Le lever de soleil est époustouflant sur la chaîne des Puys, notamment le Puy-de-Dôme. La journée s’annonce merveilleuse. Après un bon café, je commence la longue et douce descente direction Orcival, à moins de 4 km de mon bivouac. En chemin, je découvre des paysages qui me font rêver, notamment une ferme dans laquelle je poserai bien mes valises. Il y a même quelques chèvres. À Orcival, je profite du point d’eau des toilettes publiques pour faire le plein d’eau et visiter la magnifique Notre Dame d’Orcival et sa crypte. Une pause très agréable et un détour à faire. J’imagine l’histoire de cet édifice, je reviendrai un jour suivre une visite guidée… Je continue mon chemin vers la chapelle d’Orcival au bout d’un chemin court, mais très pentu. On dirait un escalier. La suite est beaucoup plus plate. Je quitte le GR30 (que j’avais rattrapé au lac de Servières) pour le GR441, passe devant le château de Cordé, fermé à cause de la crise sanitaire.
Le paysage agricole se déroule sous mes pas, entre petites fermes et exploitations (j’utilise le terme exploitation pour les grandes fermes). Avant de traverser par en dessous la grande route (D2089), je profite de l’air de pic-nique dont une table est encore à l’ombre, pour déjeuner juste avant Olby. La chaleur est pesante, le soleil me brûle le cou, le goudron fond sous mes semelles. Au cimetière d’Olby, je fais le plein d’eau. Le maire doit être randonneur, le robinet est à l’extérieur du cimetière. Pratique pour faire le plein des gourdes, mais pas pour une toilette rafraichissante devant les habitations. Peut après ce village, le GR441 (Tour de la Chaîne des Puys) se sépare en deux parties : l’une part à l’ouest, l’autre part à l’est direction Ceyssat au pied du Puy-de-Dôme, c’est le chemin que je suivrais. Épuisé par le poids de mon sac et la chaleur, je fais une petite sieste au croisement de ces deux portions de GR. En arrivant à Ceyssat, il y a une jolie fontaine près de laquelle je fais une nouvelle pause. Il faut que je me rende à l’évidence, je ne serai pas au sommet du Puy-de-Dôme ce soir. Je suis trop fatigué et l’après-midi est bien avancée. Lors de ma pause près de la fontaine rafraichissante et source d’eau potable, une camionnette s’arrête près. Le conducteur me salue et la conversation s’engage. Il m’interroge sur mon périple et se demande probablement si je ne fais pas partie des nombreux « randonneurs du déconfinement » comme je les appelle, ceux qui arpentent les chemins (entretenus par les bénévoles des associations de randos) et dont les incivilités font plutôt penser au passage de gorets que d’humains. Je le rassure et lui explique mon projet du soir. Il m’en décourage, tout d’abord parce qu’en cette fin d’après-midi il n’y aura pas d’ombre (il a dû voir mes coups de soleil dans le coup et sur les bras), et parce qu’il me faudra redescendre. Il me conseille un endroit au coeur d’une hêtraie qui devrait me convenir. Je le remercie de son conseil avisé puis je repris ma route. La fatigue est trop importante, les jambes sont dures, les épaules ne supportent plus le sac à dos. Je n’arriverai pas au spot annoncé par le conducteur. Je trouve une petite clairière très agréable où je décide de m’arrêter pour la nuit. Je suis en avance, je prends un peu de temps pour lire mes messages sur le téléphone, puis le journal. Je regarde les news de Ceyssat et découvre l’homme en photo sur un article du village. Je crois bien que l’homme en question était le maire de Ceyssat. Pas étonnant qu’il savait tout de l’organisation du Tour de France qui passera par là dans les prochaines semaines.
Depuis septembre je ne cessais d’y penser, repartir marcher sur le GR30 et faire l’ascension du Puy-de-Dôme.
Le Puy-de-Dôme depuis la route qui me conduit au départ
En ce 9 juillet, c’est enfin le départ. Ce qui m’attend plus de 100 km à parcourir.
