Quatrième jour : retour à Murol

Le dernier avant la journée de repos. La nuit a été confortable, calme, sécurisante et j’aurais même pu prendre le temps de me déguster un croissant ou un pain au chocolat, si le gérant du camping m’avait permis de payer ma nuit par carte. Du coup je n’ai plus de monnaie pour cette option. Tant pis pour lui, j’en prendrai un à Murol, il y a un distributeur.
Cette dernière étape sera la plus courte puisque j’ai fait une grosse partie du trajet hier. Je prends mon temps et quitte tranquillement le camping. Dès la sortie, ça monte, doucement, mais sûrement. Idéal pour se mettre en jambe. Comme souvent par beau temps, il y a des montgolfières qui s’élancent dans le ciel. Je traverse Saint-Nectaire puis rattrape le GR30 qui me conduira jusqu’à mon arrivée.

Rapidement je croise un randonneur équipé d’une carte et cherchant ses repères.
– « Bonjour, c’est bien par ici le GR30 ? » me demande le retraité.
– « Oui c’est bien ça, c’est là que je vais aussi » lui répondis-je en lui montrant les signes qui confirment mon affirmation.
– « Ha oui c’est bien ce que je pensais, je démarre tout juste ma journée, je m’étais éloigné du GR pour rejoindre une chambre d’hôtes où j’ai passé la nuit, du coup je n’étais plus très sûr » explique le marcheur.
Nous marchons un peu ensemble mais quand la pente se renforce, je me rends compte que l’homme assure un rythme bien supérieur au mien. Il s’arrête pour ranger son gilet, je prends de l’avance mais rapidement il me rattrape. Nous échangeons sur nos parcours, lui fait le GR30 en entier soit près de 200 km. Il est parti de La Bourboule, il n’est pas à la moitié de son parcours. Il a réservé un hébergement dans un gîte pour ce soir, il ne doit pas trainer. Il m’explique qu’il a fait le chemin de Saint Jacques de Compostelle avec un ami. Ce doit être de la rigolade pour lui ce parcours d’à peine 200 km… Je fais une pause pour boire un coup et reprendre mon souffle, je ne le reverrai pas par la suite.
Sur le trajet, j’aperçois sur les hauteurs les grottes de Châteauneuf passées hier soir. Puis au détour d’un chemin, le château de Murol. La fin du périple.

C’est jour de chasse. J’entends des chiens, je croise des guetteurs qui doivent se dire que je marche sur leur terrain de chasse et que je les gênerais pour tirer si besoin. Je poursuis la montée, traverse des fermes et passe devant une ferme qui vend du Saint Nectaire à Chautignat et qui me semble répondre à mon étique d’élevage (ils ne sont pas en bio, mais en tant qu’éleveur bio, je trouve cet élevage différent des autres). La vente n’est ouverte que les après-midis et fermé le dimanche. Je reviendrais tout à l’heure.
Et puis c’est l’arrivée au château. J’allume le téléphone pour donner des nouvelles, rassurer la famille, dire que je suis bien arrivé et que je vais bien profiter de la journée.
Je m’arrête à Murol au distributeur de la banque, vais prendre mon pain au chocolat pour mon dessert de ce midi (il est trop tard pour le petit déjeuner) mais midi approche. Je m’autorise une bière puis prends la direction du camping de Chambon-du-Lac. Non, je ne prends pas la voiture, je suis encore un marcheur, tant que la tente ne sera pas montée. Arrivée au lac Chambon, je pose les chaussures et me trempe les pieds dans l’eau fraiche du lac. J’ai l’impression d’entendre « pschhhhh » comme quand on met une poêle chaude dans l’eau froide de l’évier. Une randonneuse qui est assise sur le ponton des pédalos et qui elle aussi baigne ses pieds, m’interroge sur mon parcours ayant vu mon sac à dos que j’ai laissé sur un banc. Retraitée, elle et son mari sillonne la France en camping-car pour découvrir à pied, les beaux paysages que nous offrent l’Auvergne.
Il est trop tôt pour aller au camping, il n’est pas encore ouvert pour l’accueil des campeurs. Je vais manger sur les tables de pique-nique près de la Couze Chambon qui prolonge le lac. Le lieu est calme à cette heure, à peine dérangé par les arrivées de camping-cars qui attendent eux aussi l’ouverture du camping. J’ai donc tout mon temps pour déjeuner. Enfin l’heure de l’ouverture, je me dirige à l’accueil et choisi mon emplacement. Je paye ma nuitée, réserve deux pains au chocolat pour demain matin et vais mettre fin à mon statut de randonneur.

