Tarn toujours

On part tard de chez Florence et Hervé, Honoré se remet en mode test, juste pour la forme et garder les bonnes habitudes. Les paysages sont toujours agréables, vallonnés mais pas difficiles. Nous sommes toujours sur la voie romaine. On traverse une randonnée et un trail, nous ne sommes pas passés inaperçus quand on a franchi l’arrivée… Et avant d’arriver à Lavaux je trouve un joli bivouac chez Sylviane et Didier. Sylviane est randonneuse et a déjà parcouru les chemins de Compostelle, elle sait qu’une douche me fera plaisir. Didier me propose une bière Basque ramenée de chez sa fille. On discute moto et je suis invité à dîner. Décidément ces Tarnais sont accueillants. Encore une soirée riche d’échange et ce matin après un bon petit déjeuner, il est temps de reprendre la route en passant par le centre ville.
Didier avait pris la moto pour nous voir traverser la Grand-Rue et prendre quelques photos pour la famille. Et finalement heureusement qu’il était là pour rassurer honoré parce que je devais aller à la Poste et la machine à nettoyer le parking faisait peur à Honoré. Beaucoup de bitume aujourd’hui puisque je n’ai pas encore rattrapé le GR46. En route je suis interpellé par Marie-Thé, membre du groupe facebook des grandes oreilles qui me propose un bivouac. Mais comme elle travaille il va falloir patienter dans un pré avant de monter la tente. Comme promis à la sortie de son boulot elle passe me voir et m’attend chez elle. Son mari Christophe me conduit au pré, je vais pouvoir monter le bivouac et dormir près d’Honoré. Il y a beaucoup d’animaux chez eux, trois ânes, un lama, une petite vache Highland et de nombreuses poules. Je peux profiter de la douche et je suis invité à partager le repas de famille avec leur fils Paul. Comme d’habitude la soirée est très agréable et on parle beaucoup d’ânes et de leur comportement parfois magique.
Je vais devoir m’absenter pour raison familiale et ce matin je trouve un bivouac où je pourrais laisser Honoré en toute sécurité. Reste plus qu’à trouver un véhicule pour aller à Bordeaux et finalement les blablacar sont plus cher que le train. Est-ce dû à l’augmentation des carburants ou à la grève, quoi qu’il en soit, j’arriverai à destination plus vite que par la route.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que je le comprendrais au moment voulu, le chemin m’a détourné de ma direction vers les Pyrénées et m’empêche de me diriger plus à l’ouest. Pourtant il m’impose des arrêts. Est-ce que ça veut dire que je dois arriver au bon endroit au bon moment pour trouver ma ferme ? En tout cas je l’espère vivement car c’est un point qui commence à peser moralement face à la fin de ce Tour de France. Mais bon pour l’instant je poursuis mon chemin et la journée est à nouveau très agréable bien que chaude pour la saison.
En reprenant de la hauteur, j’aperçois à nouveau les Pyrénées mais aussi le Tarn qu’on a traversé dans la matinée. Il a bien grossi depuis les Cévennes où il prend sa source, on aurait pu le traverser à gué, mais il y avait un magnifique pont romain. J’arrête la journée de marche chez un couple d’agriculteurs en retraite et qui reçoit régulièrement des marcheurs. Je peux prendre une douche et partager le repas du soir. Sylvie et Bernard on posé un robinet sur le mur extérieur pour les marcheurs qui passent devant chez eux. Je ne suis pas le premier à bivouaquer dans le jardin et Honoré n’est pas le premier âne non plus, une famille est passée par ici en allant à Lourdes pour leur fille aînée atteinte de leucémie.
Après un bon café, il est temps de repartir à travers champs et vignes. La plaine me rappelle la Normandie et la Marne, finalement ça fait du bien. Je fais un détour par Lisle-sur-Tarn prendre une bonne bouteille pour remercier les hôtes qui vont me garder Honoré quelques jours. On ne passe pas inaperçu dans cette charmante ville où les habitants nous interpellent régulièrement. La journée est longue car beaucoup de bitume à parcourir, j’ai quitté le GR46 et peu d’habitations où m’arrêter bivouaquer. Et quand il y en a, il est trop tôt, les gens sont au travail. Je continue et finalement arrive chez Jennifer et Ghislain plus tôt que prévu. Et quelle surprise en arrivant, c’est Jennifer qui m’avait vendu les enveloppes à La Poste avant hier. Impossible à ce moment là d’imaginer qu’on se reverrait dans son jardin. Fatigué par la longue journée de marche, je suis contraint de refuser l’invitation à dîner, mais j’accepte la douche volontier.
