Massif des Vosges

Ce matin nous disons au revoir à Émilie, Antoine et les enfants, qui nous ont accueilli comme des princes. Suite aux conseils d’Antoine, j’ai modifié mon itinéraire, l’objectif d’aujourd’hui est de traverser les Vosges par la vallée des éclusiers. Il y a deux canaux parallèles, celui que nous suivons est l’ancien canal, aujourd’hui désaffecté. À l’époque, il n’était pas rare de mettre plus de 24 heures pour traverser les Vosges par ce canal tant il y a d’écluses pour compenser le dénivelé important, donc de temps d’attente entre chacune d’entre elles. Avec le nouveau canal a été construit un plan incliné qui permet aux bateaux de monter un peu comme avec un monte d’escaliers. Je fais donc le détour pour photographier cette invention ingénieuse. Mais pour arriver au bord de ce nouveau canal, il faut traverser un pont… En bois. Après un quart d’heure de négociation, Honoré passe courageusement le pont de bois au pas de course. La journée est magnifique, le soleil domine malgré un vent frais. Les paysages sont magnifiques. Mis à part des travaux qui m’oblige à quitter le canal (pour rien en plus) et m’oblige à repasser une passerelle pour y retourner. Mais Honoré hésite quelques instants, je profite de la présence de deux jeunes pêcheurs pour détourner son attention et passer. Ouf ça passe. Je vais être à court de carottes si ça continue. Heureusement la voisine d’Émilie et Antoine m’en a donné hier, et des cookies pour moi. Merci Madame. On quitte la Lorraine et nous voici en Alsace. Encore une nouvelle page a découvrir. La traversée des Vosges c’est beau, mais mes pieds trouvent que c’est long. On arrive à Saverne, plus le courage de demander aux riverains, j’appelle la mairie qui m’envoie aux services techniques puis à la capitainerie du port de plaisance du canal. Xavier, le capitaine, m’accueille et me propose un terrain. Honoré devient l’attraction du port, comme d’habitude, il fait l’ambassadeur du tour de France. Xavier à fait le chemin de Compostelle, tout naturellement on discute rando. Ce matin il m’offre son livre Mon port est en ne île, et un correspondant local des Dernières Nouvelles d’Alsace (appelé ici DNA) vient m’interviewer.
Puis je prends le chemin de halage pour avancer en direction de Hochfelden (prononcer Horfeldenne, les consonnances Allemandes et Alsaciennes sont très marquées). C’est donc une nouvelle journée le long du canal. La marche est tranquille, Honoré est au top. À midi je fais la pause déjeuner près d’une halte fluviale, il y a des tables et j’apprécie de pouvoir manger assis. Je suis rejoins par un couple d’Allemands avec qui j’essaie de communiquer. Ici tout le monde parle Allemand, c’est une trace du passé houleux de la région. On arrive quand même à communiquer et mon interlocuteur me fait comprendre qu’en Allemagne, même les bouteilles d’eau en plastique sont consignées et les emballages ne sont pas nécessairement à usage unique. Bien, nos dirigeants qui s’inspirent tant de nos voisins devraient aussi s’inspirer chez eux pour le recyclage. Je reprends la marche mais le paysage est ici plus plat, c’est la pleine d’Alsace. Toutefois, les montagnes ne sont pas loin. La journée est chaude et longue, mais calme. Je pense m’arrêter dans un village et une randonneuse me suggère un bivouac plus loin. L’endroit est en effet agréable, mais il n’y a pas d’eau potable et j’ai vu flotter pas loin sur le canal, un cadavre de renard, enfin je suppose. Je dois donc continuer, mais la prochaine ville est loin. J’appelle la mairie pour être sûr d’avoir un contact avant la fermeture. Un agent technique me rappelle et me propose un terrain, sans eau mais il y a une rivière. Ok il y a des habitations autour, je trouverais bien de l’eau. Mais en approchant, je vois la route qui mène au bivouac et la circulation est dense et rapide. Ha non je ne vais pas par là… Et au bord du canal, il y a un espace plus large, des habitations. Je demande aux riverains si je peux m’installer là, pas de problème… Alors ok je m’installe. Je rappelle l’agent technique pour expliquer la situation. J’ai même accès à une douche et partage une bonne bière locale (brasserie Météor) avec un riverain, Arnaud, qui possède une très jolie maison. Au matin il me propose le café avec Alexia son épouse, puis je reprend le chemin de halage direction la maison de Céline et Nicolas à une dizaine de kilomètres.