Une fois installé, je vais prendre une bonne douche, faire ma lessive, étendre mon linge et je reprend la route pour aller chercher la voiture. Il est temps pour moi de retourner à la civilisation, complètement. Je repars pour Murol par le GR30 et rejoins la voiture. Un peu de mécanique pour réamorcer la pompe. Je file à la ferme chercher mon fromage en évitant un contrôle routier (je viens de me rendre compte que je suis en retard pour mon contrôle technique). 1 heure d’attente pour être servi, c’est bon signe, je ne me suis pas trompé le lieu est réputé. Un retraité devant moi m’explique en avoir réservé 18 pour être sûr d’être servi. Il vient semble-t-il chaque année et est un fidèle de cette ferme. Devant lui, un car de randonneurs, retraités de l’éducation nationale. Ça fait du monde.

Je rentre au camping, mais laisse la voiture sur le parking extérieur car elle sent le gazoil et je ne veux pas devoir supporter cette odeur près de la tente.
Ce soir au camping, il y a un apéro concert. Une jeune fille à l’accordéon accompagné par un clavier, propose des chansons de la variété française. je pense à mes amis David, Christophe ou encore François. Je profite de l’instant pour déguster un whisky au soleil couchant sur le massif du Sancy.

Pour ceux qui veulent en savoir encore plus, il existe un PDF généré par le site Visorando , site avec lequel j’avais préparé mon trajet. Ce PDF est le trajet modifié, celui que j’ai réellement effectué.

Troisième jour : direction Saint Nectaire

La nuit a été moins fraiche que la précédente, mais j’étais en contrebas de la route qui mène de la Croix Morand au Mont-Dore. Le va-et-vient des voitures et des camions me rappelaient que je n’étais pas loin de la civilisation, contrairement à la nuit d’avant.


Je n’ai plus beaucoup d’eau et le prochain village, Pessade, est assez loin. Tant pi je prends quand même un café, essentiel à la mise en route matinale. Le café à peine englouti, mon voisin hirsute descend m’assurant avoir passé une bonne nuit près de la cascade du Queureuilh. Son périple est encore long à lui aussi, nous nous encourageons mutuellement.
Je démonte la tente et démarre ma journée avec pour premier objectif : trouver de l’eau. Il fait encore frais, je prends la pause pour un selfi près de la cascade et entame la montée qui devrait durer jusqu’à la Croix Morand. Il y a une auberge en haut du Col, j’y trouverais peut-être de l’eau. Je passe donc la cascade sans prendre le risque de me mouiller, passe devant un lieu qui aurait été bien plus agréable pour camper cette nuit près de la cascade du Rossignolet… et ça monte. Ça monte tellement que rapidement, j’ai chaud. Je fais une pause près de la ferme de la Tache pour poser le pantalon et enfiler un bermuda. La suite de la montée est peu agréable, une forêt de pins alignés au cordeau, tellement serrés que la lumière a du mal à passer malgré qu’il n’y a pas un nuage. Et en plus, les nombreux randonneurs qui empruntent ce parcours, pour y faire leurs besoins. Du coup, le sol est jonché d’une multitude de morceaux de papier hygiénique. Pour ma part, j’ai accroché à mon sac une petite pelle de jardinage pour enfants qui me sert à enterrer la grosse commission et laisser la nature aussi propre que possible. Et j’ai toujours un petit sac poubelle dans mon sac au cas où.
J’arrive enfin près du Col de la Croix Morand. Le vent m’oblige à remettre le sweat-shirt que j’avais posé plus tôt. Normalement, je dois tourner à gauche pour rejoindre Pessade, mais je décide de faire un détour pour faire un selfi, ce n’est pas tous les jours qu’on peut accéder à ce Col à pied, mais surtout pour faire le plein d’eau car je suis à sec. Je croise à nouveau trois jeunes filles, mais je ne sais pas si ce sont celles que j’avais croisé l’avant-veille à Besse et au lac Pavin. J’arrive à l’auberge du Col, fermée pour travaux. Ça commence à m’inquiéter, Pessade est loin.

