Nous quittons le gîte des Montagnôts et la journée commence par une longue descente. Je décide de faire un petit détour pour aller chercher du pain, mais je vais vite regretter cette décision qui va considérablement compliquer le déroulement de la journée.
On commence par de nombreux gués à traverser, bon ça maintenant Honoré a l’habitude et il gère de mieux en mieux. Mais tout à coup le chemin disparaît, et bien que nous soyons habitués à passer en mode « sanglier » sur certaines portions, là il est vraiment impossible de progresser. Demi-tour obligatoire. Deuxième essai un autre gué, mais celui-ci est trop grand et puis ne débouche sur rien, ok on fait encore demi-tour. Sauf que cette fois-ci on est obligé de prendre une route départementale à forte circulation. Bon ça aussi Honoré a l’habitude et il gère plutôt bien. Troisième essai pour rattraper le chemin que j’avais prévu… pas de bol c’est une propriété privée. Retour sur la route départementale puis quatrième essai, encore une fois pas de chance c’est une usine de bois et le chemin est barré. Bon ben c’est pas grave aujourd’hui j’avais deux bivouacs potentiels qui m’étaient proposés, un au nord de mon itinéraire, l’autre au sud.
Le chemin a choisi pour moi, ce sera au nord, impossible d’accéder au chemin décidé au départ. Finalement ça m’arrange car le départ du bivouac plus au sud me posait problème pour retrouver ma direction sans utiliser de grandes routes. Christine vient me rejoindre en route et me fait découvrir les petits sentiers autour de chez elle, c’est magnifique. Christine est une cavalière formidable, souriante, enthousiaste et aux petits soins pour nous. Encore une belle rencontre placée sur mon chemin par Valérie, chez qui nous allons dans quelques jours, et qui permet à Honoré de bien se reposer et moi aussi. La journée a été particulièrement longue. L’accueil adorable, le repas délicieux mais déjà la journée se termine.
Petite parenthèse, nous sommes à côté de Mélisey, village d’où est originaire Thibault Pinault le coureur de la FDJ. Encore un cycliste du Tour de France sur mon parcours.
Il faut repartir, Christine travaille et sa journée va être longue aussi. En partant, je me rends compte que je m’éloigne aussi des montagnes. Avec un peu de nostalgie, je quitte le massig des Vosges. La journée est bien plus courte, moins de dénivelés et de distance pour arriver chez Cécile et Rémi, eux aussi amis de Valérie, qui m’accueillent dans leur jardin. Cécile est enseignante, on fera une petite vidéo pour ses élèves, comme on avait fait avec Manon. La soirée est agréable autour d’un barbecue de saumon préparé par Rémi. Mais il est déjà tard, demain tout le monde travaille de bonne heure. Ce matin je me rends compte que je me suis planté sur l’implantation de la tente pour qu’elle soit au soleil tôt. L’arbre à côté la garde à l’ombre et la rosée du matin ne s’évapore pas. Tant pi, l’étape est courte, environ 12 kilomètres.
En route France 3 Bourgogne Franche-Comté m’appelle, un journaliste et un caméraman doivent me rejoindre en route. Le tournage se fait dans le village de Adelans et sera diffusé ce soir : https://www.france.tv/3399886-null.html#xtor=AL-85-%5Bpartage_video%5D
Après le reportage on se fait une petite pause déjeuner avant de rejoindre la ferme de Valérie et Alain. Valérie nous accueille alors qu’elle est en médiation animale avec ses ânesses et des jeunes de l’IME. Le temps de débater Honoré, impatient d’aller à la rencontre de nouvelles copines et je m’installe dans un magnifique chalet, construit par Alain. Rapidement Valérie me fais visiter sa ferme et me présente ses animaux. Puis, nous partons chez Jean-Claude chercher la pince de sellier dont j’aurai besoin pour renforcer les sacoches et changer la laine du licol de l’avaloir et de la bricole du harnachement d’Honoré.
Mais je vous expliquerai tout ça dans un prochain post, parce qu’ici ce n’est pas une ferme, c’est le paradis .
Tour de France
Tour de France avec l’âne Honoré pour ramasser les déchets.
