En camping

La campagne berrichonne est agréable, boisée,  vallonnée, verdoyante. Nous sommes maintenant dans l’Indre, troisième département que nous traversons depuis le départ. Honoré me surprend à passer une passerelle pourtant inhabituelle. Il commence à comprendre mes attentes. Par ici, les maisons et les fermes sont assez distantes et je choisi de me rapprocher du camping de La Châtre car le lendemain matin je dois faire le point sur Lyme avec mon médecin en visioconsultation et j’ai besoin d’internet. Ici les zones blanches sont fréquentes. Nous sommes très bien accueillis au camping, bien que mis à l’écart près de la piscine. Le tarif est élevé pour un emplacement qui n’en est pas un, mais le camping est confortable. Et comme le chemin est toujours surprenant, en allant faire ma vaisselle, je tombe sur une connaissance. Le Troyen. Pour ceux qui pratiquent le géocaching, le personnage est connu et le trouver ici est une surprise. Quelle drôle de rencontre alors que je dois retrouver le lendemain Christophe et Cathy, eux aussi géocacheurs, et le surlendemain Jean-François…


Le lendemain, donc, il faut traverser La Châtre, c’est jour de marché, il y a du monde et de la circulation. On ne ramasse pas beaucoup de déchets en ville parce que parfois, Honoré fait un écart quand je mets les déchets dans le sac plastique, sûrement à cause du bruit. Je ne prends donc pas de risque quand il y a trop de voitures. Honoré se comporte comme un chef et la traversée se déroule sans accroc. On passe par Montgivray, charmant village dont la maire est très jolie. Le chemin est agréable autour d’un magnifique moulin. Cependant la passerelle suivante, Honoré ne la passera pas. On doit faire un détour de 4 km pour rejoindre Christophe et Cathy à Sarzay dans un accueil paysan. Quelle belle surprise ils me font de faire un détour pour nous saluer à l’occasion de leur retour de vacances. On passe une superbe soirée, comme toujours avec eux qui sont toujours souriants et positifs. Ça fait du bien d’avoir des amis comme eux. Du coup la séparation le lendemain est difficile. Ce chemin me secoue les tripes et l’émotion est forte.

Honoré chez les biquettes

L’étape de Cérilly à Ainay-le-Château s’annonçait longue, elle l’était d’autant plus qu’il faisait chaud (32°). Malgré la forêt de Tronçais à traverser à l’ombre, les derniers kilomètres au soleil et sur le bitume ont été difficiles. Mais l’accueil à la ferme de la berge par Charline, Amélie, Elsa et Léo, les enfants de Sandrine et Cédric, effaçait la douleur des pieds trempés de sueur.

Ils sont en plein dans les foins. Je sais la pression qui règne chez les agriculteurs à cette période clé de l’année. Rater les foins peut mettre en danger la saison de lactation des vaches et des chèvres. Ce qui serait une catastrophe surtout après ces dernières années de sécheresse. Tout naturellement je propose ma modeste contribution manuelle à mes amis que je n’avais pas vu depuis trop longtemps. Le soir même je viens aider à la traite des chèvres, histoire de voir si je n’ai pas trop perdu la main et me rappeler les bons souvenirs de ce métier qui me manque tant. Toute la famille participe, le travail avance rapidement, l’ambiance extraordinaire. Je me sent bien. Honoré aussi prend ses marques, découvre de plus près les biquettes. La cohabitation se passe bien. Même avec les chiens, les oies et tous les animaux de la ferme. Il se permet même de chasser ceux qui l’empêche de grignoter le foin des chèvres.

Sandrine et Cédric sont paysans bio et tiennent à faire des petites bottes de foin pour un meilleur stockage et pour réduire l’impact carbone du tracteur. Les petites bottes peuvent être transportées à la main ou sur la brouette alors qu’il faut le tracteur pour déplacer les balles rondes de 250 kg. J’alterne mon séjour woofing entre traite, foins et cuisine avec Charline. On s’entend bien tout les deux pour préparer le repas du midi qui doit nourrir toute la famille qui participe aux foins.

Le lendemain, Agnès et Matthieu, qui nous avaient donné de la paille bio, sont passés nous voir. Ils font partie du collectif de paysans bio qui a créé, avec Sandrine et Cédric mais aussi Céline et Sigfried, le magasin bio d’Ainay-le-Château.

Finalement, on reste sur la ferme quatre jours afin de pouvoir profiter du dimanche au calme. Sauf que le dimanche je l’ai passé aux urgences à cause d’une tique. Lundi dernier Cécile m’avait soigneusement enlevé l’intru de ma tête et désinfecté dans les règles (elle a suivi des études d’infirmière). Mais la bestiole a tout de même laissé ses traces et des ganglions douloureux associés à une fatigue intense (que je mettais sur le compte des foins et la chaleur) m’ont conduit à l’hôpital. J’ai été particulièrement touché que les enfants tiennent à m’accompagner. L’attente est longue mais je suis allongé sur un brancard sur lequel je dors jusqu’à l’arrivée du médecin. Diagnostic : maladie de Lyme. Super, me voilà avec un nouvel antibiotique pour 14 jours. Il n’y a plus qu’à espérer que la bactérie ne se soit pas trop développée.

