Haut Languedoc

La pluie a eu la bonne idée de sévir juste pendant la nuit, ce qui me laisse partir avec la tente presque sèche et sous le soleil. On retraverse Lodève tranquillement et Honoré me refuse une passerelle pourtant en béton, mais sûrement pas assez large pour lui. Pas grave on fait un petit détour qui finalement nous fait découvrir un magnifique pont de pierres genre médiéval. Ça commence à monter doucement avec quelques passages un peu plus techniques, mais rien comparable aux difficultés des trois précédents jours. On croise un couple de pèlerin qui ont déjà fait Le-Puy – Compostelle et qui commence la voie d’Arles aujourd’hui à Lodève. La suite de la montée est beaucoup plus confortable puisque c’est une piste de type DFCI. Il y en a beaucoup par ici, ce sont des pistes créées pour faciliter l’accès aux pompiers en cas d’incendie dans cette végétation sensible.
En route je rattrape Selma, une Allemande partie de Montpellier pour une semaine de marche sur la voie d’Arles. Nous marchons ensemble jusqu’à la pause déjeuner où nous sommes rattrapés par un couple d’Autrichiens, Claudia et Manfred, que j’avais également croisé la veille. Claudia parle un petit peu anglais et nous arrivons à nous comprendre sur les grandes lignes, mais heureusement Selma parle très bien français et assure les traductions. Après la pause nous partons tous les quatre et décidons de prendre un raccourci pour filer directement sur Lunas, un charmant petit village de montagne. Honoré montrait de temps en temps son mécontentement quant au rythme imprimé par le quatuor qu’il jugeait trop soutenu. Nos chemins se séparent au cœur du village, Selma rentre chez elle demain, mais nul doute que je recroiserai Claudia et Manfred dans les jours qui viennent. Mes nouveaux amis ont un hébergement dans un gîte, nous, nous devons encore trouver le nôtre.
Alors que des retraités m’indiquent une direction, des jeunes s’amusent à faire vrombir les moteurs de leurs motos qui ont effrayé Honoré, qui part au galop. Je pensais que l’incident était clos quand en arrivant à l’Office de tourisme, il avait peur des changements de couleur du sol, comme si c’était la première fois qu’il sortait de son pré. Impossible de prendre la route qui mène au cimetière, il a fallu feinter et passer sous un échafaudage, pourtant bien plus effrayant, pour arriver à notre lieu de bivouac. Je pense que la cascade en face l’Office de tourisme qui jouxte l’église, raisonnait dans l’édifice religieux ouvert et faisait caisse de résonance avec le bruit de l’eau. Je sais qu’il est fatigué qu’il a besoin d’une pause, moi aussi mais je ne trouve pas d’endroit où nous arrêter sur notre chemin avec suffisamment d’herbe.
La journée s’annonce difficile avec des dénivelés importants et il faut que je fasse un détour pour un complément de provisions. Je ne pourrai pas atteindre la prochaine ville sur le parcours, il faut encore que je fasse un détour pour trouver un bivouac car dans la montagne je ne trouverai pas d’eau. Le dénivelé est en effet très important et technique avec de grands rochers lisses et inclinés sur lesquels il est très difficile de marcher, d’autant qu’ils donnent sur le vide. Mais Honoré, comme d’habitude quand c’est difficile, se montre courageux et exemplaire.
Toute la matinée aura été ponctuée de passages étroits, il a même fallu débâter, abruptes et fatiguants. Après la pause déjeuner, c’est une piste genre DFCI continuait l’ascension. D’en haut, on pouvait voir la mer Méditerranée et une grande ville, peut-être Agde. Il fallait ensuite descendre pour trouver un petit hameau charmant, situé sur un parcours de location d’ânes, avec un pré spécial grandes oreilles. Honoré est ravi de pouvoir gambader et brouter à volonté.
