Nouvelle vie

Après un temps de réadaptation à la vie sédentaire, après les fêtes de fin d’année qui avaient une saveur particulière, il est temps pour Honoré et moi de se projeter vers l’avenir. Et justement, le Père Noël est passé pour nous ! C’est Jean Lucien qui nous suit depuis notre séjour dans l’Oise et plus particulièrement lors de notre semaine folle chez Ânes Victoires (de la chaîne Youtube éponymes), qui me propose ses ânes. Atteint d’une longue maladie, il doit se séparer de Léa, Peluche et Martin. Il a vu que je cherchais des compagnons pour Honoré et aussi dans le but de démarrer une location d’ânes de randonnée et d’asino-médiation et j’ai la chance qu’il me fasse confiance. Alors maintenant que je sais que je vais pouvoir rester dans cette maison et que j’aurai du terrain, j’accepte avec joie. Natacha et Michel de l’asinerie du Tremble, là où est né Honoré, me proposent d’assurer le transport. On part de bonne heure pour aller chercher les 3 mousquetaires et nous voici près d’eux. L’émotion est forte de rencontrer mes nouveaux compagnons, mais surtout de les arracher à Jean Lucien qui les regarde partir le cœur serré. On n’est pas parti comme des voleurs hein ! On a bien pris le temps de nous connaître, boire un café, faire les démarches administratives nécessaires… Mais il faut faire vite pour arriver au pré avant la nuit afin de pouvoir surveiller l’intégration dans leur nouvel environnement et la présentation avec Honoré. Mais Honoré est un gentleman, il est habitué à voyager et faire de nouvelles rencontres et il a su accueillir ses nouveaux amis et les mettre en confiance immédiatement. Les trois mousquetaires sont maintenant quatre. On apprend à se connaître, on se découvre et je pense rapidement commencer à travailler avec eux pour mieux comprendre leur fonctionnement. Voici le début d’une nouvelle histoire, toujours autour du voyage qui finalement ne s’arrêtera jamais grâce à ce projet. J’aurai la joie de transmettre quelques échantillons de ce que j’ai vécu durant mon Tour de France.

