Je profite de la pause pour entretenir un peu le matériel et changer ce qui est défectueux. J’avais commandé des nouvelles chaussures chez caminoloc.com, les dernières lowa ont passé les 2500 km et ne sont plus étanches, elles sont craquées sur les côtés et le deuxième ressemelage du talon est usé. Je les commande sur Caminoloc parce que c’est une boutique qui est réputée pour prendre soin de ses pèlerins et Mahdi du camino n’est pas avare de conseils précieux pour notre plus grand confort. En plus en ce mois d’octobre et avant la fermeture des magasins pendant l’hiver, des promotions sont en cours. Je reçois les nouvelles chaussures par la Poste et comme à chaque fois il y a toujours un petit mot gentil dans le carton et une coquille Saint-Jacques. Merci Philippe !
Valérie me conduit à Décathlon car mon duvet plume ne garde plus la chaleur correctement et le double toit de la tente n’est plus étanche. Et vu la saison qui approche il vaut mieux être au top sur ces points importants. Je rencontre le responsable randonnée du Décathlon de Castres. Comme à chaque fois l’enseigne bleue est un partenaire à la hauteur, le duvet sera échangé et une réduction est appliquée sur le double toit. Mais il faut attendre quelques jours la livraison, ce qui n’est pas un problème puisque je peux profiter de l’accueil chaleureux de Valérie et Christophe.
Ah j’ai failli oublier de vous dire, Valérie et Christophe sont très engagés pour le bien-être animal et font partie d’une association qui s’appelle champ libre aux poules, qui permet de sauver des poules d’élevage destinées à l’abattoir, pour les remplacer dans les familles qui prendront soin d’elles.
Pendant cette pause, je reçois la visite d’un journaliste du Tarn Libre et la correspondante de la Dépêche du Tarn (https://www.ladepeche.fr/2022/10/13/puylaurens-stephane-et-son-ane-honore-font-une-halte-au-village-10734077.php#xtor=%5B%5Bddm-ladepeche81%5D%5D) L’article du Journal d’ici est paru matin et les voisins se font un plaisir de nous en informer et nous proposent le café, le temps d’en savoir plus sur ce vagabond-voisin pour quelques jours.
Je remercie au passage Biocoop Castres Le Siala (https://www.biocoopcastres.fr/) qui m’a gentiment appliqué une réduction sur mes achats pour encourager ma mission de ramassage des déchets. Merci à la charmante vendeuse (pardon de n’avoir pas pensé à demander son prénom) qui en plus m’a donné un très bon conseil pour le choix d’un vin à partager avec Valérie et Christophe qui m’accueillent si chaleureusement.
Une belle pause, de belles rencontres et la semaine est passée hyper vite, il est déjà temps de se dire au revoir. Notre séjour a été très agréable reposant, même si je ne tiens pas en place 😉 et Honoré s’est bien amusé avec son nouveau copain Calichon. Comme à chaque départ, l’émotion est palpable, mais il faut bien terminer ce tour de France.
Après la côte qui nous sort de la vallée d’où on vient de partir, Honoré regarde en arrière comme pour attendre ses potes, il brai en réponse à un autre âne, puis nous sommes en chemin. Arrivé sur les hauteurs, j’aperçois au loin à l’horizon les Pyrénées. Des chasseurs qui ont reconnu Honoré grâce à la presse, expliquent où se trouve Perpignan et Tarbes par rapport aux montagnes que nous apercevons. « On voit les deux tiers des Pyrénées d’ici » commente fièrement l’un des chasseurs avec l’accent prononcé du coin.
Chaque départ est chargé d’émotion et fait ressortir la solitude du chemin, solitude d’autant plus grande aujourd’hui que ce midi j’apprends une triste nouvelle. Heureusement cette semaine a été plus que positive et de nombreuses interrogations ont trouvés leurs réponses et des situations administratives se sont débloqués.
Je profite que les dénivelés sont beaucoup plus doux par ici pour tenter de marcher sans la gaine de maintien au mollet. C’est la première fois depuis la déchirure musculaire que je peux marcher sans rien. Même si le mollet est encore sensible il n’y a plus de franche douleur. Et je repense à Laetitia et Jérôme qui m’avaient donné ces manchons sans lesquels le chemin aurait été très douloureux.
Le chemin est agréable et je reprends le rythme des rencontres et explications de ma mission. La fatigue se fait sentir et je quitte la voie romaine pour trouver un bivouac. Je m’arrête à une maison toutes fenêtres ouvertes et Christophe et ses filles m’accueillent avec enthousiasme, mais ils n’ont pas de terrain. Christophe me conduit chez Hervé et Florence où il y a de la place, une douche et un repas que Christophe vient partager avec nous.
Merci encore à tous ceux qui ont participé à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane et qui m’ont permis de changer de chaussures et le double toit de la tente. Une pause ostéopathe est programmée pour Honoré très bientôt. Merci de partager le lien de la cagnotte, on a encore besoin de votre aide même si on arrive à la fin, il reste du chemin.
pause
Élucubrations
Ça fait maintenant cinq mois qu’Honoré et moi marchons, 2.036 kilomètres ont été parcourus et je ne sais pas combien il en reste à faire… ni combien de temps il nous faudra pour les avaler… peu importe. Le chemin m’a appris beaucoup de choses, m’obligeant parfois a me remettre en question, et je sais que ce n’est pas fini.
J’ai fais de nombreuses belles rencontres, de belles surprises, des gens généreux, bienveillants, qui redonnent foi en l’humanité et c’est réconfortant. C’est même devenu essentiel à la marche. Si des événements de la vie m’ont conduit à prendre la route, enfin le chemin, ce n’est sans doute pas un hasard. Je mesure la chance que j’ai de pouvoir faire ce tour de France, même si ce n’est pas tous les jours facile.
Parce que non, je ne me promène pas, j’ai une mission, pas simplement de ramasser les déchets (pour être efficace il me faudrait plusieurs ânes 😀) mais aussi et surtout de laisser une trace, un message, qu’il soit pédagogique, écologique ou politique, à chacun de le recevoir comme il l’entend. Je sais que le message passe grâce à certains commentaires que je reçois et je remercie vivement tous ceux qui prennent le temps de me les envoyer.
Mais la route est encore longue, et c’est tant mieux ! Chaque jours que nous marchons, le rythme varie suivant la topographie des paysages, mais la mélodie des pas de l’âne est toujours la même, ponctuée de mes propres pas et du bâton de marche. Quelques instruments viennent enrichir la partition de notre marche ; le chant des oiseaux, différents le matin ou le soir, encore différents suivant les régions ou les zones que nous traversons. Parfois des effets sonores agrémentent nos pas ; la résonance des racines de résineux dans un sol sableux imitent la générosité des sons de la basse, les sols plus durs rappellent des percussions africaines, les clapotis de l’eau offrent encore une autre sonorité ou encore les feuilles de l’automne suggèrent parfois la caisse claire d’un orchestre de jazz. Tandis que le vent apporte une nappe mélodieuse dans les feuilles des arbres ou plus impressionnant, des sifflements dans les piliers des lignes à haute tension. Bon parfois les bruits de la route nationale ou de l’aéroport cassent un peu l’ambiance mais vous ne pensiez pas quand même que j’allais devenir poète ? Sérieusement ! 😉
Tout ça pour dire un grand merci à tous ceux dont j’ai croisé le chemin, ces rencontres ne sont pas le fruit du hasard et sont un cadeau d’une grande valeur (enfin j’espère pour vous 😁).