Je fais ma photo, redescends et recroise les jeunes filles arrêtées sur le bord du chemin. « Vous vous êtes trompé de chemin ? » se moquent-elles en s’adressant à moi. « Non, je suis allé faire un selfi et chercher de l’eau, et vous, vous êtes perdues ? » et là je me rends compte qu’il manque une des filles qui était dans le buisson en train de faire ses besoins… « Bonne randonnée ! » m’exclamais-je les dispensant ainsi de me répondre. Je repris mon chemin rapidement afin de ne pas mettre plus mal à l’aise la fille du buisson. Plus loin, elles me rattrapent alors que je m’arrête à nouveau pour poser mon sweat. Je les laisse prendre de l’avance, picore quelques mûres, admire le paysage et profite du dénivelé moins agressif que celui d’hier.
Je passe près du Puy du Baladou, puis le Puy de la Védrine où là encore je traverse les estives à proximité des vaches.

Arrive à Pessade où le gîte pour randonneur est lui aussi fermé. J’y redouble les jeunes filles sans m’arrêter cette fois-ci, inquiet de ne pas avoir trouvé d’eau. Je dois aller jusqu’à Saulzet-le-Froid où j’espère trouver de quoi remplir les gourdes. Tout est fermé, même pas de cimetière en vue.

Les cimetières, pour les randonneurs, sont recherchés car tous sont ouverts dans la journée et un robinet d’eau potable est à disposition pour arroser les plantes qui ornent les tombes.

Désespéré, assoiffé, je fais un détour et me rends à l’Église. Souvent près des Églises il y a un robinet aussi. Mais pas ici. Il y a bien des bachasses (les bachasses sont des bacs en pierre, souvent alimentés par une source de montagne, parfois au réseau d’eau, qui servait autrefois à abreuver les animaux), mais les robinets ne coulent pas et on ne peut pas les ouvrir sans outil. A l’Église, je suis rejoint par les filles qui cherchent la même chose que moi. Elles sont parties de Saint Nectaire le même jour que je suis parti de Murol, mais ont évité le Mont-Dore en passant par le Puy de la Tache, duquel elles descendaient juste avant notre rencontre matinale. Fatigués, nous faisons une pause à l’ombre. Ça fait du bien malgré tout de poser les sacs et les chaussures. Les deux plus jeunes profitent de s’être allégées de leurs sacs pour aller explorer le village et y dénicher un point d’eau. Rapidement, joyeuses, elles reviennent nous annoncer qu’une bachasse coule et qu’il n’est pas noté que l’eau n’est pas potable. Nous reprenons les sacs à dos et nous hâtons d’aller faire le plein. S’il n’est pas noté que l’eau n’est pas potable, il n’est pas noté non plus qu’elle l’est ! Dans le réservoir, l’eau est claire, tellement claire d’ailleurs qu’on y voit distinctement des truites qui y nage. C’est sûr, c’est un bon témoin de la qualité de l’eau, si elle était polluée, les truites nageraient le ventre en l’air. De toute façon, la soif étant la plus forte, je décide de remplir une gourde et de continuer ma route. Les filles préfèrent prendre leur déjeuner ici tout proche sur une place ombragée. Elles sont équipées de pastilles pour traiter l’eau.

La déshydratation doit avoir des effets sur la lucidité, plus tard, en regardant la carte, je découvre qu’il y avait bien un cimentière à Saulzet-le-Froid, de l’autre côté du village. Ni les filles, ni moi n’avions trouvé cette information à ce moment-là.

Je reprends mon chemin et vide un bon quart de ma gourde avant le prochain hameau, Mareuge. Joli village de montagne vide de tout habitant, agréable, reposant, toujours pas de cimetière mais à nouveau une bachasse. Je décide de m’arrêter là pour pique-niquer. Ça fait plus d’une heure que j’ai commencé à boire l’eau du village précédent, je n’ai pas mal au ventre, j’ai toujours soif et ma voix est comme enrouée. Je commençais à me déshydrater. Il était temps que je trouve de l’eau. Vu le gout agréable de l’eau et l’absence de symptôme gastrique, je décide de remplir mes deux gourdes ici et de reprendre la route.

