Finistère

Juste avant d’arriver à Arzano, j’ai franchi la frontière entre le Morbihan et le Finistère. Ce sera le département le plus plus l’ouest de mon périple. Bon de toutes façons il n’y en a pas d’autre, mis à part les îles où Dom-Tom. Je pars tranquillement de l’asinerie, la tente n’est pas sèche à cause des brumes matinales, comme d’habitude. Je ne tarde pas, j’ai rendez-vous avec la correspondante locale pour un article sur notre périple. Honoré n’a pas envie de bosser ce matin, la bât a tourné, pourtant je l’ai bien pesé comme d’habitude, il est équilibré. Bref il est chiant. Je soupçonne qu’il a mal quelque part, il secoue souvent la tête, ne veut pas que je touche une oreille. Je le rassure, regarde doucement, ne voit rien… hier soir il avait mal à un antérieure quand je lui ai curé les pieds, mais ne boite pas, le pied n’est pas chaud, pas de trou non plus. Je désinfecte en surveillant sa réaction. Si ça pique il va bouger… rien, pas de réaction. Demain j’irais à la pharmacie, si c’est un début d’abcès, Hepar-Sulfur 5 CH fera mûrir rapidement. Je pense surtout qu’il me fait payer d’avoir insisté pour lui faire passer la passerelle la veille. Mais je reste vigilant. La marche reprend, il me test en permanence pour manger en route, je surveille sa démarche du coin de l’œil, tout va bien, le rythme est habituel, mais il tire. Thomas me rappelle pour me proposer de bivouaquer chez son fils qui vient d’acheter une jolie petite maison. Il n’y a ni eau ni électricité mais le système D fonctionne super bien. Je suis accueilli par Érine qui me laisse la maison ouverte le temps d’un rendez-vous. À son retour, elle m’offre une bonne bière et me parle de son travail d’éducatrice spécialisée et moi je répond aux questions habituelles. Érine me propose son Wi-Fi, le réseau est incertain par ici et je cherche à faire une semaine de wwoofing pour mettre Honoré à l’abri, la météo annonce une semaine de pluie et du vent pour ce week-end. J’envoie deux demandes à des hôtes tout proches. Y’a plus qu’à attendre. Louis rentre et me propose un duvet supplémentaire, la nuit s’annonce fraîche. Mais mon duvet devrait suffir. La nuit est en effet fraîche, environ 5°, mais c’est supportable. Je part vers 10 heures avec le soleil. J’appelle un des hôtes de wwoofing qui me dit de rappeler demain matin. Ha merde, c’est que l’itinéraire n’est pas le même… tant pi j’avance et espérant avoir une réponse de l’autre hôte. A midi, après la pause déjeuner je rappelle en expliquant que je dois organiser mon itinéraire. Il me rappelle et me confirme, je passerai une semaine dans ce lieu dont je parlerai dans un prochain post. En attendant, j’ai rencontré Caroline qui me voit hésiter sur mon itinéraire. Elle a fait Compostelle, elle connaît bien la rando. Au fil de la conversation, elle me propose de m’héberger. Elle n’a pas beaucoup de terrain, mais le voisin est absent et l’herbe haute, ça ne dérangera pas. Et moi j’ai droit au canapé au coin du feu. Elle part chercher une pizza pour la soirée avec son scooter électrique, le temps que je prenne ma douche. Je suis soulagé car la nuit va être froide et humide. Et vous connaissez la suite, j’ai passé une semaine à Le Stérou Parc Naturel

GR38 suite

Au départ d’Utopia Parc, le sous-bois est joli mais humide. En prenant de l’altitude, je retrouve le brouillard. Je ne perds pas trop de temps car j’ai rendez-vous ce matin à Baud avec la correspondante de l’hebdomadaire local, La Gazette. Honoré fait sensation devant la boulangerie et la place de la mairie, comme toujours. Puis nous reprenons le chemin, enfin la route qui rattrape le chemin. Le bât bouge, la tente est trempée de l’humidité nocturne. Je profite de la pause de midi pour faire sécher, mais ça ne suffira pas. Tant pi on avance. Plus tard on croise un groupe d’une trentaine de randonneurs