtre et j’ai de l’eau et une prise de courant. Le grand luxe !
Il a bien gelé cette nuit, je ne sais pas combien affichait le thermomètre, mais c’était bien blanc ce matin. Certe on est à 868 m d’altitude et nous sommes entourés de neige. Ce matin, cette après-midi aussi d’ailleurs, il y avait pas mal de verglas malgré le sel réparti sur les routes. Honoré n’aime pas cette sensation de déséquilibre. Il est comme moi, il en a marre du chemin et rechigne sur pas mal d’obstacles qu’il ne calculait même pas auparavant. Comme les ponts ! Autant on a galéré sur les passerelles, mais jamais aucun refus de pont, pourtant on en a passé quelques uns impressionnants (le pont à bascule de Braut, le pont Eiffel de Touaret près de Nantes, le pont qui traverse la Seine…) Il s’arrête aussi à chaque rondin de bois, certains poteaux téléphoniques, les veaux (pas les vaches ni les taureaux). Bref il est chiant.
Le compte à rebours a commencé, même si j’essaie de ne pas y penser, chaque jour on me demande combien de kilomètres il me reste, ou combien de temps. Pour moi c’est pareil. Au détour d’un chemin, je me trouve face au Puy-de-Dôme ! Enfin, je le vois ce géant d’Auvergne, le phare comme j’aime l’appeler. Et l’image est émouvante car j’ai la même vue que la veille du départ lors de mon dernier apéro en terrasse, mais en sens inverse (effet miroir) vu que je suis au sud du Puy-de-Dôme et que je suis parti du nord. Ça veut dire que je pourrais le voir jusqu’à l’arrivée. Ha qu’il a raison Stéphane Blaise quand il me prédit que les derniers kilomètres seront difficiles.
Ce soir il va encore geler fort, j’appelle la mairie de Rochefort-Montagne pour trouver un bivouac. Un adjoint me rappelle et me propose le terrain de foot et les vestiaires chauffés. Parfait, je serai encore au chaud ce soir. Mais c’est dur, Honoré me fait sentir son mécontentement. Les élèves du lycée ont une séance de rugby cette après-midi, ce soir il y a foot pour les jeunes. Mais je suis au chaud.
Ce matin le ciel reste gris, la route verglaçante et les arbres blanchis de givre. Les températures restent négatives et ce que je pensais être une engelure à l’index semble plutôt être un panaris. J’ai du mal à mettre les gants, il va falloir que je trouve une pharmacie. Le ciel ne permet pas de voir le Puy-de-Dôme, mais je sais où il est, on vient de rejoindre le GR441 que j’avais emprunté pour prolonger le GR30 et monter au sommet du géant d’Auvergne. C’est en partie sur ce chemin que j’ai commencé à réfléchir à une solution pour lutter contre les déchets. Heureusement aujourd’hui il y en a peu, de toutes façons j’ai trop froid aux doigts pour les ramasser. Il est tombé quelques flocons le temps de la pause déjeuner, je décide d’écouter la journée à Mazayes pour me réchauffer. La secrétaire de mairie me propose d’aller à l’auberge, mais à 71€ la nuit, pas question pour moi, c’est plus que mon budget alimentation pour le mois ! Je reviens à la mairie, au dessus il y a un gîte pour randonneurs. Je devrais m’en contenter, mais à 13€ la nuit, il fait un peu frais et Honoré est loin de moi. Je ne sais pas si c’est lui ou moi qui se sent le plus seul… Mais au moins je ne vais pas congeler dans le duvet.
Ce matin je passe à Pontgibaud et m’arrête à la pharmacie, j’ai trop mal au doigt, il y a une infection, je dois agir. Le pharmacien essaie de m’obtenir rapidement un rendez-vous avec un médecin local, mais tous sont surchargés. Il me donne un désinfectant mais il insiste, je dois voir un médecin. Je poursuis ma route et commence à fouiller dans mon application Doctolib pour dégoter un rendez-vous avec mon médecin dès mon arrivée. Mais pas de réseau… J’avance quand je me souviens que Michel (chez qui est né Honoré) m’avait parlé d’une Marine à qui il a vendu des ânes et qui habite tout près. Je prend la direction de chez elle et dès que possible je l’appelle. Elle me rappelle à midi, c’est Ok pour monter la tente à l’abri. Cool, je pourrais faire mes démarches dans l’après-midi. Mais en arrivant à la ferme, la douleur au doigt est insupportable, j’ai chaud, froid mal au bras…. Marine appelle son médecin qui ne peux pas me prendre et me conseille les urgences. Dubitatif, j’appelle le 15, j’envoie une photo du doigt, le médecin régulateur m’envoie une ambulance. Bon, Honoré est à l’abri, Marine gère une ferme pédagogique, La ferme de Marinette, où il y a donc des ânes avec qui Honoré peut discuter. Il peut galoper, manger et boire, parfait pour lui. Je passe la nuit aux urgences et rentre le lendemain en fin de matinée. Merci à tous pour vos nombreux messages de réconfort. Repos aujourd’hui et on redémarre demain sans faute, après la météo sera trop compliquée pour rentrer. Merde, il reste 80 kilomètres, on va arriver à les faire ! Il reste quatre jours de marche, trois nuits à trouver un abri, pas question de bivouaquer, il va geler trop fort.