Il ne m’a pas refait de crise d’angoisse comme hier, tout c’est super bien passé mais je reste vigilant. Pour retrouver mon itinéraire, je dois prendre 5 km de route bitumée. Mais c’est une petite route, je n’ai croisé qu’une seule voiture. Au bout c’est à nouveau une DFCI, par contre là je croise beaucoup de voitures, enfin des 4×4, nous sommes dimanche les chasseurs sont de sortie. On rencontre à nouveau quelques passages techniques sur la descente vers Saint-Gervais-sur-Mare, mais rien qu’Honoré ne sache passer. La journée est belle et agréable, on rencontre quelques promeneurs, à nouveau des chasseurs et un jeune pèlerin, Benoît qui vient du Pays Basque et qui s’en va à Rome. Nous longeons la frontière avec l’Aveyron, sans jamais y passer. C’est à Castanet-le-Haut que je trouve un bivouac près du terrain de tennis. Il y a de l’eau mais peu d’herbe, ça fera l’affaire.
Pour être honnête je ne m’attendais pas à ce que le département de l’Hérault m’offre un paysage avec autant de dénivelés et d’aussi beaux points de vues. Nous commençons la journée par une belle côte avec quelques portions encore difficiles. Ça monte pendant 8 km puis ça se calme et nous arrivons dans le Tarn. Le changement de paysage est radical, on passe d’un univers rude et plutôt minérale, à un paysage plus doux, plus vert et enfin nous retrouvons des pâtures et des vaches. Pourtant nous sommes à une altitude plus élevée. Je dois faire un détour par une route pour éviter quelques passerelles que mon compagnon risque de me refuser. L’étape est courte, je m’arrête à Murat-sur-Vèbre et je me rends directement à la mairie où on me propose de bivouaquer au camping. Je fais quelques courses, lessive et repos total, ça fait du bien.
Bien qu’on soit dans le sud et que les températures sont assez clémentes, les cheminées sont déjà allumées et quand je demande un bivouac, on me regarde d’un air étonné « Quoi ? Vous n’allez quand même pas dormir dehors ? ». Ben si, je vais dormir dehors il ne fait pas si froid. Mais j’avoue que cette fois-ci, je redoute l’hiver qui approche, je serais probablement dans le massif central. Bon c’est vrai cette nuit il a fait à peine 5 degrés, mais les journées sont encore belles.
On m’a proposé un accueil pour faire une pause, je suis soulagé. Mes chaussures sont en fin de vie, il est temps de les changer, je vais profiter de l’adresse pour passer commande. Au passage merci à tous ceux qui participent à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane et grâce à qui je vais pouvoir terminer mon tour de France bien chaussé et offrir une nouvelle séance d’ostéopathie à Honoré.

Hérault

Les épisodes cévenols semblent être terminés, enfin pour l’instant, il est temps de reprendre la route direction l’Hérault. Un dernier au revoir à la famille d’Édith qui nous a accueilli ces quatre derniers jours. Toujours un peu émouvant de partir, mais c’est notre destin. Les dénivelés sont moins intenses mais les sols toujours rocailleux.
Aujourd’hui c’est dans une garrigue valonnée que nous progressons. Et avant d’arriver à Saint-Hippolyte-du-Fort, après une longue descente technique et rocailleuse, une barrière est posée là, probablement par les chasseurs. Honoré, qui est chiant ce matin comme à chaque reprise, m’indique un passage plus haut. Je débâte et vais vérifier. En effet c’est possible que ça passe ! Et comme un jeune cabri, Honoré descend en sautant de pierre en pierre. Ce sera d’ailleurs le seul moment agréable de la journée, le reste du temps, il a tiré. La progression est lente et malgré une pause pique-nique dans les oliviers où Honoré a pu manger à souhait, il reste désagréable. Je ne trouve pas pourquoi. Peut-être que simplement, il estime que ce tour de France arrive à son terme et qu’il a assez donné. Il reste cette loi sur les déchets que j’aimerais bien voir aboutir, et puis la boucle n’est pas encore terminée, même si on a fait plus des 3/4 du chemin. Allez un petit effort Honoré, on a bientôt fini 😉.