Puy-de-Dôme

On entre dans le Puy-de-Dôme par la traversée de la Dordogne au nord du lac de Bort-les-Orgues. Les couleurs sont magnifiques, la lumière magique, comme pour nous souhaiter la bienvenue et bon retour en Auvergne. Je m’en vais visiter une ferme dont j’avais trouvé l’annonce sur un site spécialisé. La ferme est gérée par un collectif composé de Léo et Sam. C’est Sam qui m’accueille et me propose de m’installer dans la caravane où je pourrais m’asseoir, m’habiller debout… Des petits conforts auxquels je n’ai pas accès dans la tente.
L’endroit est magnifique, la végétation riche et variée, un joli coin de paradi. Le lendemain c’est repos total, j’en ai grand besoin et Honoré aussi. Ensuite c’est Léo qui me fait découvrir les parcelles et la biodiversité du site.
Je dois faire quelques courses et le premier magasin est à 12 km que je n’ai pas envie de faire à pied, il faut que je me repose. Il n’y a pas non plus de blablacar par ici… Je cherche donc à louer une voiture et quand je vois les prix, ça me dissuade mais j’ai bien peur de ne pas avoir le choix. Et, miracle du chemin, Léo me propose d’utiliser sa voiture. Je suis vraiment touché de ce geste qui me permettra de pousser jusqu’à Clermont pour faire mes derniers achats de ce Tour de France. Quelle émotion en apercevant la majestueuse cathédrale noire (en pierres volcaniques) de la capitale auvergnate. C’est comme si j’étais arrivé chez moi. Je fais mon petit tour habituel et je reçois un message d’une amie qui me propose une maison. Ça y est enfin, je sais où je termine ce tour de France ! C’est un immense soulagement qui me permet d’envisager l’avenir plus sereinement.
Je profite de la grande ville pour aller faire les derniers achats à Décathlon (l’an dernier je m’étais passé de blouson d’hiver en associant la polaire avec la veste de pluie, mais en Normandie les températures étaient plus clémentes) et les achats alimentaires nécessaires pour joindre l’arrivée.
Je ne suis pas fan des agglomérations en général, mais Clermont est une belle ville et elle est en ébullition à l’approche de Noël. Le sapin est en place mais pas encore terminé de décorer, la grande roue accueille ses visiteurs et le marché de Noël déjà ouvert au public. J’en profite pour déambuler dans les odeurs de vins chauds et les artisans locaux qui proposent des produits variés. Bon, malheureusement ce ne sont pas tous des produits 100% made in Auvergne, mais c’est l’ambiance que je suis venu chercher… et aussi une part de truffade. Lors de mes nombreuses haltes, notamment en woofing, j’ai cuisiné ce plat auvergnat chez mes hôtes. Alors j’ai décidé de m’offrir une part de truffade sur le marché de Noël.
Il est temps de rentrer à la caravane. Reste plus qu’à tracer le dernier itinéraire, ce qui ne sera pas le plus simple par ici. Jusqu’à maintenant, la contrainte était d’éviter les grandes routes et les agglomérations compliquées à traverser. Ici s’ajoute le contournement des estives dont les échelles de passage pour randonneurs ne pourront pas être franchies par Honoré. Et en plus à cette saison, je dois veiller à rester en dessous de 1100 m d’altitude, au-dessus il y a de la neige et je ne suis pas équipé. La météo des jours prochains est très instable, pluie, neige, froid… Je pourrais attendre une amélioration, mais j’ai hâte de rentrer, j’espère arriver avant Noël. Que faire ? Prendre le risque (mesuré) de prendre la pluie (ça ne sera pas la première fois) ou attendre et prendre le risque que l’amélioration se fasse attendre, longtemps. C’est décidé, je repars lundi, ça nous aura fait une semaine complète de pause, j’espère que ça suffira pour Honoré.
Ce matin pour la première fois, il m’a faussé compagnie. C’est le genre d’incident qui a hanté quelques-unes de mes nuits de bivouac, il fallait que ça arrive. Je suis soulagé que ce soit arrivé dans des conditions sécurisées, dans le sens où il y a de grandes pâtures qui, même si elles ne sont pas clôturées, sont assez grandes. Il n’est pas allé bien loin, quand je suis parti a sa recherche, à l’opposé de sa position, c’est lui qui est venu me chercher. J’espère juste qu’il n’aura pas trop mangé de glands, il y a beaucoup de chênes autour du pré.

Honoré chez les biquettes

L’étape de Cérilly à Ainay-le-Château s’annonçait longue, elle l’était d’autant plus qu’il faisait chaud (32°). Malgré la forêt de Tronçais à traverser à l’ombre, les derniers kilomètres au soleil et sur le bitume ont été difficiles. Mais l’accueil à la ferme de la berge par Charline, Amélie, Elsa et Léo, les enfants de Sandrine et Cédric, effaçait la douleur des pieds trempés de sueur.

Ils sont en plein dans les foins. Je sais la pression qui règne chez les agriculteurs à cette période clé de l’année. Rater les foins peut mettre en danger la saison de lactation des vaches et des chèvres. Ce qui serait une catastrophe surtout après ces dernières années de sécheresse. Tout naturellement je propose ma modeste contribution manuelle à mes amis que je n’avais pas vu depuis trop longtemps. Le soir même je viens aider à la traite des chèvres, histoire de voir si je n’ai pas trop perdu la main et me rappeler les bons souvenirs de ce métier qui me manque tant. Toute la famille participe, le travail avance rapidement, l’ambiance extraordinaire. Je me sent bien. Honoré aussi prend ses marques, découvre de plus près les biquettes. La cohabitation se passe bien. Même avec les chiens, les oies et tous les animaux de la ferme. Il se permet même de chasser ceux qui l’empêche de grignoter le foin des chèvres.