Même si le chemin est court aujourd’hui, je fais quand même la pause déjeuner au bord du canal avant d’arriver chez Céline. J’y rencontre un joggeur qui m’explique que chez nos voisins, même la Volvic est consignées et qu’aux abords des terrains de foot, les SDF viennent les ramasser (si il y en a) pour gagner les quelques centimes qui leur permettent de survivre. Encore un bel exemple à suivre. Après la pause, je croise les premiers champs de houblon, l’Alsace est bien la région de la bière. Elle se boit autant à l’apéro qu’au cours du repas, dans l’après-midi… Et j’arrive chez Céline. Elle est admin d’un groupe d’âniers sur lequel je partage nos aventures et voyant que j’approchais de sa région, elle m’a proposé d’y faire une halte. Quelle bonne idée, en plus elle propose à Honoré de passer du temps avec des congénères, ça lui a fait beaucoup de bien aussi. Une bonne pause, un lit, douche, manger à table… Ce sont des petits bonheurs simples mais qui illuminent mes journées. Je profite de la première journée de repos pour faire quelques courses et du tourisme. Strasbourg est une très belle ville, mais pleine de touristes. Il y a beaucoup de monde, impossible de visiter la cathédrale. J’ai ma dose urbaine, je rentre. L’architecture est magnifique et dans les villages, les maisons sont colorées. Nicolas, le compagnon de Céline, m’explique que ces couleurs indiquaient autrefois le métier du propriétaire de la maison. Chaque artisan avait son code couleur et ainsi tout le monde trouvait facilement le boulanger, le boucher, le maréchal ferrant, le charretier… Bon, c’est bien beau tout ça, les belles rencontres, la pause… Mais il y a encore du chemin et j’ai déjà trouvé un nouveau bivouac pour demain, un autre pour jeudi… Et il y a encore du chemin à faire. J’ai beau tracer des parcours pour essayer de voir tout le monde, ça ne sera pas possible, enfin pas en une seule vie. Alors on reprend les bonnes habitudes, direction Strasbourg puis retour dans les Vosges, par l’Est cette fois-ci.

Ligne bleue des Vosges

Aujourd’hui le temps est pluvieux et venteux. Ça agace Honoré qui n’aime pas le bruit du pantalon de pluie. Difficile d’avancer entre la terre qui colle aux pieds, le vent et la pluie. Impossible de ramasser les déchets ! Pourtant, Honoré accepte une passerelle en béton, la même qu’il avait refusé il y a quelques jours. Heureusement sinon il y avait 4 km de détour. Ça peut paraître peu, mais ça fait quand même 1 heure de marche.
Le balisage est un peu différent depuis quelques jours, il semble qu’il soit géré par une autre fédération, le club Vosgien, qui doit être assez actif car les cartes IGN sont ponctuées de nombreux symboles que je ne connaissais pas et qui intègrent des circuits autres que ceux traditionnellement représentés en rose, validés par la fédération de randonnée pédestre. Bon, il faut que je m’y habitue.
La Moselle, c’est aussi le pays du sel. Je suis dans la communauté de communes du Saulnois. D’ailleurs je passe par Marsal, où je pique-nique et où le sel y est exploité depuis le premier âge de fer (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Marsal_(Moselle) ). La grande porte de l’entrée de la commune est impressionnante.
Autre point étrange par ici, les rues sont hyper larges dans les villages que je traverse, et les maisons toutes accolées.