Territoire de Belfort
La journée de pause aux asneries d’Uffholtz a fait du bien, la reprise est progressive et le paysage toujours aussi agréable. Les vallons ne sont pas très forts et se passent facilement. Honoré s’est griffé le dos probablement en se roulant au sol comme il aime tant le faire et tire un peu au flanc. Ça devrait aller on ne va pas loin, la prochaine pause est proche et on aura tout le temps pour se reposer et soigner si besoin.
Il n’y a presque plus de vignes, on retrouve du bocage et des vaches qui pâturent. Je dois modifier le tracé en cours de route car en ce premier mai, il y a une course cycliste pile sur la route que je dois emprunter. Honoré est maintenant bien habitué aux vélos, mais là ça roule vite et j’ai peur qu’il panique quand le peloton va passer. Surtout que sur cette portion de route, ça descend, ça va donc rouler très vite et s’il y a un accident, les conséquences peuvent être dramatiques. On fait donc un détour qui m’oblige à prendre une route appréciée des motards et des passionnés de Porsche. Sauf que malgré mes signes pour les faire ralentir, ils font vrombir leurs moteurs préparés, ce qui est très bruyant. Les vieux riches sont plus cons que les jeunes avec leurs mobylettes, eux au moins ils ralentissent.
Le détour retarde pas mal la recherche d’un bivouac. Je fini par me poser près d’une chapelle sur le chemin de Compostelle. Plusieurs personnes viennent bavarder, c’est agréable. Mais ma pause de quelques jours qui était prévue, vient de tomber à l’eau. Je devais arriver demain et ne peux pas être reçu avant jeudi. Impossible de prendre le risque d’aller la haut pour attendre, la mairie n’ouvre qu’à 17 heures. S’il n’y a pas de solution il sera trop tard pour changer de direction et il est hors de question de prendre le risque d’improviser au dernier moment et de tomber sur un coin avec des plantes toxiques. Je dois donc trouver une autre solution et justement, Claire et Julien m’avaient proposé de faire une halte chez eux. J’arrive demain mais pas de problème, on improvise. Grand merci à eux. Ils viennent d’acheter une maison dans la montagne, juste en dessous de la Planche des Belles Filles, arrivée désormais mythique du Tour de France cycliste.
Mais avant je dois trouver un bivouac et la mairie de Grosmagny me propose un terrain communal. Le personnel communal vient même m’ouvrir la salle des fêtes le temps que je fasse le plein d’eau. Il fait beau, la nuit confortable, la voisine m’offre le café et des fruits. Merci !
Et puis, c’est parti direction Auxelles-haut, mais le chemin pour s’y rendre de là où nous sommes est semé d’embûches. Passerelles, gués, ponts en bois, barrières… Honoré semble avoir compris que je ne ferais aucune concession et que je suis armé de carottes. En chemin je m’étais arrêté « au Petit Marché » à Etueffont, le gérant nous a offert des carottes et une bouteille de vin blanc à partager avec Claire et Julien. Bref aujourd’hui mon compagnon aux grandes oreilles a décidé de me montrer qu’il est à la hauteur, il passe presque sans marchander la grande passerelle en bois. Pour les petites métalliques en grillage, c’est non mais moi non plus je ne peux pas passer, trop étroites avec le sac à dos. Mais a côté de chacune, il y a moyen de passer à gué. À chaque fois il fait semblant de ne pas vouloir mais je pense que ça l’amuse. L’orage monte, il faut écourter la pause déjeuner.
Rapidement on arrive au gîte guidé par Julien au téléphone. Je suis au gîte « les Montagnôts » (Chez Claire et Julien) qui vont proposer plusieurs sevices prochainement :
- ouverture de 2 gites (celui que j’inaugure ouvrira officiellement dans le mois de juin)
- éco-pâturage avec leurs deux vaches highland (entretien des espaces verts de la commune de manière écologique par le pâturage)
- ferme de bio-diversité (animaux de la ferme + favorisation de la biodiversité : arbres, plantes, fleurs variés, mare, installation de ruches de biodiversité où le miel ne sera pas prélevé, etc…) qui sera dans le futur ouverte au public avec des animations : découverte, activités avec les animaux de la ferme… En plus, la vue est magnifique sur les Alpes Suisses et le territoire de Belfort (oui nous avons quitté l’Alsace, nous sommes en Franche Comté). L’orage laisse place à de majestueux arcs-en-ciel. Là-haut c’est repos total, juste le chant des oiseaux, le craquement des branches au passage d’un chevreuil qui aboie parfois et le clapotis de la petite cascade à côté de la maison.