Arrivé au parking du lac Chambon, près de Murol, je gare la voiture, enfile les chaussures de marche, et c’est parti. Le début de la rando me fait longer le lac. La mise en jambe est progressive. Mais dès la route atteinte, je suis face à un escalier (un vrai avec des marches) que je dois gravir pour rejoindre le GR30 (que je ne suivrai pas longtemps, mais que je vais rattraper au lac de Servières via le GR441). La première difficulté me permet d’atteindre la Dent du Marais qui offre une vue magnifique sur Murol et son château ainsi que sur le massif du Sancy. La chaleur commence à se faire sentir et j’adapte mon rythme de marche. Première petite pause à Beaune-le-Froid pour compléter les gourdes d’eau fraiche. Je poursuis lentement en cheminant entre les prés où paissent les vaches avec lesquelles est produit le Saint Nectaire. Le chemin offre une vue incroyable, mais peu d’ombre jusqu’après Saigne. Une petite montée agréable, puis une descente escarpée. Je suis vigilant sur cette partie gravillonneuse… malgré tout je glisse et m’égratigne le genou. Aïe… mais rien de grave à première vue. Je profite de l’ombre et de midi approchant pour faire une pause déjeuner et nettoyer les petits bobos. Je poursuis la descente vers Mareuge où je fais l’appoint d’eau à la fontaine du village, puis Saulzais-le-Froid. Cette portion du chemin n’est pas a plus agréable à parcourir parce que pratiquement toujours à découvert tant du soleil que du vent, mais elle offre une vue surprenante.
À partir de Pessade, l’ombre est plus présente, mais la journée de marche et le sac à dos trop lourd (15 kg) commencent à faire leurs effets. Je profite de la fontaine pour me rafraichir après qu’un randonneur accompagné de son âne en ont fait de même. Quel bonheur ce doit être de randonner avec son âne ! C’est décidé il faudra que je tente cette expérience avec Titus, l’âne de ma femme. La forêt est très agréable, j’apprécie l’ombre et les odeurs de pin. J’avance tranquillement jusqu’au Lac de Servières ou j’espère poser la tente pour bivouaquer. Mais il y a du monde, principalement des jeunes qui viennent passer la soirée ici entre amis et des Hollandais qui campent sur le parking. Je sens que la nuit ici ne sera pas calme. Je fais quand même une pause les pieds dans l’eau et poursuis ma route en espérant trouver un spot tranquille pour la nuit. Effectivement, quelques kilomètres plus loin je trouve le lieu idéal avec vue sur le Puy-de-Dôme. Je m’installe tranquillement, pose le sac, les chaussures… me mets à l’aise. Puis je fais un rapide tour du site pour vérifier que je ne risque pas d’être dérangé pendant la nuit. Un bourdonnement attire mon attention. J’espère que je ne suis pas proche d’un nid de frelons qui pourrait vite gâcher ma nuit. Rien en vue. Je reste vigilant. Le coucher de soleil est magnifique, des montgolfières tournent autour du Puy-de-Dôme. Je dîne et me couche rapidement, demain la journée va être longue. L’objectif est d’arriver le plus près possible du symbole du département. En effet, un groupe Facebook propose d’assister au coucher du soleil au sommet du Puy-de-Dôme demain soir. Je crains ne pas pouvoir y arriver, la distance qui m’en sépare, le dénivelé et l’impossibilité de dormir en haut sont autant d’obstacles à la réussite de cette rencontre.
Le dernier avant la journée de repos. La nuit a été confortable, calme, sécurisante et j’aurais même pu prendre le temps de me déguster un croissant ou un pain au chocolat, si le gérant du camping m’avait permis de payer ma nuit par carte. Du coup je n’ai plus de monnaie pour cette option. Tant pis pour lui, j’en prendrai un à Murol, il y a un distributeur. Cette dernière étape sera la plus courte puisque j’ai fait une grosse partie du trajet hier. Je prends mon temps et quitte tranquillement le camping. Dès la sortie, ça monte, doucement, mais sûrement. Idéal pour se mettre en jambe. Comme souvent par beau temps, il y a des montgolfières qui s’élancent dans le ciel. Je traverse Saint-Nectaire puis rattrape le GR30 qui me conduira jusqu’à mon arrivée.
