Aujourd’hui le temps est pluvieux et venteux. Ça agace Honoré qui n’aime pas le bruit du pantalon de pluie. Difficile d’avancer entre la terre qui colle aux pieds, le vent et la pluie. Impossible de ramasser les déchets ! Pourtant, Honoré accepte une passerelle en béton, la même qu’il avait refusé il y a quelques jours. Heureusement sinon il y avait 4 km de détour. Ça peut paraître peu, mais ça fait quand même 1 heure de marche.
Le balisage est un peu différent depuis quelques jours, il semble qu’il soit géré par une autre fédération, le club Vosgien, qui doit être assez actif car les cartes IGN sont ponctuées de nombreux symboles que je ne connaissais pas et qui intègrent des circuits autres que ceux traditionnellement représentés en rose, validés par la fédération de randonnée pédestre. Bon, il faut que je m’y habitue.
La Moselle, c’est aussi le pays du sel. Je suis dans la communauté de communes du Saulnois. D’ailleurs je passe par Marsal, où je pique-nique et où le sel y est exploité depuis le premier âge de fer (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Marsal_(Moselle) ). La grande porte de l’entrée de la commune est impressionnante.
Autre point étrange par ici, les rues sont hyper larges dans les villages que je traverse, et les maisons toutes accolées.
Ce soir je bivouac près d’un étang à Dieuze. Il y a un champ de tir et une base militaire tout près. Ça tir, on se croirait en Ukraine… mais les tirs cessent vers 19 heures. Dès 20 heures, les militaires de la base voisine, spécialisée dans les transmissions, entrent en exercice. Il semble que leur mission soit de trouver un milicien qui bivouac dans la forêt pour obtenir les informations qu’ils doivent transmettre. Les bidasses naviguent par groupes de cinq, la dizaine de groupe est venue me demander les informations que je n’avais évidemment pas… Ça fait un drôle d’effet d’être encerclé par cinq militaires armés de leur Famas et qui, selon les individus, demandent soit avec un gentil ton d’étudiant qui se demande encore ce qu’il fait ici, soit avec l’autorité du gendarme qui constate l’infraction, qui je suis et ce que je fais là avec un âne. Bref, j’en rigole, mais d’aucun prend sa mission très au sérieux. Après tout, il faut bien qu’ils apprennent leur travail. Il faudra surtout qu’ils apprennent la discrétion, mis à part les premiers que je n’ai pas entendu à cause de mon réchaud qui chauffait ma soupe, j’ai entendu arriver les autres groupes à plus de 200 mètres. En tout cas Honoré en a profité pour se faire papouiller par les bidasses 😉
Ce matin de très bonne heure les militaires repartent en mission en colonne, avec la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est bon, j’aurais le temps de passer à la gendarmerie pour faire ma procuration. Celle de Dieuze est ouverte tous les jours, enfin.
Parfois des libertés ont été prises à propos du tracé. C’est le cas cet après-midi avec un chemin qui d’après la carte, devait se poursuivre tout droit mais qui finalement, est cultivé. À priori, le balisage a été modifié et est à jour, en tout cas sur le terrain mais pas sur la carte IGN. Pas grave, il arrive finalement là où je me rendais, tout va bien. Et puis après Fribourg, une dernière côte pour la journée et la ligne bleue des Vosges est très nettement visible. Wahou ! Dire qu’au mois d’octobre je quittais Crozon et qu’aujourd’hui je suis à l’opposé de la France. Et la route n’est pas terminée.
La météo annonce des rafales de vent à 90 km/h pour demain et beaucoup de pluie, je dois trouver un abri. J’avais appelé ce matin la mairie de Rhodes qui m’a donné les coordonnées de Jean-Bernard, agriculteur et conseillers municipal, qui a aussi des gîtes et des ânes. L’agriculteur me reçoit et me propose de dormir au sec dans une chambre dont les lits sont en paille. Honoré quant à lui, est a l’abri dans la grange avec foin a volonté. Première journée de pause seul dans la grange, j’en profite pour faire ma lessive et du rangement. Mais avec l’humidité ambiante, le linge ne sèche pas.
