Ânes Victoires

Honoré et moi faisons donc une pause chez Ânes Victoires, de la chaîne Youtube du même nom. Les deux frangines sont super accueillantes comme leurs parents, frangin, copains… Bref des gens adorables. Merci pour cet accueil chaleureux. Et merci a Marie-Anne pour les soins au genou qui va très vite de mieux en mieux. Anne et Victoire sont aussi souriantes et dynamiques que sur leurs vidéos et leur générosité n’a d’égal que leur sourire permanent. Les journées sont rythmées par les animaux qui apportent en retour leur tendresse et leurs mimiques attestant de leur bien-être.
J’ai rendez-vous avec un journaliste d’un grand magazine et en lui indiquant l’adresse et chez qui je suis, sa curiosité l’amène à chercher qui est derrière la chaîne Ânes Victoires et propose de faire un reportage sur elles aussi. Whaou je suis super content pour elles et leur association qui seront mis à l’honneur ! Ce sera donc une journée chargée, photos et interviews. Mais le photographe journaliste sait mettre à l’aise et c’est avec beaucoup d’humanité qu’il oriente ses questions et compose ses photos. J’ai hâte de voir et lire le résultat de cette magnifique journée, encore une fois caractérisée par des synchronicités incroyables. Lors de la séance photo, on croise une famille qui se promène avec un sac et ramasse les déchets sur le chemin. Décidément, on n’est pas là pour rien. La journée se termine, tout le monde est ravi mais épuisé.
Il va être temps de penser au départ mais la météo montre que la pause n’est pas assez longue. Une tempête dans le nord de la France apporte du vent et de la pluie et pour les quelques jours qui viennent, le temps est trop instable pour reprendre la route. Soit, Honoré est en bonne compagnie et à l’abri, je suis accueilli comme un prince alors aucune objection à faire durer ce plaisir. D’autant que samedi c’est la première assemblée générale de l’association Ânes Victoires, je suis trop fier de pouvoir y assister.
Alors qu’Anne et Victoire offrent le pot de l’amitié au pré au milieu des ânes après l’AG, je reçois un message de France 3 Picardie qui me demande s’ils peuvent venir faire un reportage le lendemain, le dimanche. J’accepte avec plaisir j’espère bien pouvoir en profiter pour remercier les filles de leur superbe accueil. Je transmets au journaliste mon numéro de téléphone, il me rappelle dans la foulée, le rendez-vous est fixé au lendemain matin.
Tout est allé très vite, la journaliste et sa caméraman ont vite compris l’ambiance qui caractérisait la fine équipe. Nous sommes au journal de France 3 Picardie le soir même. C’est chez les parents d’Anne et Victoire que nous regardons le reportage, en famille. Un très joli reportage bref mais complet, qui nous a beaucoup touché. Nous prolongeons la soirée, agréable comme toujours, merci à toute la famille.
La météo ne veut toujours pas que nous partions, tant mieux, après cette semaine folle, une petite sieste fait un bien fou. Ça nous laisse le temps de contacter Stéphane qui lui aussi a fait le tour de France avec son âne Marius. Stéphane avait également fait une pause chez Ânes Victoires. Aujourd’hui sédentaire en mal de chemin, il est journaliste pour la web-radio Allô la planète, dans laquelle il m’avait invité en janvier dernier. Je vais faire quelques courses d’appoint avec Victoire pendant qu’Anne commence le montage du weekly vlog. On se prend de quoi faire notre dernier apéro ensemble, il faut profiter de ces deniers instants au maximum. Nous sommes émus tous les trois mais nous profitons à fond des dernières rigolades et les projets pour se retrouver plus tard se dessinent.
L’heure du départ arrive. Le temps est brumeux, comme nos yeux. C’est vraiment difficile de quitter un endroit où on se sent aussi bien avec des gens aussi adorables qu’Anne, Victoire, Damien et toute la famille. Je sais que ce n’est qu’un au revoir, cette semaine est née une grande amitié. Merci la vie pour ces rencontres magiques. Merci les filles pour votre accueil, vos conseils et d’avoir permis à Honoré de passer ces passerelles. Merci !