Vue du camping
Église de St Nectaire
Rapidement je croise un randonneur équipé d’une carte et cherchant ses repères. – « Bonjour, c’est bien par ici le GR30 ? » me demande le retraité. – « Oui c’est bien ça, c’est là que je vais aussi » lui répondis-je en lui montrant les signes qui confirment mon affirmation. – « Ha oui c’est bien ce que je pensais, je démarre tout juste ma journée, je m’étais éloigné du GR pour rejoindre une chambre d’hôtes où j’ai passé la nuit, du coup je n’étais plus très sûr » explique le marcheur. Nous marchons un peu ensemble mais quand la pente se renforce, je me rends compte que l’homme assure un rythme bien supérieur au mien. Il s’arrête pour ranger son gilet, je prends de l’avance mais rapidement il me rattrape. Nous échangeons sur nos parcours, lui fait le GR30 en entier soit près de 200 km. Il est parti de La Bourboule, il n’est pas à la moitié de son parcours. Il a réservé un hébergement dans un gîte pour ce soir, il ne doit pas trainer. Il m’explique qu’il a fait le chemin de Saint Jacques de Compostelle avec un ami. Ce doit être de la rigolade pour lui ce parcours d’à peine 200 km… Je fais une pause pour boire un coup et reprendre mon souffle, je ne le reverrai pas par la suite. Sur le trajet, j’aperçois sur les hauteurs les grottes de Châteauneuf passées hier soir. Puis au détour d’un chemin, le château de Murol. La fin du périple.
Grottes de Châteauneuf tout en haut
Murol
Un vieux moulin
C’est jour de chasse. J’entends des chiens, je croise des guetteurs qui doivent se dire que je marche sur leur terrain de chasse et que je les gênerais pour tirer si besoin. Je poursuis la montée, traverse des fermes et passe devant une ferme qui vend du Saint Nectaire à Chautignat et qui me semble répondre à mon étique d’élevage (ils ne sont pas en bio, mais en tant qu’éleveur bio, je trouve cet élevage différent des autres). La vente n’est ouverte que les après-midis et fermé le dimanche. Je reviendrais tout à l’heure. Et puis c’est l’arrivée au château. J’allume le téléphone pour donner des nouvelles, rassurer la famille, dire que je suis bien arrivé et que je vais bien profiter de la journée. Je m’arrête à Murol au distributeur de la banque, vais prendre mon pain au chocolat pour mon dessert de ce midi (il est trop tard pour le petit déjeuner) mais midi approche. Je m’autorise une bière puis prends la direction du camping de Chambon-du-Lac. Non, je ne prends pas la voiture, je suis encore un marcheur, tant que la tente ne sera pas montée. Arrivée au lac Chambon, je pose les chaussures et me trempe les pieds dans l’eau fraiche du lac. J’ai l’impression d’entendre « pschhhhh » comme quand on met une poêle chaude dans l’eau froide de l’évier. Une randonneuse qui est assise sur le ponton des pédalos et qui elle aussi baigne ses pieds, m’interroge sur mon parcours ayant vu mon sac à dos que j’ai laissé sur un banc. Retraitée, elle et son mari sillonne la France en camping-car pour découvrir à pied, les beaux paysages que nous offrent l’Auvergne. Il est trop tôt pour aller au camping, il n’est pas encore ouvert pour l’accueil des campeurs. Je vais manger sur les tables de pique-nique près de la Couze Chambon qui prolonge le lac. Le lieu est calme à cette heure, à peine dérangé par les arrivées de camping-cars qui attendent eux aussi l’ouverture du camping. J’ai donc tout mon temps pour déjeuner. Enfin l’heure de l’ouverture, je me dirige à l’accueil et choisi mon emplacement. Je paye ma nuitée, réserve deux pains au chocolat pour demain matin et vais mettre fin à mon statut de randonneur.