intrigués par notre parcours. Eux font une « une grande boucle de 20 km autour de Baud ». Je venais de leur dire que c’était ma moyenne quotidienne… et eux ne sont chargés que du pique-nique du midi. Mais je ne compte pas en faire beaucoup aujourd’hui, 15 km suffiront, moins serait encore mieux. Et quand au croisement de chemins je découvre que j’ai au moins 1h30 de marche avant les prochaines habitations, je décide de sortir du GR pour le hameau le plus proche. Et j’ai bien fait, Michel me propose de m’installer dans son jardin. Quelle surprise pour sa femme Émilie, fan d’ânes, quand elle rentrera. Eux aussi sont des voyageurs, mais en camping-car. Ils en ont deux ; un 4×4 avec lequel ils ont traversé l’affrique pratiquement du nord au sud, et un autre comme on en voit partout en France. J’ai droit à la séance photos de leurs périples, parfois en territoire conflictuel et où la traversée n’est pas sans danger. Après la séance, je retourne dans ma tente pour dîner. Au matin, je suis invité au petit déjeuner avant de reprendre le chemin sous le brouillard. La veille en chemin, j’avais trouvé les coordonnées d’une asinerie, ce matin là j’appelle pour demander si je peux venir y faire une pause de quelques jours. Le fils me dit qu’à priori c’est OK mais je dois rappeler le midi pour avoir l’accord du père. Mais pas de réseau, je suis dans la charmante vallée du Blavet et je retrouve la tranquillité du chemin de halage. Sauf qu’il y a une passerelle à l’écluse qu’Honoré refuse de passer, violemment, m’entraînant dans sa course. Obligé donc de prendre la route et de récupérer le contre halage, bitumé. Âne à vendre ! Mais j’ai compris pourquoi, d’abord il y avait un vieux con qui se foutait de sa gueule en tapant du pied sur le pont, en plus un barrage provoquait des remous bruyants qui, probablement, raisonnaient sous le pont. La route est longue et épuisante. Ça fait plus d’une semaine qu’on marche sans jour de repos, et ça se sent. Mais aucun lieu ne présentait un espace et de l’herbe suffisant pour s’y poser. Pas d’autre choix que d’avancer. Fatigué, j’appelle la mairie de Lanvaudan pour y trouver un bivouac. La secrétaire me propose le stade et envoie un technicien m’ouvrir les vestiaires pour avoir de l’eau et prendre une douche. Mais ce soir il y a entraînement et il y a une chicane que même débâté Honoré ne passera pas. Demi-tour et là je tombe sur Claude qui taille sa haie (ils n’ont pas de bouchure par ici  ). Naturellement il me propose son jardin. Il y a peu d’herbe mais pour cette nuit Honoré devra s’en contenter. Je réussi finalement a rappeler l’asinerie De Kergal et Thomas me confirme qu’il est OK pour nous recevoir. Mieux il m’indique le chemin et ho surprise, il n’y a qu’une quinzaine de kilomètres. Super, je peux y être demain soir. En attendant Claude me conduit à la supérette du village et m’invite à dîner avec sa femme Martine. Martine qui ne s’est même pas rendue compte qu’il y a une tente et un âne dans son jardin en rentrant du boulot.  Mais contente de rencontrer Honoré, elle publie sa photo sur Facebook et peu après son fils arrive avec sa compagne et sa fille. L’occasion de partager nos aventures, de parler déchets et de faire une photo souvenir. Le petit-déjeuner se prend tôt, le soleil a du mal à se lever. Même s’il n’y a pas de brouillard, la tente est humide et on m’annonce que ce sera désormais toujours ainsi, tant que je serais en Bretagne. Bon de toutes façons, la météo annonce des orages et de la pluie dès midi. À midi j’ai déjà passé Plouay et fais rapidement la pause déjeuner écourtée par une première averse. Heureusement rapide, je ne perds pas de temps et reprends mon chemin. J’ai hâte d’arriver, je suis fatigué et Honoré aussi je pense. Les paysages sont très vallonnés et la descente vers le moulin du Roch fait mal aux