Entre Mareuge et le Vernais-Saint-Marguerite, le paysage est varié. J’aperçois le col de la Ventouse que j’avais emprunté il y a quelques années avec le club de moto, quand nous étions venus dans la région. Au Vernais il y a un cimetière, je pourrai refaire le plein des gourdes sans aucun doute de potabilité. La fatigue, la chaleur, la soif… La journée aura été compliquée. Je commence à chercher un endroit pour passer la nuit. Mais je ne suis dans une zone agricole, pas de forêt pour se cacher, les prés sont clôturés et des vaches paissent tranquillement. Je continue.

Je commence à voir des panneaux indiquant la proximité de Saint-Nectaire. Je regarde mon GPS, j’ai déjà fait plus de 25 km, je suis fatigué, pas certain d’être très lucide à cause de la déshydratation. Je suis tout près du Dolmen de Pineyre. Si j’avais eu les idées claires, je me serais arrêté ici pour la nuit. Mais tout à coup, je ne me sens pas en sécurité de passer la nuit ici, pris de vertige. Il est encore temps de rejoindre Saint-Nectaire pour aller dans un camping, au moins, si je ne me sens pas bien, je pourrais demander de l’aide. J’allume le téléphone, j’ai du réseau, Google Maps m’indique les campings à proximité. J’appelle, le gérant m’assure qu’il va m’attendre, mais pas trop longtemps. Pour lui c’est la fin de la saison, les journées sont longues et il ne compte pas faire d’heures supplémentaires. Je me dépêche. Mais c’était sans compter sur un dénivelé que je n’avais pas anticipé, celui du Puy de Châteauneuf. Non pas qu’il soit haut avec ces 904 m, mais c’est qu’il y a un dénivelé positif de 10 m sur une distance de 5 m. Bref, un mur. Ce n’est plus de la marche mais de l’escalade. Et arrivé en haut, un petit panneau indiquant « Prudence, descente délicate ». « Délicate ? Non mais t’es sérieux là » ruminais-je en me demandant si ce message est adressé à ceux qui viennent d’en fasse ou pour moi… Et en fait la descente est vraiment délicate, tellement même que je l’ai faite sur les fesses. Dommage de manquer de temps car j’aurais bien fait une pause aux grottes de Châteauneuf. Peut-être même que j’aurai pu y passer la nuit si j’avais été plus lucide. La vue sur Saint Nectaire est à couper le souffle, j’aperçois par moment le château de Murol.

Je suis à la fois content et déçu que ce soit déjà la fin. Mais je ne suis pas encore arrivé. Donc je descends aussi vite que possible, Saint-Nectaire est une ville toute en longueur, mais la pente est douce et je sais où je vais. J’arrive au camping pile à l’heure, essoufflé, j’ai du mal à parler. Le gérant m’accueil rapidement, me fait payer en liquide estimant qu’il me faisait déjà un « prix randonneur » et qu’il n’allait pas en plus, l’enregistrer dans sa comptabilité. Bref c’est un peu cher mais au moins je suis en sécurité, j’ai une douche à disposition, de l’eau est chaude et de l’eau potable, je peux laver mon linge et ma vaisselle. Le grand luxe pour un randonneur qui descend de la montagne. Retour brutal à la civilisation, au bord de la piscine du camping. Mais il n’y a plus que des retraités en camping-car, pas de cris d’enfants, je vais quand même pouvoir me reposer, j’ai parcouru plus de 35 km aujourd’hui.

Deuxième jour : vers le Mont-Dore

Au matin de ce deuxième jour, le froid est saisissant. J’aurais dû laisser mes vêtements dans le duvet parce qu’enfiler des habits froids quand on a déjà froid, ça donne encore plus froid. Je me fais violence, sors de la tente et marche pour me réchauffer. Je vais voir mes voisines vaches qui m’ont oublié depuis leur déjeuner de cette nuit. Le lever de soleil sur Super-Besse est magnifique. Le petit déjeuner sera simple, un café (il me reste peu d’eau) et un gâteau aux céréales et pépites de chocolat.