Lac Chambon
Pique-nique à la Couze Chambon
Campement de luxe
Une fois installé, je vais prendre une bonne douche, faire ma lessive, étendre mon linge et je reprend la route pour aller chercher la voiture. Il est temps pour moi de retourner à la civilisation, complètement. Je repars pour Murol par le GR30 et rejoins la voiture. Un peu de mécanique pour réamorcer la pompe. Je file à la ferme chercher mon fromage en évitant un contrôle routier (je viens de me rendre compte que je suis en retard pour mon contrôle technique). 1 heure d’attente pour être servi, c’est bon signe, je ne me suis pas trompé le lieu est réputé. Un retraité devant moi m’explique en avoir réservé 18 pour être sûr d’être servi. Il vient semble-t-il chaque année et est un fidèle de cette ferme. Devant lui, un car de randonneurs, retraités de l’éducation nationale. Ça fait du monde.
Je rentre au camping, mais laisse la voiture sur le parking extérieur car elle sent le gazoil et je ne veux pas devoir supporter cette odeur près de la tente. Ce soir au camping, il y a un apéro concert. Une jeune fille à l’accordéon accompagné par un clavier, propose des chansons de la variété française. je pense à mes amis David, Christophe ou encore François. Je profite de l’instant pour déguster un whisky au soleil couchant sur le massif du Sancy.
Pour ceux qui veulent en savoir encore plus, il existe un PDF généré par le site Visorando , site avec lequel j’avais préparé mon trajet. Ce PDF est le trajet modifié, celui que j’ai réellement effectué.
La nuit a été moins fraiche que la précédente, mais j’étais en contrebas de la route qui mène de la Croix Morand au Mont-Dore. Le va-et-vient des voitures et des camions me rappelaient que je n’étais pas loin de la civilisation, contrairement à la nuit d’avant.
Massif du Sancy
Cascade de Queureuilh
Je n’ai plus beaucoup d’eau et le prochain village, Pessade, est assez loin. Tant pi je prends quand même un café, essentiel à la mise en route matinale. Le café à peine englouti, mon voisin hirsute descend m’assurant avoir passé une bonne nuit près de la cascade du Queureuilh. Son périple est encore long à lui aussi, nous nous encourageons mutuellement. Je démonte la tente et démarre ma journée avec pour premier objectif : trouver de l’eau. Il fait encore frais, je prends la pause pour un selfi près de la cascade et entame la montée qui devrait durer jusqu’à la Croix Morand. Il y a une auberge en haut du Col, j’y trouverais peut-être de l’eau. Je passe donc la cascade sans prendre le risque de me mouiller, passe devant un lieu qui aurait été bien plus agréable pour camper cette nuit près de la cascade du Rossignolet… et ça monte. Ça monte tellement que rapidement, j’ai chaud. Je fais une pause près de la ferme de la Tache pour poser le pantalon et enfiler un bermuda. La suite de la montée est peu agréable, une forêt de pins alignés au cordeau, tellement serrés que la lumière a du mal à passer malgré qu’il n’y a pas un nuage. Et en plus, les nombreux randonneurs qui empruntent ce parcours, pour y faire leurs besoins. Du coup, le sol est jonché d’une multitude de morceaux de papier hygiénique. Pour ma part, j’ai accroché à mon sac une petite pelle de jardinage pour enfants qui me sert à enterrer la grosse commission et laisser la nature aussi propre que possible. Et j’ai toujours un petit sac poubelle dans mon sac au cas où. J’arrive enfin près du Col de la Croix Morand. Le vent m’oblige à remettre le sweat-shirt que j’avais posé plus tôt. Normalement, je dois tourner à gauche pour rejoindre Pessade, mais je décide de faire un détour pour faire un selfi, ce n’est pas tous les jours qu’on peut accéder à ce Col à pied, mais surtout pour faire le plein d’eau car je suis à sec. Je croise à nouveau trois jeunes filles, mais je ne sais pas si ce sont celles que j’avais croisé l’avant-veille à Besse et au lac Pavin. J’arrive à l’auberge du Col, fermée pour travaux. Ça commence à m’inquiéter, Pessade est loin.
