Cognac

Nous continuons à longer la Charente, entre écluses, barrages et châteaux, et croisons de plus en plus de monde. Deux mamies nous abordent et les nombreuses questions reviennent. Mais elles sont agréables. Un autre couple arrive, les mêmes questions… puis le chemin reprend. Au village suivant, les deux mamies sont attablée à la terrasse d’un café « on peut vous offrir un café ? » Naturellement, j’attache Honoré à la rampe d’escalier et m’attable avec les deux comparses. La scène est amusante et Honoré, la star du café. Puis on arrive à Cognac. En fait, en plein cœur de la ville on est toujours au bord de la Charente et n’entendons même pas les voitures et les bruits de la ville. Si ce n’est pour traverser encore la Charente, il y a un peu de circulation mais cela n’aura pas duré plus d’une demie-heure. Entre temps, j’avais fait le plein d’eau dans un restaurant et un homme m’interpelle poliment, m’interroge sur mon parcours. En repartant il me propose un cake fait pour un ami, mais il décide de me l’offrir. Alors monsieur, si vous nous avez trouvé sur Facebook, votre cake était très bon. Merci, il aura fait quelques desserts et petits déjeuners. Sorti de la ville, je trouve rapidement un bivouac près d’une petite rivière, l’Antenne. L’inconvénient au bord des points d’eau, ce sont les moustiques.

Vignobles

Rapidement, après Angoulême, ce sont les vignobles qui dominent le paysage. Pourtant, impossible de trouver du vin Charentais, à part le Pineau qui va bien avec le melon et à l’apéro. Ou du Cognac. Pourtant il en existe, mais reste introuvable. Je suis toujours sur le GR4 qui par moment est identique à l’itinéraire cyclable de la « Flow Vélo ». Ce qui fait râler quelques riverains : « ha oui les cyclistes ils laissent leurs bouteilles d’eau et les bidons ». Pour ma part je ne pense pas qu’un cycliste jette son bidon, ce sont des touristes, pas des coureurs du Tour de France. Il peut arriver qu’ils en perdent un en route, mais je pense qu’il manquera rapidement par forte chaleur. Par ailleurs, qu’il y ait plus de déchets est logique puisqu’il y a plus de monde sur le même parcours. Mais à la pause de midi, avec une averse, tous se réunissent à l’abri le plus proche et quelque soit le temps, photo de groupe de rigueur. Selfies avec Honoré puis « vous pouvez nous prendre en photo ? » Ça doit être un rituel de cyclotouristes. Je continue ma marche et après Châteauneuf-sur-Charente, je trouve un bivouac chez des propriétaires de chevaux. Intéressés par mon périple, ils m’offrent un carton de fruits, thon et madeleines pour dîner, gestes barrières obligent. Je suis bien installé, Honoré a de quoi manger et boire, nous sommes biens accueillis. En repartant, on passe devant un élevage de daims. Ici c’est tournesols, maïs et vignes. Avec les vignobles, les châteaux se multiplient. Surtout en arrivant à Jarnac. Pour les moins de 20 ans, Jarnac, en plus d’être une ville située au cœur des producteurs de Cognac, est la ville où est né François Mitterrand, et où il est enterré. Évidemment en panne d’eau, je me rends au cimetière, attache Honoré au portail devant lequel est écrit « les animaux ne sont pas admis, silence et tenue correcte exigée ». Bon d’habitude seuls les chiens sont interdits… pour le silence pas de problème tant qu’Honoré me voit. Pour la tenue correcte, je voudrais t’y voir moi, à faire le tour de France en pantalon à pince et souliers vernis ! Faudra m’accepter comme je suis, avec mon sac à dos. Bref, je vais remplir les gourdes. Et puis je me dis que la tombe n’est pas loin, je peux pousser un peu. Mais Honoré m’appelle. Chut ! J’avance doucement, il brai. Bon tant pi François, mon âne m’appelle. J’arrive près de Cadichon qui bien entendu a chié devant le cimetière de tonton ! Je regarde autour de moi, impossible de passer inaperçu, je pousse le crottin au pied de l’arbre tout proche. Et on s’en va discrètement. Plus loin, on bivouac au bord de la Charente sur une air de pique-nique aménagée. Les riveraines me proposent de l’eau. Des jeunes avec des enfants font une pause vélo. Rapidement la conversation s’engage sur le ramassage des déchets. Les enfants s’approprient la pince et commencent à nettoyer le site. Merci de leur aide. Les bateaux passent près du bivouac. Étrangement ce ne sont pas trop les bateaux qui effraient Honoré, mais le clapotis de l’eau quand ils vont trop vite.

