Eure

Je n’ai pas hâte de partir de chez Bruno, d’abord parce qu’on y est bien, on mange bien, Christine et Bruno sont adorables, Honoré est avec deux gentilles copines qui lui laissent l’abri et le foin. Mais aussi parce que ce matin il a gelé à -2,5° et que le thermomètre ne remonte pas. Bruno nous accompagne avec son chien adorable, Honoré est plutôt sage au départ puis recommence à tirer brutalement. Il tire si fort que la seconde fois, je tombe. La douleur est violente mais je dois me relever. Dans la journée je dois passer à Brionne, il y a un véto, j’irai le voir, ce n’est pas normal qu’il tire comme ça. Le brouillard givrant ne se lève pas, dommage, le paysage doit être joli par ici. Mais difficile de trouver un site pour déjeuner. Finalement, c’est dans la forêt que nous faisons la pause et que Bruno prend le chemin du retour. J’espère avoir l’occasion de le revoir un jour.
Nous, on va voir le véto. J’y suis agréablement accueilli et la docteur ausculte soigneusement Honoré, qui semble apprécier. Il a même droit à une séance d’ostéopathie. La visite est offerte par le cabinet, touché par notre démarche écologique. Il aura droit à son vermifuge et une carotte. On reprend la route, j’ai réussi à me réchauffer au cabinet et le brouillard épaissi, il faut trouver rapidement un bivouac. Des clients du véto me proposent d’aller chez eux, mais trop loin et dans la direction opposée. Je trouve sur les hauteurs de la ville dans le jardin d’une famille nombreuse. Je suis accueilli par Jessica, la maman et les enfants viennent nous voir : Gwendoline la plus grande, Maïlys, Lou et Nyno. Noan et le papa Grégory arrivent un peu plus tard. On respecte les gestes barrières, Jessica a contracté le COVID et Maïlys est positive. Au départ j’ai un bon café bien chaud et Honoré se voit donner des carottes par les enfants. C’est un jeu pour les enfants et Honoré adore ce jeu.
Il fait moins froid aujourd’hui mais les doigts sont toujours engourdis, autant aux mains qu’aux pieds. D’ailleurs les engelures sont revenus, ce qui complique la marche. Heureusement aujourd’hui Honoré est bien plus sage. Nous passerons la majeure partie de la journée sur la voie verte. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas marché sur ce genre de chemin calme. On a dû croiser deux joggers dans toute la journée, après être passé sous un viaduc sur lequel circule l’A28. Le viaduc était d’ailleurs très impressionnant par sa hauteur et sa longueur et en-dessous raisonnent les roues des camions passant sur les joints de dilatation. Concernant les déchets, comme sur toutes les voies vertes j’en trouve peu et se sont à 70 % des déchets accidentels. Heureusement car aujourd’hui je ne suis pas très motivé à les ramasser à cause des doigts trop engourdis pour utiliser la pince. Les douleurs causée par les engelures sont vite insupportables et donc je décide d’écourter la journée de marche et chercher un bivouac. Ce sera derrière la salle des fêtes de Villez-sur-le-Neubourg. Je suis accueilli par Chantal, ancienne employée communale qui me donne le numéro du maire. L’élu passe m’ouvrir la cuisine afin que j’ai accès à l’eau et il allume le chauffe-eau. Il me confie la clé qu’il récupère le lendemain matin avant de prendre une photo pour le bulletin municipal. Je rattrape la voie verte. Le temps est plus dégagé mais le vent est froid. Les engelures aux orteils sont insupportables. On doit aujourd’hui traverser Le Neubourg, j’espère y trouver de la terre de diatomée pour un traitement préventif contre les insectes. Mais personne ne connait ça par ici, même pas les magasins Bio. Je cherche aussi une mercerie pour changer la boucle de ceinture que j’ai cassé. Y’a pas ! Tant pi je commande sur Internet, de toutes façons ça sera moins cher chez Déco cuir. Après la ville, le désert de la voie verte. Tout droit, tout plat, venteux, froid. Et dire que certains pensent que je m’amuse . N’empêche que cumulé avec les engelures et les hernies discales réveillées par le comportement d’Honoré ces derniers jours, il y a de quoi douter. Mais non, je garde le moral et l’envie grâce à toutes les belles rencontres faites depuis mon départ. Je sais qu’il m’en reste encore beaucoup à faire, je ne vais pas céder maintenant !