Puy de la Tache
Je fais ma photo, redescends et recroise les jeunes filles arrêtées sur le bord du chemin. « Vous vous êtes trompé de chemin ? » se moquent-elles en s’adressant à moi. « Non, je suis allé faire un selfi et chercher de l’eau, et vous, vous êtes perdues ? » et là je me rends compte qu’il manque une des filles qui était dans le buisson en train de faire ses besoins… « Bonne randonnée ! » m’exclamais-je les dispensant ainsi de me répondre. Je repris mon chemin rapidement afin de ne pas mettre plus mal à l’aise la fille du buisson. Plus loin, elles me rattrapent alors que je m’arrête à nouveau pour poser mon sweat. Je les laisse prendre de l’avance, picore quelques mûres, admire le paysage et profite du dénivelé moins agressif que celui d’hier. Je passe près du Puy du Baladou, puis le Puy de la Védrine où là encore je traverse les estives à proximité des vaches.
Puy de Dôme au loin
Arrive à Pessade où le gîte pour randonneur est lui aussi fermé. J’y redouble les jeunes filles sans m’arrêter cette fois-ci, inquiet de ne pas avoir trouvé d’eau. Je dois aller jusqu’à Saulzet-le-Froid où j’espère trouver de quoi remplir les gourdes. Tout est fermé, même pas de cimetière en vue.
Les cimetières, pour les randonneurs, sont recherchés car tous sont ouverts dans la journée et un robinet d’eau potable est à disposition pour arroser les plantes qui ornent les tombes.
Désespéré, assoiffé, je fais un détour et me rends à l’Église. Souvent près des Églises il y a un robinet aussi. Mais pas ici. Il y a bien des bachasses (les bachasses sont des bacs en pierre, souvent alimentés par une source de montagne, parfois au réseau d’eau, qui servait autrefois à abreuver les animaux), mais les robinets ne coulent pas et on ne peut pas les ouvrir sans outil. A l’Église, je suis rejoint par les filles qui cherchent la même chose que moi. Elles sont parties de Saint Nectaire le même jour que je suis parti de Murol, mais ont évité le Mont-Dore en passant par le Puy de la Tache, duquel elles descendaient juste avant notre rencontre matinale. Fatigués, nous faisons une pause à l’ombre. Ça fait du bien malgré tout de poser les sacs et les chaussures. Les deux plus jeunes profitent de s’être allégées de leurs sacs pour aller explorer le village et y dénicher un point d’eau. Rapidement, joyeuses, elles reviennent nous annoncer qu’une bachasse coule et qu’il n’est pas noté que l’eau n’est pas potable. Nous reprenons les sacs à dos et nous hâtons d’aller faire le plein. S’il n’est pas noté que l’eau n’est pas potable, il n’est pas noté non plus qu’elle l’est ! Dans le réservoir, l’eau est claire, tellement claire d’ailleurs qu’on y voit distinctement des truites qui y nage. C’est sûr, c’est un bon témoin de la qualité de l’eau, si elle était polluée, les truites nageraient le ventre en l’air. De toute façon, la soif étant la plus forte, je décide de remplir une gourde et de continuer ma route. Les filles préfèrent prendre leur déjeuner ici tout proche sur une place ombragée. Elles sont équipées de pastilles pour traiter l’eau.
La déshydratation doit avoir des effets sur la lucidité, plus tard, en regardant la carte, je découvre qu’il y avait bien un cimentière à Saulzet-le-Froid, de l’autre côté du village. Ni les filles, ni moi n’avions trouvé cette information à ce moment-là.
Je reprends mon chemin et vide un bon quart de ma gourde avant le prochain hameau, Mareuge. Joli village de montagne vide de tout habitant, agréable, reposant, toujours pas de cimetière mais à nouveau une bachasse. Je décide de m’arrêter là pour pique-niquer. Ça fait plus d’une heure que j’ai commencé à boire l’eau du village précédent, je n’ai pas mal au ventre, j’ai toujours soif et ma voix est comme enrouée. Je commençais à me déshydrater. Il était temps que je trouve de l’eau. Vu le gout agréable de l’eau et l’absence de symptôme gastrique, je décide de remplir mes deux gourdes ici et de reprendre la route.