Ce soir je bivouac près d’un étang à Dieuze. Il y a un champ de tir et une base militaire tout près. Ça tir, on se croirait en Ukraine… mais les tirs cessent vers 19 heures. Dès 20 heures, les militaires de la base voisine, spécialisée dans les transmissions, entrent en exercice. Il semble que leur mission soit de trouver un milicien qui bivouac dans la forêt pour obtenir les informations qu’ils doivent transmettre. Les bidasses naviguent par groupes de cinq, la dizaine de groupe est venue me demander les informations que je n’avais évidemment pas… Ça fait un drôle d’effet d’être encerclé par cinq militaires armés de leur Famas et qui, selon les individus, demandent soit avec un gentil ton d’étudiant qui se demande encore ce qu’il fait ici, soit avec l’autorité du gendarme qui constate l’infraction, qui je suis et ce que je fais là avec un âne. Bref, j’en rigole, mais d’aucun prend sa mission très au sérieux. Après tout, il faut bien qu’ils apprennent leur travail. Il faudra surtout qu’ils apprennent la discrétion, mis à part les premiers que je n’ai pas entendu à cause de mon réchaud qui chauffait ma soupe, j’ai entendu arriver les autres groupes à plus de 200 mètres. En tout cas Honoré en a profité pour se faire papouiller par les bidasses 😉
Ce matin de très bonne heure les militaires repartent en mission en colonne, avec la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est bon, j’aurais le temps de passer à la gendarmerie pour faire ma procuration. Celle de Dieuze est ouverte tous les jours, enfin.
Parfois des libertés ont été prises à propos du tracé. C’est le cas cet après-midi avec un chemin qui d’après la carte, devait se poursuivre tout droit mais qui finalement, est cultivé. À priori, le balisage a été modifié et est à jour, en tout cas sur le terrain mais pas sur la carte IGN. Pas grave, il arrive finalement là où je me rendais, tout va bien. Et puis après Fribourg, une dernière côte pour la journée et la ligne bleue des Vosges est très nettement visible. Wahou ! Dire qu’au mois d’octobre je quittais Crozon et qu’aujourd’hui je suis à l’opposé de la France. Et la route n’est pas terminée.
La météo annonce des rafales de vent à 90 km/h pour demain et beaucoup de pluie, je dois trouver un abri. J’avais appelé ce matin la mairie de Rhodes qui m’a donné les coordonnées de Jean-Bernard, agriculteur et conseillers municipal, qui a aussi des gîtes et des ânes. L’agriculteur me reçoit et me propose de dormir au sec dans une chambre dont les lits sont en paille. Honoré quant à lui, est a l’abri dans la grange avec foin a volonté. Première journée de pause seul dans la grange, j’en profite pour faire ma lessive et du rangement. Mais avec l’humidité ambiante, le linge ne sèche pas.
Ce matin la pluie est au rendez-vous comme annoncé et en allant chercher mon pain au boulanger ambulant, Jean-Bernard me propose de rester une journée de plus. J’allais justement lui demander, la tempête Diego approche et sera là en fin de journée. Encore des rafales à 90 km/h, 20 mm de pluie à l’heure et de la neige pour la nuit. Je regarde mes mains et mon visage, bronzés par le soleil du printemps précoce et me demande si je ne suis pas entré dans la quatrième dimension (que les moins de 20 ans ne doivent pas connaître). Je profite de la pause pour me masser le dos qui semble aller un peu mieux, faire quelques étirements…
Et puis je voulais faire une petite parenthèse à propos du SICTOM de Cérilly (03) qui ne venait pas ramasser les poubelles devant chez moi parce qu’ils ne pouvaient pas pas manœuvrer, je devais me rendre à 2 km à la benne commune. À ma précédente adresse c’était à cause de la route dangereuse. Je devais apporter mes déchets au carrefour qui a connu de nombreux accidents, dans la benne commune. Sachant que je dois déposer 30 litres de déchets ménagers par mois, que je tri mes déchets et les conduits dans les bennes de tri correspondant au village le plus proche… J’avais donc contacté l’organisme pour exprimer mon mécontentement quant à leur facture élevée (je veux bien payer un service, quand il est rendu), mais je n’ai jamais eu de suite à mes recommandés. Aujourd’hui ils saisissent le salaire de ma femme (ben oui moi je n’ai pas de salaire). Merci à eux pour leur dicernement et leur non réponse. Je rappelle au passage que je ne suis pas payé pour ramasser les déchets à l’occasion de mon tour de France, je n’ai rien demandé, certe, je veux juste sensibiliser chacun au respect de l’environnement, élus et industriels, afin que la réglementation concernant les emballages change. On sait confiner une population contre un virus qui tu des milliers de personnes, alors qu’on arrête de produire des plastiques qui en tue des millions.
Bref, la météo se calme, et moi aussi, il est temps de repartir.