mollets. Et arrivé en bas, je vous le donne en mille (Émile) une belle passerelle. De celles étroites qu’Honoré ne passe pas d’autant qu’il y a du bruit avec les remous de l’eau. Apeuré, il fait demi-tour au galop, m’entraînant avec lui. Ça devient pénible cette phobie de l’eau, et douloureux pour moi parce que là j’ai dû me retenir pour ne pas tomber et j’ai bien senti la piqûre de rappel des hernies discales. La remontée se fait donc dans la douleur et la colère. Et pour finir, 3 kilomètres de route passante et à circulation, avec des jolis virages étroits et avec peu de visibilité. Bref, pas de quoi se sentir en sécurité, mais aggraver le mal de dos avec des contractures. Heureusement on arrive et le repos sera réparateur. Enfin j’espère car le pré où je pose la tente a accueilli des vaches et le sol n’est pas très plat. Je me bat avec ma tente pour la sécher et la monter au plus plat. La douleur devient insupportable. Heureusement Georges, le papa de Thomas, me propose un autre pré plus confortable. Ouf, je monte mon bardas et peut enfin me laver et souffler. Thomas me propose de l’eau chaude et Hélène la maman, me propose un gâteau breton et un cidre maison. Je repars avec un coq au vin que je degusterai dans la tente pendant l’orage, qui a eu la bonne idée d’attendre que j’ai tout fini pour tomber. Je suis donc en pause à https://asinerie-de-kergall.com. Thomas et Claire n’ont pas beaucoup de temps mais Hélène et Georges, les parents de Thomas, me parlent longuement de leur région, leur langue et leurs traditions. Hélène se souvient des brimades de ses camarades lorsqu’elle est entrée à l’école à 6 ans et qu’elle ne parlait que le Breton. Georges me parle de la tradition du cidre que chaque agriculteur produisait grâce à de nombreux pommiers traditionnellement plantés dans les fermes, c’était la boisson principale. Un échange riche et culturel que j’apprécie particulièrement. Hélène me conduit à Lorient où je dois passer à Décathlon pour échanger la chambre de ma tente. Une fermeture à tendance à sauter des dents et la période hivernale arrivant, je préfère prendre mes précautions avant de dormir la fenêtre ouverte. J’en profite pour regarder les duvets, le mien commence à montrer ses limites à cette saison. Après cette pause commerçante, je décide d’aller visiter Lorient. Je prends le bus tout proche qui me conduit dans le centre ville, prends un sandwich et file vers le port. La ville a subit de nombreux dégâts lors des bombardements de la seconde guerre, il ne reste rien à visiter si ce n’est le port de plaisance. Un paquebot de croisière est accosté mais impossible se s’en approcher. Alors il est temps de rentrer. Le bus me dépose à Pont-Scorff où je fais quelques courses pour repartir le lendemain. Mais les caprices de la météo me contraignent à prolonger le séjour. Je me dis que c’est l’occasion de consacrer du temps à Honoré pour lui faire passer cette longue passerelle bruyante. Mais arrivé devant, demi-tour au galop, je le retrouve 200m plus loin. J’appelle Thomas qui me rejoint et qui constate la phobie d’Honoré. Il faudrait peut-être un autre âne mais pas le temps aujourd’hui. Tant pi, ce sera pour une autre fois.

GR38

Pour la première fois je suis accueilli chez un particulier sans connaître son prénom. Pourtant bien accueilli, il m’offre des tomates que je mange en vinaigrette avec du thon. Au passage, depuis que je suis en Bretagne je n’ai pas encore été invité à dîner. Après mon repas, une amie de mon hôte du soir qui se présente, c’est Valérie, passe carresser Honoré. Plus tard elle me propose de venir boire un verre avec eux et m’invite boire le café le lendemain, vu que le GR38 passe devant chez elle. Le lendemain donc, je prend mon chemin sans revoir mon hôte et j’arrive devant une passerelle. Je serre les fesses en espérant que mon grandes