En arrivant à Pompignan, je croise une cavalière amie d’Édith qui me propose un bivouac. Mais c’est loin du bourg où je dois aller chercher de l’eau potable. Je vais au cimetière et en sortant je croise Marie qui me propose le jardin de l’atelier de son ami. Il y a de la place pour Honoré et une douche pour moi. En plus j’ai même un apéro dinatoire.
J’ai bien dormi, Honoré a bien mangé et nous revoilà en chemin. Ça grimpe un peu, parfois beaucoup mais pas longtemps, encore de la pierre et des passages techniques. Heureusement qu’il n’y a pas de déchet à ramasser sur ces portions compliquées. Comme hier, Honoré est parfait sur les passages techniques et traîne les pattes sur les passages tranquilles qui devraient être agréables. Après la pause, je décide d’écouter la journée pour voir si demain ça va mieux. C’est là qu’on croise David, géobiologue, qui interrompt sa pause pour nous accompagner dans son village. Il nous conduit au centre équestre pour notre bivouac, chez lui il n’y a pas de place. Il revient nous voir avec son fils Eliott, tout content à 3 ans d’offrir des pommes à Honoré. Le soir je suis invité à dîner chez lui et suis accueilli par sa compagne Marion. La soirée est très agréable et comme souvent, trop courte. Mais Eliott est fatigué, moi aussi, David me raccompagne histoire de prolonger la conversation sur la géobiologie.
Cette nuit nous découvrons la tramontane, ce vent rafraîchissant dont les rafales ont atteint 70 km/h. La nuit a donc été ponctuée par ces moments où il a fallu tenir la tente. Ce matin je recroise David qui m’offre des terrines avant de nous saluer. La journée de marche est tranquille, peu de dénivelés aujourd’hui, même s’il y a beaucoup de bitume, ça fait du bien. On est attaqués par les moustiques tigres pour ma part et les mouches plates pour Honoré. C’est vraiment désagréable ! Quant aux déchets, le calme du chemin nous fait reprendre le rythme habituel, ni plus, ni moins. Mais j’ai enfin reçu un message d’un député de l’Allier qui relance mon projet auprès de son groupe parlementaire. On y crois, cette fois c’est la bonne !
La tramontane s’est un petit peu calmée, mais les différences de températures entre le moment où elle souffle et le moment où elle ne souffle plus, fait que j’ai passé ma journée à mettre et poser le gilet. J’arrive ce soir à Puéchabon, joli petit village typique d’Occitanie et croise Marion qui me propose un terrain qu’elle vient d’acheter. Elle m’apporte même de quoi dîner, je suis gâté.
Ce matin une voisine m’apporte un bon café tout chaud, juste avant que je prenne la route avec Honoré, toujours attaqué par les mouches plates. Malgré les huiles essentielles et le combat permanent pour les chasser, elles persistent. Le début de journée est plutôt calme, on croise quelques chasseurs, le chemin est agréable, pas trop difficile et même franchement joli quand on traverse les petits villages typique et les magnifiques ponts, véritable œuvres d’art surgis du passé. C’est la dernière partie de la journée qui a été compliquée de par le dénivelé et la technicité du terrain. Niveau déchets, c’est toujours pareil, d’ailleurs c’est assez étonnant mais dans les parties techniques il y a moins de déchets que sur les parties plates. Quoi qu’il en soit Honoré a encore été exemplaire et impressionnant dans les franchissements complexes, tant en montée qu’en descente.
