Route des vins et Compostelle

Je suis bien accueilli à Barr chez Joëlle au cœur de son vignoble où elle propose le camping à la ferme. J’ai même droit à une dégustation de ses vins. Je file prendre une douche et me cache dans la tente, le vent s’est levé et malgré le beau temps, il est frais. La mairie proposait de m’offrir la nuitée, finalement Joëlle m’invite. Qui que ce soit qui m’invite, merci beaucoup, les Alsaciens sont vraiment accueillants et la courte pause fût très agréable.
Un adjoint vient boire un café avec moi avant mon départ, puis averti la mairie que je passe devant. J’y fais donc une halte et on fait une photo de groupe avec les élus et le personnel de mairie. Ce matin l’étape est courte, moins de 10 km, malgré un détour dans les vignes pour le point de vue. Je traverse le village de Mittelbergheim et ses maisons typiques, ses cigognes et ses nombreux viticulteurs. Je pique-nique en attendant Muriel qui sort du travail à 13 heures. À son arrivée, on charge nos affaires dans la voiture puis nous allons au pré présenter Honoré à ses ânes Pompon et Pépito, accompagnés de Muriel et son chien Ouzo. La prise de contact est cordiale et rapidement, Honoré trouve sa place.
Nous voici en pause chez Muriel et Pascal. Je profite de la pause pour aller voir l’ostéopathe, pour moi cette fois-ci. Les cervicales et le bassin avaient besoin… Merci Guillaume Quoix pour le soin cadeau, en effet il a tenu à participer à notre aventure en m’offrant la séance. Ensuite, un petit tour en ville pour déguster une bonne glace artisanale et prendre quelques photos, faire le touriste quoi. Bon ce matin je suis courbaturé de partout, mais c’est signe que son travail a été efficace.
Petite visite aux ânes, brossage d’Honoré puis petite balade direction Saint Pierre. Le maire, Denis Ruxer, et son adjointe Sandrine, organisent à l’Escco (Espace social culturel à ciel ouvert) du village, une conférence qu’Honoré et moi animons en exposant notre périple et surtout le projet de loi sur les emballages plastiques. Notre chemin prend de l’ampleur et je veux profiter de notre aventure pour faire voter une loi qui inciterait nos industriels à emballer les aliments transportables (goûter des enfants, barres énergétiques, sandwichs…) dans des emballages biodégradables et mettre en place des consignes pour les produits pour lesquels ce n’est pas possible (bouteilles d’eau, jus de fruits, sodas, bières…), comme le font nos voisins allemands. C’est ce que j’appelle, en toute modestie, la loi Honoré. J’espère un jour arriver à la faire passer…
Depuis que je suis en Alsace et sur le chemin de Compostelle, j’ai toujours oublié de faire temponner ma créanciale. Je voulais le faire à Strasbourg, puis chez Joëlle la vigneronne, puis à la mairie de Barr… J’en parle avec le maire Denis Ruxer, lors du pot de l’amitié qui a suivi notre exposé, et justement une employée de la mairie de Barr était présente. Elle demande au maire et me propose de mettre le tampon (appelé ici le stampfel) sur mon passeport de pèlerin. Je suis sincèrement touché qu’elle ouvre la mairie juste pour moi. Quel accueil de la part des Alsaciens ! Et quel enthousiasme à soutenir notre aventure, je suis touché de voir le monde se déplacer à la conférence, la générosité des habitants et élus… vraiment mon passage ici me laissera de très bons souvenirs, je tiens sincèrement à remercier les Alsaciens.
Ce matin, encore un article dans les DNA, déjà les gens d’ici ont partagé le lien.
Et il est temps de reprendre la route malgré le temps pluvieux. Comme d’habitude, le départ est toujours un moment particulier, autant pour les humains que pour les quadrupèdes. Finalement très sobres à cause du temps, peut être aussi par pudeur, les au revoir sont assez rapides. Probablement trop rapide pour Ouzo, le berger australien, qui échappe à la vigilance de Muriel pour venir nous saluer au bout du chemin. C’est fou le comportement des animaux !