Oise

Il est temps de vous parler de ma pause. Je suis Aux Marais, charmante bourgade à l’Ouest de Beauvais, qui accueille chaque année une grande fête de l’âne (https://www.auxmaraisfetelaneetlestraditions.fr/) et ce soir c’est moi qui suis à la fête. J’ai reçu un accueil hyper chaleureux, les organisateurs sont venus m’accueillir avec champagne et gâteaux apéro, canapés. Le grand luxe. Et que des gens charmants, une soirée hyper agréable. Je profite de la journée pluvieuse pour aller visiter Beauvais et laisser mon compagnon aux grandes oreilles dans la cour de la mairie. Les enfants du centre aéré sont venus le caresser, il était tout content. Je fais à mon tour une journée de repos puis on reprend la route.
Il y a beaucoup de vent sur les plateaux, comme d’habitude. Beaucoup de déchets aux alentours des grandes villes, comme d’habitude. D’ailleurs je ne ramasse pas tellement il y en a, ce sont des camions entiers qui sont vidés au bord des chemins. Et on peut trouver de tout, du soutien gorge aux plaquettes de méthamphétamines. Bref je n’y touche pas. Le soir je galère un peu à trouver un bivouac, finalement je croise une voisine d’un adjoint qui me donne son numéro. La femme de ce dernier appel la maire du village qui me propose deux adresses. Je m’y rends mais aucune réponse. Je fais donc demi-tour rappelle l’épouse de l’adjoint pour demander qu’on m’ouvre la cour de la mairie mais elle me propose une l’ultime solution dans une ferme toute proche. Guillaume me propose spontanément de m’installer à côté de sa stabulation et sa maman m’offre une terrine de sanglier maison. Le lendemain matin, Guillaume m’offre un bon café bien chaud et la conversation s’étend un petit peu, c’est agréable. Aujourd’hui encore c’est le vent qui domine et les sols toujours humides et sont difficiles à pratiquer. C’est dimanche il est compliqué de trouver un bivouac. Je sonne, quand il y a des sonnettes, mais bien souvent personne ne répond. Pourtant les voitures sont dans la cour et les gens derrière les rideaux. On approche de la région parisienne et on sent bien que les habitants ne sont pas très ouverts aux étrangers. Je fini par m’installer sur un terrain vague et très rapidement Marie-Jeanne, alertée par son chien, viens me demander ce que je fais là. Je lui explique que je n’ai trouvé personne capable de m’informer d’un terrain communal ou du nom d’un élu. Elle appelle donc sa voisine, justement conseillère municipale. Monique et Pierre viennent donc eux aussi à ma rencontre et rapidement ils se rendent compte que je ne suis pas un voyou, ils me proposent de dîner avec eux. Le campement était déjà monté mais dans la friche. Marie-Jeanne me propose finalement son terrain et tout le monde participe au déménagement. Merci de cet accueil qui me réconforte avec la banlieue parisienne.
Aujourd’hui je pousse un peu Honoré. Il tique un peu mais finalement joue le jeu. C’est que la météo annoncée n’est pas terrible et je voudrais arriver le plus près possible de Chantilly. Parce qu’on y a rendez-vous, certains l’ont deviné, avec Ânes Victoires de la chaîne Youtube https://youtube.com/c/%C3%82nesVictoires Évidemment, je vous ferais un retour de notre séjour chez les filles. Mais en attendant, pour ce soir, je ne prend pas de risque avec la pluie et appelle la mairi de St Leu. La secrétaire de mairie appelle le gérant de la base de loisirs qui propose de nous accueillir si Honoré est vacciné. Lui, oui ! Alors ça marche. Demain c’est le grand jour, la rencontre avec Ânes Victoires. Il n’y a pas beaucoup d’herbe, le gérant donne du granulé, mais Honoré ne connais pas ce truc… Bref il se sustente comme il peut.
