J’ai longuement hésité entre repartir de l’asinerie de Charlotte, il faudra bien partir un jour, ou rester quelques jours de plus. D’abord parce que l’accueil était génial, aussi parce qu’Agathe, la woofeuse arrivée lundi soir est sympa et super intéressante (elle est guide et conférencière pour des croisières notamment en antarctique). Mais aussi parce qu’il a plu cette nuit et que je dois plier la tente mouillée, et encore parce que j’ai explosé le forfait de 30 Go et donc plus Internet, donc plus de mail, plus de nouvelles et plus de carte routière. Finalement il était convenu que je parte, alors… je télécharge les cartes avec le Wi-Fi de Charlotte. Et comme d’habitude après une pause, le départ est difficile. Ça fait une semaine et demie que je suis arrêté. Charlotte a pris soin d’Honoré, vérifié ses bobos, corrigé ses appréhensions, fait passer une passerelle… Bref elle nous a consacré du temps et pour moi c’était super important. C’était une belle rencontre et le repos chez elle à fait beaucoup de bien à Honoré et à moi aussi. Et avec de belles rencontres, Cyrille, les gens de Connexions Paysans, Isabelle… pleins de gens sympas. Et finalement je me suis bien reposé et le mollet va mieux.
Faut quand même que je vous parle un peu plus de Charlotte. Ancienne journaliste, elle a repris mais aussi développé, l’asinerie « Aux Ânes etc… » qu’elle gère seule. Elle y propose l’asino-médiation avec un public en situation de handicap, des randos à la carte et des formations. Depuis peu elle accueille aussi des séances de yoga. On en parle dans les cahiers de l’âne, revue que tous les amoureux des grandes oreilles connaissent.
J’ai aussi profité la pause pour resememeler mes Lowa. 1400km ça use les souliers. C’est les cordonnier du SuperU de Saint-Gildas-des-Bois qui m’a fait du bon boulot. Il faut dire que sa femme fait Compostelle, il connaît les besoins des randonneurs.
Je disais donc que le départ était compliqué. Charlotte et Agathe nous accompagnent jusqu’au premier obstacle, une grande flaque d’eau causée par la pluie. Mais Honoré passe rapidement avec l’aide de Charlotte. Je dis pudiquement aurevoir avec quelques trémolos dans la gorge et part rapidement. L’étape sera courte, 16 km pour une reprise ça ira bien. Bivouac au bord d’un étang à Fégréac, ponctué par un groupe de jeunes venus faire une partie de pétanque nocturne, avec des bières. Je me suis endormi avant le score final.
Guenrouët
Canal de Nantes à Brest
J’avais fini la journée de reprise par des pistes cyclables, je reprends de même. Je suis interpellé par une mamie qui me propose de l’eau et une madeleine, elle s’appelle Madeleine, justement. Jolie rencontre éphémère. Les chemins sont plus agréables que la ville et le bitume dont j’ai plus que marre. Pour le coup, je rattrape le canal le Nantes à Brest que je vais suivre quelques jours. C’est tout plat et aujourd’hui il y a peu de monde. Le temps est gris, les éclaircies trop rares pour recharger le téléphone. Heureusement je trouve un bivouac près d’une écluse et peux en profiter pour recharger, mais pas complet. Je discute avec le jeune éclusier qui m’explique son métier. La maison d’éclusier est occupée par un restaurant tenu par deux jeunes femmes, Les Cueilleuses. Il semble que leur table est réputée, manque de chance c’est jour de fermeture, je ne pourrais pas goûter leur cuisine. Juste l’odeur du pain qui cuit au feu de bois de bonne heure le lendemain matin et qui parfume ma tente toute proche.
Je reprends la route, enfin le chemin, le long du canal. C’est calme, il n’y a pas grand monde. Le midi je trouve une boulangerie et déjeune à La Chevalerais, il y a des tables au bord du canal. La journée est longue. Je suis sur un chemin de Compostelle et des Miquelots en même temps. Il va à Compostelle pour ceux qui viennent de Bretagne et au Mont Saint Michel dans l’autre sens. C’est le chemin que je voulais suivre à l’origine du projet. Je marche jusqu’à une écluses près de Blain. L’éclusier me propose un pré dans lequel il mettait ses ânes. Je bivouac ici et suis initié au métier d’éclusier. Il m’offre même un livre édité par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique dans lequel il figure fièrement devant son écluse. Le lendemain, je repars et fais un détour par Blain surtout pour y acheter de la lessive bio. Je vais au grand Leclerc et demande à une dame de veiller sur Honoré. Habituellement je ne vais pas dans de si grandes surfaces, il y a trop de monde. Je croise peu de monde encore aujourd’hui. Je dois reconnaître qu’il y a peu de déchets sur les bords du canal. Quelques emballages de barres de céréales probablement tombées des poches des joggeurs ou cyclistes. Une seule bouteille de coca en trois jours, un record. Toutefois, en sortant du chemin de halage, les détritus sont de retour. Je croise deux pèlerines qui font Compostelle en plusieurs fois. Ça fait plaisir de rencontrer à nouveau des pèlerins, je n’en avait pas croisé depuis Le petit prince de compostelle Dominique, aux Sables d’Olonne. Les journées sont bien plus courtes, c’est bon pour le repos. Mais les feuilles des arbres commencent à jaunir, certaines à tomber. Le matin la toile de tente est humide de rosée. Je trouve un bivouac au bord du canal, à Saint Omer de Blain. J’ai fait une petite étape, ça suffira. Dans mes contacts wwoofing, j’ai envoyé un message à Aux Ânes etc… chez qui j’espérais faire une pause « bilan » pour Honoré. Mais Charlotte est en vacances. Pourtant elle m’appelle et me propose un bivouac à Guenrouët que j’accepte car je suis convaincu qu’Honoré en a grand besoin. Il s’est fait mal derrière les oreilles en tirant au renard par peur d’un animal sauvage il y a quelques jours, et ça ne se passe pas à cause du licol qui frotte sur l’hématome. Il est donc au paradis des ânes dans cette grande prairie ombragée dans laquelle il peut courir et se rouler à volonté sans licol.
Le vendredi j’en profite pour aller faire un plein sérieux alimentaire à base de salades, tomates et carottes qui font faute à mon alimentation hasardeuse de ces derniers jours. Je retrouve aussi de la lessive car celle prise à Blain est trop lourde et ne convient pas au lavage à la main, malgré les conseils de la vendeuse. Ces courses m’auront pris l’après-midi dû à la circulation qui va retarder le bus. Malgré la totale confiance que j’éprouve envers mon compagnon à grandes oreilles, je ne suis pas 100% serein de le laisser seul dans un parc pourtant grand et appétant, avec de l’eau en quantité et l’ombre protectrice, mais sans électricité sur les fils. Je sais pourtant qu’il respecte les clôtures… et finalement s’est-il rendu du compte de mon absence ? En partant du Leclerc de Pont Château, j’ai senti une violente douleur dans le molet droit. Il est tout dur ce soir, je crains m’être fait une déchirure musculaire. Je masse longuement avec la pommade homéopathique à base d’eucalyptus et d’arnica, en espérant une efficacité rapide. Samedi c’est pause total pour nous deux. Je reçois la correspondante de Ouest France qui me propose de recharger ma batterie. Charlotte rentre de vacances dimanche et passe donc me rencontrer. Le courant passe tout de suite et elle prend même le temps de verifier mes doutes sur les bobos d’Honoré. Lundi je reçois la journaliste de L’Écho De la Presqu’île qui reste un long moment à m’interroger. Et mardi je pars pour l’asinerie et faire du wwoofing.