La route est agréable, malgré les averses, les villages traversés magnifiques, colorés et l’architecture remarquable, typique de l’Alsace avec ses colombages. Quelques vestiges du passé persistent à afficher une période médiévale probablement riche, vu les châteaux qui dominent encore les vallées verdoyantes. Entre châteaux, chapelles et vignes, je rejoins Scherwiller pour rencontrer Sonia et Jacques, amis de Muriel qui m’envoie chez eux. Jacques vient me rejoindre sur le chemin et me fait découvrir son village. Sonia a mis les petits plats dans les grands pour nous recevoir, Honoré et moi. La soirée avec Sonia, Jacques et leur fils Maël est très agréable, l’accueil toujours parfait, le repas également. Sonia semble même déçue que je ne reste pas quelques jours. Mais je dois avancer. Elle a préparé un délicieux Kouglof pour le petit déjeuner et au moment de partir, elle me glisse un sandwich. Merci infiniment pour cet accueil chaleureux.

Par ailleurs, en février, lors de ma pause chez Ânes Victoires, je vous avais parlé d’une interview pour un grand magazine nationale. Et bien l’article de Arnaud Beinat, journaliste et photographe de 30 million d’amis, sort dans le magazine du mois de mai. J’ai eu la chance de pouvoir le lire, il est vraiment superbe et me rappelle le séjour chez Ânes Victoires avec beaucoup d’émotions. Je vous le recommande !

Alsace

J’approche de Strasbourg, toujours en suivant le canal. Les péniches sont nombreuses, je passe devant des champs d’asperges, c’est le début de la saison des récoltes. Les colzas sont en fleurs, au loin à l’Est on distingue les montagnes allemandes. Nous sommes au nord de Strasbourg, dans la zone commerciale Nord il y a la grande roue, une des plus grandes d’Europe. Et ce soir je bivouac dans le pré de François, ancien jokey, qui m’invite à manger une flammekueche maison. Enfin, quatre flammekueches maison, qu’on partage avec son amie Carole qui a beaucoup voyagé en Australie, Italie, France… François est un ami de famille de Céline d’où je suis parti ce matin. Au petits soins pour nous, Céline avait tout fait pour nous faciliter le séjour et la suite de notre périple en Alsace. Merci encore Céline et Nico.
Ça y est, c’est le grand jour, il faut traverser Strasbourg. Ça commence le long du canal où les cyclistes du dimanche ne veulent pas partager le chemin de Compostelle aménagé en piste cyclable. Certains, installés sur leur vélo de contre la montre, veulent exploser leur record. Sauf que le chemin doit être partagé et est limitée à 15 km/h. J’arrive au parlement européen où je fais la pause pique-nique. Une dame me propose sont jardin mais trop loin de mon itinéraire. Je reste dans le parc derrière le parlement. Honoré est l’attraction du parking tout proche et les touristes sont nombreux en ce beau jour de Pâques. Même les résidents des immenses immeubles autour descendent caresser Honoré. Enfin sauf une vieille qui gueule de son balcon qu’on n’a rien à faire ici. Ce qui faire rire ses voisins et les touristes en bas de l’immeuble. Cela a pour effet de vexer la dame qui va chercher son appareil photo et me mitraille copieusement. Bref, je fais ma pause.
Je prends maintenant la direction de cathédrale où je dois retrouver mon ami Marcel Loeffler, célèbre accordéoniste de jazz manouche qui réside à Strasbourg. En route, une dame qui n’avais pas vu Honoré, se heurte à une sacoche en se retournant et tombe. Honoré effrayé par la chute, me bouscule. Je comprends tout de suite que quelque chose n’est pas normal et me retourne. Je propose mon aide à la dame pour la relever et vérifier que tout va bien. Elle se relève seule et m’assure qu’elle n’est pas blessée. Mais c’était sans compter sur des personnes bienveillantes et procédurières, qui me prennent en photos, prêtes à alerter la police pour venir contrôler si j’ai une autorisation de traverser la ville, ce qui n’existe pas au passage ! Un type s’approche de moi en me disant que la dame est très gravement blessée, alors qu’il ne l’a même pas regardée, il n’a même pas vu qu’elle est debout derrière lui. Une pouffe essaie de m’empêcher de partir en me bousculant. Décidément, quand on arrive en milieu urbain, la détresse mentale de l’humain n’a aucune limite. Malheureusement, c’est à cause de ces comportements abjects, qu’on arrive aux résultats des élections du week-end dernier.