Entre Mareuge et le Vernais-Saint-Marguerite, le paysage est varié. J’aperçois le col de la Ventouse que j’avais emprunté il y a quelques années avec le club de moto, quand nous étions venus dans la région. Au Vernais il y a un cimetière, je pourrai refaire le plein des gourdes sans aucun doute de potabilité. La fatigue, la chaleur, la soif… La journée aura été compliquée. Je commence à chercher un endroit pour passer la nuit. Mais je ne suis dans une zone agricole, pas de forêt pour se cacher, les prés sont clôturés et des vaches paissent tranquillement. Je continue.
Col de la Ventouse et Puy de Dôme au loin
Une croix perdue au milieu d’un champ
On aperçoit l’antenne de Saint-Nectaire
Le Sancy est loin maintenant
Je commence à voir des panneaux indiquant la proximité de Saint-Nectaire. Je regarde mon GPS, j’ai déjà fait plus de 25 km, je suis fatigué, pas certain d’être très lucide à cause de la déshydratation. Je suis tout près du Dolmen de Pineyre. Si j’avais eu les idées claires, je me serais arrêté ici pour la nuit. Mais tout à coup, je ne me sens pas en sécurité de passer la nuit ici, pris de vertige. Il est encore temps de rejoindre Saint-Nectaire pour aller dans un camping, au moins, si je ne me sens pas bien, je pourrais demander de l’aide. J’allume le téléphone, j’ai du réseau, Google Maps m’indique les campings à proximité. J’appelle, le gérant m’assure qu’il va m’attendre, mais pas trop longtemps. Pour lui c’est la fin de la saison, les journées sont longues et il ne compte pas faire d’heures supplémentaires. Je me dépêche. Mais c’était sans compter sur un dénivelé que je n’avais pas anticipé, celui du Puy de Châteauneuf. Non pas qu’il soit haut avec ces 904 m, mais c’est qu’il y a un dénivelé positif de 10 m sur une distance de 5 m. Bref, un mur. Ce n’est plus de la marche mais de l’escalade. Et arrivé en haut, un petit panneau indiquant « Prudence, descente délicate ». « Délicate ? Non mais t’es sérieux là » ruminais-je en me demandant si ce message est adressé à ceux qui viennent d’en fasse ou pour moi… Et en fait la descente est vraiment délicate, tellement même que je l’ai faite sur les fesses. Dommage de manquer de temps car j’aurais bien fait une pause aux grottes de Châteauneuf. Peut-être même que j’aurai pu y passer la nuit si j’avais été plus lucide. La vue sur Saint Nectaire est à couper le souffle, j’aperçois par moment le château de Murol.
Puy de Châteauneuf
Vu sur St Nectaire et son Église
Château de Murol
Un signe Jacquaire ?
Je suis à la fois content et déçu que ce soit déjà la fin. Mais je ne suis pas encore arrivé. Donc je descends aussi vite que possible, Saint-Nectaire est une ville toute en longueur, mais la pente est douce et je sais où je vais. J’arrive au camping pile à l’heure, essoufflé, j’ai du mal à parler. Le gérant m’accueil rapidement, me fait payer en liquide estimant qu’il me faisait déjà un « prix randonneur » et qu’il n’allait pas en plus, l’enregistrer dans sa comptabilité. Bref c’est un peu cher mais au moins je suis en sécurité, j’ai une douche à disposition, de l’eau est chaude et de l’eau potable, je peux laver mon linge et ma vaisselle. Le grand luxe pour un randonneur qui descend de la montagne. Retour brutal à la civilisation, au bord de la piscine du camping. Mais il n’y a plus que des retraités en camping-car, pas de cris d’enfants, je vais quand même pouvoir me reposer, j’ai parcouru plus de 35 km aujourd’hui.
