Le lendemain du camping, la marche commence dans les tourbières, dans la boue et des chemins peu pratiqués, pas entretenus pour quelques parties. Honoré semble maintenant à l’aise avec les sols humides, tant que l’eau n’est pas trouble en tout cas. Mais il progresse. Pique-nique près de la maison des fées, la météo est menaçante et le chemin encore long avant le prochain ravitaillement. Arrivée à Huelgoat, je commence par faire les courses puis appelle la mairie pour trouver un bivouac. Mais la secrétaire me dit que c’est illégal donc elle ne veut pas me dire où m’installer. Je lui explique la différence entre camping sauvage et bivouac, mais elle ne veut rien entendre et me conseille d’appeler la gendarmerie. Ce que je fis. D’ailleurs le gendarme me conseille un endroit agréable. Sauf qu’il n’y a pas d’eau. Je rappelle la secrétaire de mairie qui finit par me passer une adjointe. Sur la réserve, elle non plus ne me propose pas de bivouac. Je lui conseille de regarder la presse locale pour la rassurer, elle me propose un coin près de l’ancienne piscine et de prendre l’eau de la rivière. Bon, finalement je squatte le camping fermé pour la saison mais le portail est resté ouvert. Bref, tous les bretons n’ont pas le même sens de l’hospitalité. Quand je pense à l’accueil d’autres mairies… Aurélie à Lothey où Frédéric à Saint Ségal par exemple. Je passe donc la nuit au camping, le vent et la pluie me réveillent plusieurs fois et Honoré qui se met à courrir à 3 heures du matin. Après quoi… je n’ai rien vu. Apeuré par je ne sais quoi, j’ai pourtant fait le tour et vérifié partout sans rien entendre ni voir.
Je profite d’une accalmie pour prendre le départ vers 9 heures. La petite ville est jolie à traverser mais le fléchage n’est pas super bien entretenu, heureusement que j’ai le GPS du téléphone. En fin de matinée la pluie devient plus calme et il y a même quelques éclaircies. Pause déjeuner près d’une ancienne gare où je rattrape pour quelques kilomètres la voie verte que je retrouverais dans quelques jours, après Carhaix. Mais je veux profiter de la météo plus clémente que prévue pour avancer au maximum. C’est Honoré et mes douleurs de dos et de pieds qui me font m’arrêter dans un petit hameau. Une dame passant l’aspirateur me voit à travers sa baie vitrée. Sans hésiter elle me propose son verger pour bivouaquer et même de prendre une douche. Ça fait du bien après deux jours sans eau. De retour de la douche, Honoré tousse et mousse de la bouche et du nez. Je comprends vite qu’il a réussi à s’approcher des pommes et est en train de s’étouffer. Je lui masse le cou mais pas sûr que ça suffira. J’appelle Marine qui m’explique comment masser efficacement (à gauche, côté œsophage) le faire marcher de manière dynamique et le faire boire pour l’inciter à déglutir. Heureusement j’avais mis dans les valises la seringue à droguer au cas où. Après plusieurs essais, il fini par déglutir. Ouf, encore une fois, merci Marine. Je vais le promener et observe qu’il mange de l’herbe normalement, tout est rentré dans l’ordre. La nuit se passe bien sauf que la pluie pénètre dans la tente par la couture du double toit. J’ai commandé celui-ci à Décathlon mais ne l’aurais que dans une semaine.
Le matin tout est humide mais il faut partir, j’ai une bonne vingtaine de kilomètres avant le prochain bivouac. Ce soir je sais où je dors, ce qui n’est pas courant. Le temps de plier en essayant de sécher au mieux il est déjà 9h30. Mais personne n’est levé à mon départ, je ne peux pas remercier cette gentille dame. Tant pi. Les pluies annoncées ne sont pas arrivées, j’aime autant, c’est plus agréable de marcher au sec et sans tenue de pluie. Pas mal de bitume avant de retrouver des chemins, les dénivelés ne sont pas importants mais font mal aux genoux, la tendinite s’est réveillée, il va être temps de faire une pause. Et devinez quoi ? Je retrouve le canal de Nantes à Brest que j’alterne avec la voie verte pour joindre mon bivouac du soir et où je vais rester une semaine. Ne vous inquiétez pas s’il n’y a pas de nouvelle publication cette semaine. Mais promis, j’essaierai de donner des news. 😉
canal de Nantes à Brest
Canal de Nantes à Brest, le retour
Départ de Spézet, d’où je glane quelques pommes, un épais brouillard me cachera le soleil jusqu’à Châteauneuf-du-Faou. Comme on me l’avait dit, c’est une jolie ville avec de jolies côtes à 18%, ça pique un peu les mollets. Pique-nique devant l’église mais Honoré semble avoir peur de tout. Il sursaute, courre… et je ne vois rien. Je le déplace mais il reste attentif et ne mange pas beaucoup. Pour que ça lui coupe l’envie manger, c’est bien qu’il y a quelque chose, mais quoi ? Un Korrigan devant l’église ?