Le matin on m’apporte un café, on papote un peu, mais moi je suis impatient de partir. Tellement impatient que je manque de vigilance et arrivé près du pont qui traverse l’Oise, une mobylette effraye Honoré. Je tente de sécuriser mais le gamin accélère, une voiture, encore plus pressé, me double et m’accroche, c’est la chute. Je me relève aussi vite que possible pour rassurer Honoré déjà arrêté, j’ai mal partout mais surtout à un genou. Je boite mais il faut avancer et passer ce pont. Le chemin que j’avais prévu est barré, je dois trouver un plan B, mais pas au milieu de cette circulation. J’appelle Anne qui devait venir nous rejoindre qu’on ne sera pas sur le parcours prévu. Pendant ce temps Véro m’appelle pour me dire que Titus (le copain de prairie d’Honoré à la maison) ne va pas bien. Quelle journée de merde. Mais je positive, Honoré est sage ça me soulage. Et enfin, dans la forêt, j’aperçois au loin Anne et Pépita qui viennent nous accueillir. C’est vraiment génial qu’elles viennent nous accueillir, je suis touché. De suivre sa chaîne Youtube, j’ai l’impression qu’on se connait depuis toujours. La positivité permanente d’Anne et Victoire est contagieuse, et ça tombe bien, aujourd’hui j’ai besoin de ça. Je suis même invité à dîner chez leurs parents, aussi agréables et accueillants que les filles. Merci pour cette bienveillance 😊
PS : je publie toujours avec quelques jours de retard sur le trajet réel, ne soyez pas surpris d’avoir déjà entendu parler de nous sur les réseaux sociaux à Chantilly 😉

Cherche pause

Ce matin je prends mon café chez Christine et Bruno avant de reprendre la route sur des petits chemins toujours boueux, mais vallonnés. Et je reçois un appel d’Isabelle, éleveuse de chèvres, celle qui m’a formé au métier, et qui m’annonce vouloir faire bouger les choses faces aux injustices de notre société, les divisions qui nous opposent, les restrictions qu’on nous impose. À tel point qu’elle s’engage dans la course présidentielle. Allez voir sa chaîne Youtube (https://youtu.be/8XbHNWyBSPg). Bref, dans la discussion je n’ai pas regardé la carte et fais un détour. Je rattrape mon chemin et me souviens que Bruno m’a suggéré de prendre mon pain à Beauvoir-en-Lyons car le prochain commerce sera loin. Mais il est 15 heures et la boulangerie rouvre à 15h30. Qu’à cela ne tienne, j’attrape le cantonnier au passage, lui indique que je cherche à joindre le maire pour un bivouac. Il va le chercher mais entre temps, une dame (j’ai oublié de lui demander son nom) s’arrête et me propose un hébergement. Son mari Bruno, fan des ânes, me conduit dans sa ferme à quelques centaines de mètres de là. Il y a des anesses et une jument, mais Honoré restera dans un parc à part, il a peur de la jument. Moi j’ai une petite maison avec la cheminée, de l’eau chaude, une chambre… Le confort total. Et en plus on m’offre un Neuchâtel, fromage local et des endives au jambon pour le repas du soir. Je profite du repos pour recharger le téléphone, faire ma lessive et consulter la météo. Dimanche il va pleuvoir 6 mm et le vent soufflera à 85 km/h. Il faut que je trouve un abri. Je calcule où je serais et contacte le maire qui me rappelle et me propose l’ancien presbytère. Toutefois j’hésite à rester où je suis. Je suis à l’abri, en sécurité, Honoré aussi… Mais je dois passer à Songeons récupérer ma boucle de ceinture commandée chez Déco cuir et je dois aller dans un petit village qui organise un festival autour des ânes et qui se trouve près de Beauvais. J’en reparlerai plus tard. Malgré que j’ai grand besoin d’une bonne pause, je dois prendre la route, tant pi pour ce joli coin.