oreilles ne me trahissent pas. Non, il passe fièrement la passerelle. Je le félicite comme il se doit. C’est le jour de l’ouverture de la chasse, les coups de feu fusent de partout, les chiens courent… il y a du monde dans la campagne. Mais tout se passe bien. J’arrive devant chez la fameuse Valérie… personne. Je fais le tour de la maison qu’elle m’avait indiqué la veille sur la carte. J’avais pris soin d’enregistrer le point pour ne pas oublier. Tant pi, je continue, mais Honoré a laissé sa trace devant la porte. J’arrive alors à Trédion où il y a un Vival, parfait pour faire un appoint, c’est dimanche, demain tout sera fermé. Mais les prix sont exorbitant ; 3 € la brioche que je paie habituellement moins d’1 €. Bon, pas le choix… je vais à la boulangerie, choisi un gros pain aux céréales affiché 1,70 €, la boulangère me le vend 1,90 parce qu’elle l’a coupé. OK je me casse de là. Nous traversons une jolie forêt dont le chemin est en piteux état à cause des pluies, beaucoup de boue et d’ornières pleines d’eau qu’Honoré passe assez bien finalement. À la pause déjeuner, un couple revenant des champignons s’arrête discuter. Ils habitent un ancien moulin tout près de mon chemin. Ils m’invitent à bivouaquer, j’accepte car le mot magique a été prononcé ; douche. Merci Dominique et François pour l’invitation. Seulement si par la route il n’y a que 3 km, par le chemin il y en à prèsque 9. Et le dernier se fait sous la pluie. Une vraie pluie bretonne, pénétrante à souhait. J’installe le campement à la fin de l’averse, mais tout est trempé. Je peux me réchauffer grâce à la douche et Dominique propose de laver mon linge, ce qui m’arrange bien parce qu’avec ce temps, il sera difficile de le faire sécher. Je le tend sous ma tente mais l’humidité ambiante ne permet pas de sécher. Le terrain est en pente et le duvet de treck a tendance à glisser. Je passe donc une partie de ma nuit à faire la chenille pour remonter. Le lendemain matin Dominique et François me proposent le petit déjeuner. François m’accompagne un bout de chemin. Au passage, il était hydro-géologue, il a travaillé 30 ans à analyser les sols et notamment la pollution de l’eau, générée par les déchets, sauvages ou organisés. Forcément, il était particulièrement sensible à ma démarche et m’encourage à persévérer.
Le chemin reprend sous le soleil, mais la température ne remonte pas beaucoup et le vent est frais. Au bout de quelques kilomètres je m’aperçois que j’ai perdu ma pierre du randonneur offerte par Céline et Antoine de D’âmes Nature. Ça me rend un peut triste mais je me dis que je n’en ai plus besoin. Le chemin est ravissant, parfois escarpé et technique mais Honoré s’en sort super bien. Il a même passé un gué devant un Tipi et une cabane d’elfe, la passerelle étant réservée aux créatures de la forêt. La pause sur une butte, permet de finir de sécher le linge étendu sur le bât. Mais je sais que la tente est trempée, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je dois trouver un bivouac au plus tôt. D’autant qu’on m’a donné des œufs et que l’un d’entre eux s’est cassé dans la sacoche que je vais devoir laver aussitôt installé. Je trouve un spot parfait près d’une chapelle. Les riverains sont absents, j’attend. Et arrive Sandy, à qui je demande rapidement de l’eau. Patrice le compagnon de Sandy rentre du travail et vient offrir quelques pommes à Honoré et m’inviter à dîner. J’accepte avec plaisir l’invitation. Puis d’autres voisins viennent me rencontrer et m’inviter à l’apéro. Ha dommage, je ne vais quand même pas prendre l’apéro chez les uns et dîner chez les autres ! Sandy est libraire pour une grande enseigne et Patrice informaticien à Vannes. Ils viennent d’acheter cette charmante maison près de la chapelle et y trouvent le calme nécessaire à leur épanouissement. Merci pour cette agréable soirée.