Heureusement en arrivant à la cathédrale je rencontre des gens plutôt agréables, bien qu’un peu envahissant à l’égard d’Honoré. Mais ça, je m’y attendais, forcément quand on marche en ville avec un âne on attire les regards. Comme prévu je retrouve Marcel qui m’accompagne un bon bout de chemin avec son amie Michèle. Ça m’a fait super plaisir de passer ce moment avec lui. Mais nos chemins doivent se séparer et je dois trouver un bivouac. Épuisé par la journée c’est finalement dans un centre équestre que je passe la nuit. Je suis super bien reçu, Honoré a même droit à du bon foin. Nous partons de bonne heure, mais quand même après un café avec Jean-Luc, le patron du centre équestre. Il y a un concours de sauts d’obstacles et les premiers cavaliers ne vont pas tarder. Je sais que les ânes font parfois peur aux chevaux, j’imagine qu’un jour de concours n’est pas idéal pour stresser les équidés.
Il fait beau, pas trop chaud, le paysage est magnifique le long du canal de la Bruche. Mais toujours autant de cyclistes en mal de vitesse. J’aperçois les premières vignes d’Alsace. En arrivant sur Avolsheim, j’ai le canal en premier plan, les vignes en second et les Vosges au fond. Puis j’arrive à l’Église Saint Pierre le long du chemin de Compostelle. Il y a de l’eau, des tables et beaucoup d’herbe. Il y a tout pour bivouaquer. Mais il est encore tôt et il y a du monde. J’attends le temps qu’il faut et installe le campement. Je n’ai pas pu ramasser de déchets hier en ville et aujourd’hui le long du canal, le chemin était trop étroit et les cyclistes trop rapides. Mais cet après-midi, j’ai beaucoup discuté avec les nombreux promeneurs et camping-caristes. Et on a même vu un dromadaire ! Même que le pauvre vivait avec un âne décédé la semaine dernière et il a cru qu’Honoré était son copain. Triste pour lui, mais drôle de rencontre, surtout en Alsace.
Je prends mon temps ce matin, le temps que la tente sèche. Je traverse Molsheim et prend mon pain pour les jours qui viennent. À la sortie, il y avait encore une passerelle, en béton mais étroite. Après négociations, Honoré finit par passer. Je dois trouver un coin pour pique-niquer, Marcel doit me rejoindre avec Michèle. Je m’arrête assez tôt et profite de la pause pour lire le livre de Xavier, « Mon port est une île » qui est agréable à lire et très instructif. Marcel et Michèle arrivent, on déjeune, ils ont même pensé à m’apporter une bière bien fraîche. Merci pour le repas, Honoré a bien fait le coquin le temps qu’on mangeait… Je me remets en marche, on arrive dans les vignes et les premières pentes. J’avais téléphoné à la mairie de Boersch pour un bivouac, Joël l’adjoint m’a rappelé et donné le téléphone de Pierrette que je rappelle dès que je sais quand j’arrive. Elle m’accueille dans le pré derrière la maison, m’invite à prendre une douche et à dîner. Joël nous rejoint à l’apéro, puis madame le maire. Les discussions autour des déchets sont riches et chacun apporte son idée. C’est constructif et enrichissant. Chouette soirée. Puis vient le dîner, et là quelle chance, André le mari de Pierrette est breton et le couple a ouvert une des premières crêperies de Strasbourg. Ce soir j’ai la chance de manger des vraies galettes bretonnes, délicieuses. Merci pour le repas et la soirée.