Je décide de quitter là le GR38 qui m’entraîne dans des détours touristiques inutiles avec des dénivelés dont on peut se passer. L’objectif maintenant est d’aller sur Châteaulin. Le chemin de halage du canal de Nantes à Brest nous tend les bras, en route. Et pour la première fois, on va bivouaquer loin des habitations et sans eau. Enfin sans eau potable parce que le canal est plutôt large à cet endroit. Le brouillard tombe tôt et la tente est trempée. Je décide de ne pas m’attarder, ça ne sèchera pas de toutes façons. A midi le brouillard est toujours présent. J’ai toujours les pieds et les mains gelés, et trempés en plus. Impossible de faire sécher la tente, trop d’humidité. Une randonneuse rencontrée sur le halage me dit qu’il y a une épicerie à Gouézec, je vais faire le détour, ça m’évitera de traverser Châteaulin demain. Mais arrivé dans le village, l’épicerie est fermée et ne rouvre qu’à 17 heures. Ha non, je ne peux pas attendre, à cette heure là, l’humidité commence à tomber. Je continue donc mon chemin jusqu’à Lothey où le secrétaire de mairie me propose, sur les conseils de madame le maire, une chapelle à 3 km, soit encore 1 heure de marche. Je lui explique que ça ne va pas être possible, il me propose le terrain derrière la salle des fêtes qui n’est pas entretenu. Ça m’ira ! Je suis fatigué, Honoré aussi et le voisin me laisse m’installer devant chez lui et m’apporte des tomates. Plus tard Aurélie, maire de Lothey, vient m’accueillir et me propose de rester une nuit supplémentaire au lieu initialement proposé. C’est super gentil, je me sens bienvenue et je la remercie de cet accueil généreux, mais je dois avancer. Au matin une voiture approche, madame le maire m’apporte un sablé breton et un pain au chocolat pour me réchauffer. On parle longuement agriculture, environnement… et nos chemins se séparent. À peine Honoré bâté, prêt à partir, la voisine m’apporte un café chaud, parfait pour réchauffer mes mains gelées par la rosée matinale. Très vite on rattrape le canal et nous rejoignons Châteaulin. C’est une ville assez grande avec un hôpital, deux lycées, une zone commerciale… c’est de ça dont j’ai besoin. La grande surface est assez imposante mais il y a un coin d’herbe avec un panneau familles nombreuses. Je m’amuse d’y attacher Honoré et me dépêche de faire mes courses. C’est amusant de le voir au milieu de cette agitation avec les lycéens qui courent partout autour.
Nous repartons vers le parking voisin qui offre un coin d’herbe parfait pour mon compagnon et le soleil qui commence à peine à sortir va enfin me réchauffer. La pause est ponctuée de visites de parents ou d’enseignants. Nous repartons car il va être 14 heures et je dois passer à la pharmacie à cause d’une rage de dent. Pour sortir de la ville, ça monte, beaucoup. Le sac de déchets se rempli mais je peine à trouver une colonne de tri. Par ici, il y a des bacs jaune pour les emballages, mais les dechets doivent être mis dans des sacs de la même couleur, et je n’en ai pas. C’est sûrement pratique pour les locaux, mais pour les touristes c’est pénible. Comme ces communes qui ont mis en place les bacs avec puces électroniques, si on n’est pas du coin et qu’on n’a pas la carte, on ne peut pas vider ses déchets.