Avec l’avance gagnée sur les trajets, je peux bénéficier d’une journée de repos total. Même Honoré ne comprends pas ce qui lui arrive. Je vais faire un tour au village prendre du pain, dès qu’il s’est aperçu de mon absence, il a brai. Ça me fend le cœur de le laisser trois jours, mais il est dans une bonne famille et les enfants seront sans doute tout près de lui autant que possible. Je n’imaginais pas à quel point je serai triste de laisser mon loulou tout seul quelques jours. Même si je sais qu’il est en sécurité avec des gens adorables, je sais aussi qu’il va stresser de ne pas me voir.
Jennifer me conduit à Gaillac, c’est jour de marché et celui-ci est plutôt bien achalandé avec de nombreux exposants. Ça me permet d’attendre l’heure du départ du train et de trouver de quoi déjeuner sur le pouce. Je rencontre également une savonnière qui travaille comme Anne-Laure de Belisama (https://www.savonbelisama.fr) et Clotilde de La Terre Bleue (https://laterrebleue.fr). Et comme les Cévennes sont déjà loin, le savon de Clotilde est déjà presque terminé. C’est un TER qui me conduit à Toulouse. Jusque là, tout va bien. En sortant du TER, je me suis senti comme un indien dans la ville, perdu, désorienté et il y a 1 heure d’attente avant le train pour Bordeaux. Là c’est un TGV OUIGO, finalement pas plus confortable que le TER.
Le retour est identique mais avec plus de monde. Bref, je suis bien content de retourner à la campagne, d’autant que Jennifer vient me chercher à la gare. Ça me fait du bien de revoir mon compagnon aux grandes oreilles même s’il semble que je ne lui ai pas beaucoup manqué. La fille aînée de Jennifer et Ghislain l’a couvert de papouilles et n’a pas manqué de demander à maman d’acheter des carottes pour lui faire plaisir. Honoré a été chouchouté, il a bien mangé, prêt pour le prochain rendez-vous avec l’ostéopathe. On va faire une pause chez une asnières bien connue par de nombreux compagnons d’ânes.

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Pause castraise

Je profite de la pause pour entretenir un peu le matériel et changer ce qui est défectueux. J’avais commandé des nouvelles chaussures chez caminoloc.com, les dernières lowa ont passé les 2500 km et ne sont plus étanches, elles sont craquées sur les côtés et le deuxième ressemelage du talon est usé. Je les commande sur Caminoloc parce que c’est une boutique qui est réputée pour prendre soin de ses pèlerins et Mahdi du camino n’est pas avare de conseils précieux pour notre plus grand confort. En plus en ce mois d’octobre et avant la fermeture des magasins pendant l’hiver, des promotions sont en cours. Je reçois les nouvelles chaussures par la Poste et comme à chaque fois il y a toujours un petit mot gentil dans le carton et une coquille Saint-Jacques. Merci Philippe !
Valérie me conduit à Décathlon car mon duvet plume ne garde plus la chaleur correctement et le double toit de la tente n’est plus étanche. Et vu la saison qui approche il vaut mieux être au top sur ces points importants. Je rencontre le responsable randonnée du Décathlon de Castres. Comme à chaque fois l’enseigne bleue est un partenaire à la hauteur, le duvet sera échangé et une réduction est appliquée sur le double toit. Mais il faut attendre quelques jours la livraison, ce qui n’est pas un problème puisque je peux profiter de l’accueil chaleureux de Valérie et Christophe.
Ah j’ai failli oublier de vous dire, Valérie et Christophe sont très engagés pour le bien-être animal et font partie d’une association qui s’appelle champ libre aux poules, qui permet de sauver des poules d’élevage destinées à l’abattoir, pour les remplacer dans les familles qui prendront soin d’elles.
Pendant cette pause, je reçois la visite d’un journaliste du Tarn Libre et la correspondante de la Dépêche du Tarn (https://www.ladepeche.fr/2022/10/13/puylaurens-stephane-et-son-ane-honore-font-une-halte-au-village-10734077.php#xtor=%5B%5Bddm-ladepeche81%5D%5D) L’article du Journal d’ici est paru matin et les voisins se font un plaisir de nous en informer et nous proposent le café, le temps d’en savoir plus sur ce vagabond-voisin pour quelques jours.