- Un journaliste de France Bleue Belfort vient nous interviewer (même Honoré a dit son petit mot), l’Est Républicain aussi vient faire un bel article (https://www.estrepublicain.fr/environnement/2022/05/07/avec-son-ane-honore-il-fait-le-tour-de-france-pour-ramasser-les-dechets?utm_medium=Social). Encore un reportage qui génère des dons sur la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane
Merci à tous pour vos participations et le partage de la page Facebook. En attendant j’ai pu me reposer, Honoré a eu la compagnie de Tagada, un poney super gentil. Et moi j’ai été aux petits soins de la famille. J’ai même eu une part de gâteau d’anniversaire de Louise qui fêtait ses deux ans. Et la grande sœur Anne, n’était pas la dernière pour caresser Honoré qui n’attendait que ça. Après quatre jours de repos, il est temps de repartir. Le bobo d’Honoré a cicatrisé et nous n’avons qu’une petite cinquantaine de kilomètres à faire avant une nouvelle pause technique, pour changer la laine de la bricole, de l’avaloir et du licol. Les départs sont toujours particuliers. Je devrais pourtant y être habitué… Pourtant cette fois c’est différent, Claire est passée ce matin chercher Tagada et dire au revoir. Nous partons seuls, mais c’est toujours la même émotion. Le même rituel à vérifier mille fois si je n’ai rien oublié, profiter un dernier instant du canapé, du lavabo, de la vue magnifique. Rituel sans cesse répété comme pour repousser au maximum le départ. Ce n’est jamais agréable de dire au revoir à quelqu’un, ou même à un lieu où l’on se sent bien. Dans ces moments-là, je me demande si ma démarche à toujours un sens. Alors je relis vos commentaires et je sais que je dois continuer. Il reste tant de belles rencontres à faire et de beaux paysages à découvrir. Et puis je ne peux plus abandonner la « loi Honoré ». Alors en route ! Et bonne chance à Claire et Julien pour leur projet de vie et leurs gîtes.
Haut Rhin
En partant de chez Sonia et Jacques on se prend une belle averse orageuse qui nous oblige à nous réfugier sous un auvent. Heureusement l’averse ne dure pas longtemps et nous pouvons vite reprendre le chemin dans le vignoble alsacien. Le chemin que nous suivons est aussi celui de Compostelle. On navigue entre vignes et châteaux en passant par des petits villages pittoresques.
Après avoir passé la journée à monter et descendre et à subir quelques averses, on arrive à Ribeauvillé. Une magnifique petite ville touristique aux charmes alsaciens. J’avais appelé la mairie pour avoir un bivouac au cas où la météo ne s’arrange pas. La police municipale me dirige vers le camping, fermé à cette saison, mais les policiers m’avaient ouvert la porte pour avoir de l’eau. Touché par notre périple, un des deux agents est revenu dans la soirée m’offrir une bouteille de vin blanc local. La nuit fut ponctuée par de nombreuses averses, mais j’aime autant il pleuve tant qu’on ne marche pas.
Ce matin le soleil est de retour mais rapidement les nuages reviennent en alternance de nuages est d’éclaircies. Quelques gouttes viennent perturber la journée mais le paysage est tellement beau, surtout aux alentours de Riquewihr. Comme il pleut peut, je peux reprendre le ramassage des déchets et heureusement il y a de nombreuses bennes de tri sélectif par ici. Est-ce la proximité avec l’Allemagne ? Pourtant les Teutons n’affichent pas la même rigueur ici que chez eux. Ces villages typiques sont magnifiques et le tourisme est très important. Trop à mon goût, il y a beaucoup de monde et certains doivent penser que je fais une animation dans la commune et m’imposent d’être pris en photo avec leurs enfants… La pauvreté mentale du consommateur… Bref je m’en fout, je visite, enfin non je cherche juste une boulangerie. Il y a des restos, des vignerons, des marchandises pour touristes, mais la boulangerie est au bout d’une ruelle.