Aujourd’hui la journée était superbe mais physique, avec l’ascension du Mont Sainte Odile. Une belle grimpette de 7 kilomètres qui se termine par des escaliers qu’Honoré franchi sans sourciller. Arrivé en haut, le parking est bien occupé et les touristes allemands surtout mais aussi espagnols, viennent caresser Honoré et lui donner à manger, évidemment sans me demander mon avis. Je dois intervenir plusieurs fois, mais ils laissent leurs mômes courir autour. Heureusement qu’il est sage, j’ai prévenu du risque de coup de pied, débrouillez vous avec vos mômes. Le point de vue est superbe mais je n’ai pas accès aux abords du prieuré, interdit aux animaux. Dommage, les plus beaux paysages sont visibles par là. Il est temps de redescendre, je marche derrière un couple d’Alsaciens mais qui me disent aller dans la même direction que moi. Vu l’équipement, je vois que ce sont des randonneurs avertis et les suits aveuglément. Mais il semble qu’on s’est mal compris, quand je regarde la carte, je suis à l’opposé du chemin que j’avais dessiné. Bon, pas grave, je peux rattraper plus loin. Mais le chemin est moins large, à flanc de montagne et la pente vertigineuse. Il y a des pierres, Honoré glisse. Je le retiens par la longe mais je me rends bien compte que s’il glisse, je ne pourrais pas le retenir sans chuter avec lui. Demi-tour ! Enfin, dès que le chemin le permet. Le détour me rallonge et il n’y a pas de réseau. Heureusement j’avais appelé la mairie pour le bivouac du soir. L’adjoint au maire m’a trouvé un camping à la ferme chez Joëlle Bachert, vigneronne à Barr. Je vous parle de la suite dans le prochain post, avec la pause chez Muriel et une intervention auprès des habitants à Saint Pierre.

Massif des Vosges

Ce matin nous disons au revoir à Émilie, Antoine et les enfants, qui nous ont accueilli comme des princes. Suite aux conseils d’Antoine, j’ai modifié mon itinéraire, l’objectif d’aujourd’hui est de traverser les Vosges par la vallée des éclusiers. Il y a deux canaux parallèles, celui que nous suivons est l’ancien canal, aujourd’hui désaffecté. À l’époque, il n’était pas rare de mettre plus de 24 heures pour traverser les Vosges par ce canal tant il y a d’écluses pour compenser le dénivelé important, donc de temps d’attente entre chacune d’entre elles. Avec le nouveau canal a été construit un plan incliné qui permet aux bateaux de monter un peu comme avec un monte d’escaliers. Je fais donc le détour pour photographier cette invention ingénieuse. Mais pour arriver au bord de ce nouveau canal, il faut traverser un pont… En bois. Après un quart d’heure de négociation, Honoré passe courageusement le pont de bois au pas de course. La journée est magnifique, le soleil domine malgré un vent frais. Les paysages sont magnifiques. Mis à part des travaux qui m’oblige à quitter le canal (pour rien en plus) et m’oblige à repasser une passerelle pour y retourner. Mais Honoré hésite quelques instants, je profite de la présence de deux jeunes pêcheurs pour détourner son attention et passer. Ouf ça passe. Je vais être à court de carottes si ça continue. Heureusement la voisine d’Émilie et Antoine m’en a donné hier, et des cookies pour moi. Merci Madame. On quitte la Lorraine et nous voici en Alsace. Encore une nouvelle page a découvrir. La traversée des Vosges c’est beau, mais mes pieds trouvent que c’est long. On arrive à Saverne, plus le courage de demander aux riverains, j’appelle la mairie qui m’envoie aux services techniques puis à la capitainerie du port de plaisance du canal. Xavier, le capitaine, m’accueille et me propose un terrain. Honoré devient l’attraction du port, comme d’habitude, il fait l’ambassadeur du tour de France. Xavier à fait le chemin de Compostelle, tout naturellement on discute rando. Ce matin il m’offre son livre Mon port est en ne île, et un correspondant local des Dernières Nouvelles d’Alsace (appelé ici DNA) vient m’interviewer.