Je remercie au passage Biocoop Castres Le Siala (https://www.biocoopcastres.fr/) qui m’a gentiment appliqué une réduction sur mes achats pour encourager ma mission de ramassage des déchets. Merci à la charmante vendeuse (pardon de n’avoir pas pensé à demander son prénom) qui en plus m’a donné un très bon conseil pour le choix d’un vin à partager avec Valérie et Christophe qui m’accueillent si chaleureusement.
Une belle pause, de belles rencontres et la semaine est passée hyper vite, il est déjà temps de se dire au revoir. Notre séjour a été très agréable reposant, même si je ne tiens pas en place 😉 et Honoré s’est bien amusé avec son nouveau copain Calichon. Comme à chaque départ, l’émotion est palpable, mais il faut bien terminer ce tour de France.
Après la côte qui nous sort de la vallée d’où on vient de partir, Honoré regarde en arrière comme pour attendre ses potes, il brai en réponse à un autre âne, puis nous sommes en chemin. Arrivé sur les hauteurs, j’aperçois au loin à l’horizon les Pyrénées. Des chasseurs qui ont reconnu Honoré grâce à la presse, expliquent où se trouve Perpignan et Tarbes par rapport aux montagnes que nous apercevons. « On voit les deux tiers des Pyrénées d’ici » commente fièrement l’un des chasseurs avec l’accent prononcé du coin.
Chaque départ est chargé d’émotion et fait ressortir la solitude du chemin, solitude d’autant plus grande aujourd’hui que ce midi j’apprends une triste nouvelle. Heureusement cette semaine a été plus que positive et de nombreuses interrogations ont trouvés leurs réponses et des situations administratives se sont débloqués.
Je profite que les dénivelés sont beaucoup plus doux par ici pour tenter de marcher sans la gaine de maintien au mollet. C’est la première fois depuis la déchirure musculaire que je peux marcher sans rien. Même si le mollet est encore sensible il n’y a plus de franche douleur. Et je repense à Laetitia et Jérôme qui m’avaient donné ces manchons sans lesquels le chemin aurait été très douloureux.
Le chemin est agréable et je reprends le rythme des rencontres et explications de ma mission. La fatigue se fait sentir et je quitte la voie romaine pour trouver un bivouac. Je m’arrête à une maison toutes fenêtres ouvertes et Christophe et ses filles m’accueillent avec enthousiasme, mais ils n’ont pas de terrain. Christophe me conduit chez Hervé et Florence où il y a de la place, une douche et un repas que Christophe vient partager avec nous.
Merci encore à tous ceux qui ont participé à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane et qui m’ont permis de changer de chaussures et le double toit de la tente. Une pause ostéopathe est programmée pour Honoré très bientôt. Merci de partager le lien de la cagnotte, on a encore besoin de votre aide même si on arrive à la fin, il reste du chemin.

Midi-Pyrénées

La journée débute avec des brumes matinales dans la vallée, mais nous restons en hauteur. Le décors est bien différent de ce que nous avons vu les semaines passées et même si on est encore en altitude (autour des 800m) la verdure reprend le dessus sur le minéral, les pâturages deviennent la norme. C’est étrange comme ces odeurs m’avaient manqué. Encore une belle journée entre lacs et collines et on n’a pas vu les kilomètres passer. Et quand je commence à les sentir on arrive à La-Salvetat-sur-Agout, ce nom vous dit sûrement quelque chose… On bivouaque dans un pré, le paysan voisin me laisse accès à l’eau.
Enfin une journée de marche calme avec des gentils dénivelés, pas de piège et un temps parfait pour la marche. En chemin je rencontre des pèlerins dont une pèlerine qui reconnaît Honoré (on parle de nous chez les randonneurs), puis dans un refuge, des chasseurs m’offrent du saumon. Un autre groupe de pèlerin qui va en direction de Rome, vient me rejoindre à la table de pique-nique. Et au moment de partir, Honoré m’indique une visite, en effet un randonneur arrive avec deux ânes. Il vient de Fatima au Portugal et s’en va à Roscoff en Bretagne en faisant un détour par ici. Lui aussi a entendu parler de nous, à priori on commence à être connus chez les âniers aussi 😉. Je décide d’interrompre la journée de marche bien remplie toutefois, à Anglès où je rencontre un couple de camping-cariste qui vient de Bretagne et avec qui la conversation s’engage facilement. Je les retrouve plus tard à la boulangerie qui m’indique un coin pour bivouaquer, puis le couple vient à nouveau discuter. Une agréable rencontre comme le chemin en propose souvent.