Je retourne dans les vignes et Honoré cherche à brouter. Mais comme les céréales de la Marne ou de l’Eure, les vignes reçoivent copieusement des produits qu’il ne vaut mieux pas manger. En ce moment ce sont les désherbants qui sont épandus. Alors je suis en conflit permanent avec mon compagnon qui me fait vivement savoir son mécontentement. Enfin j’arrive à Niedermorschwihr (je ne saurais pas le prononcer) où j’avais demandé à la mairie un endroit pour bivouaquer. La secrétaire de mairie se trouvant bredouille dans ses recherches, attendait le retour d’un élu pour me rappeler. Mais entre temps, je suis arrivé à la mairie. L’attroupement se fait rapidement et Élisabeth, qui est la sœur de la pâtissière juste en face, me propose son terrain. Élisabeth travaille avec sa sœur dans la boulangerie – pâtisserie familiale et m’avait vu passer devant l’échoppe. Le temps de poser le tablier, elle me rejoint dans les vignes où elle me fait visiter son petit paradis, un petit jardin avec des poules au milieu des vignes face à la vallée avec Colmar puis plus loin Fribourg et au fond, la forêt noire (non, pas celle au chocolat que j’adore). Plus tard, elle me ramène quelques victuailles que je ne finirai pas ce soir, j’aurais assez pour demain midi. Je passe une agréable nuit, tout est presque sec et je reprends mon chemin vers le sud.
Je repasse à la boulangerie prendre mon pain et je suis accueilli avec café et pain au chocolat. Merci Élisabeth. Si vous passez par là, je vous assure que les viennoiseries sont parmi les meilleures de la région (www.christineferber.com).
La journée est marquée par les dénivelés, parfois entre 15 et 20%. Ça pique un peu les mollets, il faut aussi recentrer le bât. Mais on arrive au château de Hohlandsbourg à 644 m. Et quand ça monte, ça redescend. Et c’est là qu’Honoré s’amuse. Il se prend pour un cabri et courre en faisant le pitre avec son air de branleur, celui où il « galope » la tête haute en regardant par dessus son épaule l’air de dire « je vais plus vite que toi, vieux bipède ». Regarde donc devant toi, jeune quadrupède, il y a un ravin et ça fait deux fois que tu glisse et une où c’est moi qui t’ai retenu parce que j’étais devant toi pendant que tu faisais le Kéké.
J’essaie de joindre la mairie de Gueberschwhir pour trouver un bivouac. Il y a bien un couvent dans la montagne mais j’arriverai tard et il faut encore remonter, je n’ai plus le courage. Finalement la secrétaire de mairie m’envoie chez Georges Scherb, conseiller municipal et viticulteur bio, qui m’accueille près de sa cave. Il m’offre une bonne douche et me prépare une assiette bien garnie. Merci beaucoup.
La journée commence tôt à la belle lumière de l’Est qui dessine la forêt noire. Georges revient vers moi avec quelques victuailles mais je ne peux pas tout accepter, trop lourd ou trop de volume pour nos sacs et sacoches déjà bien chargés. Je suis quand même touché par le geste généreux. La marche commence par une montée, longue et parfois raide. Je suis sur le chemin de Compostelle dont les signes sont encore discrets face aux nombreuses randonnées proposées par le Club Vosgien. Mais les gens d’ici connaissent et guident spontanément. Toutefois il existe plusieurs variantes, quelques unes plus physiques que les autres. Je choisis un mélange de difficultés et passe par un magnifique chemin de croix. Après la longue montée, la descente vers la ville, puis remontée vers un autre chemin de croix qui débouche sur une splendide clairière autour de la chapelle Sainte Marie. Il y a une source et la clairière semble habituellement squattée par les scouts locaux. L’endroit est en effet propice au bivouac mais il y est interdit sans autorisation et je peux marcher encore. L’endroit est agréable et les rencontres nombreuses, de quoi évoquer le ramassage des déchets et notre périple. Les paysages commencent à changer, les vignes se font plus rare, l’élevage et les céréales deviennent plus fréquents. Il est l’heure de repartir et se mettre à la recherche d’un bivouac pour ce soir. J’appelle la mairie de Guebwiller, tous les responsables sont en réunion, on me rappelera dans l’après-midi. Je profite que le téléphone est allumé (je suis en mode avion pour économiser la batterie) pour consulter mes messages. Sylvain, un anier chez qui je dois faire une pause vendredi, m’a laissé un message proposant un potentiel arrêt chez Christine et Maurice qui ont un centre équestre. Mais je n’ai pas de numéro. La mairie de Guebwiller me rappelle et me propose un terrain, mais il n’y a pas d’eau. Je décline et décide de pousser jusqu’à Jungholtz. Une adjointe de Guebwiller me rappelle et me propose justement d’aller chez Maurice, elle lui téléphone, ce sera là-bas le bivouac du jour. Arrivé au centre équestre, je consulte mes messages et j’en avais un de Pierre qui m’attendait justement dans le village le midi. Oups, désolé je n’avais pas vu le message, pensant que c’était un doublon de Sylvain. Il me rejoint donc chez Maurice et nous prenons l’apéro ensemble. Après une bonne douche nous dînons puis dodo, la journée a été longue et le dénivelé important.