La descente entamée la veille se poursuit ce matin et commence par un bosquet très agréable avec ses odeurs de pin frais et la rosée. S’en suit un passage entre deux lignes à haute tension, beaucoup moins agréable. Pour ce passage, je m’imagine que ce sont des remontées mécaniques… il faut faire marcher son imagination. La descente forestière se termine sur une portion de la route qui mène de Besse à Picherande. Puis, à la baraque de Vassivière, je découvre un autre chemin que celui que je m’étais tracé, celui du pèlerinage de Vassivière. Chaque année en juillet, la vierge noire est montée depuis l’Église de Besse-en-Chandesse, en procession jusqu’à la chapelle de Vassivière à 8 km. La redescente, appelée aussi la dévalade, se déroule le dimanche qui suit la Saint Matthieu en septembre. Ce n’est pas par motivation religieuse, mais je choisi de prendre le chemin du pèlerinage qui de toutes manières arrive au même point que le GR4A, le bitume en moins. et puis comme j’envisage de faire le chemin de Compostelle l’année prochaine, ce sera un bon exercice. Le chemin est ponctué d’une quinzaine de croix, à chacune son propre sermon. Le pèlerinage s’arrête à la chapelle qui jouxte un gîte. Sous la chapelle se trouve une source d’eau potable qui arrive à temps pour remplir mes gourdes à sec depuis le café de ce matin.


La montée se faisait dans les prairies, au milieu des vaches, la descente vers la route de Super-Besse aussi. Des Salers cette fois-ci, impressionnantes avec leurs cornes, mais je ne les intéressais pas.
Il commence à faire chaud et je décide de m’arrêter à Super-Besse prendre un double café, re-remplir les gourdes parce que la prochaine étape va être longue avec l’ascension du Sancy et aucun point d’eau avant le Mont Dore. Et c’est parti pour la montée, longue, difficile, glissante avec le gravier qui roule sous les chaussures. C’est à ce moment-là que j’ai béni mon ami Jean-François de m’avoir conseillé de m’équiper de bâtons de randonnée, sans cette aide, je ne sais pas comment j’aurais pu gravir cette montagne. La montée est interminable, pas un randonneur en vue jusqu’à la jonction avec la GR30 au Col du Couhay. Là deux options s’offrent à moi, poursuivre par le Puy de la Perdrix puis le Puy Ferrand, ou poursuivre le GR30-GR4 jusqu’au Col de la Cabanne. Vu le monde sur la crête et que j’avais prévu au départ de suivre le GR30, je choisi de continuer avec l’idée de départ. Mais c’est quand même vertigineux… Il est midi passé, la faim m’impose un arrêt à flanc de montagne à hauteur du téléski du Puy Ferrand. Ça fait du bien ! Le déjeuner se fait avec vue sur les monts du Cantal et j’assiste à un exercice de deux Rafales qui se pourchassent entre les montagnes. Habituellement on les voit du dessous, avec l’altitude, on aperçoit les pilotes. Ici ce ne sont pas les vaches mais les moutons par centaines qui partagent ce vaste terrain de jeu.


Reprise du chemin, prudemment jusqu’au Col de la Cabanne. Il ne reste que 300 m pour atteindre le sommet du Sancy. 300 m de trajet, mais 102 m de dénivelé ! Mais vu l’heure et la fatigue, je pense que je n’aurai pas le temps de monter au sommet et redescendre par le Capucin comme je l’avais prévu initialement. Je choisi donc de couper par la station du Mont-Dore en quittant le GR30, choisissant le GR4E.

La descente est large, gravillonneuse, glissante. Là encore je remercie Jean-François pour le conseil des bâtons, qui soulagent grandement les articulations, surtout les chevilles et les genoux, à chaque pas. La Dore (qui deviendra la Dordogne au Mont-Dore) est à sec. Je ne prends pas le temps de faire le crochet par les nombreuses cascades (Dore, Serpent…) qui sont probablement à sec aussi. Je continue ma descente jusqu’à la station pour m’offrir une bonne bière et remplir les gourdes. Je rejoins le Mont Dore par les chemins qui sont des pistes de ski de fond l’hiver : le chemin des artistes, le chemin des montagnes, le chemin des médecins… Je rentre dans la ville, passe devant le funiculaire du Capucin. En effet je n’aurais pas eu le temps en passant par le Sancy. Il est déjà tard et je dois encore trouver un endroit pour bivouaquer. En ville c’est impossible. Je poursuis donc le GR4E en passant derrière l’établissement thermal, emprunte les escaliers dont l’irrégularité coupe un peu le souffle. Je croise un homme d’un certain âge qui m’interpelle voyant mon équipement, m’assurant que dans sa jeunesse il avait fait le même parcours. Je l’en félicite d’autant plus qu’à son époque le matériel était certainement beaucoup moins confortable que le mien, plus lourd, plus encombrant aussi.