Aujourd’hui est une journée particulière, on quitte la Normandie, on entre en Picardie. Pas de changement radical au niveau climat, la Normandie nous dit au revoir avec quelques gouttes et du vent. Ce soir ce sera bivouac près d’une salle des fêtes. Au matin le maire et son épouse m’apportent le café et des madeleines. J’adore ce voyage et ces rencontres incroyables. Il a bien gelé cette nuit, il y a du verglas sur la route, Honoré n’a pas l’habitude, c’est amusant. Je vais au plus court pour Songeons, quitte à faire de la route. J’appelle le maire pour prévenir de mon arrivée, il me donne rendez-vous devant le magasin Gamm Vert où je suis rejoint par son adjoint Didier. Finalement au vu de mon parcours, au lieu de me conduire au presbytère, il appelle Thérèse et Michel à qui il demande s’ils veulent bien m’héberger sur leur terrain. Ils acceptent immédiatement et nous nous mettons en route pour rejoindre leur maison. L’adjoint avait raison, ces gens sont charmants et nous avons beaucoup à échanger, et en plus il y a un grand terrain avec une cabane pour Honoré. Jean-Claude, le maire, vient nous rejoindre et me souhaiter la bienvenue sur sa commune. Quel accueil ! Ça commence bien la Picardie. L’après-midi le couple me conduit dans le bourg afin que je puisse faire mes courses complémentaires. La pluie peut tomber et le vent souffler, nous sommes à l’abri et en sécurité. À cause de réorganisation des services de La Poste, celle-ci est fermée et mon colis qui devait arriver jeudi n’est toujours pas là. Je dois attendre mardi. En attendant, Thérèse et Michel m’ont prêté un livre qu’ils ont rédigé pendant le confinement. Le couple y relate de nombreuses anecdotes sur leur jeunesse, leurs parcours d’étudiants, de service militaire pour Michel, leur rencontre aux rendez-vous des jeunesses catholiques agricoles, leurs parcours professionnels et quelques histoires de familles. « Avec cette pandémie, nous avions peur de ne pas pouvoir raconter tout ce que nous n’avons pas pris le temps d’évoquer avec nos enfants. Alors nous l’avons rassemblé dans ce livre qu’ils nous ont aidé à éditer » souligne Thérèse émue. C’est un joli souvenir que le couple laisse à sa famille et je suis touché qu’il me l’ai partagé.
Le vent a bien soufflé et il a bien plu, mais nous étions à l’abri. La poste est enfin ouverte et ma boucle de ceinture récupérée. En route pour ma prochaine pause.
Les chemins sont toujours glissants d’humidité, les dénivelés timides, mais présents. Il y a d’énormes ornières causées par les quads et motos qui arpentent ces chemins. À tel point que plus bas, le maire a fait poser des barrières pour les empêcher de passer. Sauf que les ânes non plus ne passent pas, même débâté. D’ailleurs même moi avec mon sac à dos et le tapis de sol, je ne passe pas. Détour par la route et finalement c’est peut-être pas plus mal. Petite étape à cause des hernies discales, je m’arrête à Lhéraule, profitant que la mairie est ouverte (sans les barrières, je ne serais pas passé par là). C’est tellement rare en campagne ! La secrétaire de mairie appelle un adjoint qui propose le lavoir, mais j’étais attendu à la sortie par les riverains qui ont entendu Honoré s’impatienter le temps que j’étais dans la mairie. Finalement ils me proposent leur terrain avec beaucoup d’herbe et clôturé. Je prends ! Je profite du bivouac précoce pour regarder la carte. Ça n’a pas de sens de remonter vers Amiens, tant pi pour la cathédrale, je n’ai pas trouvé d’hébergement proche ni woofing, je couperais sûrement par Chantilly pour rattraper mon itinéraire initial. Tiens Chantilly, ça me fait penser à quelqu’un, enfin quelques unes plutôt… Je les contacte, si c’est possible, je passerais chez elles. Mais de qui est-ce que je peux bien parler ? Surprise !