Angoulême

Jean-Paul vient à ma rencontre entre Pranzac et Angoulême. Je reste deux jours chez lui.
Jean-Paul a fait une partie du GR4 avec son âne Bagad, de chez lui à Vulcania. Il en a gardé un souvenir ému et les nombreuses rencontres du chemin le conduisent à son tour, à m’accueillir. Honoré a son parc privé dans le jardin, pas le temps de le conduire auprès de ses congénères (Bagad et ses copains) un correspondant du journal La Charente Libre vient faire un reportage sur notre périple. Il avait également fait un article sur Jean-Paul à son départ. Ensuite plus le courage de repartir. Ce fut une pause agréable et enrichissante, reposante aussi. Jean-Paul m’a conseillé sur les prochains itinéraires, fait visiter Angoulême et véhiculé afin que je fasse mes courses d’appoint. De bons repas, quelques melons locaux au pinot local. Que du bonheur.
La nuit est humide, je plie la tente trempée. Jean-Paul pensait m’accompagner en VTT mais la météo l’en dissuade. Puis il m’appelle et me propose de le rejoindre avec ses amis à une guinguette. Seulement la guinguette est plus loin que je n’avais prévu d’aller. Il me rappelle, le serveur propose que je bivouac tout près. Alors j’arrive, rencontre les amis et installe ma tente. On boit une petite bière locale et chacun rentre. Ce séjour à été marquant, merci Jean-Paul.
Le soir je vais chercher de l’eau et boire un verre. Le patron a lui aussi randonné avec des chevaux, il  veut me remercier pour mon projet de ramassage des déchets et lui aussi veut rendre l’accueil qui lui a été réservé lorsqu’il voyageait. Au passage, on mange super bien dans cette guinguette, n’hésitez pas à vous y arrêter, l’accueil est extra, les menus à base de produits locaux, délicieux. C’est la guinguette du pont de Basseau à Fléac. Dites leur bonjour de ma part.

C’est quand qu’on voit la mer

Les côtes et les descentes sont de moins en moins dures, plus courtes aussi. L’horizon est plus loin. Et je me dis « c’est quand qu’on voit la mer ? » Je m’arrête à Bussière-Badil bivouaquer près d’un lavoir avec l’accord du maire. Tout près il y a des bennes de collecte de verre, papiers et emballages, et je constate  que bon nombre de villageois viennent à pied, parfois en voiture, trier leurs déchets consciencieusement.

Je poursuis mon chemin et croise des colonies  de vacances. Je parle des déchets aux moniteurs, les gamins sont plus intéressés par Honoré.
On traverse Montbron, nous sommes en Charente, et trouve un bivouac conseillé par un voisin, près d’une source. L’endroit est magnifique, mais il y a des traces de pas de sangliers qui doivent venir s’abreuver ici. J’espère qu’ils ne viendront pas cette nuit. Le voisin vient voir si je suis bien installé, le lendemain matin la belle-sœur viendra me saluer, elle a parcouru plus fois les chemins de Compostelle et me donne quelques conseils. Nous commençons à découvrir le vignoble charentais.
On marche moins l’après-midi,  la chaleur est écrasante. On traverse Vilhonneur dont l’histoire douloureuse de la seconde guerre est largement évoquée, puis nous arrêtons à Pranzac au stade municipal. Le soir je suis rejoins par Jean-Paul qui m’hébergera à Angoulême le temps de faire quelques courses et tâches administratives. Jean-Paul à lui aussi parcouru le GR4 avec son âne, d’Angoulême à Vulcania. Il m’apporte une bière bien fraîche qui fait un bien fou.