Ce matin Pierre apporte les croissants et après le petit déjeuner je dois aller à la mairie pour une photo souvenir qui servira dans le bulletin municipal. Pierre m’accompagne et m’offre une gourde en cuir à l’effigie des ânes. Joli cadeau. La journée est courte, je suis attendu Aux âneries d’Uffholtz et je vais dormir chez Sylvain et Maryline. Nous sommes accueillis par Sylvain, le patron des lieux, accompagné de Shannon, Gilbert et André, venus à l’asinerie pour une séance de médiation que nous avons quelque peu perturbé. Honoré quand à lui, est accueilli par cinq congénères chez qui il se sent immédiatement comme chez lui. Pierre, éleveur d’ânes de Provence qu’il attelle, et que j’avais déjà rencontré la veille, nous rejoint. Mais nous devons interrompre ce moment agréable, je dois faire ressemeler les talons de mes chaussures, déjà usés. Avec le temps de séchage, il faut que ce soit fait ce soir. J’avais appelé pour expliquer la situation inhabituelle au cordonnier, mais il avait l’air pris de court. Bon, j’espère que le travail sera bien fait quand même.
Les ânes semblent avoir passé une bonne nuit, on va les mettre dans un pré plus garni puis les laissons jouer ensemble. Le midi Sylvain et Pierre ont la gentillesse de m’inviter dans un restaurant qu’ils tenaient à me faire découvrir et près duquel Sylvain y a deux ânes. La montagne est belle mais l’orage gronde. Les visiteurs qui devaient venir rencontrer Honoré l’après-midi, sont restés à l’abri. Les échanges étaient passionnants, comme toujours. Du coup l’après-midi s’est terminée plus tôt que prévu, laissant le temps d’aller voir les ânes de Pierre, bien installés dans la montagne.
Et ce matin, il est temps de repartir, mais avant, on va chercher Gilbert et André à l’Institut pour qu’ils disent au revoir à Honoré. Pierre et Éric, lui aussi membre de l’association et qui était passé la veille, étaient eux aussi présents pour nous saluer. Je ne suis jamais bien doué dans ce genre de situation, à la fois amicale et émouvante et je suis maladroit pour gérer le moment. Mais je suis très touché. Nous partons tous ensemble mais Sylvain, Gilbert et André m’accompagnent un bout de chemin. C’était une sacrée étape ! Encore merci à tous.
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Route des vins et Compostelle
Je suis bien accueilli à Barr chez Joëlle au cœur de son vignoble où elle propose le camping à la ferme. J’ai même droit à une dégustation de ses vins. Je file prendre une douche et me cache dans la tente, le vent s’est levé et malgré le beau temps, il est frais. La mairie proposait de m’offrir la nuitée, finalement Joëlle m’invite. Qui que ce soit qui m’invite, merci beaucoup, les Alsaciens sont vraiment accueillants et la courte pause fût très agréable.
Un adjoint vient boire un café avec moi avant mon départ, puis averti la mairie que je passe devant. J’y fais donc une halte et on fait une photo de groupe avec les élus et le personnel de mairie. Ce matin l’étape est courte, moins de 10 km, malgré un détour dans les vignes pour le point de vue. Je traverse le village de Mittelbergheim et ses maisons typiques, ses cigognes et ses nombreux viticulteurs. Je pique-nique en attendant Muriel qui sort du travail à 13 heures. À son arrivée, on charge nos affaires dans la voiture puis nous allons au pré présenter Honoré à ses ânes Pompon et Pépito, accompagnés de Muriel et son chien Ouzo. La prise de contact est cordiale et rapidement, Honoré trouve sa place.