Seine-Maritime

Honoré n’est pas passé inaperçu en traversant Louviers. Déjà devant le Carrefour Market il avait créé un attroupement mais en plus c’était jour de marché et nous voulions passer à la poissonnerie des Halles faire un coucou à notre hôte de la veille. La traversée de la ville se déroule plutôt bien, il faut dire qu’Honoré a l’habitude et qu’il se comporte comme un grand. La sortie de la ville se fait par une belle côte, on avait perdu l’habitude. Ensuite c’est de la forêt plutôt calme et agréable. Nous croisons des chasseurs qui, dès qu’ils nous ont aperçu, ont rappelé les chiens et tenus pour nous laisser passer. Tous nous on dit bonjour et souhaité une bonne journée, je les ai remercié et à mon tour souhaité une bonne après-midi. Je ne veux pas ici démarrer un débat pour ou contre la chasse, mais juste souligner qu’ils ont été franchement agréables, contrairement à certains sportifs que j’ai croisé qui nous ont gentiment ignoré. Je ne suis pas un grand fan de chasse mais pour autant, je dois reconnaître que je n’ai rien à leur reprocher. Nous terminons la traversée de cette jolie forêt à la recherche d’un bivouac. À un carrefour une voiture m’interpelle me signalant la présence de chasseurs dans le bois suivant et donc un potentiel danger. Je le rassure en lui disant que je cherche plutôt un bivouac et ne compte pas rentrer dans le bois. « Alors suivez moi » s’exclame Ludo me proposant un terrain derrière chez lui où il met ses chevaux. Sa fille Garance vient nous rejoindre et m’apporte de l’eau potable, Honoré a un pré où il peut gambader. Plus tard, ce passionné d’animaux, pilote qui vole avec ses oies, m’apporte quelques fruits et le lendemain matin le petit déjeuner.
Le soleil est de retour, ça fait du bien. La journée s’annonce belle, et je suis plutôt content car aujourd’hui on traverse la Seine par le pont de Pont-de-l’Arche. Tout se passe bien, mis à part une trottinette électrique bruyante qui nous double sur le pont mais Honoré gère bien. Ouf ! C’est après que ça se gâte. Une colline à franchir avec une pente très sévère. Je montais à quatre pattes et, erreur de débutant, je n’avais pas, comme je le fais pourtant habituellement, attaché la longe au bât. Le sol glissant (c’est humide la Normandie) et pentu, je glisse mais arrive à me maintenir. Honoré prend peur et tire… Dégringolade façon toboggan, Honoré fait demi-tour, il m’attendra en bas. Bref je suis couvert de boue, mal partout, ça m’apprendra. Détour obligé par les bords de Seine, y’a pire, mais ça va faire des bornes 26 au total de la journée.
Et ce soir nous sommes attendus. Escortés même, puisque Élodie et Antoine viennent nous rejoindre avec leurs ânes. Quelle gentille attention ! Honoré est aussi tout content, mais vu qu’il est le plus âgé, il se la pète et passe devant. Bon pas grave c’est quand même super de marcher tous ensemble. Ce soir il a de la compagnie, moi aussi, une bonne douche chaude et une délicieuse tartiflette. Le bonheur total. Élodie est une jeune médecin généraliste, Antoine est maraîcher. L’accueil est extra et ça fait un bien fou après cette longue journée. Le jeune couple attend un heureux événement, je leur souhaite tout le bonheur possible.
Ce matin, c’est le vent qui anime le départ. Et les petites routes pour rejoindre les chemins sont situées sur les plateaux de Seine Maritime. Donc le vent est dominant et souffle à 60km/h, parfois plus car j’ai du mal à tenir debout. C’est fatiguant et les chemins, mieux abrités, ne sont finalement pas plus faciles à marcher car imbibés et donc boueux. La boue plus le vent, plus Honoré qui a peur des lanières du sac a dos qui claquent au vent, donc il tire… Bref, c’est très difficile de marcher droit. Obligé de compenser, le dos en prend un sérieux coup. Les jambes, les cuisses et les bras aussi. D’ailleurs je suis courbaturé de partout. Je décide donc de m’arrêter à Martainville-Épreville où je suis accueilli par le maire qui me fait faire une place sous abri pour monter la tente, me fait tirer une rallonge pour le téléphone, j’ai de l’eau et un U Market à côté pour les courses, le château Renaissance derrière… Et de l’herbe et de l’eau à volonté pour Honoré. Bivouac de luxe et repos cette après-midi. Le soir le château est illuminé, dommage que les photos ne soient pas à la hauteur de la vue.