Juste avant d’arriver au village de Saint-Jean-de-La-Blaquière, Honoré a repéré l’asinerie des petits sabots. Comme on a plus de 25 km dans les pieds et les pattes, on cherche rapidement un bivouac et on va donc demander à l’asnier s’il connaît un coin nous pourrions passer la nuit. Impossible chez lui à cause d’ânes entiers qui n’accepteraient pas Honoré, mais il appelle le maire et me trouve très vite un terrain pour la nuit. Au cours de la conversation on se rend compte que nous avons des connaissances en commun, notamment Michel de l’asinerie du Tremble où est né Honoré, et Serge de Savoy’âne que je n’ai pas encore rencontré puisque je ne suis pas allé en Savoie, malgré son invitation. Promis je viendrai un jour !
La journée a mal commencé avec un itinéraire tracé sur les cartes qui n’existe plus puisque trop souvent inondé par la rivière. On fait donc 4 ou 5 km de détour avant de trouver le nouveau balisage et de vraiment démarrer la journée. Je suis agacé, du coup Honoré est chiant, normal quoi. Puis la montée commence et se déroule plutôt bien. Les villages traversés sont pittoresques et agréables et nous croisons des pèlerins, normal nous sommes sur la voie d’Arles. Encore quelques passages techniques, tant dans les montées que dans les descentes, mais comme d’habitude c’est une formalité pour Honoré. On arrive près d’un prieuré (Grandmont) ou des rondins sont disposés pour faire une table et des chaises, ça fera une pause idéale pour le pique-nique.
Plus tard on recalculant l’itinéraire je me rends compte que c’est à peu près à cet endroit que nous franchissons les 5000 km parcourus depuis le départ il y a tout juste 16 mois.
Le reste de la journée se déroule bien, limite confortable. À noter qu’aujourd’hui 100 % des déchets ramassés étaient des déchets accidentels, hormis ceux trouvés sur les routes évidemment.
La descente sur Lodève est raide mais moins technique que celles que nous avons rencontré les jours précédents. Il ne reste plus qu’à traverser la ville pour nous rendre chez Anne, la sœur de Marc chez qui j’avais bivouaqué en novembre dernier, juste avant d’arriver chez Bernard Hinault.

Gard encore

Mon ami Marcel Loeffler, accordéoniste de renom, m’avait parlé de son ami Simon et suggéré d’aller le rencontrer si je passais dans le coin. Alors je décide de faire le détour et suivre son conseil. Le crochet m’oblige à franchir le Montluziers, pas très haut mais jonché de pierres et d’obstacles compliqués, techniques même. Autant hier Honoré m’a refusé des passerelles et ponts de niveau débutant, autant là je suis époustouflé pas son habileté à franchir ces parties techniques que j’ai du mal a passer, tant dans la montée que dans la descente. Aujourd’hui peu de déchets, le terrain est trop difficile.
En arrivant au village, il y a un loueur d’ânes de randonnée qui interpelle notre petit convoi. Jean-Pierre de Natur’âne, me propose d’héberger Honoré pour la nuit, il sera avec six potes et un cheval. Autant dire qu’il ne s’est pas fait prier. De mon côté je suis content pour lui, il a bien mérité cette surprise, et je pourrais dormir dans un lit. Comme Marcel me l’avait promis, je suis super bien accueilli chez Simon qui prend soin de moi avec un délicieux dîner. Le musicien me fait découvrir son univers de percussions et les artistes (certains célèbres) qu’il a accompagné. La soirée passe trop vite, il est déjà temps de repartir.
Honoré semble avoir passé une agréable nuit aussi, il prend son petit déjeuner avec ses potes et ne me calcul même pas. Pourtant il est temps de se remettre en marche. Il fait frais au fond de la vallée, on doit commencer par 5km de bitume, la route est étroite par endroits et ça roule vite, on serre les fesses, ça passe.