Puis je prends le chemin de halage pour avancer en direction de Hochfelden (prononcer Horfeldenne, les consonnances Allemandes et Alsaciennes sont très marquées). C’est donc une nouvelle journée le long du canal. La marche est tranquille, Honoré est au top. À midi je fais la pause déjeuner près d’une halte fluviale, il y a des tables et j’apprécie de pouvoir manger assis. Je suis rejoins par un couple d’Allemands avec qui j’essaie de communiquer. Ici tout le monde parle Allemand, c’est une trace du passé houleux de la région. On arrive quand même à communiquer et mon interlocuteur me fait comprendre qu’en Allemagne, même les bouteilles d’eau en plastique sont consignées et les emballages ne sont pas nécessairement à usage unique. Bien, nos dirigeants qui s’inspirent tant de nos voisins devraient aussi s’inspirer chez eux pour le recyclage. Je reprends la marche mais le paysage est ici plus plat, c’est la pleine d’Alsace. Toutefois, les montagnes ne sont pas loin. La journée est chaude et longue, mais calme. Je pense m’arrêter dans un village et une randonneuse me suggère un bivouac plus loin. L’endroit est en effet agréable, mais il n’y a pas d’eau potable et j’ai vu flotter pas loin sur le canal, un cadavre de renard, enfin je suppose. Je dois donc continuer, mais la prochaine ville est loin. J’appelle la mairie pour être sûr d’avoir un contact avant la fermeture. Un agent technique me rappelle et me propose un terrain, sans eau mais il y a une rivière. Ok il y a des habitations autour, je trouverais bien de l’eau. Mais en approchant, je vois la route qui mène au bivouac et la circulation est dense et rapide. Ha non je ne vais pas par là… Et au bord du canal, il y a un espace plus large, des habitations. Je demande aux riverains si je peux m’installer là, pas de problème… Alors ok je m’installe. Je rappelle l’agent technique pour expliquer la situation. J’ai même accès à une douche et partage une bonne bière locale (brasserie Météor) avec un riverain, Arnaud, qui possède une très jolie maison. Au matin il me propose le café avec Alexia son épouse, puis je reprend le chemin de halage direction la maison de Céline et Nicolas à une dizaine de kilomètres.
Même si le chemin est court aujourd’hui, je fais quand même la pause déjeuner au bord du canal avant d’arriver chez Céline. J’y rencontre un joggeur qui m’explique que chez nos voisins, même la Volvic est consignées et qu’aux abords des terrains de foot, les SDF viennent les ramasser (si il y en a) pour gagner les quelques centimes qui leur permettent de survivre. Encore un bel exemple à suivre. Après la pause, je croise les premiers champs de houblon, l’Alsace est bien la région de la bière. Elle se boit autant à l’apéro qu’au cours du repas, dans l’après-midi… Et j’arrive chez Céline. Elle est admin d’un groupe d’âniers sur lequel je partage nos aventures et voyant que j’approchais de sa région, elle m’a proposé d’y faire une halte. Quelle bonne idée, en plus elle propose à Honoré de passer du temps avec des congénères, ça lui a fait beaucoup de bien aussi. Une bonne pause, un lit, douche, manger à table… Ce sont des petits bonheurs simples mais qui illuminent mes journées. Je profite de la première journée de repos pour faire quelques courses et du tourisme. Strasbourg est une très belle ville, mais pleine de touristes. Il y a beaucoup de monde, impossible de visiter la cathédrale. J’ai ma dose urbaine, je rentre. L’architecture est magnifique et dans les villages, les maisons sont colorées. Nicolas, le compagnon de Céline, m’explique que ces couleurs indiquaient autrefois le métier du propriétaire de la maison. Chaque artisan avait son code couleur et ainsi tout le monde trouvait facilement le boulanger, le boucher, le maréchal ferrant, le charretier… Bon, c’est bien beau tout ça, les belles rencontres, la pause… Mais il y a encore du chemin et j’ai déjà trouvé un nouveau bivouac pour demain, un autre pour jeudi… Et il y a encore du chemin à faire. J’ai beau tracer des parcours pour essayer de voir tout le monde, ça ne sera pas possible, enfin pas en une seule vie. Alors on reprend les bonnes habitudes, direction Strasbourg puis retour dans les Vosges, par l’Est cette fois-ci.