Au matin de ce deuxième jour, le froid est saisissant. J’aurais dû laisser mes vêtements dans le duvet parce qu’enfiler des habits froids quand on a déjà froid, ça donne encore plus froid. Je me fais violence, sors de la tente et marche pour me réchauffer. Je vais voir mes voisines vaches qui m’ont oublié depuis leur déjeuner de cette nuit. Le lever de soleil sur Super-Besse est magnifique. Le petit déjeuner sera simple, un café (il me reste peu d’eau) et un gâteau aux céréales et pépites de chocolat.
Lever de soleil sur Super-Besse
La descente entamée la veille se poursuit ce matin et commence par un bosquet très agréable avec ses odeurs de pin frais et la rosée. S’en suit un passage entre deux lignes à haute tension, beaucoup moins agréable. Pour ce passage, je m’imagine que ce sont des remontées mécaniques… il faut faire marcher son imagination. La descente forestière se termine sur une portion de la route qui mène de Besse à Picherande. Puis, à la baraque de Vassivière, je découvre un autre chemin que celui que je m’étais tracé, celui du pèlerinage de Vassivière. Chaque année en juillet, la vierge noire est montée depuis l’Église de Besse-en-Chandesse, en procession jusqu’à la chapelle de Vassivière à 8 km. La redescente, appelée aussi la dévalade, se déroule le dimanche qui suit la Saint Matthieu en septembre. Ce n’est pas par motivation religieuse, mais je choisi de prendre le chemin du pèlerinage qui de toutes manières arrive au même point que le GR4A, le bitume en moins. et puis comme j’envisage de faire le chemin de Compostelle l’année prochaine, ce sera un bon exercice. Le chemin est ponctué d’une quinzaine de croix, à chacune son propre sermon. Le pèlerinage s’arrête à la chapelle qui jouxte un gîte. Sous la chapelle se trouve une source d’eau potable qui arrive à temps pour remplir mes gourdes à sec depuis le café de ce matin.
La montée se faisait dans les prairies, au milieu des vaches, la descente vers la route de Super-Besse aussi. Des Salers cette fois-ci, impressionnantes avec leurs cornes, mais je ne les intéressais pas. Il commence à faire chaud et je décide de m’arrêter à Super-Besse prendre un double café, re-remplir les gourdes parce que la prochaine étape va être longue avec l’ascension du Sancy et aucun point d’eau avant le Mont Dore. Et c’est parti pour la montée, longue, difficile, glissante avec le gravier qui roule sous les chaussures. C’est à ce moment-là que j’ai béni mon ami Jean-François de m’avoir conseillé de m’équiper de bâtons de randonnée, sans cette aide, je ne sais pas comment j’aurais pu gravir cette montagne. La montée est interminable, pas un randonneur en vue jusqu’à la jonction avec la GR30 au Col du Couhay. Là deux options s’offrent à moi, poursuivre par le Puy de la Perdrix puis le Puy Ferrand, ou poursuivre le GR30-GR4 jusqu’au Col de la Cabanne. Vu le monde sur la crête et que j’avais prévu au départ de suivre le GR30, je choisi de continuer avec l’idée de départ. Mais c’est quand même vertigineux… Il est midi passé, la faim m’impose un arrêt à flanc de montagne à hauteur du téléski du Puy Ferrand. Ça fait du bien ! Le déjeuner se fait avec vue sur les monts du Cantal et j’assiste à un exercice de deux Rafales qui se pourchassent entre les montagnes. Habituellement on les voit du dessous, avec l’altitude, on aperçoit les pilotes. Ici ce ne sont pas les vaches mais les moutons par centaines qui partagent ce vaste terrain de jeu.
Début de l’ascension
On aperçoit Super-Besse en contrebas et le lac des Hermines
Au loin les monts du Cantal
Le Puy Gros
Le chemin n’est pas large
Le Sancy
Reprise du chemin, prudemment jusqu’au Col de la Cabanne. Il ne reste que 300 m pour atteindre le sommet du Sancy. 300 m de trajet, mais 102 m de dénivelé ! Mais vu l’heure et la fatigue, je pense que je n’aurai pas le temps de monter au sommet et redescendre par le Capucin comme je l’avais prévu initialement. Je choisi donc de couper par la station du Mont-Dore en quittant le GR30, choisissant le GR4E.