Mais il est temps de repartir direction Braize le berceau de l’âne Bourbonnais d’où vient Honoré. Encore une fois le départ est difficile. Ce séjour m’aura profondément marqué. Léo m’accompagne avec son vélo. Merci à tous pour l’accueil, la générosité, le partage, la bienveillance… Du coup pas beaucoup de marche mais quand même des gestes pour l’environnement.

Nouvelle pause

Avec le retour des chaleurs, on s’offre une nouvelle pause. Au départ de Couleuvre, nous avons dû suivre la départementale. Sous le soleil, ce n’est pas le plus agréable mais de bonne heure, ça passe. D’autant qu’à peine entré dans la forêt, deux biches nous attendent sur le chemin. Malgré mes tentatives la photo ne rend rien, trop loin. Puis un cerf. Nous sommes gâtés. Rapidement nous arrivons à Valigny où je prévois de faire une pause. Des amis de longue date, Cécile, Norbert et Thiphaine nous attendent, Honoré a sa parcelle. Le confort. Petite promenade pour emmener vacciner les bébés Border. Honoré se retrouve seul pour la première fois. Mais ça fait du bien de ne pas marcher pour une fois. Ce repos est bénéfique et malgré que je suis chez des amis, le chemin provoque quand même de belles rencontres. Au bout de deux jours il faut reprendre le chemin. Je ne m’attarde pas sur les aurevoirs… toujours difficile de quitter des amis. Merci mille fois.

La forêt nous garde encore quelques belles surprises et nous arrivons à Cérilly où nous sommes attendus par Carmen et Pascal Pasquier (boulangerie de Cérilly) qui nous accueillent comme des princes et nous gâtent. Merci encore pour tout. Puis je préviens Isabelle, qui s’occupe du camping de Cérilly, que nous arrivons. Fabien Thévenoux, maire de Cérilly nous a proposé de camper au camping municipal. La douche fait du bien. Repos total, calme garanti. Le lendemain matin, j’ai promis de passer faire une apparition sur le marché hebdomadaire où je retrouve d’anciens collègues de marché. J’en profite pour expliquer ma démarche de nettoyage des chemins. Le maire vient nous accueillir et prend le temps de discuter avec nous. Mais Honoré s’impatiente, il montre qu’il veut marcher. J’ai peur qu’il ne lâche sa commission sur le marché. Triste de ne pas avoir pu voir tout le monde, mais il faut repartir. Nous croisons Agnès et papotons quelques instants. Merci Cérilly pour l’accueil et Carmen pour le nouvel encas généreux 😉. J’ai toujours plaisir à venir à Cérilly.

Le trajet

C’est la question la plus courante, par où allez-vous passer ?

Mais aussi est-ce que vous viendrez chez nous ? Combien de kilomètres par jour allez-vous faire ? Vous allez mettre combien de temps ?…

Voici quelques réponses. Nous allons commencer par remonter en forêt de Tronçais. Puis rattraper le chemin de Compostelle direction Limoges, puis Angoulême, La Rochelle. Ensuite nous remonterons vers Nantes puis la Bretagne et la forêt de Brocéliande, le Mont-Saint-Michel, puis le chemin des Miquelots à contresens jusqu’aux environs de Rouen. Ensuite nous traverserons la Picardie, la Champagne, la Lorraine pour aller voir Strasbourg. Suivant la saison, nous redescendrons par les Vosges direction la Bourgogne, avant Lyon nous traverserons la vallée du Rhône sur les routes du Beaujolais, Chambéry puis retour sur le chemin de Compostelle jusqu’au Puy-en-Velay. Là nous rattraperons le célèbre chemin de Stevenson, puis direction la Méditerranée où nous retrouverons la voie d’Arles jusqu’à Toulouse. Il sera temps de remonter par Cahors, Périgueux pour enfin bifurquer à l’est et rejoindre le Limousin puis le Massif central.

Ceci n’est qu’une hypothèse, car il est fort probable que nous serons détournés soit par des opportunités, soit par des obligations de soins ou encore la météo.

Pour les kilomètres quotidiens, aucun objectif n’est fixé. Tout dépendra des dénivelés, de l’état de fatigue et aussi de la météo (canicule, pluie, froid, vent…) Du coup, impossible d’affirmer combien de kilomètres seront effectués et en combien de temps. Cependant, je peux estimer notre parcours à plus de 5.400 kilomètres en un peu plus d’un an, sans pause hivernale (mais il y en aura probablement une).