Sandrine et Cédric sont paysans bio et tiennent à faire des petites bottes de foin pour un meilleur stockage et pour réduire l’impact carbone du tracteur. Les petites bottes peuvent être transportées à la main ou sur la brouette alors qu’il faut le tracteur pour déplacer les balles rondes de 250 kg. J’alterne mon séjour woofing entre traite, foins et cuisine avec Charline. On s’entend bien tout les deux pour préparer le repas du midi qui doit nourrir toute la famille qui participe aux foins.

Le lendemain, Agnès et Matthieu, qui nous avaient donné de la paille bio, sont passés nous voir. Ils font partie du collectif de paysans bio qui a créé, avec Sandrine et Cédric mais aussi Céline et Sigfried, le magasin bio d’Ainay-le-Château.

Finalement, on reste sur la ferme quatre jours afin de pouvoir profiter du dimanche au calme. Sauf que le dimanche je l’ai passé aux urgences à cause d’une tique. Lundi dernier Cécile m’avait soigneusement enlevé l’intru de ma tête et désinfecté dans les règles (elle a suivi des études d’infirmière). Mais la bestiole a tout de même laissé ses traces et des ganglions douloureux associés à une fatigue intense (que je mettais sur le compte des foins et la chaleur) m’ont conduit à l’hôpital. J’ai été particulièrement touché que les enfants tiennent à m’accompagner. L’attente est longue mais je suis allongé sur un brancard sur lequel je dors jusqu’à l’arrivée du médecin. Diagnostic : maladie de Lyme. Super, me voilà avec un nouvel antibiotique pour 14 jours. Il n’y a plus qu’à espérer que la bactérie ne se soit pas trop développée.

Mais il est temps de repartir direction Braize le berceau de l’âne Bourbonnais d’où vient Honoré. Encore une fois le départ est difficile. Ce séjour m’aura profondément marqué. Léo m’accompagne avec son vélo. Merci à tous pour l’accueil, la générosité, le partage, la bienveillance… Du coup pas beaucoup de marche mais quand même des gestes pour l’environnement.

Nouvelle pause

Avec le retour des chaleurs, on s’offre une nouvelle pause. Au départ de Couleuvre, nous avons dû suivre la départementale. Sous le soleil, ce n’est pas le plus agréable mais de bonne heure, ça passe. D’autant qu’à peine entré dans la forêt, deux biches nous attendent sur le chemin. Malgré mes tentatives la photo ne rend rien, trop loin. Puis un cerf. Nous sommes gâtés. Rapidement nous arrivons à Valigny où je prévois de faire une pause. Des amis de longue date, Cécile, Norbert et Thiphaine nous attendent, Honoré a sa parcelle. Le confort. Petite promenade pour emmener vacciner les bébés Border. Honoré se retrouve seul pour la première fois. Mais ça fait du bien de ne pas marcher pour une fois. Ce repos est bénéfique et malgré que je suis chez des amis, le chemin provoque quand même de belles rencontres. Au bout de deux jours il faut reprendre le chemin. Je ne m’attarde pas sur les aurevoirs… toujours difficile de quitter des amis. Merci mille fois.

La forêt nous garde encore quelques belles surprises et nous arrivons à Cérilly où nous sommes attendus par Carmen et Pascal Pasquier (boulangerie de Cérilly) qui nous accueillent comme des princes et nous gâtent. Merci encore pour tout. Puis je préviens Isabelle, qui s’occupe du camping de Cérilly, que nous arrivons. Fabien Thévenoux, maire de Cérilly nous a proposé de camper au camping municipal. La douche fait du bien. Repos total, calme garanti. Le lendemain matin, j’ai promis de passer faire une apparition sur le marché hebdomadaire où je retrouve d’anciens collègues de marché. J’en profite pour expliquer ma démarche de nettoyage des chemins. Le maire vient nous accueillir et prend le temps de discuter avec nous. Mais Honoré s’impatiente, il montre qu’il veut marcher. J’ai peur qu’il ne lâche sa commission sur le marché. Triste de ne pas avoir pu voir tout le monde, mais il faut repartir. Nous croisons Agnès et papotons quelques instants. Merci Cérilly pour l’accueil et Carmen pour le nouvel encas généreux 😉. J’ai toujours plaisir à venir à Cérilly.