Ce matin la pluie est au rendez-vous comme annoncé et en allant chercher mon pain au boulanger ambulant, Jean-Bernard me propose de rester une journée de plus. J’allais justement lui demander, la tempête Diego approche et sera là en fin de journée. Encore des rafales à 90 km/h, 20 mm de pluie à l’heure et de la neige pour la nuit. Je regarde mes mains et mon visage, bronzés par le soleil du printemps précoce et me demande si je ne suis pas entré dans la quatrième dimension (que les moins de 20 ans ne doivent pas connaître). Je profite de la pause pour me masser le dos qui semble aller un peu mieux, faire quelques étirements…
Et puis je voulais faire une petite parenthèse à propos du SICTOM de Cérilly (03) qui ne venait pas ramasser les poubelles devant chez moi parce qu’ils ne pouvaient pas pas manœuvrer, je devais me rendre à 2 km à la benne commune. À ma précédente adresse c’était à cause de la route dangereuse. Je devais apporter mes déchets au carrefour qui a connu de nombreux accidents, dans la benne commune. Sachant que je dois déposer 30 litres de déchets ménagers par mois, que je tri mes déchets et les conduits dans les bennes de tri correspondant au village le plus proche… J’avais donc contacté l’organisme pour exprimer mon mécontentement quant à leur facture élevée (je veux bien payer un service, quand il est rendu), mais je n’ai jamais eu de suite à mes recommandés. Aujourd’hui ils saisissent le salaire de ma femme (ben oui moi je n’ai pas de salaire). Merci à eux pour leur dicernement et leur non réponse. Je rappelle au passage que je ne suis pas payé pour ramasser les déchets à l’occasion de mon tour de France, je n’ai rien demandé, certe, je veux juste sensibiliser chacun au respect de l’environnement, élus et industriels, afin que la réglementation concernant les emballages change. On sait confiner une population contre un virus qui tu des milliers de personnes, alors qu’on arrête de produire des plastiques qui en tue des millions.
Bref, la météo se calme, et moi aussi, il est temps de repartir.
La neige est bien tombée cette nuit, le paysage est tout blanc, mais ça ne va pas tenir. La tempête a laissé quelques branches au sol, Honoré n’est pas impressionné et les enjambe sans sourciller. La marche est agréable dans la forêt, puis un peu de route et il est déjà l’heure de pique-niquer. Je regarde sur la carte et fais un détour près de la mairie d’un charmant petit village. Honoré se régale des pâquerettes tandis que je termine ma terrine, un type vient discuter. La conversation est agréable et la voisine de mini pâture vient se mêler à la conversation. Elle m’apporte un café et ma première part de Kouglof que je déguste avec gourmandise. Son mari est agriculteur et il a une parcelle près de Sarrebourg, justement là où je pensais bivouaquer ce soir. Parfait, mon bivouac est déjà trouvé à midi, je n’ai plus qu’à m’y rendre. En chemin un utilitaire s’arrête près de moi, c’est le mari qui me donne des détails sur le site. Cool !
Je rentre dans la forêt et en sortant, je suis face aux Vosges ! La neige est restée sur les sommets, voilà, nous serons demain au pied des montagnes. Un groupe de randonneuses nous prend en photo avec les Vosges derrière, merci mesdames. Puis c’est la descente vers Sarrebourg, je suis un chemin de randonnée et suis arrêté par Caroline qui me propose une douche, un café… Et un bivouac. Ok ben je m’arrête là alors, elle a dit tous les mots magiques qui interpellent le vagabond que je suis. Thierry, son compagnon, est lui aussi un habitué de la pince à déchets qu’il utilise régulièrement lors de ses promenades. Le soir Caroline est invité à un anniversaire, le compagnon doit partir mais elle me laisse accès à la maison.
Nous partageons le petit déjeuner et Caroline m’accompagne un bout de chemin. Heureusement car je devais faire quelques courses d’appoint et devant la carfour contact en ville, pas de barrière pour attacher Honoré. C’est donc Caroline qui s’occupe de lui et qui est interpellée par les nombreux passants de la rue piétonne. Précisons que c’est jour de vote et de rameaux, qu’il fait beau, du coup tout le monde profite du soleil. Je pense avoir éveillé chez Caroline l’envie de partir randonner, peut-être avec son chien Snow ou seule. Je lui souhaite de connaître le plaisir de marcher en toute sérénité. Nos chemins se séparent, elle doit rentrer et moi poursuivre.
Je rejoins le canal de la Marne au Rhin. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas marché le long d’un canal Ça fait du bien, il y a moins de déchets à ramasser. Pour la première fois, je découvre qu’il existe un tunnel pour canal. C’est surprenant et impressionnant. On longe les bouches d’aération en hauteur puis redescendons sur Arzviller. Rapidement une famille qui profite également du soleil me salue. Je fais demi-tour pour que les enfants carressent Honoré. Rapidement on me propose de bivouaquer ici. Je suis alors accueilli chez Émilie et Antoine et leurs enfants Robin et Nino. Le terrain est assez grand pour Honoré et moi, les enfants ravis d’accueillir Honoré qui sera dans le cahier de Robin avec la photo justificative. Ses questions sont d’ailleurs très pertinentes et la maîtresse va sans doute apprendre beaucoup de choses sur les ânes. C’est même lui qui conduit Honoré dans sa pâture. J’installe la tente tout près, plein sud. Une bonne douche m’attend et je suis invité au repas du soir. Antoine me conseille sur l’itinéraire de demain, plus agréable que celui que j’envisageais. Il travaille dans une entreprise d’emballages et justement, son rôle consiste à trouver des solutions pour concevoir des emballages plus écologiques. J’espère que ma démarche ne le conduira pas au chômage. Quoiqu’il en soit, la conversation est riche et passionnante et je suis rassuré d’apprendre que dans ces grandes entreprises qui utilisent énormément de plastiques, on se pose de vraies questions sur les emballages, leur impact sur l’environnement, leur recyclage… Donc on avance, rien n’est encore parfait, peut être que ça ne le sera jamais, mais chacun fait des progrès et c’est ce que je retiendrai de nos échanges. Merci au chemin de m’avoir fait rencontrer Antoine. Quant à Émilie, j’aurais beaucoup aimé parler plus avec elle, elle est orthophoniste et j’avais un millier de questions à lui poser. En tout cas merci de votre accueil, le repas délicieux, la magnifique vue sur la vallée, votre gentillesse… Qui sait, peut être qu’un jour on se reverra.