Plusieurs habitants du coin me mettent en garde à propos de la météo du week-end prochain, un épisode cévenol est annoncé, ça veut dire fortes pluies et possibles inondations. Je commence à chercher un point de repli pour être en sécurité. En attendant on marche mais aujourd’hui est une journée sans. Honoré qui était exemplaire hier, tire, double à gauche, broute, refuse de prendre un chemin… La journée a été insupportable, longue, chaude, stressante. Heureusement nous sommes accueillis dans un centre équestre où nous arrivons tôt. Édith me propose la douche et ce soir il y a une soirée crêpes au village, Édith et son mari Alexandre m’invitent.
Ce matin, Honoré doit rencontrer des amis chevaux pour les désensibiliser à la peur de l’âne. Et comme c’est mercredi, il y a les cours d’équitation et Magali la monitrice, propose que je présente mon projet pendant qu’Honoré se fait papouiller par les enfants. Mais je suis bavard et les questions fusent, il est tard pour partir. Édith propose qu’on reste la journée, voire le week-end à cause de la météo annoncée. Après réflexions, j’accepte la proposition, Honoré est en sécurité, l’accueil est chaleureux, parfait. Au passage merci à tous ceux qui ont partagé ma demande de bivouac abrité dans le Gard.
Tant que je suis là, je profite de la voiture pour faire quelques courses afin d’être prêt pour le départ et donne quelques petites coups de main sur le centre équestre.
Les pluies cévenols ont été moins violentes que prévues et c’est tant mieux. Enfin là où j’étais en tout cas. Nous allons pouvoir repartir demain.
Entre temps, notre intervention à la radio a été diffusée, je n’ai pas trouvé le podcast de radio bleue mais merci radio 16 pour le lien vers le podcast : https://www.radio16.net/tour-de-france-avec-un-ane-pour-ramasser-les-dechets/

Gard

Boris, des ânes de Philémon, a été guide et je profite de son expérience pour découvrir la région. La semaine de repos est bénéfique, le mollet va mieux, même si je ne me sens pas encore capable d’aller faire un jogging, la tendinite me laisse enfin dormir et Honoré semble profiter de ses camarades.
France Bleue Gard est venu nous interviewer au camping et au pré, cette après-midi nous avons rendez-vous au studio de radio 16, une radio locale qui fait pas mal d’audience et je dois rencontrer Stéphane Blaise, ânier qui a fait le tour de France avec son âne Marius et animateur sur la webradio Allô la planète.
Je suis super content d’enfin rencontrer Stéphane et sa compagne Florence elle aussi animatrice à Allô la planète. J’ai l’impression de les connaître depuis longtemps à force de les écouter à la radio ou de les suivre sur les réseaux sociaux et YouTube pour les aventures de Marius. La soirée est riche en échanges d’anecdotes avec les ânes. Stéphane et Florence me rassurent sur la suite de mon aventure car je commence à en apercevoir la fin, bien que ce soit encore abstrait. Merci à Ind et Boris de m’avoir permis de les recevoir chez eux, on a passé une superbe soirée.
Aujourd’hui c’est le départ, la semaine de pause est terminée, mais nous ne partons pas seuls. Gilbert et Boris viennent faire un bout de chemin avec nous accompagnés bien sûr des copains d’Honoré, Bijou et Cadeau. Il faut monter pour sortir de la jolie vallée et nous arrivons au col de Porte, au pied d’un château médiéval où nous déjeunons ensemble. Tout le monde était venu nous dire au revoir à la sortie du camping, mais Honoré n’a pas été insensible au départ de ses congénères au pied du château. À peine avaient-il disparus de l’horizon qu’il les appelait vigoureusement. C’est à ce moment-là que l’émotion de la séparation s’est fait sentir après cette semaine reposante et agréable en bonne compagnie. Mais il faut avancer et nous allons suivre quelques temps la voie Régordane, qui est également un lien entre la voie du Puy-en-Velay et la voie d’Arles que nous apprêtons à rejoindre.