Cette nuit il a plu et c’est sous le brouillard que je me réveille et plie la tente. Aujourd’hui c’est notre dernière journée en altitude, cette après-midi ça commence à descendre avant notre arrivée sur Castres. Je passe tout près de chez un autre cycliste célèbre, Laurent Jalabert.
En arrivant dans le Tarn nous arrivons aussi dans la région Midi-Pyrénées et au pays des chocolatines. C’est peut-être anecdotique dit comme ça, mais ça veut dire que nous sommes dans la dernière partie de notre tour de France. Hier déjà j’apercevais les prochaines collines et me rendais bien compte que nous allions quitter la montagne pour la plaine. Si ce n’était pas encore flagrant par rapport au paysage proche, c’était indéniable quand on regardait au loin en arrivant aux sommets. Avec la descente sur Castres la plaine se confirmait et la montagne s’éloignait. Je l’avais tant attendu cette montagne l’hiver dernier avant d’arriver dans le massif des Vosges, nous l’avions pratiquement pas quitté mise à part entre le Jura et la Bourgogne mais ce n’était que pour quelques jours. Même si je suis un peu soulagé de quitter la montagne parce que physiquement ça commence à tirer, c’est une nouvelle page qui se tourne dans notre magnifique aventure.
Comme à chaque traversée de ville, il faut redoubler de vigilance. Mais ça se passe bien, la circulation n’est pas trop dense et les automobilistes prudents nous laissent passer. J’ai quand même hâte de sortir de l’agglomération, d’autant que je dois prendre de gros rond-points et traverser des ponts, mais là encore ça se passe bien, il faut dire que ce n’est pas l’heure de pointe.
Rapidement je vois sur la carte un hameau où je trouve des possibilités de bivouac. Un riverain me propose son terrain, puis la voisine appelle le voisin du dessus qui a un terrain où il y avait des ânes… Je me retrouve donc avec deux bivouac possibles et en même temps la presse locale qui m’appelle pour venir à notre rencontre. Je reçois la presse puis décide d’accepter la deuxième proposition, même s’il y a peu d’herbe, au moins Honoré pourra gambader librement dans le pré. Victor et sa compagne Clara, qui emménage tout juste ici, m’accueillent très chaleureusement me proposant même la douche et un succulent repas. Encore une belle rencontre offerte par le chemin, de celles qui font croire en l’humanité et la bonté des gens.
Cette nuit il a plu et je range encore la tente humide mais ce n’est pas très grave ce soir nous arrivons chez Valérie et Christophe à notre pause bien méritée. L’accueil est super convivial, on se sent vraiment attendus et l’endroit est super agréable. Il y a trois ânes, on fait les présentations tranquillement avant de laisser les quatre congénères se découvrir et jouer ensemble. Très vite Honoré et Calichon deviennent copains, l’ânesse et sa fille restent encore un peu en retrait mais très vite le groupe s’unit et s’en va vaquer ses occupations. Du coup je n’ai pas besoin de monter la tente et j’ai une chambre qui va me permettre de soulager le dos douloureux. Ici c’est la maison du bonheur pour les animaux (et les humains aussi hein !) je vous en dirai plus dans un prochain post.

Haut Languedoc

La pluie a eu la bonne idée de sévir juste pendant la nuit, ce qui me laisse partir avec la tente presque sèche et sous le soleil. On retraverse Lodève tranquillement et Honoré me refuse une passerelle pourtant en béton, mais sûrement pas assez large pour lui. Pas grave on fait un petit détour qui finalement nous fait découvrir un magnifique pont de pierres genre médiéval. Ça commence à monter doucement avec quelques passages un peu plus techniques, mais rien comparable aux difficultés des trois précédents jours. On croise un couple de pèlerin qui ont déjà fait Le-Puy – Compostelle et qui commence la voie d’Arles aujourd’hui à Lodève. La suite de la montée est beaucoup plus confortable puisque c’est une piste de type DFCI. Il y en a beaucoup par ici, ce sont des pistes créées pour faciliter l’accès aux pompiers en cas d’incendie dans cette végétation sensible.