Après la pause

Le départ de chez Corinne a été difficile. Ce chemin m’apporte beaucoup d’émotions. Mais il est temps de repartir. Le chemin est joli en sous-bois, mais parfois il faut jouer les sangliers pour se frayer un chemin. Là météo est menaçante, je cherche une ferme au cas où les orages annoncés soient trop violents afin de pouvoir mettre Honoré à l’abri. Je regarde sur la carte, repère quelques fermes et commence ma recherche. Finalement je trouve ce que je cherchais. Personne. J’entre dans la cour, me place devant une fenêtre ouverte et lance un timide « bonjour, il y a quelqu’un ? » Puis un autre avant d’apercevoir une tête. Je demande s’il peut me proposer un lieu pour bivouaquer. Là réponse fût rude « ha oui mais vous m’avez sorti de ma sieste ». Ha. C’est pas gagné. Après trois secondes, « non mais je plaisante, il faudra vous y habituer ». Je viens de rencontrer Bruno, agriculteur à Augy, et sa fille Noémie. Il me laisse débâter Honoré et m’installer puis m’offre un café. Finalement le bougre est très gentil et nous échangeons beaucoup sur l’agriculture. Sa fille et lui s’absentent quand l’orage arrive. Je suis à l’abri, mais sous la tente c’est quand même impressionnant. Quelques grêlons, mais Honoré ne veut pas du auvent de la grange. Tant pi.

Le lendemain la pluie ne s’arrête pas mais je dois avancer et plier mouillé après un dernier café chez Bruno. Je me dis qu’en m’arrêtant plus tôt ça aura le temps de sécher. En arrivant sur Pouzy, une voiture s’arrête sur l’accotement pour ne pas effrayer Honoré, la route est étroite. Sûrement une cavalière. La conversation s’engage. « Bonjour est-ce que vous connaissez un coin ou je peux bivouaquer ? » La dame réfléchi, appelle son voisin agriculteur. « Arf pas de réseau, c’est un signe, venez chez moi » m’annonce Silvia avec un léger accent Allemand. Elle fait demi-tour et m’attend devant sa jolie maison. Rapidement tout le quartier vient voir qui est ce vagabond qui s’installe chez Silvia avec son âne. Certains me reconnaissent d’après l’article de La Montagne. Son amie Bénédicte vient ensuite partager un café avec nous et l’après-midi passe à toute vitesse. La tente a séchée, mais pas les chaussures malgré les journaux. Je crois qu’elles sont foutue… Honoré est à l’aise et Silvia m’invite à dîner. Encore un beau moment offert par le chemin. Merci.

Le lever de soleil est magnifique dans le saule avec la brume matinale. Mais il y a un peu de bitume avant de rejoindre Pouzy-Mésangy où je dois retrouver ma fille, Claire. Elle m’attend avec les croissant, ça fait du bien. Une jolie surprise du chemin, encore. Merci ma fille. Le chemin continue dans les herbes hautes et humides avec les chaussures trempées. J’ai mal aux pieds. Impossible de trouver un bivouac à Couleuvre. Le camping ne propose qu’un automate qui me demande le type de véhicule. Il n’y a pas l’option âne. Je repars après avoir déchargé les nombreux déchets dans les bennes de collecte proches. Dépité je poursuis mon chemin qui me renvoi un signe positif. Au carrefour un camion me klaxon. C’est Annelou, du centre équestre de Souvigny qui revient de compétition avec son père. Ils se sont trompés de route à Saint Amand et croisent à nouveau mon chemin. Une lueur d’espoir, je poursuis. Après avoir un peu tourné, je fini par être accueilli chez un jeune qui retape une maison pour son locataire éducateur canin. Je suis épuisé. L’accueil est chaleureux mais je décline l’invitation au kebab, trop fatigué.