Ligne bleue des Vosges

Aujourd’hui le temps est pluvieux et venteux. Ça agace Honoré qui n’aime pas le bruit du pantalon de pluie. Difficile d’avancer entre la terre qui colle aux pieds, le vent et la pluie. Impossible de ramasser les déchets ! Pourtant, Honoré accepte une passerelle en béton, la même qu’il avait refusé il y a quelques jours. Heureusement sinon il y avait 4 km de détour. Ça peut paraître peu, mais ça fait quand même 1 heure de marche.
Le balisage est un peu différent depuis quelques jours, il semble qu’il soit géré par une autre fédération, le club Vosgien, qui doit être assez actif car les cartes IGN sont ponctuées de nombreux symboles que je ne connaissais pas et qui intègrent des circuits autres que ceux traditionnellement représentés en rose, validés par la fédération de randonnée pédestre. Bon, il faut que je m’y habitue.
La Moselle, c’est aussi le pays du sel. Je suis dans la communauté de communes du Saulnois. D’ailleurs je passe par Marsal, où je pique-nique et où le sel y est exploité depuis le premier âge de fer (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Marsal_(Moselle) ). La grande porte de l’entrée de la commune est impressionnante.
Autre point étrange par ici, les rues sont hyper larges dans les villages que je traverse, et les maisons toutes accolées.
Ce soir je bivouac près d’un étang à Dieuze. Il y a un champ de tir et une base militaire tout près. Ça tir, on se croirait en Ukraine… mais les tirs cessent vers 19 heures. Dès 20 heures, les militaires de la base voisine, spécialisée dans les transmissions, entrent en exercice. Il semble que leur mission soit de trouver un milicien qui bivouac dans la forêt pour obtenir les informations qu’ils doivent transmettre. Les bidasses naviguent par groupes de cinq, la dizaine de groupe est venue me demander les informations que je n’avais évidemment pas… Ça fait un drôle d’effet d’être encerclé par cinq militaires armés de leur Famas et qui, selon les individus, demandent soit avec un gentil ton d’étudiant qui se demande encore ce qu’il fait ici, soit avec l’autorité du gendarme qui constate l’infraction, qui je suis et ce que je fais là avec un âne. Bref, j’en rigole, mais d’aucun prend sa mission très au sérieux. Après tout, il faut bien qu’ils apprennent leur travail. Il faudra surtout qu’ils apprennent la discrétion, mis à part les premiers que je n’ai pas entendu à cause de mon réchaud qui chauffait ma soupe, j’ai entendu arriver les autres groupes à plus de 200 mètres. En tout cas Honoré en a profité pour se faire papouiller par les bidasses 😉
Ce matin de très bonne heure les militaires repartent en mission en colonne, avec la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est bon, j’aurais le temps de passer à la gendarmerie pour faire ma procuration. Celle de Dieuze est ouverte tous les jours, enfin.
Parfois des libertés ont été prises à propos du tracé. C’est le cas cet après-midi avec un chemin qui d’après la carte, devait se poursuivre tout droit mais qui finalement, est cultivé. À priori, le balisage a été modifié et est à jour, en tout cas sur le terrain mais pas sur la carte IGN. Pas grave, il arrive finalement là où je me rendais, tout va bien. Et puis après Fribourg, une dernière côte pour la journée et la ligne bleue des Vosges est très nettement visible. Wahou ! Dire qu’au mois d’octobre je quittais Crozon et qu’aujourd’hui je suis à l’opposé de la France. Et la route n’est pas terminée.
La météo annonce des rafales de vent à 90 km/h pour demain et beaucoup de pluie, je dois trouver un abri. J’avais appelé ce matin la mairie de Rhodes qui m’a donné les coordonnées de Jean-Bernard, agriculteur et conseillers municipal, qui a aussi des gîtes et des ânes. L’agriculteur me reçoit et me propose de dormir au sec dans une chambre dont les lits sont en paille. Honoré quant à lui, est a l’abri dans la grange avec foin a volonté. Première journée de pause seul dans la grange, j’en profite pour faire ma lessive et du rangement. Mais avec l’humidité ambiante, le linge ne sèche pas.