Après les escaliers, une jolie promenade sur les hauteurs du Mont-Dore. Le sentier fait passer derrière les habitations et la pente que les terrains affichent et leur état d’entretien, assurent la bonne santé de leurs propriétaires. En arrivant au bout du chemin, je m’arrête changer les piles du GPS qui ne m’avait presque pas servi pourtant. Un petit chien s’approche de moi, me renifle, rattrapé par sa maîtresse (qui ne me renifle pas, heureusement), une dame âgée qui promenait son compagnon à quatre pattes pour se maintenir en forme. Probablement une riveraine au terrain abrupte et difficile d’entretien. Une longue discussion s’engage sur les paysages somptueux qu’offre sa région. Elle m’assure que j’ai loupé quelque chose de ne pas être passé par le Capucin et me conseille de faire halte au camping municipal, peu cher et accueillant, juste un peu plus loin sur le trajet que je me suis tracé. Je reprends mon chemin, mais il est trop tard pour le camping, il n’y a plus personne à l’accueil. De toute façon, j’avais prévu d’aller dormir près de la cascade du Queureuilh. Je poursuis ma route, me rends à la cascade, mais le bruit m’empêchera de dormir. Je redescends en cherchant désespérément un endroit plat… Je dois me résoudre à monter la tente sur le bord du chemin.

À peine la tente montée, j’aperçois un type un peu hirsute, un sac sur le dos un autre dans les bras, qui monte dans ma direction. Son équipement est dans un bien triste état, les bretelles de ses sacs sont déchirées, les fermetures éclairs ne ferment pas correctement. Lui aussi cherche un endroit pour dormir. C’est un creusois qui se rend à pied à un festival du côté de Vic-Le-Compte où il doit rejoindre des amis qui le redescendront en voiture. Je n’ai pas tout compris et je n’ai trouvé aucune trace du festival dont il m’a parlé. Probablement un festival réservé à quelques initiés dont la notoriété n’a pas besoin des lumières de la presse. Je lui dis que je n’ai pas trouvé d’emplacement plus plat sauf au bord de la cascade, mais que ce serait trop bruyant pour dormir. Il s’y dirige quand même comptant sur le bruit de la chute d’eau pour le bercer. Je ne le reverrai pas avant le lendemain.
Un taboulé fera le repas du soir suivi d’une tisane et d’un petit tour pour se dégourdir les jambes avant de dormir.

Départ de Murol, jour 1

Premier jour de marche.

Avant de commencer à marcher, je dois compléter mon équipement. Départ tôt de la maison, sac à dos chargé dans la voiture, direction Clermont-Ferrand. Et surtout Décathlon pour acheter le réchaud qu’il me manque et une serviette microfibre, bien moins encombrante et beaucoup plus légère qu’une serviette en coton, tout en ayant une capacité d’absorption égale.

Murol me voilà.

C’est le 11 septembre, il fait beau mais encore un peu frais ce matin. Ces derniers jours, l’été a décidé de nous abandonner pour laisser place à l’automne, tout au moins côté températures. La radio rappelle les « événements du 11 septembre » ce qui ne me fait pas regretter de me déconnecter quelques jours du rythme infernal des infos déprimantes.

À Murol, le mercredi, c’est jour de marché. J’en profite pour y faire un petit tour, j’adore les marchés de villages, très dynamiques, où l’on croise des gens qui prennent le temps de sourire et de profiter de la vie. La voiture est déjà garée sur le parking de la supérette du village, mais je préfère aller prévenir le gérant que mon véhicule va rester là quelques jours au cas où il gène. Aimablement, il me fait remarquer que si un camion plus grand qu’à l’habitude vient le livrer, la place sera juste. Je la déplace, endosse le sac à dos, ajuste les bretelles et c’est parti. En même temps, il est au courant qu’une voiture étrangère restera ici quelques jours, ça peut éviter bien des déconvenues.