Difficile de trouver un bivouac par ici, j’ai même vu des gens tondre leur gazon, oui, en janvier. Ça n’existe pas chez nous ça ! Bref direction la mairie qui m’envoie à côté du cimetière. Pas grave je ne peux pas aller plus loin. La pluie a eu la bonne idée d’attendre que je sois installé pour tomber. Qui dit pluie, dit tente mouillée au démontage. Ça faisait longtemps… Et le brouillard est épais ce matin, je marche avec la frontale que j’allume à chaque fois qu’une voiture approche. Heureusement on rattrape vite un joli chemin vallonné. Enfin joli j’imagine, parce qu’on n’y voit rien. Ha j’oubliais, le chemin est humide aussi, on est en Normandie quand même. En pleine forêt je dois bifurquer, le chemin que j’avais choisi est barré, privé. Détour par la route. Puis les vallons laissent à nouveau place à un grand plateau. Avec le brouillard, c’est triste. Les pieds et le dos sont douloureux, il faut s’arrêter. D’autant que le prochain village serait trop loin. Je cherche un bivouac mais il est tôt, tout le monde est au travail. Je vais à la mairie. Fermée. Je cherche sur internet le nom du maire, je viens de passer devant chez lui. J’y vais, sa femme ne veut pas de moi chez elle et quand je demande un terrain communal, elle me dit qu’elle ne sait pas. C’est ça, fout toi de moi ! Bon je m’en vais parce que je vais être désagréable. Heureusement que ce genre de personne est rare. Plus loin une voiture s’arrête dans la cour, Alan me propose son jardin. Je m’installe, me repose quelques instants, dîne et m’apprête à faire ma toilette quand Alan et sa compagne Andréa arrivent. Flûte, trop tard pour la pizza, mais une bonne bière je ne refuse pas. Ni la douche. Je vais vite me coucher, il ne fait pas trop froid et la pluie est annoncée. Et ici la pluie a la bonne idée de tomber la nuit. J’apprécie de marcher au sec. Un petit café et c’est le départ pour la ville de Louviers. Comme dit la comptine, je n’ai pas vu de cantonnier sur la route de Louvier, mais un âne bâté.

Plages Normandes

Il a gelé toute la nuit, ce matin je dois faire chauffer le café pour pouvoir ouvrir la fermeture éclair de la tente. Je dois aussi me dépêcher car ce matin nous avons rendez-vous avec Marie-Pierre et Marie-Annick, deux pèlerines que nous avions croisé le long du canal de Nantes à Brest et qui depuis, suivent nos aventures. Normandes, elles attendaient que nous arrivions près de chez elle pour marcher un bout de chemin avec nous. Elles nous rejoignent avec le pique-nique du midi. L’escapade nous emmène sur les zones de combats de la seconde guerre. Nous montons vers les anciennes batteries du Mont Canisy d’où j’espérais voir la mer une dernière fois avec Honoré, parce que la prochaine mer qu’on verra la mer, ce sera la Méditerranée. Et ce n’est même pas sûr qu’on s’en approche suffisamment pour mettre les pieds dans l’eau. Nous sommes tout près de Deauville et les maisons, que dis-je les manoirs et les châteaux, montrent que nous sommes dans un quartier chic. Difficile avec ce temps gris et froid de trouver l’endroit idéal pour picniquer, c’est dans la cour de la mairie, seul endroit où il y a de l’herbe et un banc, que nous nous posons pour déjeuner. Nos chemins se séparent là et je repars avec les restes des mets préparés avec grands soins, par mes compagnes de marche du jour. Ça m’a fait super plaisir que Marie-Pierre et Marie-Annick fassent le déplacement pour marcher avec notre duo. Chacun repart dans sa direction mais je pense que nous nous retrouverons bientôt.