En route je rattrape Selma, une Allemande partie de Montpellier pour une semaine de marche sur la voie d’Arles. Nous marchons ensemble jusqu’à la pause déjeuner où nous sommes rattrapés par un couple d’Autrichiens, Claudia et Manfred, que j’avais également croisé la veille. Claudia parle un petit peu anglais et nous arrivons à nous comprendre sur les grandes lignes, mais heureusement Selma parle très bien français et assure les traductions. Après la pause nous partons tous les quatre et décidons de prendre un raccourci pour filer directement sur Lunas, un charmant petit village de montagne. Honoré montrait de temps en temps son mécontentement quant au rythme imprimé par le quatuor qu’il jugeait trop soutenu. Nos chemins se séparent au cœur du village, Selma rentre chez elle demain, mais nul doute que je recroiserai Claudia et Manfred dans les jours qui viennent. Mes nouveaux amis ont un hébergement dans un gîte, nous, nous devons encore trouver le nôtre.
Alors que des retraités m’indiquent une direction, des jeunes s’amusent à faire vrombir les moteurs de leurs motos qui ont effrayé Honoré, qui part au galop. Je pensais que l’incident était clos quand en arrivant à l’Office de tourisme, il avait peur des changements de couleur du sol, comme si c’était la première fois qu’il sortait de son pré. Impossible de prendre la route qui mène au cimetière, il a fallu feinter et passer sous un échafaudage, pourtant bien plus effrayant, pour arriver à notre lieu de bivouac. Je pense que la cascade en face l’Office de tourisme qui jouxte l’église, raisonnait dans l’édifice religieux ouvert et faisait caisse de résonance avec le bruit de l’eau. Je sais qu’il est fatigué qu’il a besoin d’une pause, moi aussi mais je ne trouve pas d’endroit où nous arrêter sur notre chemin avec suffisamment d’herbe.
La journée s’annonce difficile avec des dénivelés importants et il faut que je fasse un détour pour un complément de provisions. Je ne pourrai pas atteindre la prochaine ville sur le parcours, il faut encore que je fasse un détour pour trouver un bivouac car dans la montagne je ne trouverai pas d’eau. Le dénivelé est en effet très important et technique avec de grands rochers lisses et inclinés sur lesquels il est très difficile de marcher, d’autant qu’ils donnent sur le vide. Mais Honoré, comme d’habitude quand c’est difficile, se montre courageux et exemplaire.
Toute la matinée aura été ponctuée de passages étroits, il a même fallu débâter, abruptes et fatiguants. Après la pause déjeuner, c’est une piste genre DFCI continuait l’ascension. D’en haut, on pouvait voir la mer Méditerranée et une grande ville, peut-être Agde. Il fallait ensuite descendre pour trouver un petit hameau charmant, situé sur un parcours de location d’ânes, avec un pré spécial grandes oreilles. Honoré est ravi de pouvoir gambader et brouter à volonté.
Il ne m’a pas refait de crise d’angoisse comme hier, tout c’est super bien passé mais je reste vigilant. Pour retrouver mon itinéraire, je dois prendre 5 km de route bitumée. Mais c’est une petite route, je n’ai croisé qu’une seule voiture. Au bout c’est à nouveau une DFCI, par contre là je croise beaucoup de voitures, enfin des 4×4, nous sommes dimanche les chasseurs sont de sortie. On rencontre à nouveau quelques passages techniques sur la descente vers Saint-Gervais-sur-Mare, mais rien qu’Honoré ne sache passer. La journée est belle et agréable, on rencontre quelques promeneurs, à nouveau des chasseurs et un jeune pèlerin, Benoît qui vient du Pays Basque et qui s’en va à Rome. Nous longeons la frontière avec l’Aveyron, sans jamais y passer. C’est à Castanet-le-Haut que je trouve un bivouac près du terrain de tennis. Il y a de l’eau mais peu d’herbe, ça fera l’affaire.