ligne bleue des Vosges
Moselle
Suite à une mauvaise manipulation, j’ai supprimé par erreur le post de fin mars. Vous pouvez le retrouver sur le blog : https://memosderandos.travel.blog/2022/03/25/meuse/ 😥
J’ai failli oublier de vous parler d’Aurélie qui est venue parer Honoré. Il n’y avait pas grand chose à faire mais Nadège, l’ostéopathe qui était venue le voir il y a quelques semaines, avait suggéré de vérifier les aplombs, notamment sur les postérieures. Honoré à donc des pieds tout neufs pour aborder les Vosges. Et toujours pas besoin de fer après 3400 km. Vétérinaire, ostéopathe et pareuse, vues depuis le départ, ont confirmé que le pied s’est adapté à la condition de randonneur, le pied pousse au fur et à mesure qu’il s’use. Au passage, merci encore à ceux qui ont participé à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane, grâce à vous Honoré est tout neuf.
En attendant je prolonge la pause chez Anne, la météo annonce de la neige, du froid et du vent, la journée de repos d’hier m’a fait du bien au dos, mais ça ne suffit pas. Je prolonge la pause et Anne me fait visiter les environs et les éleveurs du coin. Ainsi je rencontre Bettina et Claude, éleveurs de chèvres en retraite, puis Rosa qui a fait Compostelle et qui produit du miel que je vais déguster avec plaisir dans la tente prochainement.
La météo s’arrange, le dos reposé mais toujours douloureux, il faut repartir. La petite étape d’une quinzaine de kilomètres est riche de rencontres. Le midi plusieurs personnes viennent à notre rencontre et une jeune fille m’offre une chantilly de karité maison pour réhydrater mes mains gercées par le froid. Et en arrivant à Grémecey, Olivier m’interpelle et m’invite à m’installer chez lui. Il m’accueille avec sa femme Delphine, sa fille Lili et son copain Valentin, et sa cadette Jeanette. Me voici donc à Grémecey, à la villa bon repos, chez Delphine et Olivier. Ils ont créé l’association « La Source » dont l’idée de départ était d’en faire un gîte pour sortir les enfants de leur foyer social. Au fur et à mesure, leur maison et siège de l’asso devient un lieu de ressources qui accueille des concerts, conférences… Puis Delphine récolte plantes avec une amie et en fait des tisanes. Le succès est immédiat. Les bénéfices vont à l’association. Depuis elle crée des ateliers d’identification des plantes. Facebook https://www.facebook.com/Association-La-Source-992252694210018/ Delphine vient également de quitter son emploi de travailleuse sociale pour devenir acuponctrice.
Olivier a préparé un tajine délicieux, il y a aussi du fromage de l’ancienne ferme de Bettina… Le monde est petit.
Après une nuit confortable, il a gelé à -7° cette nuit, heureusement j’ai dormi dans un bon lit douillet, je dois reprendre le chemin. Le vent se lève doucement, il fait frais mais la forêt me protège. À la sortie, des arbres sont tombés, il faut contourner en mode sanglier, la terre est collante, mais ça passe. Honoré est concentré, ça marche tout seul. En arrivant au sommet d’une colline, j’aperçois enfin la ligne bleue des Vosges. C’est la même émotion que lorsque j’ai vu l’océan dans le Finistère. Mais là, on la distingue à peine. Les jours prochains la pluie est annoncée, la visibilité sera réduite. Le vent se fait de plus en plus fort, il va être temps que je monte le bivouac. J’appelle la mairie de Vic-sur-Seille qui me propose un parc avec des sanitaires à proximité. Ce sera parfait. Je cherche toujours une gendarmerie pour faire ma procuration pour les élections, les petites gendarmeries ne sont pas ouvertes tous les jours, à chaque fois il faut faire un détour de 20 kilomètres. La bonne blague !
Sinon en ce qui concerne les déchets, le vent m’empêche de ramasser efficacement et ici, tout le monde a son petit sac jaune qu’il dépose tous les quinze jours. Donc pas de bac de tri ni même de e benne collective. Mis à part des bennes a verre, mais ça j’en trouve peu. Ha, j’ai failli oublier, j’ai vu mon premier nid de cigogne 😉