La montée me conduit vers des éoliennes puis je décide de quitter l’itinéraire prévu pour me diriger vers un chapelle près de laquelle je pense pouvoir bivouaquer et où j’espère qu’il reste assez d’herbe pour mon compagnon. Je trouve mon bonheur mais les riverains sont absents ou ne répondent pas. Tant pi je m’installe, le soleil décline et je dois encore faire sécher la tente. Quand je fini enfin de monter le bivouac, j’aperçois une voiture. Je m’approche avec mes sceaux pour au moins donner à boire à Honoré et me laver. Je tombe sur Marion une allemande qui rend visite à son amie et compatriote Esther. Elle me propose de l’eau et une bière. Ça ne se refuse pas. Elle prépare une soupe dont je ramène une portion pour ce soir. La soupe est bien garnie et me suffira pour ce soir avec les légumes et la saucisse… (moi j’appellerais ça une choucroute 😉) avant de repartir avec ma soupe et mon eau, j’ai droit à une deuxième bière, des poivrons et des tomates. Parfait pour accompagner le thon que j’ai acheté ce matin pour les repas à venir. Je repars de bonne heure de la chapelle et le chemin commence par la traversée d’un champ d’éoliennes. Le bruit est pénible, pas fort mais entêtant. Et puis avec le soleil, l’ombre des pales provoque un effet stroboscopique au sol qui rend la marche compliquée. Ça me rappelle mes jeunes années en discothèque, sauf que là ça ne m’amuse pas. Mais la récompense est au bout du chemin avec la vue sur la baie de Douarnenez. C’est étrange mais à ce moment là, je ressens un immense soulagement. Je pense que j’ai accéléré le pas parce qu’Honoré commençait à tirer. Sur la carte je repère une chapelle, près de la mer d’Iroise, qui semble parfaite pour paser le nuit. J’inspecte les lieux, tout semble correct, je cherche les riverains pour signaler ma présence et trouver de l’eau. Personne… une crêperie pas encore ouverte, une maison en travaux… je toc à la dernière maison, un papy ouvre, me dit que je peux m’installer et referme la porte. Ha l’accueil chaleureux des bretons, tous n’ont pas la même notion. Finalement je m’installe et vais voir l’électricien qui me laisse prendre de l’eau. Le lendemain je ne tarde pas, j’espère arriver à l’asinerie dont je reparlerai dans un prochain article. Je presse un peu le pas, Honoré me le fait remarquer, je fais un complément ravitaillement et arrive dans l’après-midi comme prévu. Là, c’est la vue sur l’ance de Poulmic qui m’accueil et la vue sur l’école navale. Enfin, nous sommes arrivés.
La semaine prochaine je vais faire quelques courses d’hiver chez Décathlon ; duvet, chaussettes… et Honoré a rendez-vous avec une ostéopathe. Ce qui va vider grandement la cagnotte. Merci de partager à vos proches qui veulent soutenir notre Tour de France. Et merci à tous ceux qui ont déjà participé. Vos dons ont déjà permis de racheter une pierre à sel pour Honoré, des nouveaux fourreaux de protection de licol, resememeler mes chaussures… et racheter des sacs poubelles ! Il y a aussi le téléphone qui montre des signes de fatigue (batterie)…
Merci de partager https://www.leetchi.com/c/tdfane
Canal de Nantes à Brest
J’avais fini la journée de reprise par des pistes cyclables, je reprends de même. Je suis interpellé par une mamie qui me propose de l’eau et une madeleine, elle s’appelle Madeleine, justement. Jolie rencontre éphémère. Les chemins sont plus agréables que la ville et le bitume dont j’ai plus que marre. Pour le coup, je rattrape le canal le Nantes à Brest que je vais suivre quelques jours. C’est tout plat et aujourd’hui il y a peu de monde. Le temps est gris, les éclaircies trop rares pour recharger le téléphone. Heureusement je trouve un bivouac près d’une écluse et peux en profiter pour recharger, mais pas complet. Je discute avec le jeune éclusier qui m’explique son métier. La maison d’éclusier est occupée par un restaurant tenu par deux jeunes femmes, Les Cueilleuses. Il semble que leur table est réputée, manque de chance c’est jour de fermeture, je ne pourrais pas goûter leur cuisine. Juste l’odeur du pain qui cuit au feu de bois de bonne heure le lendemain matin et qui parfume ma tente toute proche.