Le petit tour au marché m’a mis en conditions, mais je démarre lentement, c’est la première fois que je suis aussi chargé. Le sac pèse 13 Kg. Je prends la direction du Tartaret pour rejoindre le GR30. L’aventure commence ! Et le paysage m’accueille, magnifique, dépaysant en cette fin de matinée. Je croise des vacanciers, des retraités pour la plupart qui profite d’une belle arrière-saison. Voilà, ça y est, dernière maison, je tourne à gauche, je suis sur le GR30. Je fais quelques ajustement, j’avais acheté un petit mousqueton tout à l’heure, je vais l’utiliser pour accrocher la gourde, c’est trop contraignant de poser le sac lourd pour boire une simple gorgée. Je traverse un petit hameau typique de la région, Jassat. C’est déjà la fin de la matinée, le chemin monte et descend doucement, comme pour m’habituer sans me brusquer aux dénivelés qui m’attendent. Je me familiarise avec les marques blanches et rouges qui m’indiquent le chemin que je veux suivre. Le GPS est avec moi au cas où, mais je préfère marcher « à l’ancienne ».
Je suis seul sur le chemin. Ça tombe bien, c’est ce que je suis venu chercher ici à cette période. Les oiseaux, l’ombre des pins, le soleil à travers les branches… Super agréable. Je croise un groupe de trois jeunes en arrivant à une intersection, eux aussi ont des sacs à dos avec des tentes. Sûrement des trekkeurs. Mais je dois tourner à droite. Ha ! Les choses sérieuses commencent. Le dénivelé vient de changer, une pente raide et sableuse se profile devant moi. Je croise un autre trekkeur, mais impossible pour lui de s’arrêter, la pente est trop abrupte.

Je monte péniblement et quand enfin la pente est moins rude, je rencontre deux types qui viennent de terminer leur déjeuner, assis sur une souche. Ils me cèdent la place en me souhaitant bon appétit et bonne rando. Je les remercie et leur souhaite une agréable marche aussi. Je sors mon réchaud pour me préparer des nouilles chinoises, mais me rend compte que la gourde en plastique que mon fils m’a prêté, a un horrible goût de plastique. Heureusement je n’ai pas très faim, je vais donc me contenter de manger un sachet de fruits secs pour apéritif. C’est amplement suffisant et nourrissant. En arrivant à Besse, je nettoierai correctement la gourde pour m’assurer une quantité suffisante d’eau.
Je me prépare un petit café et entreprends la fin de l’ascension. Je sors de la forêt, arrive sur un plateau d’où je découvre une vue magnifique sur la chaine des Puys et le Sancy. Une vue à couper le souffle, où l’on prend la mesure de la grandeur du site.

J’arrive maintenant à Courbanges. Il y a un gîte pour randonneurs idéalement placé sur le GR, tout en haut de la vallée de Chaudefour. C’est beau ! Quelques cheminées fument et me font penser que j’ai peut-être vu un peu juste avec mon duvet 15° pour cette nuit…
A proximité, un itinéraire proche de celui que je m’étais programmé, attire ma curiosité. Il est noté sur les flèches « Horizons, arts nature en Sancy ». Je décide de suivre et ne suis pas déçu, un peu de couleur est agréable.

Après ce petit détour culturel, je poursuis ma progression vers Besse. En sortant de la forêt, je trouve un feu de camp encore fumant. Bien que sécurisé, j’ajoute de la terre pour éviter toute reprise, la sécheresse de cet été caniculaire pourrait bien transformer ce feu en catastrophe pour cette forêt et l’exposition artistique qu’elle accueille.
Entre la forêt et Besse-et-Saint-Anastaise, je ne croiserai que des vaches et des chevaux. Sur le plateau, entre les prairies fermées, il n’y a rien d’autre à faire que de profiter de la grandeur du paysage. Les fermes anciennes me font rêver. A l’époque, les bêtes vivaient au-dessus de l’habitation ce qui permettait d’isoler et de chauffer la maison.


La descente à Besse est agréable, bordée par des bouchures garnies de mûres que je déguste au passage. J’y double trois jeunes filles qui font quelques réserves de mûres pour leur pique-nique du soir j’imagine car elles portent également du matériel de camping. En bas du village, la Couze Pavin est bien maigre mais rafraichie quand même un peu. Vu que je ne suis pas pressé, je prends le temps de m’arrêter boire une bière sur la place principale. C’est la dernière occasion d’avoir un contact avec la civilisation avant demain après-midi. Je profite de la pause au cœur du village médiéval, remplie et nettoie les gourdes pour ce soir. Il serait bien que je mange chaud.