Ce matin la pluie est au rendez-vous comme annoncé et en allant chercher mon pain au boulanger ambulant, Jean-Bernard me propose de rester une journée de plus. J’allais justement lui demander, la tempête Diego approche et sera là en fin de journée. Encore des rafales à 90 km/h, 20 mm de pluie à l’heure et de la neige pour la nuit. Je regarde mes mains et mon visage, bronzés par le soleil du printemps précoce et me demande si je ne suis pas entré dans la quatrième dimension (que les moins de 20 ans ne doivent pas connaître). Je profite de la pause pour me masser le dos qui semble aller un peu mieux, faire quelques étirements…
Et puis je voulais faire une petite parenthèse à propos du SICTOM de Cérilly (03) qui ne venait pas ramasser les poubelles devant chez moi parce qu’ils ne pouvaient pas pas manœuvrer, je devais me rendre à 2 km à la benne commune. À ma précédente adresse c’était à cause de la route dangereuse. Je devais apporter mes déchets au carrefour qui a connu de nombreux accidents, dans la benne commune. Sachant que je dois déposer 30 litres de déchets ménagers par mois, que je tri mes déchets et les conduits dans les bennes de tri correspondant au village le plus proche… J’avais donc contacté l’organisme pour exprimer mon mécontentement quant à leur facture élevée (je veux bien payer un service, quand il est rendu), mais je n’ai jamais eu de suite à mes recommandés. Aujourd’hui ils saisissent le salaire de ma femme (ben oui moi je n’ai pas de salaire). Merci à eux pour leur dicernement et leur non réponse. Je rappelle au passage que je ne suis pas payé pour ramasser les déchets à l’occasion de mon tour de France, je n’ai rien demandé, certe, je veux juste sensibiliser chacun au respect de l’environnement, élus et industriels, afin que la réglementation concernant les emballages change. On sait confiner une population contre un virus qui tu des milliers de personnes, alors qu’on arrête de produire des plastiques qui en tue des millions.
Bref, la météo se calme, et moi aussi, il est temps de repartir.
La neige est bien tombée cette nuit, le paysage est tout blanc, mais ça ne va pas tenir. La tempête a laissé quelques branches au sol, Honoré n’est pas impressionné et les enjambe sans sourciller. La marche est agréable dans la forêt, puis un peu de route et il est déjà l’heure de pique-niquer. Je regarde sur la carte et fais un détour près de la mairie d’un charmant petit village. Honoré se régale des pâquerettes tandis que je termine ma terrine, un type vient discuter. La conversation est agréable et la voisine de mini pâture vient se mêler à la conversation. Elle m’apporte un café et ma première part de Kouglof que je déguste avec gourmandise. Son mari est agriculteur et il a une parcelle près de Sarrebourg, justement là où je pensais bivouaquer ce soir. Parfait, mon bivouac est déjà trouvé à midi, je n’ai plus qu’à m’y rendre. En chemin un utilitaire s’arrête près de moi, c’est le mari qui me donne des détails sur le site. Cool !
Je rentre dans la forêt et en sortant, je suis face aux Vosges ! La neige est restée sur les sommets, voilà, nous serons demain au pied des montagnes. Un groupe de randonneuses nous prend en photo avec les Vosges derrière, merci mesdames. Puis c’est la descente vers Sarrebourg, je suis un chemin de randonnée et suis arrêté par Caroline qui me propose une douche, un café… Et un bivouac. Ok ben je m’arrête là alors, elle a dit tous les mots magiques qui interpellent le vagabond que je suis. Thierry, son compagnon, est lui aussi un habitué de la pince à déchets qu’il utilise régulièrement lors de ses promenades. Le soir Caroline est invité à un anniversaire, le compagnon doit partir mais elle me laisse accès à la maison.
Nous partageons le petit déjeuner et Caroline m’accompagne un bout de chemin. Heureusement car je devais faire quelques courses d’appoint et devant la carfour contact en ville, pas de barrière pour attacher Honoré. C’est donc Caroline qui s’occupe de lui et qui est interpellée par les nombreux passants de la rue piétonne. Précisons que c’est jour de vote et de rameaux, qu’il fait beau, du coup tout le monde profite du soleil. Je pense avoir éveillé chez Caroline l’envie de partir randonner, peut-être avec son chien Snow ou seule. Je lui souhaite de connaître le plaisir de marcher en toute sérénité. Nos chemins se séparent, elle doit rentrer et moi poursuivre.