J’ai trouvé pour les deux dernières nuits, reste demain mais j’ai deux options. Ouf, y’a plus qu’à marcher.
Je remercie profondément Marine et son mari Hervé ainsi que leurs trois charmants enfants de l’accueil qu’ils m’ont réservé, c’était vraiment chouette de se sentir en sécurité dans ce moment compliqué. Et du coup, il y aura une autre publication de la fin de notre parcours. D’autres suivront pour tenir informé de l’évolution du livre, des compagnons qui rejoindront Honoré, de la « loi Honoré »…
Merci aussi à tous ceux qui ont participé à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane et qui ont soutenu notre tour de France. Je laisse la cagnotte encore ouverte pour une visite de contrôle pour Honoré, ostéopathe et parage des pieds. Et le reste servira à l’édition du livre.

Puy-de-Dôme

On entre dans le Puy-de-Dôme par la traversée de la Dordogne au nord du lac de Bort-les-Orgues. Les couleurs sont magnifiques, la lumière magique, comme pour nous souhaiter la bienvenue et bon retour en Auvergne. Je m’en vais visiter une ferme dont j’avais trouvé l’annonce sur un site spécialisé. La ferme est gérée par un collectif composé de Léo et Sam. C’est Sam qui m’accueille et me propose de m’installer dans la caravane où je pourrais m’asseoir, m’habiller debout… Des petits conforts auxquels je n’ai pas accès dans la tente.
L’endroit est magnifique, la végétation riche et variée, un joli coin de paradi. Le lendemain c’est repos total, j’en ai grand besoin et Honoré aussi. Ensuite c’est Léo qui me fait découvrir les parcelles et la biodiversité du site.
Je dois faire quelques courses et le premier magasin est à 12 km que je n’ai pas envie de faire à pied, il faut que je me repose. Il n’y a pas non plus de blablacar par ici… Je cherche donc à louer une voiture et quand je vois les prix, ça me dissuade mais j’ai bien peur de ne pas avoir le choix. Et, miracle du chemin, Léo me propose d’utiliser sa voiture. Je suis vraiment touché de ce geste qui me permettra de pousser jusqu’à Clermont pour faire mes derniers achats de ce Tour de France. Quelle émotion en apercevant la majestueuse cathédrale noire (en pierres volcaniques) de la capitale auvergnate. C’est comme si j’étais arrivé chez moi. Je fais mon petit tour habituel et je reçois un message d’une amie qui me propose une maison. Ça y est enfin, je sais où je termine ce tour de France ! C’est un immense soulagement qui me permet d’envisager l’avenir plus sereinement.
Je profite de la grande ville pour aller faire les derniers achats à Décathlon (l’an dernier je m’étais passé de blouson d’hiver en associant la polaire avec la veste de pluie, mais en Normandie les températures étaient plus clémentes) et les achats alimentaires nécessaires pour joindre l’arrivée.
Je ne suis pas fan des agglomérations en général, mais Clermont est une belle ville et elle est en ébullition à l’approche de Noël. Le sapin est en place mais pas encore terminé de décorer, la grande roue accueille ses visiteurs et le marché de Noël déjà ouvert au public. J’en profite pour déambuler dans les odeurs de vins chauds et les artisans locaux qui proposent des produits variés. Bon, malheureusement ce ne sont pas tous des produits 100% made in Auvergne, mais c’est l’ambiance que je suis venu chercher… et aussi une part de truffade. Lors de mes nombreuses haltes, notamment en woofing, j’ai cuisiné ce plat auvergnat chez mes hôtes. Alors j’ai décidé de m’offrir une part de truffade sur le marché de Noël.
Il est temps de rentrer à la caravane. Reste plus qu’à tracer le dernier itinéraire, ce qui ne sera pas le plus simple par ici. Jusqu’à maintenant, la contrainte était d’éviter les grandes routes et les agglomérations compliquées à traverser. Ici s’ajoute le contournement des estives dont les échelles de passage pour randonneurs ne pourront pas être franchies par Honoré. Et en plus à cette saison, je dois veiller à rester en dessous de 1100 m d’altitude, au-dessus il y a de la neige et je ne suis pas équipé. La météo des jours prochains est très instable, pluie, neige, froid… Je pourrais attendre une amélioration, mais j’ai hâte de rentrer, j’espère arriver avant Noël. Que faire ? Prendre le risque (mesuré) de prendre la pluie (ça ne sera pas la première fois) ou attendre et prendre le risque que l’amélioration se fasse attendre, longtemps. C’est décidé, je repars lundi, ça nous aura fait une semaine complète de pause, j’espère que ça suffira pour Honoré.
Ce matin pour la première fois, il m’a faussé compagnie. C’est le genre d’incident qui a hanté quelques-unes de mes nuits de bivouac, il fallait que ça arrive. Je suis soulagé que ce soit arrivé dans des conditions sécurisées, dans le sens où il y a de grandes pâtures qui, même si elles ne sont pas clôturées, sont assez grandes. Il n’est pas allé bien loin, quand je suis parti a sa recherche, à l’opposé de sa position, c’est lui qui est venu me chercher. J’espère juste qu’il n’aura pas trop mangé de glands, il y a beaucoup de chênes autour du pré.