Tôt le matin, la pluie prend la place du vent, je prends mon temps. Honoré est trempé, je le sèche autant que possible avec l’étrille et je vois qu’il baisse les fesses quand je frotte ses reins. Il a du se faire mal en se roulant ou en faisant le fou… je dois surveiller ça. On quitte les plateaux pour de petits dénivelés, ça fait du bien. Je dois aller à la Poste de Ry chercher un colis, mais il est 11h30 et elle ferme à 11 heures. Je demande donc un bivouac car elle ne rouvre qu’à 16h30, il sera alors trop tard. Le cantonnier me conduit au terrain de jeux, ça sera parfait. Étape courte d’à peine 5 km qui fera du bien aux organismes. Finalement le cantonnier revient vers moi avec le colis attendu. C’est vraiment sympa de sa part d’avoir fait le détour alors que l’agence postale est fermée. L’endroit est reposant malgré qu’il soit à côté de l’école, la tente est montée et tout le matériel rangé à l’intérieur. Soit, je reste ici ça nous fera une pause. Dans l’après-midi je vais faire un petit tour dans le bourg avec Honoré pour aller chercher de l’eau et des carottes et ce sera tout pour aujourd’hui. Demain matin j’ai rendez-vous avec la presse locale, ça faisait longtemps.
Avant le départ, je reçois Isabelle, journaliste au Bulletin. Comme souvent je serais probablement loin quand son article va être publié mais elle m’enverra le lien web. Ha j’allais oublier, Ry est la ville décrite par Flaubert dans son œuvre Madame Bovary. Un peu de culture au passage, ça fait du bien. La journée se déroule tranquillement, le paysage a changé radicalement, ici c’est joliment vallonné et même si le soleil ne se pointe pas, ça fait du bien de voir ces collines. Je commence à chercher un potentiel bivouac sur la carte et un vieux 4×4 arrive sur le chemin, c’est Christine et Bruno (non pas ceux qui m’ont hébergé la semaine dernière) qui me proposent de les rejoindre chez eux pour un café le temps de trouver une solution. Finalement c’est la voisine qui me propose un terrain clos. Parfait pour Honoré, et moi pendant ce temps je vais prendre ma douche chez Christine et Bruno.

Eure

Je n’ai pas hâte de partir de chez Bruno, d’abord parce qu’on y est bien, on mange bien, Christine et Bruno sont adorables, Honoré est avec deux gentilles copines qui lui laissent l’abri et le foin. Mais aussi parce que ce matin il a gelé à -2,5° et que le thermomètre ne remonte pas. Bruno nous accompagne avec son chien adorable, Honoré est plutôt sage au départ puis recommence à tirer brutalement. Il tire si fort que la seconde fois, je tombe. La douleur est violente mais je dois me relever. Dans la journée je dois passer à Brionne, il y a un véto, j’irai le voir, ce n’est pas normal qu’il tire comme ça. Le brouillard givrant ne se lève pas, dommage, le paysage doit être joli par ici. Mais difficile de trouver un site pour déjeuner. Finalement, c’est dans la forêt que nous faisons la pause et que Bruno prend le chemin du retour. J’espère avoir l’occasion de le revoir un jour.
Nous, on va voir le véto. J’y suis agréablement accueilli et la docteur ausculte soigneusement Honoré, qui semble apprécier. Il a même droit à une séance d’ostéopathie. La visite est offerte par le cabinet, touché par notre démarche écologique. Il aura droit à son vermifuge et une carotte. On reprend la route, j’ai réussi à me réchauffer au cabinet et le brouillard épaissi, il faut trouver rapidement un bivouac. Des clients du véto me proposent d’aller chez eux, mais trop loin et dans la direction opposée. Je trouve sur les hauteurs de la ville dans le jardin d’une famille nombreuse. Je suis accueilli par Jessica, la maman et les enfants viennent nous voir : Gwendoline la plus grande, Maïlys, Lou et Nyno. Noan et le papa Grégory arrivent un peu plus tard. On respecte les gestes barrières, Jessica a contracté le COVID et Maïlys est positive. Au départ j’ai un bon café bien chaud et Honoré se voit donner des carottes par les enfants. C’est un jeu pour les enfants et Honoré adore ce jeu.