La neige est bien tombée cette nuit, le paysage est tout blanc, mais ça ne va pas tenir. La tempête a laissé quelques branches au sol, Honoré n’est pas impressionné et les enjambe sans sourciller. La marche est agréable dans la forêt, puis un peu de route et il est déjà l’heure de pique-niquer. Je regarde sur la carte et fais un détour près de la mairie d’un charmant petit village. Honoré se régale des pâquerettes tandis que je termine ma terrine, un type vient discuter. La conversation est agréable et la voisine de mini pâture vient se mêler à la conversation. Elle m’apporte un café et ma première part de Kouglof que je déguste avec gourmandise. Son mari est agriculteur et il a une parcelle près de Sarrebourg, justement là où je pensais bivouaquer ce soir. Parfait, mon bivouac est déjà trouvé à midi, je n’ai plus qu’à m’y rendre. En chemin un utilitaire s’arrête près de moi, c’est le mari qui me donne des détails sur le site. Cool !
Je rentre dans la forêt et en sortant, je suis face aux Vosges ! La neige est restée sur les sommets, voilà, nous serons demain au pied des montagnes. Un groupe de randonneuses nous prend en photo avec les Vosges derrière, merci mesdames. Puis c’est la descente vers Sarrebourg, je suis un chemin de randonnée et suis arrêté par Caroline qui me propose une douche, un café… Et un bivouac. Ok ben je m’arrête là alors, elle a dit tous les mots magiques qui interpellent le vagabond que je suis. Thierry, son compagnon, est lui aussi un habitué de la pince à déchets qu’il utilise régulièrement lors de ses promenades. Le soir Caroline est invité à un anniversaire, le compagnon doit partir mais elle me laisse accès à la maison.
Nous partageons le petit déjeuner et Caroline m’accompagne un bout de chemin. Heureusement car je devais faire quelques courses d’appoint et devant la carfour contact en ville, pas de barrière pour attacher Honoré. C’est donc Caroline qui s’occupe de lui et qui est interpellée par les nombreux passants de la rue piétonne. Précisons que c’est jour de vote et de rameaux, qu’il fait beau, du coup tout le monde profite du soleil. Je pense avoir éveillé chez Caroline l’envie de partir randonner, peut-être avec son chien Snow ou seule. Je lui souhaite de connaître le plaisir de marcher en toute sérénité. Nos chemins se séparent, elle doit rentrer et moi poursuivre.
Je rejoins le canal de la Marne au Rhin. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas marché le long d’un canal  Ça fait du bien, il y a moins de déchets à ramasser. Pour la première fois, je découvre qu’il existe un tunnel pour canal. C’est surprenant et impressionnant. On longe les bouches d’aération en hauteur puis redescendons sur Arzviller. Rapidement une famille qui profite également du soleil me salue. Je fais demi-tour pour que les enfants carressent Honoré. Rapidement on me propose de bivouaquer ici. Je suis alors accueilli chez Émilie et Antoine et leurs enfants Robin et Nino. Le terrain est assez grand pour Honoré et moi, les enfants ravis d’accueillir Honoré qui sera dans le cahier de Robin avec la photo justificative. Ses questions sont d’ailleurs très pertinentes et la maîtresse va sans doute apprendre beaucoup de choses sur les ânes. C’est même lui qui conduit Honoré dans sa pâture. J’installe la tente tout près, plein sud. Une bonne douche m’attend et je suis invité au repas du soir. Antoine me conseille sur l’itinéraire de demain, plus agréable que celui que j’envisageais. Il travaille dans une entreprise d’emballages et justement, son rôle consiste à trouver des solutions pour concevoir des emballages plus écologiques. J’espère que ma démarche ne le conduira pas au chômage. Quoiqu’il en soit, la conversation est riche et passionnante et je suis rassuré d’apprendre que dans ces grandes entreprises qui utilisent énormément de plastiques, on se pose de vraies questions sur les emballages, leur impact sur l’environnement, leur recyclage… Donc on avance, rien n’est encore parfait, peut être que ça ne le sera jamais, mais chacun fait des progrès et c’est ce que je retiendrai de nos échanges. Merci au chemin de m’avoir fait rencontrer Antoine. Quant à Émilie, j’aurais beaucoup aimé parler plus avec elle, elle est orthophoniste et j’avais un millier de questions à lui poser. En tout cas merci de votre accueil, le repas délicieux, la magnifique vue sur la vallée, votre gentillesse… Qui sait, peut être qu’un jour on se reverra.