Je repars par un chemin, puis la route, un peu trop aujourd’hui, mais bon les paysages sont chouettes. À la pause de midi, j’envoie mon dossier de presse la la presse locale (j’ai pris le journal ce matin). L’après-midi est charmante par ses paysages et l’architecture des maisons, mais il y un ruisseau à traverser. Je me dit qu’il n’y aura pas de problème vu les progrès qu’il a fait. Il y a deux petites passerelles en béton, mais ajourées. Il passe la première après une courte hésitation et s’arrête devant la seconde. C’est la même à peine deux mètres plus loin. Il bloque, renifle, me regarde et tire au renard, me mettant en déséquilibre. Puis il fait demi-tour en courant, me voilà dans la boue. Je suis en colère, il passe le premier et a peur du second, je ne comprend pas sa réaction. Je suis plein de boue, lui aussi car il a couru dans l’eau, ça m’énerve. À ce moment là, je l’aurais bien mis à vendre ce con. Il a passé tellement d’obstacles plus difficiles et plus effrayants. Du coup il est puni de pause broutage. Je suis vraiment vexé, énervé. Concernant les déchets, depuis quelques jours je suis sur la communauté de communes de Vannes Agglomération, ici il y a plus de bennes de collecte et de tri. C’est donc plus facile de se débarrasser des déchets. Sinon au niveau quantité, c’est toujours la même chose, 20 litres de déchets non recyclables et au moins autant de bouteilles, emballages de sandwichs, de bonbons, barres de céréales… et de canettes de bière. Voilà, ça change de sujet, ça me détend. Et et puis faut pas oublier qu’on est là pour ça quand même. Bref, je continue quand même ma marche quotidienne parce qu’il faut trouver un bivouac. Je repère sur la carte un village avec une chapelle et je me dit que ça pourrait le faire. Sauf que le village est trop en pente, impossible de s’installer. Je poursuis la descente et rencontre Maïté et Joël, des retraités qui rénovent une maison. On discute beaucoup autour d’une bonne bière fraîche, puis ils rentrent chez eux, me confiant le jardin. Il fait beau dès le lever de soleil ce qui me permet de plier la tente sèche, ce qui ne m’étais pas arrivé depuis plus d’une semaine. Les paysages sont toujours aussi beaux, Honoré passe une grande passerelle prèsque sans hésiter. Il a gagné sa carotte. Et à la suite un passage abrupte à grimper. Honoré s’arrête, me regarde l’air de dire « t’es sûr qu’il faut monter ce truc ?  » Ben oui pépère, il faut y aller. Dans la forêt de Lanvaux, il y a des petits poèmes et ses dessins sur des ardoises. C’est chouette de trouver ce genre de détail qui ponctue la randonnée. Sinon c’est une journée de forêt, prèsque que de la forêt, avec des côtes à monter, puis à descendre… et toujours pas de bivouac. J’appelle la mairie qui est évidemment fermée cette après-midi. J’avance et rencontre une randonneuse qui me dit qu’un bivouac est possible près du site d’accrobranche. Seulement juste avant il y a une passerelle, la même que dans les marais Charentais et qu’il a refusé de passer au bout de 3 heures de bagarre. Il pose deux pieds, je l’encourage, je me dis que c’est gagné, mais non il recule. Je tente avec la carotte… idem. Ha non ! Là je suis dans un cul-de-sac, c’est juste un gros fossé, il faut qu’il passe. J’insiste, mais non le refus est catégorique. Quelques mètres plus loin, il y à une autre passerelle, mais l’angle avec la lumière du soleil est différent. Je tente et là miracle en moins de 2 minutes, il passe. Ouf ! Festival de carottes, de bisous et de caresses ! Je vais enfin voir le gérant de l’accrobranche Utopia Ecoparc Aventure eco Utopia parc qui est ravi de ma démarche et m’invite à m’installer près de l’étang. L’endroit est magnifique, il y a plein d’animations, une guinguette… chouette lieu à découvrir et accueil sympa. La nuit est humide et fraîche, la rosée est arrivée tôt dans la soirée. Le brouillard ne se lèvera pas avant 9 heures mais je le retrouverai plus tard.