Il fait moins froid aujourd’hui mais les doigts sont toujours engourdis, autant aux mains qu’aux pieds. D’ailleurs les engelures sont revenus, ce qui complique la marche. Heureusement aujourd’hui Honoré est bien plus sage. Nous passerons la majeure partie de la journée sur la voie verte. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas marché sur ce genre de chemin calme. On a dû croiser deux joggers dans toute la journée, après être passé sous un viaduc sur lequel circule l’A28. Le viaduc était d’ailleurs très impressionnant par sa hauteur et sa longueur et en-dessous raisonnent les roues des camions passant sur les joints de dilatation. Concernant les déchets, comme sur toutes les voies vertes j’en trouve peu et se sont à 70 % des déchets accidentels. Heureusement car aujourd’hui je ne suis pas très motivé à les ramasser à cause des doigts trop engourdis pour utiliser la pince. Les douleurs causée par les engelures sont vite insupportables et donc je décide d’écourter la journée de marche et chercher un bivouac. Ce sera derrière la salle des fêtes de Villez-sur-le-Neubourg. Je suis accueilli par Chantal, ancienne employée communale qui me donne le numéro du maire. L’élu passe m’ouvrir la cuisine afin que j’ai accès à l’eau et il allume le chauffe-eau. Il me confie la clé qu’il récupère le lendemain matin avant de prendre une photo pour le bulletin municipal. Je rattrape la voie verte. Le temps est plus dégagé mais le vent est froid. Les engelures aux orteils sont insupportables. On doit aujourd’hui traverser Le Neubourg, j’espère y trouver de la terre de diatomée pour un traitement préventif contre les insectes. Mais personne ne connait ça par ici, même pas les magasins Bio. Je cherche aussi une mercerie pour changer la boucle de ceinture que j’ai cassé. Y’a pas ! Tant pi je commande sur Internet, de toutes façons ça sera moins cher chez Déco cuir. Après la ville, le désert de la voie verte. Tout droit, tout plat, venteux, froid. Et dire que certains pensent que je m’amuse . N’empêche que cumulé avec les engelures et les hernies discales réveillées par le comportement d’Honoré ces derniers jours, il y a de quoi douter. Mais non, je garde le moral et l’envie grâce à toutes les belles rencontres faites depuis mon départ. Je sais qu’il m’en reste encore beaucoup à faire, je ne vais pas céder maintenant !
Difficile de trouver un bivouac par ici, j’ai même vu des gens tondre leur gazon, oui, en janvier. Ça n’existe pas chez nous ça ! Bref direction la mairie qui m’envoie à côté du cimetière. Pas grave je ne peux pas aller plus loin. La pluie a eu la bonne idée d’attendre que je sois installé pour tomber. Qui dit pluie, dit tente mouillée au démontage. Ça faisait longtemps… Et le brouillard est épais ce matin, je marche avec la frontale que j’allume à chaque fois qu’une voiture approche. Heureusement on rattrape vite un joli chemin vallonné. Enfin joli j’imagine, parce qu’on n’y voit rien. Ha j’oubliais, le chemin est humide aussi, on est en Normandie quand même. En pleine forêt je dois bifurquer, le chemin que j’avais choisi est barré, privé. Détour par la route. Puis les vallons laissent à nouveau place à un grand plateau. Avec le brouillard, c’est triste. Les pieds et le dos sont douloureux, il faut s’arrêter. D’autant que le prochain village serait trop loin. Je cherche un bivouac mais il est tôt, tout le monde est au travail. Je vais à la mairie. Fermée. Je cherche sur internet le nom du maire, je viens de passer devant chez lui. J’y vais, sa femme ne veut pas de moi chez elle et quand je demande un terrain communal, elle me dit qu’elle ne sait pas. C’est ça, fout toi de moi ! Bon je m’en vais parce que je vais être désagréable. Heureusement que ce genre de personne est rare. Plus loin une voiture s’arrête dans la cour, Alan me propose son jardin. Je m’installe, me repose quelques instants, dîne et m’apprête à faire ma toilette quand Alan et sa compagne Andréa arrivent. Flûte, trop tard pour la pizza, mais une bonne bière je ne refuse pas. Ni la douche. Je vais vite me coucher, il ne fait pas trop froid et la pluie est annoncée. Et ici la pluie a la bonne idée de tomber la nuit. J’apprécie de marcher au sec. Un petit café et c’est le départ pour la ville de Louviers. Comme dit la comptine, je n’ai pas vu de cantonnier sur la route de Louvier, mais un âne bâté.