Moselle

Suite à une mauvaise manipulation, j’ai supprimé par erreur le post de fin mars. Vous pouvez le retrouver sur le blog : https://memosderandos.travel.blog/2022/03/25/meuse/ 😥
J’ai failli oublier de vous parler d’Aurélie qui est venue parer Honoré. Il n’y avait pas grand chose à faire mais Nadège, l’ostéopathe qui était venue le voir il y a quelques semaines, avait suggéré de vérifier les aplombs, notamment sur les postérieures. Honoré à donc des pieds tout neufs pour aborder les Vosges. Et toujours pas besoin de fer après 3400 km. Vétérinaire, ostéopathe et pareuse, vues depuis le départ, ont confirmé que le pied s’est adapté à la condition de randonneur, le pied pousse au fur et à mesure qu’il s’use. Au passage, merci encore à ceux qui ont participé à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane, grâce à vous Honoré est tout neuf.
En attendant je prolonge la pause chez Anne, la météo annonce de la neige, du froid et du vent, la journée de repos d’hier m’a fait du bien au dos, mais ça ne suffit pas. Je prolonge la pause et Anne me fait visiter les environs et les éleveurs du coin. Ainsi je rencontre Bettina et Claude, éleveurs de chèvres en retraite, puis Rosa qui a fait Compostelle et qui produit du miel que je vais déguster avec plaisir dans la tente prochainement.
La météo s’arrange, le dos reposé mais toujours douloureux, il faut repartir. La petite étape d’une quinzaine de kilomètres est riche de rencontres. Le midi plusieurs personnes viennent à notre rencontre et une jeune fille m’offre une chantilly de karité maison pour réhydrater mes mains gercées par le froid. Et en arrivant à Grémecey, Olivier m’interpelle et m’invite à m’installer chez lui. Il m’accueille avec sa femme Delphine, sa fille Lili et son copain Valentin, et sa cadette Jeanette. Me voici donc à Grémecey, à la villa bon repos, chez Delphine et Olivier.  Ils ont créé l’association « La Source » dont l’idée de départ était d’en faire un gîte pour sortir les enfants de leur foyer social. Au fur et à mesure, leur maison et siège de l’asso devient un lieu de ressources qui accueille des concerts, conférences… Puis Delphine récolte plantes avec une amie et en fait des tisanes. Le succès est immédiat. Les bénéfices vont à l’association. Depuis elle crée des ateliers d’identification des plantes. Facebook https://www.facebook.com/Association-La-Source-992252694210018/ Delphine vient également de quitter son emploi de travailleuse sociale pour devenir acuponctrice.
Olivier a préparé un tajine délicieux, il y a aussi du fromage de l’ancienne ferme de Bettina… Le monde est petit.
Après une nuit confortable, il a gelé à -7° cette nuit, heureusement j’ai dormi dans un bon lit douillet, je dois reprendre le chemin. Le vent se lève doucement, il fait frais mais la forêt me protège. À la sortie, des arbres sont tombés, il faut contourner en mode sanglier, la terre est collante, mais ça passe. Honoré est concentré, ça marche tout seul. En arrivant au sommet d’une colline, j’aperçois enfin la ligne bleue des Vosges. C’est la même émotion que lorsque j’ai vu l’océan dans le Finistère. Mais là, on la distingue à peine. Les jours prochains la pluie est annoncée, la visibilité sera réduite. Le vent se fait de plus en plus fort, il va être temps que je monte le bivouac. J’appelle la mairie de Vic-sur-Seille qui me propose un parc avec des sanitaires à proximité. Ce sera parfait. Je cherche toujours une gendarmerie pour faire ma procuration pour les élections, les petites gendarmeries ne sont pas ouvertes tous les jours, à chaque fois il faut faire un détour de 20 kilomètres. La bonne blague !