Nous voici en pause chez Muriel et Pascal. Je profite de la pause pour aller voir l’ostéopathe, pour moi cette fois-ci. Les cervicales et le bassin avaient besoin… Merci Guillaume Quoix pour le soin cadeau, en effet il a tenu à participer à notre aventure en m’offrant la séance. Ensuite, un petit tour en ville pour déguster une bonne glace artisanale et prendre quelques photos, faire le touriste quoi. Bon ce matin je suis courbaturé de partout, mais c’est signe que son travail a été efficace.
Petite visite aux ânes, brossage d’Honoré puis petite balade direction Saint Pierre. Le maire, Denis Ruxer, et son adjointe Sandrine, organisent à l’Escco (Espace social culturel à ciel ouvert) du village, une conférence qu’Honoré et moi animons en exposant notre périple et surtout le projet de loi sur les emballages plastiques. Notre chemin prend de l’ampleur et je veux profiter de notre aventure pour faire voter une loi qui inciterait nos industriels à emballer les aliments transportables (goûter des enfants, barres énergétiques, sandwichs…) dans des emballages biodégradables et mettre en place des consignes pour les produits pour lesquels ce n’est pas possible (bouteilles d’eau, jus de fruits, sodas, bières…), comme le font nos voisins allemands. C’est ce que j’appelle, en toute modestie, la loi Honoré. J’espère un jour arriver à la faire passer…
Depuis que je suis en Alsace et sur le chemin de Compostelle, j’ai toujours oublié de faire temponner ma créanciale. Je voulais le faire à Strasbourg, puis chez Joëlle la vigneronne, puis à la mairie de Barr… J’en parle avec le maire Denis Ruxer, lors du pot de l’amitié qui a suivi notre exposé, et justement une employée de la mairie de Barr était présente. Elle demande au maire et me propose de mettre le tampon (appelé ici le stampfel) sur mon passeport de pèlerin. Je suis sincèrement touché qu’elle ouvre la mairie juste pour moi. Quel accueil de la part des Alsaciens ! Et quel enthousiasme à soutenir notre aventure, je suis touché de voir le monde se déplacer à la conférence, la générosité des habitants et élus… vraiment mon passage ici me laissera de très bons souvenirs, je tiens sincèrement à remercier les Alsaciens.
Ce matin, encore un article dans les DNA, déjà les gens d’ici ont partagé le lien.
Et il est temps de reprendre la route malgré le temps pluvieux. Comme d’habitude, le départ est toujours un moment particulier, autant pour les humains que pour les quadrupèdes. Finalement très sobres à cause du temps, peut être aussi par pudeur, les au revoir sont assez rapides. Probablement trop rapide pour Ouzo, le berger australien, qui échappe à la vigilance de Muriel pour venir nous saluer au bout du chemin. C’est fou le comportement des animaux !
La route est agréable, malgré les averses, les villages traversés magnifiques, colorés et l’architecture remarquable, typique de l’Alsace avec ses colombages. Quelques vestiges du passé persistent à afficher une période médiévale probablement riche, vu les châteaux qui dominent encore les vallées verdoyantes. Entre châteaux, chapelles et vignes, je rejoins Scherwiller pour rencontrer Sonia et Jacques, amis de Muriel qui m’envoie chez eux. Jacques vient me rejoindre sur le chemin et me fait découvrir son village. Sonia a mis les petits plats dans les grands pour nous recevoir, Honoré et moi. La soirée avec Sonia, Jacques et leur fils Maël est très agréable, l’accueil toujours parfait, le repas également. Sonia semble même déçue que je ne reste pas quelques jours. Mais je dois avancer. Elle a préparé un délicieux Kouglof pour le petit déjeuner et au moment de partir, elle me glisse un sandwich. Merci infiniment pour cet accueil chaleureux.
Par ailleurs, en février, lors de ma pause chez Ânes Victoires, je vous avais parlé d’une interview pour un grand magazine nationale. Et bien l’article de Arnaud Beinat, journaliste et photographe de 30 million d’amis, sort dans le magazine du mois de mai. J’ai eu la chance de pouvoir le lire, il est vraiment superbe et me rappelle le séjour chez Ânes Victoires avec beaucoup d’émotions. Je vous le recommande !