Honoré test un peu comme à chaque redémarrage d’après pause, c’est le jeu, mais là en plus il se retourne et appelle les copains. La journée est volontairement courte de façon à reprendre en douceur les bonnes habitudes. Ce soir on bivouac au Pradel, près de la mairie.
La journée s’annonce belle et ensoleillée, les dénivelés sont beaucoup moins raides aujourd’hui. Les kilomètres défilent le long de paysages toujours aussi chouettes, les rencontres toujours aussi agréables avec les habitants du coin. C’est après la pause pique-nique que ça a commencé à se compliquer. Déjà le fléchage n’est pas très clair, pourtant nous sommes bien sur le GR 700 qui fait partie des voies historiques, notamment pour les pèlerinages. Je m’attendais donc à un meilleur repérage, mais bon la carte est claire, le tracé GPS ne laisse aucun doute, on avance sur un chemin en très mauvais état à cause des pluies mais aussi des motards qui ont contribué à son érosion. Mais c’est en arrivant en bas que ça a vraiment posé problème. Les derniers mètres de la descente sont en fait une piste de moto cross, qui donne accès à une route goudronnée fermée par une barrière incontournable. J’appelle la gendarmerie pour trouver une solution. Impossible de contacter les propriétaires du motocross ou du karting plus bas où pourtant il y avait du monde. Les courses bruyantes effraient Honoré qui est difficile à rassurer. Il faut dire que je ne fais pas le malin non plus car physiquement nous sommes tous les deux trop fatigués pour remonter, d’autant que la piste est en mauvais état, et qu’en plus je n’ai presque plus de réserve d’eau. Le temps perdu à chercher une solution retarde d’autant la recherche du bivouac du soir.
Finalement les gendarmes arrivent sur place et nous sauvent la vie ! Ne pouvant passer par la barrière, l’un d’entre eux fait le tour et découvre que la clôture en contrebas est facilement démontable. Encore faut-il trouver un passage pour y accéder, un autre gendarme découvre un passage abrupte, mais que nous devons tenter et qui finalement s’avère être validé par Honoré. Merci infiniment aux gendarmes du PSIG d’Alès d’être intervenus et de nous avoir aidé.
Coup de gueule toutefois auprès des propriétaires du terrain et de la fédération Française de randonnée ! C’est pas la première fois qu’un GR traverse une voie privée, mais les propriétaires acceptent le passage. Et quand on accepte, on ne barricade pas avec ce genre de barrière ! Sinon on refuse et on contourne. Là, les conséquences auraient pu être dramatiques pour moi comme pour Honoré, s’il avait fallu faire demi-tour sans eau en pleine chaleur.
Après avoir quitté les militaires, il fallait rattraper la route et la piste cyclable pour traverser Alès. Ce n’est pas la partie la plus jolie de la journée, mais de toutes façons, je suis trop fatigué pour profiter du paysage. Je repère une passerelle sur laquelle je pense qu’Honoré pourrait passer, mais il refuse. Le pont plus loin est en travaux et donc fermé à la circulation, il refuse aussi. C’est dommage car en face il y a un centre équestre ou j’espérais pouvoir me présenter pour bivouaquer. Impossible de les joindre au téléphone, ils sont fermés. Au troisième pont, Honoré fini par accepter de passer en suivant un petit train touristique. Mais nous sommes trop loin pour faire le détour vers le centre équestre et trop fatigués pour risquer de devoir rebrousser chemin. Tant pis, je continue sur le trajet que j’avais dessiné en me disant que ces refus d’Honoré sont un signe d’un bivouac bien plus agréable, et il avait raison.