Les chemins sont encore gadouilleux et parfois même tellement que des passerelles ont été ajoutées. Mais celles-là, Honoré ne veux pas les passer, il faut faire demi-tour. Plus loin il y a un cours d’eau que je pense pouvoir passer mais le niveau a dépassé la route, il faut encore faire demi-tour. Las, et la nuit approchant, il est temps de trouver un bivouac. Après quelques refus je rencontre Jérôme qui malgré sa petite cours me propose de m’installer. Plus tard sa compagne Christelle et sa fille Louise viennent nous souhaiter la bienvenue à leur tour. Je profite d’une bonne douche chaude pour me réchauffer de cette journée pendant laquelle les températures sont restées négatives. Je suis également invité au dîner où une bonne quiche me réchauffe de l’intérieur cette fois-ci. La petite famille est très accueillante, je répond avec plaisir aux questions habituelles ponctuées par l’expérience de mes hôtes en équitation. La comparaison entre les deux animaux est intéressante dans la compréhension de leurs caractères. J’ai passé une agréable soirée. Au matin la famille m’offre le café et le papotage reprend. Du coup je ne pars pas avant 10 heures. Pas grave, je n’ai pas de rendez-vous.
Notre petit convoi reprend la route sous un ciel incertain, nous traversons Beaumont-en-Auge et alors que je suis au téléphone, un type à vélo engage la conversation. Je lui fais signe que je suis en ligne mais non, il continu de parler en insistant pour que je lui réponde. Je l’ignore ! À ce moment là, une voiture s’arrête à ma hauteur et le conducteur me prend en photo. Je le regarde avec insistance il me dit : « je vous prends en photo ! » « Ben je vois ça », répondis-je a l’individu, « d’habitude on me demande l’autorisation et je ne la refuse pas, c’est une question de politesse ou de savoir vivre, mais vous ça ne semble pas vous toucher ». Le conducteur continue ses photos comme si je n’avais rien dit. Alors non, je n’ai pas été agréable, mais un bonjour aurait tout changé. C’est quoi ces habitudes à se servir sans demander ? D’ailleurs plus tard, quand je cherchais un bivouac, je me suis rendu compte que ce genre d’individu n’était pas très ouvert au dialogue et à l’accueil. J’ai essuyé quelques refus avant de trouver un bivouac, où j’ai été bien reçu par un vrai Normand qui m’a proposé l’accès à la douche chaude et son épouse m’a préparé un petit panier repas car ils sont les invités ce soir et ne peuvent m’inviter à leur table. Je ne préciserai pas les numéros des départements inscrits sur les plaques d’immatriculations des indélicats qui sont chez eux partout.
Comme souvent en Normandie, la météo n’a pas été fidèle à ce qu’elle avait annoncé, il a plu une partie de la nuit. Et ce matin le départ se fait sous le brouillard avec la frontale car j’emprunte de petites routes étroites. Heureusement il y a peu de circulation mais il vaut mieux assurer une bonne visibilité. Le brouillard ne se lèvera qu’en fin de matinée, juste à temps pour dévoiler un paysage magnifique, vallonné et verdoyant, typique du pays d’Auge que je traverse actuellement. Je me dirige vers Lisieux que j’aperçois déjà à la pause de midi. Le seul bémol à cette belle journée de marche sera l’état pitoyable des chemins traversés par le GR. En effet, déjà hier nous avons croisé de nombreux motocyclistes et quads qui empruntent ces chemins piétons sans scrupule. Il faut dire que c’est une région qui comporte de nombreuses sources qui inondent régulièrement ces petits chemins, mais quand des motos passent à toute vitesse sur le sol boueux, les roues labourent littéralement le passage. Il faut alors jouer les équilibristes pour arriver à tenir debout à pieds, d’autant plus que les dénivelés ici sont importants. Je poursuis l’avancée tranquillement à la recherche du bivouac du soir. Les maisons sont assez éparpillées sur le contournement de Lisieux, il semble que la plupart de leurs habitants sont au travail. Je fini tout de même par trouver un bout de terrain devant chez Jacques, un brave homme qui culpabilise à me laisser dormir dehors et qui m’amène des briques chaudes pour la nuit. Demain la journée devrait être plus courte car je suis attendu chez François chez qui je ferai une pause d’un jour ou deux.