Alsace
J’approche de Strasbourg, toujours en suivant le canal. Les péniches sont nombreuses, je passe devant des champs d’asperges, c’est le début de la saison des récoltes. Les colzas sont en fleurs, au loin à l’Est on distingue les montagnes allemandes. Nous sommes au nord de Strasbourg, dans la zone commerciale Nord il y a la grande roue, une des plus grandes d’Europe. Et ce soir je bivouac dans le pré de François, ancien jokey, qui m’invite à manger une flammekueche maison. Enfin, quatre flammekueches maison, qu’on partage avec son amie Carole qui a beaucoup voyagé en Australie, Italie, France… François est un ami de famille de Céline d’où je suis parti ce matin. Au petits soins pour nous, Céline avait tout fait pour nous faciliter le séjour et la suite de notre périple en Alsace. Merci encore Céline et Nico.
Ça y est, c’est le grand jour, il faut traverser Strasbourg. Ça commence le long du canal où les cyclistes du dimanche ne veulent pas partager le chemin de Compostelle aménagé en piste cyclable. Certains, installés sur leur vélo de contre la montre, veulent exploser leur record. Sauf que le chemin doit être partagé et est limitée à 15 km/h. J’arrive au parlement européen où je fais la pause pique-nique. Une dame me propose sont jardin mais trop loin de mon itinéraire. Je reste dans le parc derrière le parlement. Honoré est l’attraction du parking tout proche et les touristes sont nombreux en ce beau jour de Pâques. Même les résidents des immenses immeubles autour descendent caresser Honoré. Enfin sauf une vieille qui gueule de son balcon qu’on n’a rien à faire ici. Ce qui faire rire ses voisins et les touristes en bas de l’immeuble. Cela a pour effet de vexer la dame qui va chercher son appareil photo et me mitraille copieusement. Bref, je fais ma pause.
Je prends maintenant la direction de cathédrale où je dois retrouver mon ami Marcel Loeffler, célèbre accordéoniste de jazz manouche qui réside à Strasbourg. En route, une dame qui n’avais pas vu Honoré, se heurte à une sacoche en se retournant et tombe. Honoré effrayé par la chute, me bouscule. Je comprends tout de suite que quelque chose n’est pas normal et me retourne. Je propose mon aide à la dame pour la relever et vérifier que tout va bien. Elle se relève seule et m’assure qu’elle n’est pas blessée. Mais c’était sans compter sur des personnes bienveillantes et procédurières, qui me prennent en photos, prêtes à alerter la police pour venir contrôler si j’ai une autorisation de traverser la ville, ce qui n’existe pas au passage ! Un type s’approche de moi en me disant que la dame est très gravement blessée, alors qu’il ne l’a même pas regardée, il n’a même pas vu qu’elle est debout derrière lui. Une pouffe essaie de m’empêcher de partir en me bousculant. Décidément, quand on arrive en milieu urbain, la détresse mentale de l’humain n’a aucune limite. Malheureusement, c’est à cause de ces comportements abjects, qu’on arrive aux résultats des élections du week-end dernier.
Heureusement en arrivant à la cathédrale je rencontre des gens plutôt agréables, bien qu’un peu envahissant à l’égard d’Honoré. Mais ça, je m’y attendais, forcément quand on marche en ville avec un âne on attire les regards. Comme prévu je retrouve Marcel qui m’accompagne un bon bout de chemin avec son amie Michèle. Ça m’a fait super plaisir de passer ce moment avec lui. Mais nos chemins doivent se séparer et je dois trouver un bivouac. Épuisé par la journée c’est finalement dans un centre équestre que je passe la nuit. Je suis super bien reçu, Honoré a même droit à du bon foin. Nous partons de bonne heure, mais quand même après un café avec Jean-Luc, le patron du centre équestre. Il y a un concours de sauts d’obstacles et les premiers cavaliers ne vont pas tarder. Je sais que les ânes font parfois peur aux chevaux, j’imagine qu’un jour de concours n’est pas idéal pour stresser les équidés.