La descente est large, gravillonneuse, glissante. Là encore je remercie Jean-François pour le conseil des bâtons, qui soulagent grandement les articulations, surtout les chevilles et les genoux, à chaque pas. La Dore (qui deviendra la Dordogne au Mont-Dore) est à sec. Je ne prends pas le temps de faire le crochet par les nombreuses cascades (Dore, Serpent…) qui sont probablement à sec aussi. Je continue ma descente jusqu’à la station pour m’offrir une bonne bière et remplir les gourdes. Je rejoins le Mont Dore par les chemins qui sont des pistes de ski de fond l’hiver : le chemin des artistes, le chemin des montagnes, le chemin des médecins… Je rentre dans la ville, passe devant le funiculaire du Capucin. En effet je n’aurais pas eu le temps en passant par le Sancy. Il est déjà tard et je dois encore trouver un endroit pour bivouaquer. En ville c’est impossible. Je poursuis donc le GR4E en passant derrière l’établissement thermal, emprunte les escaliers dont l’irrégularité coupe un peu le souffle. Je croise un homme d’un certain âge qui m’interpelle voyant mon équipement, m’assurant que dans sa jeunesse il avait fait le même parcours. Je l’en félicite d’autant plus qu’à son époque le matériel était certainement beaucoup moins confortable que le mien, plus lourd, plus encombrant aussi.
En contrebas, le Mont-Dore
Station du Mont-Dore
Après les escaliers, une jolie promenade sur les hauteurs du Mont-Dore. Le sentier fait passer derrière les habitations et la pente que les terrains affichent et leur état d’entretien, assurent la bonne santé de leurs propriétaires. En arrivant au bout du chemin, je m’arrête changer les piles du GPS qui ne m’avait presque pas servi pourtant. Un petit chien s’approche de moi, me renifle, rattrapé par sa maîtresse (qui ne me renifle pas, heureusement), une dame âgée qui promenait son compagnon à quatre pattes pour se maintenir en forme. Probablement une riveraine au terrain abrupte et difficile d’entretien. Une longue discussion s’engage sur les paysages somptueux qu’offre sa région. Elle m’assure que j’ai loupé quelque chose de ne pas être passé par le Capucin et me conseille de faire halte au camping municipal, peu cher et accueillant, juste un peu plus loin sur le trajet que je me suis tracé. Je reprends mon chemin, mais il est trop tard pour le camping, il n’y a plus personne à l’accueil. De toute façon, j’avais prévu d’aller dormir près de la cascade du Queureuilh. Je poursuis ma route, me rends à la cascade, mais le bruit m’empêchera de dormir. Je redescends en cherchant désespérément un endroit plat… Je dois me résoudre à monter la tente sur le bord du chemin.
À peine la tente montée, j’aperçois un type un peu hirsute, un sac sur le dos un autre dans les bras, qui monte dans ma direction. Son équipement est dans un bien triste état, les bretelles de ses sacs sont déchirées, les fermetures éclairs ne ferment pas correctement. Lui aussi cherche un endroit pour dormir. C’est un creusois qui se rend à pied à un festival du côté de Vic-Le-Compte où il doit rejoindre des amis qui le redescendront en voiture. Je n’ai pas tout compris et je n’ai trouvé aucune trace du festival dont il m’a parlé. Probablement un festival réservé à quelques initiés dont la notoriété n’a pas besoin des lumières de la presse. Je lui dis que je n’ai pas trouvé d’emplacement plus plat sauf au bord de la cascade, mais que ce serait trop bruyant pour dormir. Il s’y dirige quand même comptant sur le bruit de la chute d’eau pour le bercer. Je ne le reverrai pas avant le lendemain. Un taboulé fera le repas du soir suivi d’une tisane et d’un petit tour pour se dégourdir les jambes avant de dormir.