La mer

Après une bonne nuit réparatrice dans le jardin l’ancien presbytère j’ai encore le nombre de kilomètres de routes passantes à parcourir. À midi je rencontre le correspondant local de l’hebdomadaire « liberté », puis je quitte enfin la route pour du chemin gadouilleux, où il est difficile de marcher droit sans se faire mal au dos. De plus, une partie de ce chemin, longe une route nationale. Et je me rends compte que je n’ai pas suffisamment consulter la carte et que les prochaines habitations sont à plus d’une heure de marche. Trop tard, donc je n’ai plus qu’à me concentrer sur les déchets. À ce propos sur les routes passantes que j’ai suivi depuis hier, je n’ai pas ramassé grand-chose à cause de la circulation. Mais depuis que j’ai rattrapé les chemins de terre, canettes et bouteilles plastiques remplissent rapidement le sac. Cependant, on trouve ici très peu de colonne de tri. Les particuliers ont tous leurs bacs jaunes mais il n’y a pas de benne collective, ni pour les déchets à trier, sauf le verre, ni pour les déchets domestiques. De plus ici les déchets sont incinérés, la chaleur dégagée est utilisée pour chauffer le village adjacent et une serre de production de tomates. Je cherche à visiter cette usine d’incinération… À suivre. Je prolonge donc la marche jusqu’à Bavent où le mal aux pieds et au dos me confirment qu’il faut s’arrêter ici. La mairie étant fermée, il va falloir trouver un bivouac soit chez des particuliers soit sur un terrain communal, mais avec l’accord des riverains. Je m’arrête à la boulangerie et demande à la jeune boulangère où trouver un terrain communal. Elle m’indique un étang tout près, j’en prends la direction quand j’entends appeler derrière moi. C’est le boulanger qui me propose de bivouaquer derrière son fournil, il y a un grand pré. Je fais demi-tour je suis accueilli par toute la famille : Antoine le boulanger, Sandra sa compagne et vendeuse, Louis et Emma les enfants ravis d’accueillir Honoré dans leur jardin. Je veux les remercier de leur accueil en achetant de leurs produits pour mon dîner de ce soir. Mais Sandra tient à me les offrir. Plus tard Antoine me propose même une bonne douche chaude que je ne refuse pas évidemment. Si vous avez l’occasion de passer à Bavent dans le Calvados, arrêtez-vous à la boulangerie, non seulement ils sont très gentil mais en plus leurs produits sont super bons.
Ce matin, le confort du duvet me pousse à retarder le lever. Mais quand même, il faut se remettre en route. Antoine m’offre un bon café et un pain au chocolat (ils ne font pas de chocolatine par ici). Louis me pose 1.000 questions pertinentes sur Honoré et notre voyage. C’est super intéressant. Et il faut se remettre en route. Prêt à partir, Sandra m’apporte deux sacs avec mon repas du midi, du soir et même demain matin. Wahou merci beaucoup de prendre soin de moi ainsi. Surtout que c’est super bon. Le soleil, comme moi, peine à se lever. Mais ce midi il s’impose et je décide de faire un détour par la plage. Honoré découvre le sable fin et gambade comme un gamin. Je rigole tout seul de le voir s’amuser dans le sable malgré le chargement. On dirait un chiot avec pouik. Du coup il se fait prier pour sortir de la plage. Mais le sable est trop mou pour marcher confortablement, on va longer la côte par la piste cyclable. Forcément on rencontre du monde, beaucoup d’arrêts et on avance doucement. Ça fait du bien. Nous sommes à Cabourg alors je me doit de faire avancer le schmilblick. Bon là je pense que j’ai perdu tous les moins de 40 ans 😆. Bref, on fait de la pédagogie.