Sinon en ce qui concerne les déchets, le vent m’empêche de ramasser efficacement et ici, tout le monde a son petit sac jaune qu’il dépose tous les quinze jours. Donc pas de bac de tri ni même de e benne collective. Mis à part des bennes a verre, mais ça j’en trouve peu. Ha, j’ai failli oublier, j’ai vu mon premier nid de cigogne 😉

Meurthe et Moselle

Les différences de températures me fatiguent particulièrement avec ce petit rhume qui persiste. Mais il faut avancer. Ce matin Honoré m’a refusé une passerelle en béton, c’est la première fois, celles-ci habituellement il les passe sans problème. Impossible d’incister, on est tout près de la ligne de TGV Grand-Est, et je ne sais pas si ça vient de la vallée ou des rails, mais je le trouve particulièrement bruyant. On dirait qu’un Airbus atterri tout près à chaque passage, soit tous les quart d’heure. Honoré est chiant, mord la longe et la tire. J’ai mal au dos ! La route d’hier n’a rien arrangé, aujourd’hui a cause de la passerelle, ont ajoute 4 km de bitume avec de la circulation. Enfin un peu de forêt… Interdite pour cause de chenilles processionnaires. Ha non tant pi, je prends le risque. Et même au cœur de la forêt on entend toujours les TGV passer, ça raisonne dans les bois. À l’approche d’un charmant village, je me décide à m’y arrêter pour le bivouac, mais des locaux montent des chapiteaux pour la soirée choucroute de dimanche. Le bruit des chapiteaux effraie Honoré, les blagues lourdes des autochtones me fatiguent, tant pis, on ajoute 3 km, je ne reste pas là. En plus ça sent le piège, ça va finir en beuvrie. Et finalement le chemin pour arriver à Bouillonville est charmant, le village accueillant et semi-troglodyte. La secrétaire de mairie m’accompagne près de la salle communale et un adjoint m’ouvre les toilettes avec point d’eau.
Le lendemain matin je reçois la visite d’un correspondant local de l’Est Républicain. On entend toujours le TGV. Puis on traverse une autre voie ferrée, de marchandises celle-ci. Puis a nouveau de la forêt, des dénivelés, des chemins abandonnés, des villages détruits par la guerre. J’en repère un sur la carte, reconstruit tout près, je décide de m’y arrêter pour la nuit. Mais à la sortie du chemin, des jeunes cavaliers ont peur d’Honoré, enfin leurs chevaux. Je m’éloigne, il doivent faire demi-tour. Je les suis de loin, le centre équestre est justement dans le village. Tant pi, on pousse jusqu’à la ville suivante, Montauville. On arrive par un immense cimetière allemand puis on descend vers la commune et croisons un âne. Les chiens jappent, un vieux les engueule au carreau de la cuisine, je le salut, mais il ne me répond pas. Bon, c’est pas ici qu’on va bivouaquer. Je continue, personne… Je trouve un terrain abandonné, demande au voisin qui m’envoie au centre équestre au bout de la rue. Dans la cour, un cheval est en train de se faire charger dans un van, mais Honoré lui fait peur. Je dois m’écarter. La propriétaire me dit de m’installer, elle part en concours. A son retour elle m’offre le pain et un pâté lorrain, me propose la douche et me conseille sur l’itinéraire. Mais pas demain ! Il y a une grosse course de motos, 650 inscrits à l’enduro du val Lorrain, c’est tout le week-end et quel que soit mon trajet, je les croiserais. Je conviens qu’il est plus prudent de rester, d’autant que l’effort d’aujourd’hui n’a pas arrangé mon dos. Je préviens Anne qui m’attend demain chez des amis avant ma pause chez elle.
La journée de repos est longue mais les cavaliers sont sympathiques. Je vais faire un tour dans les environs, en effet, même sans Honoré ça ne passe pas.
Ce matin je peux partir, effectivement le parcours des motards était en grande partie commun avec le mien et ça aurait posé problème. Le début de la marche est agréable en forêt mais arrivé en ville ça devient moins bien à cause de la circulation et notamment des camions rapides. Première difficulté, la voie de chemin de fer. On en a pourtant déjà passé, mais là Honoré bloque. Les barrières du passage à niveau se ferment, demi-tour. Le TER passe, les barrières s’ouvrent, je m’engage mais Honoré bloque à nouveau. Les barrières se referment, le TGV passe. Ok, il a dû sentir que ça arrivait. La troisième tentative est la bonne, mais avec la circulation je ne faisais pas le malin. Ensuite une série de ponts ; le canal, la Moselle, l’autoroute A31… Puis enfin le calme, une longue côte avant d’arriver au gîte d’Alban, un ami d’Anne, Le Soléole (http://www.colline-soleole.com/). C’est un gîte de groupe atypique avec des cabanes, yourtes, roulottes… Un vrai paradis. L’accueil est chaleureux, la cuisine de la jeune locataire de la yourte, délicieuse. Anne, mon hôte du lendemain et qui m’a conseillé de venir ici, nous rejoint. La soirée est très agréable. Un jeune couple Suisse venu rejoindre les occupants de la yourte à vélo avec leur bébé, sont également très sympathiques.