Je reprends la route, enfin le chemin, le long du canal. C’est calme, il n’y a pas grand monde. Le midi je trouve une boulangerie et déjeune à La Chevalerais, il y a des tables au bord du canal. La journée est longue. Je suis sur un chemin de Compostelle et des Miquelots en même temps. Il va à Compostelle pour ceux qui viennent de Bretagne et au Mont Saint Michel dans l’autre sens. C’est le chemin que je voulais suivre à l’origine du projet. Je marche jusqu’à une écluses près de Blain. L’éclusier me propose un pré dans lequel il mettait ses ânes. Je bivouac ici et suis initié au métier d’éclusier. Il m’offre même un livre édité par le Conseil Départemental de Loire-Atlantique dans lequel il figure fièrement devant son écluse. Le lendemain, je repars et fais un détour par Blain surtout pour y acheter de la lessive bio. Je vais au grand Leclerc et demande à une dame de veiller sur Honoré. Habituellement je ne vais pas dans de si grandes surfaces, il y a trop de monde. Je croise peu de monde encore aujourd’hui. Je dois reconnaître qu’il y a peu de déchets sur les bords du canal. Quelques emballages de barres de céréales probablement tombées des poches des joggeurs ou cyclistes. Une seule bouteille de coca en trois jours, un record. Toutefois, en sortant du chemin de halage, les détritus sont de retour. Je croise deux pèlerines qui font Compostelle en plusieurs fois. Ça fait plaisir de rencontrer à nouveau des pèlerins, je n’en avait pas croisé depuis Le petit prince de compostelle Dominique, aux Sables d’Olonne. Les journées sont bien plus courtes, c’est bon pour le repos. Mais les feuilles des arbres commencent à jaunir, certaines à tomber. Le matin la toile de tente est humide de rosée. Je trouve un bivouac au bord du canal, à Saint Omer de Blain. J’ai fait une petite étape, ça suffira. Dans mes contacts wwoofing, j’ai envoyé un message à Aux Ânes etc… chez qui j’espérais faire une pause « bilan » pour Honoré. Mais Charlotte est en vacances. Pourtant elle m’appelle et me propose un bivouac à Guenrouët que j’accepte car je suis convaincu qu’Honoré en a grand besoin. Il s’est fait mal derrière les oreilles en tirant au renard par peur d’un animal sauvage il y a quelques jours, et ça ne se passe pas à cause du licol qui frotte sur l’hématome. Il est donc au paradis des ânes dans cette grande prairie ombragée dans laquelle il peut courir et se rouler à volonté sans licol.
Le vendredi j’en profite pour aller faire un plein sérieux alimentaire à base de salades, tomates et carottes qui font faute à mon alimentation hasardeuse de ces derniers jours. Je retrouve aussi de la lessive car celle prise à Blain est trop lourde et ne convient pas au lavage à la main, malgré les conseils de la vendeuse. Ces courses m’auront pris l’après-midi dû à la circulation qui va retarder le bus. Malgré la totale confiance que j’éprouve envers mon compagnon à grandes oreilles, je ne suis pas 100% serein de le laisser seul dans un parc pourtant grand et appétant, avec de l’eau en quantité et l’ombre protectrice, mais sans électricité sur les fils. Je sais pourtant qu’il respecte les clôtures… et finalement s’est-il rendu du compte de mon absence ? En partant du Leclerc de Pont Château, j’ai senti une violente douleur dans le molet droit. Il est tout dur ce soir, je crains m’être fait une déchirure musculaire. Je masse longuement avec la pommade homéopathique à base d’eucalyptus et d’arnica, en espérant une efficacité rapide. Samedi c’est pause total pour nous deux. Je reçois la correspondante de Ouest France qui me propose de recharger ma batterie. Charlotte rentre de vacances dimanche et passe donc me rencontrer. Le courant passe tout de suite et elle prend même le temps de verifier mes doutes sur les bobos d’Honoré. Lundi je reçois la journaliste de L’Écho De la Presqu’île qui reste un long moment à m’interroger. Et mardi je pars pour l’asinerie et faire du wwoofing.