Mais Cabourg est une ville plus grande que je ne le pensais, il faut trouver un bivouac et la mairie me propose le terrain des ateliers communaux. Il y a de l’herbe et de l’eau, parfait. Je suis bien accueilli, le personnel communal est sympa et étonné de notre convoi. Les questions habituelles reviennent et c’est agréable d’y répondre. Je traine un peu pour repartir, il a bien gelé cette nuit et la tente est bien prise. Mais je veux profiter du beau temps. On reprend la marche tranquillement et longeons la digue et les bateaux. La lumière est belle sur les façades à colombages Normandes. Pique-nique sur les hauteurs de Houlgate d’où la vue est magnifique. Au loin de nombreux bateaux confirment qu’on n’est pas loin du port du Havre. En arrivant sur Villers-sur-Mer, on aperçoit les grues des dockers. Je rencontre Marine qui me propose d’aller bivouaquer chez sa sœur, je doit l’attendre une heure. Soit, petit tour sur la plage ou Honoré est la star du jour. Puis retour à notre rendez-vous. Changement de plan, la sœur ne peut pas nous recevoir mais la cousine en face oui. Mais elle est absente. Pas grave il est l’heure de monter le bivouac. Honoré a passé un gué et même une bâche… Bon le lendemain sera une autre histoire.

Au revoir le Mont Saint Michel

Ce matin il a encore gelé un petit peu. J’arrive à Avranches et fais un détour par Décathlon pour essayer de nouvelles chaussures. Mais non, impossible de remplacer mes Lowa. Il faudra que je commande via Internet. La traversée de la ville se fait sans problème. C’est à la sortie qu’Honoré me test en voulant brouter en marche. On retrouve des dénivelés, ça faisait deux semaines que nous vivions au niveau de la mer dans les polders. Mais en Normandie, les ingénieurs des ponts et chaussées de l’époque ne devaient pas savoir tracer des courbes, parce que les côtes sont droites, pas de lacés comme en Auvergne. Du coup ça fait des pentes à 18% voire 20%. C’est du haut d’Avranches que nous regardons une dernière fois le Mont-Saint-Michel, avec une pointe d’émotion quand-même. Il aura été notre phare pendant ces deux semaines et il signifie que nous en avons terminé avec la Bretagne.
On fait une pause à Saint-Senier-sous-Avranches où je rencontre Franck, adjoint au maire, lui aussi heureux propriétaire d’ânes. Je fais ma pause pique-nique ici puis repars vers La Godefroy où je suis accueilli par le conseil municipal réuni pour organiser l’arrivée du Père-Noël. Les conseillers m’apportent du pain et terrines maison et la maire une part de tarte normande. Ben oui on est en Normandie. Les habitants de La Godefroy sont aussi très accueillants, on m’offre le thé, Timéo vient caresser Honoré avec Gwendoline, sa maman, qui m’invite à passer en soirée prendre une douche chaude et dîner quand son mari Hubert va rentrer. Il travaille dans une boulangerie et ramène souvent les invendus qui font le repas du soir. C’est vrai que la bonne douche et la pizza ont été un vrai réconfort. On a repris nos habitudes de tri, c’est d’ailleurs près des colonnes de tri que m’a repéré Franck. Mais entre les deux villages, pas grand chose à ramasser, une habitante le fait régulièrement et semble efficace. Par contre, après la portion du GR22 qu’elle nettoie, le travail reprend. Le chemin est en piteux état, gadoue et ornières ralentissent nos pas. Pas étonnant, on se fait doubler par un quad puis on croise trois motos cross en faisant demi-tour. Parce qu’en plus d’être défoncé, le chemin a été modifié par la fédération de randonnée, sans en avertir les élus semble-t-il. Ni l’IGN, parce que les marquages sont différents de ce que propose la carte. Et je l’ai téléchargé hier, la carte, via l’application IGN rando. Bref, on ramasse les déchets.