Pour être honnête je ne m’attendais pas à ce que le département de l’Hérault m’offre un paysage avec autant de dénivelés et d’aussi beaux points de vues. Nous commençons la journée par une belle côte avec quelques portions encore difficiles. Ça monte pendant 8 km puis ça se calme et nous arrivons dans le Tarn. Le changement de paysage est radical, on passe d’un univers rude et plutôt minérale, à un paysage plus doux, plus vert et enfin nous retrouvons des pâtures et des vaches. Pourtant nous sommes à une altitude plus élevée. Je dois faire un détour par une route pour éviter quelques passerelles que mon compagnon risque de me refuser. L’étape est courte, je m’arrête à Murat-sur-Vèbre et je me rends directement à la mairie où on me propose de bivouaquer au camping. Je fais quelques courses, lessive et repos total, ça fait du bien.
Bien qu’on soit dans le sud et que les températures sont assez clémentes, les cheminées sont déjà allumées et quand je demande un bivouac, on me regarde d’un air étonné « Quoi ? Vous n’allez quand même pas dormir dehors ? ». Ben si, je vais dormir dehors il ne fait pas si froid. Mais j’avoue que cette fois-ci, je redoute l’hiver qui approche, je serais probablement dans le massif central. Bon c’est vrai cette nuit il a fait à peine 5 degrés, mais les journées sont encore belles.
On m’a proposé un accueil pour faire une pause, je suis soulagé. Mes chaussures sont en fin de vie, il est temps de les changer, je vais profiter de l’adresse pour passer commande. Au passage merci à tous ceux qui participent à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane et grâce à qui je vais pouvoir terminer mon tour de France bien chaussé et offrir une nouvelle séance d’ostéopathie à Honoré.

Hérault

Les épisodes cévenols semblent être terminés, enfin pour l’instant, il est temps de reprendre la route direction l’Hérault. Un dernier au revoir à la famille d’Édith qui nous a accueilli ces quatre derniers jours. Toujours un peu émouvant de partir, mais c’est notre destin. Les dénivelés sont moins intenses mais les sols toujours rocailleux.
Aujourd’hui c’est dans une garrigue valonnée que nous progressons. Et avant d’arriver à Saint-Hippolyte-du-Fort, après une longue descente technique et rocailleuse, une barrière est posée là, probablement par les chasseurs. Honoré, qui est chiant ce matin comme à chaque reprise, m’indique un passage plus haut. Je débâte et vais vérifier. En effet c’est possible que ça passe ! Et comme un jeune cabri, Honoré descend en sautant de pierre en pierre. Ce sera d’ailleurs le seul moment agréable de la journée, le reste du temps, il a tiré. La progression est lente et malgré une pause pique-nique dans les oliviers où Honoré a pu manger à souhait, il reste désagréable. Je ne trouve pas pourquoi. Peut-être que simplement, il estime que ce tour de France arrive à son terme et qu’il a assez donné. Il reste cette loi sur les déchets que j’aimerais bien voir aboutir, et puis la boucle n’est pas encore terminée, même si on a fait plus des 3/4 du chemin. Allez un petit effort Honoré, on a bientôt fini 😉.
En arrivant à Pompignan, je croise une cavalière amie d’Édith qui me propose un bivouac. Mais c’est loin du bourg où je dois aller chercher de l’eau potable. Je vais au cimetière et en sortant je croise Marie qui me propose le jardin de l’atelier de son ami. Il y a de la place pour Honoré et une douche pour moi. En plus j’ai même un apéro dinatoire.
J’ai bien dormi, Honoré a bien mangé et nous revoilà en chemin. Ça grimpe un peu, parfois beaucoup mais pas longtemps, encore de la pierre et des passages techniques. Heureusement qu’il n’y a pas de déchet à ramasser sur ces portions compliquées. Comme hier, Honoré est parfait sur les passages techniques et traîne les pattes sur les passages tranquilles qui devraient être agréables. Après la pause, je décide d’écouter la journée pour voir si demain ça va mieux. C’est là qu’on croise David, géobiologue, qui interrompt sa pause pour nous accompagner dans son village. Il nous conduit au centre équestre pour notre bivouac, chez lui il n’y a pas de place. Il revient nous voir avec son fils Eliott, tout content à 3 ans d’offrir des pommes à Honoré. Le soir je suis invité à dîner chez lui et suis accueilli par sa compagne Marion. La soirée est très agréable et comme souvent, trop courte. Mais Eliott est fatigué, moi aussi, David me raccompagne histoire de prolonger la conversation sur la géobiologie.