Ce matin il fait beau et sec, il faut repartir, Honoré est insupportable aujourd’hui, c’est de ma faute j’ai très mal au dos et donc je ne suis pas patient. Mais plus j’ai mal, plus il me fait mal. Anne vient nous rejoindre en route avec son chien et à cheval. Je craignais la réaction d’Honoré, lui qui a peur des cavaliers… Mais finalement ça c’est bien passé, le cheval d’Anne a vécu avec un âne et malgré quelques petits tests, l’entente entre les animaux se passe mieux que je ne l’aurais pensé. On traverse la Seille, de l’autre côté c’est la Moselle, encore un nouveau département. Nous arrivons chez Anne et vu l’état de mon dos et la météo pluvieuse annoncée, je vais dormir chez elle, je ne monte pas la tente. Tant pi, Honoré va braire, mais ce n’est pas grave. Elle habite dans une yourte et une roulotte. C’est une chouette expérience. Le lendemain Anne me conduit à Nancy faire quelques courses. Les chaussettes et semelles sont usées, le cure-pieds d’Honoré aussi, il me faut du gaz qui ne gèle pas, les températures annoncées pour les prochains jours ne sont pas terribles, même la neige est prévue… Et au niveau alimentaire les stocks sont au plus bas. J’en profite pour visiter Nancy, sa place Stanislas et sa cathédrale. Je décide de prolonger le séjour d’une journée, j’ai vraiment trop mal au dos et en plus en sortant de Décathlon, j’ai loupé le trottoir. La douleur a été encore une fois violente. J’espère que demain ça ira mieux.

Meuse

Cette première journée de marche après la pause chez Manon, permet de retrouver des dénivelés. Même si on est encore loin de la montagne, on quitte la Marne et ses plateaux. En fin de journée, la descente me surprend, un trou caché par des feuilles dans le sentier, je mets le pieds dedans et sens tout de suite une violente douleur dans les lombaires. Ha merde, pas de chance. Je reprend tout de suite la marche, le prochain village est tout proche, ça va le faire. En bas de la descente, une rivière et une passerelle… On arrive dans la Meuse. Une voiture passe la passerelle, c’est bon on tente de la suivre. Honoré comprend, accélère, je me dis que c’est gagné. Mais au milieu on voit l’eau en dessous, il a peur et ne veut plus avancer. Impossible de faire demi-tour ! Bon on recommence, je sais ce qui lui fait peur, c’est vrai que les trous sont impressionnants, d’ailleurs si je n’avais pas vu la voiture passer devant nous, je pense que je n’aurais pas tenté la traversée. Mais il a déjà fait près de la moitié, on va retenter en suivant les poutres métalliques dans le sens de la longueur, il ne se focalisera ainsi plus sur les trous (en espérant toutefois qu’il ne se coince pas un pied dedans…). On prend un peu d’élan, j’entonne une chanson improbable pour lui (nous) donner du courage, et c’est parti au trot. Ça passe ! Alors là je suis abasourdi, ému, ébahi. Je pleure de joie et ne peux m’empêcher de penser à Anne et Victoire et de leur aide précieuse avec Pépita, Gribouille et Good, et aussi Charlotte qui nous avait fait passer la première passerelle à Guenrouët. Merci les filles d’avoir su donner confiance à Honoré qui grâce à vous s’est dépassé aujourd’hui en franchissant ce pont impressionnant. Nous arrivons enfin dans ce premier village Lorrain, Le Neufour, et suis accueilli par le maire, Christian, élu depuis 30 ans, également conseiller général… « Demain c’est dimanche, tu reste là et tu te reposes, Honoré a de l’espace et un correspondant de l’Est Républicain vient demain matin » annonce l’élu. Ok, ça me permettra de faire le point avec mon dos. Je suis invité à dîner chez Laurence, la soirée est agréable et conviviale.
Le lendemain repos, interview et balade digestive après le repas copieux du midi. J’y rencontre un descendant d’une famille de Couleuvre près de la forêt de Tronçais… Après le dîner je file me coucher, le dos semble aller bien, on verra demain. Après le café et des au revoir chaleureux avec l’édile, je te reprend mon chemin valonné.