La sortie de Besse est toute aussi agricole que l’entrée. Enfin par le chemin que je suis, toujours le GR30. Parce que par les chemins locaux PR (Promenades et Randonnées) ils font passer par le côté plus moderne qui mène au Lac Pavin par des chemins qui longent la route de la station de Super-Besse.

Je continue donc ma progression vers le Lac Pavin par la forêt, passe près du lac d’Estivadoux qui est devenu une tourbière en formation. La zone est protégée, les animaux ne sont pas admis, il faut enjamber des barrières et traverser les estives en côtoyant les vaches. Les bovins me regardent passer sans se détourner de leur sieste ou de leur repas.
La fatigue commence à se faire sentir, mais je veux atteindre le lac Pavin ce soir et monter mon bivouac à proximité. Demain l’ascension du Sancy sera longue, j’aimerais la faire le matin avant qu’il n’y ait trop de monde.

Après avoir traversé l’estive, le Lac Pavin. J’arrive par le haut et ne peux qu’admirer la vue plongeante sur le plus profond lac de volcan de France (93 m de profondeur, 750 m de diamètre). Il est aussi le plus jeune volcan de France. Les jeunes filles que j’ai doublé en arrivant à Besse sont déjà là et repartent vers le lac. De mon côté, e me mets en mode recherche pour trouver le spot idéal pour passer la nuit et le bord du lac n’est pas ce qui me permettra un total repos.

Ici il y a trop de monde, des touristes, camping caristes… Je ne serais pas au calme. Je décide donc de faire une brève pause pour profiter de la vue et entamer la descente en quittant le GR30, lui préférant le GR4A. Je croise un couple qui vient du Puy-de-Montchal équipés de simples baskets.
– « Nous avons dû rebrousser chemin, nous ne sommes pas suffisamment équipés » m’explique le mari.
– « Mais vous êtes bien chargé, vous allez marcher encore loin comme ça ? » me demande l’épouse.
– « Il me reste encore trois jours de marche » répondais-je d’un sourire.
– « Trois jours ? Et vous allez monter le Sancy avec ce gros sac sur le dos » questionnait la marcheuse.
– « Heu oui c’est en tout cas ce que j’ai prévu » affirmais-je insouciant.
– « Et vous n’avez pas peur de dormir seul dans la nature ? » poursuit-elle.
– « Non pourquoi est-ce que je devrais avoir peur ? » …
– « Hé bien, bon courage alors » conclu le couple tandis que je les remerciait.
Puis, chacun d’entre nous repris son chemin.
La descente est longue et je commence à m’impatienter de trouver un endroit suffisamment plat pour pouvoir monter ma tente. Quand enfin je le trouve, c’est un ancien chemin, tout proche d’un prés de vaches. Je dépose mon sac, quitte mes chaussures et chaussettes et commence à repérer les lieux. Les vaches m’ont repéré, je fais le tour de leur prairie avec elles pour vérifier que le parc est bien clôturée. Je n’ai pas envie qu’elles viennent piétiner ma tente cette nuit. Après vérifications, je retourne au lieu choisi pour établir mon campement et installe la tente. Une fois le montage terminé, je commence à déballer mes affaires pour préparer mon repas du soir. Quand j’entends du bruit derrière moi. Mes voisines ont cassé la clôture pour venir voir ce que je fais. Je me lève rapidement pour les effrayer. Elles rentrent dans leurs pénates aussi rapidement que possible.

Il est temps de recharger les batteries, ce soir-là au menu c’était nouilles chinoises, gâteaux aux céréales et chocolat, thé à la menthe ramassé sur place. Le soleil se couche sur la station de Super-Besse, il est temps de dormir.
Dans la nuit, vers 1 heure, un bruit de mâchouillement me réveille. Mes voisines ont encore fait le mur et sont juste derrière la tente. Heureusement, elles préfèrent l’herbe fraiche que la toile de tente. Je me lève, les effraie avec ma lampe frontale. Elles déguerpissent et je peux retourner me coucher.
La nuit a été fraiche mais réparatrice.