Cette nuit nous découvrons la tramontane, ce vent rafraîchissant dont les rafales ont atteint 70 km/h. La nuit a donc été ponctuée par ces moments où il a fallu tenir la tente. Ce matin je recroise David qui m’offre des terrines avant de nous saluer. La journée de marche est tranquille, peu de dénivelés aujourd’hui, même s’il y a beaucoup de bitume, ça fait du bien. On est attaqués par les moustiques tigres pour ma part et les mouches plates pour Honoré. C’est vraiment désagréable ! Quant aux déchets, le calme du chemin nous fait reprendre le rythme habituel, ni plus, ni moins. Mais j’ai enfin reçu un message d’un député de l’Allier qui relance mon projet auprès de son groupe parlementaire. On y crois, cette fois c’est la bonne !
La tramontane s’est un petit peu calmée, mais les différences de températures entre le moment où elle souffle et le moment où elle ne souffle plus, fait que j’ai passé ma journée à mettre et poser le gilet. J’arrive ce soir à Puéchabon, joli petit village typique d’Occitanie et croise Marion qui me propose un terrain qu’elle vient d’acheter. Elle m’apporte même de quoi dîner, je suis gâté.
Ce matin une voisine m’apporte un bon café tout chaud, juste avant que je prenne la route avec Honoré, toujours attaqué par les mouches plates. Malgré les huiles essentielles et le combat permanent pour les chasser, elles persistent. Le début de journée est plutôt calme, on croise quelques chasseurs, le chemin est agréable, pas trop difficile et même franchement joli quand on traverse les petits villages typique et les magnifiques ponts, véritable œuvres d’art surgis du passé. C’est la dernière partie de la journée qui a été compliquée de par le dénivelé et la technicité du terrain. Niveau déchets, c’est toujours pareil, d’ailleurs c’est assez étonnant mais dans les parties techniques il y a moins de déchets que sur les parties plates. Quoi qu’il en soit Honoré a encore été exemplaire et impressionnant dans les franchissements complexes, tant en montée qu’en descente.
Juste avant d’arriver au village de Saint-Jean-de-La-Blaquière, Honoré a repéré l’asinerie des petits sabots. Comme on a plus de 25 km dans les pieds et les pattes, on cherche rapidement un bivouac et on va donc demander à l’asnier s’il connaît un coin nous pourrions passer la nuit. Impossible chez lui à cause d’ânes entiers qui n’accepteraient pas Honoré, mais il appelle le maire et me trouve très vite un terrain pour la nuit. Au cours de la conversation on se rend compte que nous avons des connaissances en commun, notamment Michel de l’asinerie du Tremble où est né Honoré, et Serge de Savoy’âne que je n’ai pas encore rencontré puisque je ne suis pas allé en Savoie, malgré son invitation. Promis je viendrai un jour !
La journée a mal commencé avec un itinéraire tracé sur les cartes qui n’existe plus puisque trop souvent inondé par la rivière. On fait donc 4 ou 5 km de détour avant de trouver le nouveau balisage et de vraiment démarrer la journée. Je suis agacé, du coup Honoré est chiant, normal quoi. Puis la montée commence et se déroule plutôt bien. Les villages traversés sont pittoresques et agréables et nous croisons des pèlerins, normal nous sommes sur la voie d’Arles. Encore quelques passages techniques, tant dans les montées que dans les descentes, mais comme d’habitude c’est une formalité pour Honoré. On arrive près d’un prieuré (Grandmont) ou des rondins sont disposés pour faire une table et des chaises, ça fera une pause idéale pour le pique-nique.
Plus tard on recalculant l’itinéraire je me rends compte que c’est à peu près à cet endroit que nous franchissons les 5000 km parcourus depuis le départ il y a tout juste 16 mois.
Le reste de la journée se déroule bien, limite confortable. À noter qu’aujourd’hui 100 % des déchets ramassés étaient des déchets accidentels, hormis ceux trouvés sur les routes évidemment.
La descente sur Lodève est raide mais moins technique que celles que nous avons rencontré les jours précédents. Il ne reste plus qu’à traverser la ville pour nous rendre chez Anne, la sœur de Marc chez qui j’avais bivouaqué en novembre dernier, juste avant d’arriver chez Bernard Hinault.