Il fait beau, pas trop chaud, le paysage est magnifique le long du canal de la Bruche. Mais toujours autant de cyclistes en mal de vitesse. J’aperçois les premières vignes d’Alsace. En arrivant sur Avolsheim, j’ai le canal en premier plan, les vignes en second et les Vosges au fond. Puis j’arrive à l’Église Saint Pierre le long du chemin de Compostelle. Il y a de l’eau, des tables et beaucoup d’herbe. Il y a tout pour bivouaquer. Mais il est encore tôt et il y a du monde. J’attends le temps qu’il faut et installe le campement. Je n’ai pas pu ramasser de déchets hier en ville et aujourd’hui le long du canal, le chemin était trop étroit et les cyclistes trop rapides. Mais cet après-midi, j’ai beaucoup discuté avec les nombreux promeneurs et camping-caristes. Et on a même vu un dromadaire ! Même que le pauvre vivait avec un âne décédé la semaine dernière et il a cru qu’Honoré était son copain. Triste pour lui, mais drôle de rencontre, surtout en Alsace.
Je prends mon temps ce matin, le temps que la tente sèche. Je traverse Molsheim et prend mon pain pour les jours qui viennent. À la sortie, il y avait encore une passerelle, en béton mais étroite. Après négociations, Honoré finit par passer. Je dois trouver un coin pour pique-niquer, Marcel doit me rejoindre avec Michèle. Je m’arrête assez tôt et profite de la pause pour lire le livre de Xavier, « Mon port est une île » qui est agréable à lire et très instructif. Marcel et Michèle arrivent, on déjeune, ils ont même pensé à m’apporter une bière bien fraîche. Merci pour le repas, Honoré a bien fait le coquin le temps qu’on mangeait… Je me remets en marche, on arrive dans les vignes et les premières pentes. J’avais téléphoné à la mairie de Boersch pour un bivouac, Joël l’adjoint m’a rappelé et donné le téléphone de Pierrette que je rappelle dès que je sais quand j’arrive. Elle m’accueille dans le pré derrière la maison, m’invite à prendre une douche et à dîner. Joël nous rejoint à l’apéro, puis madame le maire. Les discussions autour des déchets sont riches et chacun apporte son idée. C’est constructif et enrichissant. Chouette soirée. Puis vient le dîner, et là quelle chance, André le mari de Pierrette est breton et le couple a ouvert une des premières crêperies de Strasbourg. Ce soir j’ai la chance de manger des vraies galettes bretonnes, délicieuses. Merci pour le repas et la soirée.
Aujourd’hui la journée était superbe mais physique, avec l’ascension du Mont Sainte Odile. Une belle grimpette de 7 kilomètres qui se termine par des escaliers qu’Honoré franchi sans sourciller. Arrivé en haut, le parking est bien occupé et les touristes allemands surtout mais aussi espagnols, viennent caresser Honoré et lui donner à manger, évidemment sans me demander mon avis. Je dois intervenir plusieurs fois, mais ils laissent leurs mômes courir autour. Heureusement qu’il est sage, j’ai prévenu du risque de coup de pied, débrouillez vous avec vos mômes. Le point de vue est superbe mais je n’ai pas accès aux abords du prieuré, interdit aux animaux. Dommage, les plus beaux paysages sont visibles par là. Il est temps de redescendre, je marche derrière un couple d’Alsaciens mais qui me disent aller dans la même direction que moi. Vu l’équipement, je vois que ce sont des randonneurs avertis et les suits aveuglément. Mais il semble qu’on s’est mal compris, quand je regarde la carte, je suis à l’opposé du chemin que j’avais dessiné. Bon, pas grave, je peux rattraper plus loin. Mais le chemin est moins large, à flanc de montagne et la pente vertigineuse. Il y a des pierres, Honoré glisse. Je le retiens par la longe mais je me rends bien compte que s’il glisse, je ne pourrais pas le retenir sans chuter avec lui. Demi-tour ! Enfin, dès que le chemin le permet. Le détour me rallonge et il n’y a pas de réseau. Heureusement j’avais appelé la mairie pour le bivouac du soir. L’adjoint au maire m’a trouvé un camping à la ferme chez Joëlle Bachert, vigneronne à Barr. Je vous parle de la suite dans le prochain post, avec la pause chez Muriel et une intervention auprès des habitants à Saint Pierre.