Honoré me surprend, on arrive sur une portion de chemin qui n’est plus entretenu, un fort dénivelé glissant me fait hésiter à continuer dans cette direction. J’accroche la longe sur le bât afin de ne pas encombrer la marche de mon coéquipier aux grandes oreilles, je commence la descente… Honoré me regarde d’un air moqueur et s’en va de l’autre côté. Me voila tout penaud au fond d’un trou avec un âne qui m’abandonne. Mais non, il a choisi simplement un passage moins périlleux. Quelle intuition !
Honoré est aujourd’hui particulièrement sage, s’arrête quand je lui demande, tourne à droite quand je dis « à droite »… Faut dire que ce midi il a bien mangé au pied des trois croix de Petit-Celland. Le trajet se poursuit fraîchement mais avec le soleil jusqu’à Brécey. Je trouve un bivouac près de maisons en construction sur un terrain viabilisé par la mairie. Le propriétaire du crédit (pas encore de la maison ) m’ouvre l’eau pour Honoré et que je puisse me laver.
La nuit est fraîche mais il n’a pas gelé. Il fait 5° ressenti -5° d’après météo France, moi je dirais -10° avec ce vent. Le paysage vallonné permet de se réchauffer, mais la pause de midi dans un verger, me glace les doigts et les orteils. Je me colle à Honoré pour lui emprunter un peu de chaleur et je lui demande de me réchauffer. Et là, vous ne devinerez j’aimais ce qu’il fait ! Il me pète dessus ! « Dis-donc Honoré, je veux pas être chauffé au gaz moi ! « 
Ha oui j’oubliais, la Normandie, c’est la région du débarquement américain, mais c’est aussi le pays des pommes (comme la Bretagne) et donc du cidre, calvados, pommeau, tartes aux pommes… Mais c’est aussi le pays des chevaux. Il y en a dans chaque hameau. Et Honoré a peur des chevaux. On va s’amuser pendant les semaines à venir !…
J’ai froid et j’ai du mal à me réchauffer, je cherche à abréger la journée pour entrer dans mon duvet. Je repère les maisons avec du terrain, demande chez un particulier qui semble ne pas avoir compris ma demande. Il me répond qu’il n’a pas de place, sans doute a-t-il pensé que je voulais dormir chez lui. Tant pi, je viens de voir qu’une des maisons devant laquelle on est passé, a une cheminée qui fume, je fais demi-tour et une voiture arrive justement à la maison précédente. Je vais toquer et c’est Laura qui m’ouvre. Lenny et Willow, les enfants, se hâtent pour trouver le lieu de bivouac idéal pour Honoré. Je m’installe et je suis invité à prendre un café chaud. Whaou, ça tombe bien, ça va me réchauffer. Laura me propose de prendre une douche, je ne refuse pas. Pendant ce temps, elle avait contacté la correspondante de La Manche Libre, un hebdomadaire local, qui vient ce soir faire un article sur notre périple. Chouette ! La correspondante fait son article, Fabien, le conjoint de Laura arrive et nous prenons l’apéro. C’est le meilleur moment de la journée. Puis je suis invité à dîner, le bonheur total. Les enfants sont adorables et j’ai même droit à deux jolis dessins, que je vous partage avec leur autorisation. La magie de Noël opère. Après le repas nous faisons une partie de jeu de société, c’est Lenny qui gagne, je ne suis pas très doué. Je vais me coucher, il ne fait pas trop frais le soir mais au matin le gèle blanchi l’herbe et durcit 3 mm de glace du sceau d’Honoré. Après un bon petit déjeuner au chaud, je plie la tente encore gelée et ne part que vers 10 heures.