Morbihan

En quittant l’étang, je me demande si je dois prendre l’itinéraire le plus court ou celui de randonnée pour rejoindre Redon. Je choisi le bucolique et ne le regrette pas. Un petit peu de dénivelés pour se remettre en jambe, du bois, peu de route. Puis on rejoint le canal de Nantes à Brest. Malgré les nombreux ponts, dont quelques uns métalliques, Honoré traverse Redon sans encombrement et se permet même une pause à l’arrêt de bus du lycée, le temps que je prenne mon pain. Nous poursuivons le canal que nous quitterons en entrant dans le Morbihan et en rejoignant une autre rivière, l’Oust. Ça y est, nous sommes vraiment en Bretagne. D’ailleurs ici les noms des communes sont écrits en français et en breton, au cas où on se soit téléporté jusqu’ici. Les paysages changent et se valonnent davantage. Le canal et les rivières sont toujours incontournables par ici, on passe de l’un à l’autre alors qu’autour, les abords s’élèvent. Il y a même une via ferrata et des cours d’alpinisme, tandis qu’en bas on loue des canoës et des vélos. Il est temps de trouver un bivouac et comme les lieux sont peu habités, j’appelle la mairie. La secrétaire me donne les coordonnées d’un gîte d’étape… j’appelle et Myriam et Pierre-Marie qui me proposent un bout de terrain sur leur ferme des Ménéhy. C’est un poney club mais aussi gîte, camping, accueil pour scouts… et il y a aussi l’amoire à jeux. Tout le site est géré en totale harmonie avec la nature et le respect de l’environnement. Dommage que je n’ai pas pris le temps de bavarder avec eux, aussi très pris par leur travail en cette fin de saison. Mais il faut avancer et de nouveaux jolis paysages s’ouvrent devant nous. Enfin devant moi parce qu’Honoré regarde à droite, à gauche, derrière… puis s’arrête. J’avais lu sur le blog de Stéphane Blaise et son âne Marius https://heureuxquicommemarius.com, que Marius avait parfois une attitude bizarre en Bretagne. Stéphane attribuait ça avec humour, au fait que son âne devait entendre des Korrigans. Est-ce que c’est ça, je n’en sais rien mais toujours est-il qu’il est parfois étrange. Il en a bien entendu un Korrigan, c’est le nom de l’âne avec lequel Charlotte a parcouru plus de 1000 km entre Guérande et l’Ardèche. Toutefois, cet après-midi là alors que nous sommes sur la « butte des cinq moulins », c’est le silence qui se fait remarquer. Pas un bruit, même pas le vent, pas même le chant d’un oiseau. Nos pas résonnent sur les racines des pins qui bordent le chemin, comme un tambour sans orchestre. C’est impressionnant, inquiétant même. Puis nous redescendons et la civilisation nous rappelle à son bon souvenir en arrivant devant un élevage industriel de volailles je suppose. Une quantité impressionnante de stabulations, silos et autres bâtiments agricoles. Il est temps de s’arrêter mais pas ici. C’est un peu plus loin que je trouve sur la carte l’ancien couvent de Bodélio. J’espère qu’il y a quelqu’un parce que je suis épuisé, Honoré aussi et la prochaine habitation est loin. J’appelle, insiste, rien. Je rappelle, plus fort, insiste encore puis Agathe sort d’un mobile home. Elle me fait visiter les lieux qu’elle a acheté avec ses frères suite à un coup de cœur, pour le rénover et en faire un lieu éco responsable. Le seul endroit assez plat pour poser la tente est l’ancien cloître. Les bâtiments qui datent du XIIIème siècle je crois, sont en mauvais état et certains menacent de s’écrouler. Honoré recommence à écouter autour de lui, oreilles tendues. Puis reprend ses activités de broutage et de roulades. C’est vrai que l’ambiance du site est étrange, mais énergétique. La nuit fut juste animée par le chant des chouettes résonnant dans les ruines, ajoutant une part de mystère au site. Le lendemain matin, le réveil se fait sous une grosse nappe se brouillard épais. Associé au site, j’ai l’impression d’avoir été transporté en Écosse ou en Irlande. Ceci dit, l’ambiance n’est pas très rassurante mais le jour se lève vite et la lumière devient plus chaleureuse, bien qu’encore épaisse. Au fur et à mesure de notre progression, le temps se lève et les paysages de plus en plus beaux. Après un parc de dinosaures, s’amorce la descente vers Rochefort-en-Terre, classé un des plus beaux villages de France, à juste titre. La descente est technique faite de sentiers étroits, parfois bordés de murets en ardoises, parfois périlleux de par la nature du terrain, tantôt de pierres érodées par les pluies ayant creusées de véritables creuvaces, tantôt sablonneux et glissant, parfois très abruptes. Pourtant Honoré semblait à son aise, sûrement plus