Tout à coup j’entends des voix sortir d’une propriété, c’est Clara une charmante octogénaire qui raccompagne des amis venus lui rendre visite. Spontanément elle m’offre à boire et me demande de quoi j’ai besoin, je crois que j’ai failli pleurer quand elle m’a dit que j’avais trouvé mon bivouac, tellement j’étais à bout de force. Et en plus, elle me propose la douche et improvise un dîner sur le pouce. Ce matin j’ai même droit à des gaufres maison et elle m’en fait même pour la route. Comme quoi il faut toujours écouter le chemin, et l’âne a toujours raison 😉

Cévennes

Cette nuit au camping de « Le Bleymard » a été mouvementée avec l’orage. On a tout eu, vent, grêle, éclairs, tonnerre et la foudre est tombée pas très loin. Le Lot, qui coule tout près, a légèrement gonflé mais ne nous a pas inondé. Toutefois les sols encore secs de l’été caniculaire ont eu du mal à absorber toute l’eau qui commençait à s’infiltrer dans la tente par le bas. Par chance, l’orage a pris fin juste au point critique, j’avais mis tout ce qui craignait dans le sac à dos et m’apprêtais à sortir de la tente pour me réfugier plus haut et vérifier qu’Honoré allait bien (il avait la possibilité de se mettre en hauteur). Je sors quand-même de la tente, vais voir Honoré qui s’est mis à l’abri et pars à la rencontre de mes voisins de camping. Le courant a disjoncté et ils attendent le cantonnier. Tout le monde a eu peur, une fois que tous sont rassurés, chacun retourne se coucher.
Je prends mon temps pour partir, tout est trempé, mais au creux de la vallée, le soleil ne chauffera pas avant 10 heures. Alors j’attaque la journée qui s’annonce difficile avec 12 kilomètres de montée. Pique-nique en haut, juste après le Mont Lozère et la station de ski. C’est au moment de la descente que tout s’est compliqué. Ça descend abrupte, il faut parfois sauter des rochers mais Honoré s’en amuse. Quand tout à coup il faut passer un ruisseau. On a passé une dizaine de gués ce matin, mais là il faut juste enjamber un ruisseau de 50 cm de large, il ne veut pas. Avec l’orage, le ruisseau fait du bruit qu’Honoré refuse d’affronter, violemment. À tel point qu’il me fait tomber. Je me sais mal au genou, recommence, insiste, mais rien, il tire au renard et m’envoie au bord du ravin. Là j’ai peur, j’ai mal, je suis fatigué. Je craque ! Je suis au milieu de nulle part, impossible de remonter à cause des rochers infranchissables en montée, impossible de descendre à cause de ce clapotis sous les pierres. C’est tellement abrupte que je ne peux pas dormir ici… Je suis en pleurs, épuisé, déprimé, j’ai mal au dos, au genou, au mollet. La pause est dans trois jours, il faut que j’y arrive ! Au bout d’une heure et quelques chutes, je décide de remonter en espérant trouver un passage, quand tout à coup, je vois un petit panneau en bois écrit a la main « le cros ». Je regarde sur la carte, aucun chemin n’est représenté depuis ma position, mais c’est mon seul espoir. C’est à travers bois, pentu mais ça passe, le passage fléché à la peinture verte, conduit à une prairie puis à une ferme. Là, je rattrape un chemin qui me mène au GR7 que j’avais quitté plus haut. Ouf, mais que de temps perdu, impossible d’aller où je pensais bivouaquer ce soir, trop loin, trop isolé si je dois trouver un plan B. Heureusement, il y a un hameau nommé Hôpital, ancienne commanderie des Templiers, où je trouve une habitante qui me propose son terrain. Je suis soulagé et même si ça me repousse la prochaine pause, tant pis, on s’adapte, je suis trop fatigué pour aller plus loin.
La fatigue probablement, me fait manquer de lucidité puisque j’oublie de demander le prénom de cette accueillante cévenole. D’autant que ce matin avant le départ elle m’offre le café et des tartines. Nous avons beaucoup échangé notamment sur l’environnement mais pas nos prénoms. C’est dans les nuages et sous la pluie que nous partons de ce lieu splendide.