L’étape du jour sera courte, je vais faire du woofing pendant les fêtes de Noël, histoire de ne pas avoir à chercher de bivouac pendant les fêtes et en plus la pluie revient. Je vous en reparle très vite, bonnes fêtes de fin d’année à tous.

Normandie

Voilà, ce matin il a fallu partir de mon lieu de woofing. La gorge serrée, je dis au revoir du bout des dents. Heureusement les brebis doivent passer les échographies ce matin, tout le monde est prêt, ça abrège le départ. C’est toujours difficile de partir, d’autant plus que ça faisait deux semaines que j’étais là et que je me sentais comme dans la famille. Mais ce matin je quitte la Bretagne en regardant le Mont-Saint-Michel et j’entre en Normandie avec le même phare qui oriente ma journée. Le Mont-Saint-Michel est partout, tu tournes la tête, tu le vois, quelques instants plus tard il est encore là mais sous un autre angle, une autre lumière, il est toujours aussi majestueux et il va lui aussi être difficile à quitter. J’avance au plus près ce midi pour pique-niquer. Puis je reprends le même chemin pour aller chercher un bivouac. Si la matinée a été parcourue sur les chemins comme la voie verte, cet après-midi il y a plus le route mais le décor est toujours agréable. J’avais prévu de ne pas dépasser une quinzaine de kilomètres pour cette journée de reprise, finalement j’en ai fait 25. J’avais trouvé un bivouac sur une aire de pique-nique avec toilettes publiques et donc eau potable, quand un automobiliste m’accoste pour me proposer un terrain en face chez lui. Ça fait 2 km de plus mais je me dis que si au bout de ce détour j’ai une douche, de l’herbe pour Honoré et pourquoi pas un repas chaud, ça vaut le coup. Il y a bien de l’herbe pour Honoré, il y a bien de l’eau mais pour me laver, il faudra que je me fasse chauffer l’eau avec ma popote (oui l’été ça allait mais l’eau froide en hiver, ça ne le fait pas). Bon, tant pis pour le détour, on ne gagne pas à chaque fois.
Ce matin il a gelé un petit peu, la surface de l’eau d’Honoré est gelée, comme l’herbe. Le vent n’est pas très fort mais constant et frais. Je ne quitterais pas les gants de la journée. Le Mont-Saint-Michel est toujours omniprésent, la mer et les herbus aussi. Beaucoup de moutons pâturent et illustrent un paysage de carte postale avec le Mont en arrière plan. Puis on passe devant un ossuaire Allemand. On traverse Pontaubault et un pont du XVème siècle, emprunté par le Général Patton pour libérer la Bretagne des Allemands. Ça y est, on est en Normandie, l’histoire de la seconde guerre est bien présente dans cette région. Je n’ose pas dire que je viens de Saint-Pourçain, tout près de Vichy… L’après-midi est bien engagée et mes pieds me rappellent qu’il serait bien de s’arrêter. Je sonne à une maison, la dame sort et allait presque me proposer un bout de pelouse, mais le mari sort en m’envoyant au camping. Ben non monsieur, les campings sont fermés en décembre et puis l’idée c’est aussi de rencontrer des gens sympas, bon ce n’est pas toujours le cas semble-t-il. Enfin, il a quand-même appelé le camping pour vérifier, mais c’est le  répondeur. Tu m’étonnes ! Passez de bonnes fêtes. Je continue, les portes sont closes, les gens travaillent et les vieux méfiants. Finalement un riverain m’envoi chez le paysan du coin, sa femme me donne de l’eau et me propose un pré où il y avait des moutons. Ça ira bien pour aujourd’hui. Le vent se lève, quelques rafales à 60 km/h, on a vu pire.