La chasse au déchets n’a pas encore vraiment repris, ça viendra bien assez vite. Le midi je m’arrête pique-niquer près d’une jolie rivière. Un riverain me propose de venir boire le café. Sa femme vient de faire une brioche maison délicieuse. L’accent de l’Est commence à se faire entendre. Je suis dans la Meuse, en Lorraine depuis peu région Grand Est. Mais j’ai plutôt l’impression d’être en Lorraine. Les gens sont accueillants. Le petit village de Brocourt-en-Argonne est charmant.
Première ce matin depuis longtemps, je plie la tente sèche, pas de gelée. Partout je remarque des bourgeons, on vient de passer officiellement au printemps. Ça fait quatre saisons que je marche avec Honoré. Pas encore un an, mais on aura tenu l’hiver. Pour autant, je suis bien conscient qu’il ne faut pas crier victoire trop vite, j’ai encore le temps de prendre des gelées et peut-être même de la neige dans les Vosges. Je n’en suis pas loin, l’année dernière il y en avait fin mai… Fin mai j’espère être en Bourgogne… En attendant je poursuis mon chemin et reprend doucement le ramassage des déchets.
Ces derniers jours, je navigue entre plusieurs parcours de randonnées, le ramassage n’est pas significatif, il le sera plus en approchant de Nancy. Aujourd’hui on a traversé l’autoroute de l’Est, l’A4, puis la Voie Sacrée Nationale, qui rejoint plus au Nord la voie de la liberté. On est toujours au cœur des combats. Ici chaque famille a perdu au moins un proche. La proximité de la guerre en Ukraine fait peur par ici. C’est un sentiment étrange mais je sens que les habitants ne sont pas sereins avec l’actualité qui vient de l’Est. Ce soir je bivouac à Senoncourt-les-Maujouy près de l’Eglise.
En sortant du village, ça monte sévère, mais après la descente est douce et boisée. Tellement boisée d’ailleurs, que le chemin disparaît sous les branches déposées par les forestiers. Après quelques centaines de mètres en mode sanglier, je félicite Honoré qui a su se faufiler partout et enjamber des troncs assez gros. La chaleur s’impose, le t-shirt est de nouveau la tenue de voyage. Mais attention, le vent reste frais sur les hauteurs, c’est comme ça que j’ai attrapé un bon rhume. Mais ça fait tellement du bien… Le paysage vallonné est agréable mais les villages sont souvent dans les vallées et les réseaux y sont capricieux. Ce soir, bivouac dans une ferme à Mouilly.
Tôt le matin, vers 6h30, j’entends discuter à voix basse. J’ouvre la tente encore gelée et trouve le voisin en train de donner du pain à Honoré. « T’as l’impression qu’il a faim, qu’il est mal nourri ? Non ? Qui t’as autorisé à lui donner à manger ? Tu sais que le pain peut le tuer ? Non ? Ha ben alors pourquoi tu lui en donnes ? Mais c’est quoi ces imbéciles qui donnent à manger sans savoir si c’est bien pour l’animal ?  Bon je ne tarde pas, il faut qu’Honoré marche pour digérer le pain ! Je suis en colère ! Et la route va être longue, 15 kilomètres tout droit. Heureusement c’est dans la forêt et ça roule peu.
Aujourd’hui on passe devant le monument Alain Fournier. Je suis touché de passer ici. Nous croisons une classe de lycéens je pense. Les élèves nous ont applaudi pour notre initiative de ramassage de déchets et notre parcours. C’était émouvant. La journée a été fatiguante, bien qu’assez courte, les 219m de cumulés positifs piquent un peu les mollets et ce rhume n’arrange pas mes affaires. Ce soir Honoré semble aller bien, il était un peu lent dans les montées mais ça fait longtemps qu’on n’en a pas eu autant. Ce soir bivouac chez l’habitant à Hattonchâtel. Le personnage qui m’accueille n’est pas bavard, il ressemble un peu au grand-père d’Eidi. Mais j’ai un grand terrain pour Honoré avec suffisamment d’herbe, de l’eau et une prise de courant. J’oubliais un détail, je suis content de pouvoir à nouveau laver mon linge et le faire sécher avec le beau temps. Dans la chasse aux déchets, maintenant je cherche les bennes…