La journée de marche est difficile, pas tant par les dénivelés mais par la nature du terrain, tantôt parsemé de gros blocs de granit, tantôt sablonneux mais pentus, donc avec de profondes ornières causées par les épisodes cévenols, c’est-à-dire de fortes précipitations qui peuvent parfois emmener des blocs complets de terrain y compris avec les arbres. C’est donc un exercice fatiguant par la concentration nécessaire afin d’éviter la chute, protéger mollet et genou déjà bien abîmés par les kilomètres, mais aussi prendre soin d’Honoré qui, jeune fougueux, a envie de s’amuser. Heureusement il est plutôt agile mais il n’empêche que je dois rester vigilant sur ce terrain particulièrement technique. On rencontre des bergers qui surveillent les brebis, ici le loup a fait des ravages, il faut être vigilant.
La descente vers Vialas est à la fois technique et vertigineuse mais la vue est magnifique et impressionnante. Et depuis longtemps j’aperçois au loin un horizon tout plat. Serait-ce la Méditerranée que nous apercevons déjà ? Ce soir c’est bivouac à la sauvage mais demain si tout va bien, nous arrivons en pause. Nos organismes en ont grandement besoin. Aujourd’hui j’ai très peu ramassé le déchets, mais il faut préciser que 80 % du chemin parcouru était composé d’estives dans le parc naturel des Cévennes. On a croisé des vaches et des moutons, la dernière estive était normalement réservée aux chevaux mais nous n’en avons pas vu. Mais j’ai été surpris du calme avec lequel Honoré est venu saluer les vaches Aubrac et les brebis. Un vrai âne de paysan.
Depuis déjà quelques jours l’accent des locaux ne fait aucun doute, nous sommes bien dans le sud. Mais aujourd’hui c’est encore plus flagrant, la végétation, les pins, parfois même les oliviers et bien sûr l’architecture, attestent visuellement de l’évolution de notre trajet. Malheureusement, on aperçoit aussi les ravages causés par les incendies. Mais sur les hauteurs, pour la première fois je découvre le Mont Ventoux.
J’arrive au camping du vieux moulin à Peyremale où je suis accueilli par Jonathan le gérant. Son camping m’accueille pour me remercier de mon action sur l’environnement, j’en suis très touché. Boris, des ânes de Philemon, et son ami Gilbert m’accueillent à leur tour pour nous escorter vers le pré où se trouvent Bijou et Cadeau, les ânes avec lesquels il fait de la rando avec ses clients. Les trois équidés s’entendent tout de suite très bien, ça fait plaisir de les voir gambader ainsi.
Boris a contacté son réseau et aujourd’hui nous partons du camping avec d’autres ânes et des bénévoles pour aller ramasser des déchets dans les environs. C’était une super journée avec de nombreux échanges avec les participants et ça fait super plaisir de voir à quel point les gens se sentent impliqués par la protection de l’environnement. Je suis toutefois un peu déçu que la presse locale ait boudée cette action spontanée. Nous avons refait une après-midi ramassage sur les bords du Luech, le ruisseau qui longe le camping qui m’accueil.
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Beaucoup d’entre vous me suggèrent de publier un livre de notre aventure. Bien sûr c’est en cours et j’espère qu’il sera à la hauteur de vos attentes. Les publications Facebook sont un résumé de ce que je prévois pour le livre. Car je ne publie pas tout ici, il y a des choses personnelles qui peuvent avoir un intérêt dans le livre mais aucun sur les réseaux sociaux. Et surtout, qui ne sont pas soumis aux commentaires, parce que trop personnel ou sujet difficile à modérer efficacement. Pour la sortie du livre, j’organiserai des conférences dans lesquelles j’espère rencontrer ceux qui nous suivent via les groupes et que nous n’avons pas encore croisés.
La somme qui restera sur la cagnotte leetchi.com/c/tdfane servira à financer la publication du livre. Merci à tous pour votre aide précieuse.