que moi qui avait du mal à tenir mon équilibre avec mon sac sur le dos. Joli village disais-je, mais pas de pain. Et je vais attendre un peu pour me mettre au régime local à base de kouign amann. Le reste du parcours est moins technique, bien qu’encore une descente abrupte nous attende. Les pieds se faisant lourds, il faut trouver un bivouac. D’autant que la pluie est annoncée et la tente est déjà bien humide du brouillard matinal. Plusieurs riverains m’envoient à la mairie. J’arrive à la mairie de Molac où rapidement Honoré devient l’attraction, la secrétaire appelle un adjoint qui me propose son terrain. Il m’y attend et m’offre un jus de pomme maison, et délicieux, des pommes de terre et des carottes de son jardin. Je me fais donc une poêlée de pommes de terres, mais je n’emporterai pas le reste, trop lourd et il faut trop de gaz pour les cuire. Il a plu une bonne partie de la nuit, la tente est trempée et il faut plier mouillé. Je passe devant la boulangerie et prends mon pain, la journée commence joliment. Encore du brouillard, on n’aperçoit que les mâts des éoliennes. C’est étrange. Le ciel est menaçant mais les averses rares et rapides, pas besoin de mettre l’imper. Encore de jolis chemin toute la journée, quelques erreurs de navigation dont une qui m’aurait bien fait tourner bourique. Même le GPS ne s’y retrouvait pas dans cette forêt dense. Même le Dolmen tout proche était tout retourné. D’ailleurs je n’en retrouve pas la photo… Honoré passe plusieurs passerelles, je suis super fier de lui, sauf la dernière. Pourtant il s’est bien engagé, mais une planche a craqué et il est parti en courant, me renversant au passage. J’espère qu’il n’aura pas peur à nouveau pour les prochaines. Ici les déchets sont gérés par les communautés de communes et rares sont les bennes collectives, mis à part dans les zones résidentielles. Difficile donc de me décharger. Ce soir atelier couture, je dois réparer une sacoche qui commence à se découdre au niveau de l’accroche. Je pense que les bonds de cabris qu’a fait Honoré hier, ont bien tirés sur les coutures. Il faudra que je surveille tout ça dans les prochains jours.

Wwoofing

J’ai longuement hésité entre repartir de l’asinerie de Charlotte, il faudra bien partir un jour, ou rester quelques jours de plus. D’abord parce que l’accueil était génial, aussi parce qu’Agathe, la woofeuse arrivée lundi soir est sympa et super intéressante (elle est guide et conférencière pour des croisières notamment en  antarctique). Mais aussi parce qu’il a plu cette nuit et que je dois plier la tente mouillée, et encore parce que j’ai explosé le forfait de 30 Go et donc plus Internet, donc plus de mail, plus de nouvelles et plus de carte routière. Finalement il était convenu que je parte, alors… je télécharge les cartes avec le Wi-Fi de Charlotte. Et comme d’habitude après une pause, le départ est difficile. Ça fait une semaine et demie que je suis arrêté. Charlotte a pris soin d’Honoré, vérifié ses bobos, corrigé ses appréhensions, fait passer une passerelle… Bref elle nous a consacré du temps et pour moi c’était super important. C’était une belle rencontre et le repos chez elle à fait beaucoup de bien à Honoré et à moi aussi. Et avec de belles rencontres, Cyrille, les gens de Connexions Paysans, Isabelle… pleins de gens sympas. Et finalement je me suis bien reposé et le mollet va mieux.
Faut quand même que je vous parle un peu plus de Charlotte. Ancienne journaliste, elle a repris mais aussi développé, l’asinerie « Aux Ânes etc… » qu’elle gère seule. Elle y propose l’asino-médiation avec un public en situation de handicap, des randos à la carte et des formations. Depuis peu elle accueille aussi des séances de yoga. On en parle dans les cahiers de l’âne, revue que tous les amoureux des grandes oreilles connaissent.
J’ai aussi profité la pause pour resememeler mes Lowa. 1400km ça use les souliers. C’est les cordonnier du SuperU de Saint-Gildas-des-Bois qui m’a fait du bon boulot. Il faut dire que sa femme fait Compostelle, il connaît les besoins des randonneurs.
Je disais donc que le départ était compliqué. Charlotte et Agathe nous accompagnent jusqu’au premier obstacle, une grande flaque d’eau causée par la pluie. Mais Honoré passe rapidement avec l’aide de Charlotte. Je dis pudiquement aurevoir avec quelques trémolos dans la gorge et part rapidement. L’étape sera courte, 16 km pour une reprise ça ira bien. Bivouac au bord d’un étang à Fégréac, ponctué par un groupe de jeunes venus faire une partie de pétanque nocturne, avec des bières. Je me suis endormi avant le score final.