Je rejoins le canal de la Marne au Rhin. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas marché le long d’un canal  Ça fait du bien, il y a moins de déchets à ramasser. Pour la première fois, je découvre qu’il existe un tunnel pour canal. C’est surprenant et impressionnant. On longe les bouches d’aération en hauteur puis redescendons sur Arzviller. Rapidement une famille qui profite également du soleil me salue. Je fais demi-tour pour que les enfants carressent Honoré. Rapidement on me propose de bivouaquer ici. Je suis alors accueilli chez Émilie et Antoine et leurs enfants Robin et Nino. Le terrain est assez grand pour Honoré et moi, les enfants ravis d’accueillir Honoré qui sera dans le cahier de Robin avec la photo justificative. Ses questions sont d’ailleurs très pertinentes et la maîtresse va sans doute apprendre beaucoup de choses sur les ânes. C’est même lui qui conduit Honoré dans sa pâture. J’installe la tente tout près, plein sud. Une bonne douche m’attend et je suis invité au repas du soir. Antoine me conseille sur l’itinéraire de demain, plus agréable que celui que j’envisageais. Il travaille dans une entreprise d’emballages et justement, son rôle consiste à trouver des solutions pour concevoir des emballages plus écologiques. J’espère que ma démarche ne le conduira pas au chômage. Quoiqu’il en soit, la conversation est riche et passionnante et je suis rassuré d’apprendre que dans ces grandes entreprises qui utilisent énormément de plastiques, on se pose de vraies questions sur les emballages, leur impact sur l’environnement, leur recyclage… Donc on avance, rien n’est encore parfait, peut être que ça ne le sera jamais, mais chacun fait des progrès et c’est ce que je retiendrai de nos échanges. Merci au chemin de m’avoir fait rencontrer Antoine. Quant à Émilie, j’aurais beaucoup aimé parler plus avec elle, elle est orthophoniste et j’avais un millier de questions à lui poser. En tout cas merci de votre accueil, le repas délicieux, la magnifique vue sur la vallée, votre gentillesse… Qui sait, peut être qu’un jour on se reverra.

Moselle

Suite à une mauvaise manipulation, j’ai supprimé par erreur le post de fin mars. Vous pouvez le retrouver sur le blog : https://memosderandos.travel.blog/2022/03/25/meuse/ 😥
J’ai failli oublier de vous parler d’Aurélie qui est venue parer Honoré. Il n’y avait pas grand chose à faire mais Nadège, l’ostéopathe qui était venue le voir il y a quelques semaines, avait suggéré de vérifier les aplombs, notamment sur les postérieures. Honoré à donc des pieds tout neufs pour aborder les Vosges. Et toujours pas besoin de fer après 3400 km. Vétérinaire, ostéopathe et pareuse, vues depuis le départ, ont confirmé que le pied s’est adapté à la condition de randonneur, le pied pousse au fur et à mesure qu’il s’use. Au passage, merci encore à ceux qui ont participé à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane, grâce à vous Honoré est tout neuf.
En attendant je prolonge la pause chez Anne, la météo annonce de la neige, du froid et du vent, la journée de repos d’hier m’a fait du bien au dos, mais ça ne suffit pas. Je prolonge la pause et Anne me fait visiter les environs et les éleveurs du coin. Ainsi je rencontre Bettina et Claude, éleveurs de chèvres en retraite, puis Rosa qui a fait Compostelle et qui produit du miel que je vais déguster avec plaisir dans la tente prochainement.
La météo s’arrange, le dos reposé mais toujours douloureux, il faut repartir. La petite étape d’une quinzaine de kilomètres est riche de rencontres. Le midi plusieurs personnes viennent à notre rencontre et une jeune fille m’offre une chantilly de karité maison pour réhydrater mes mains gercées par le froid. Et en arrivant à Grémecey, Olivier m’interpelle et m’invite à m’installer chez lui. Il m’accueille avec sa femme Delphine, sa fille Lili et son copain Valentin, et sa cadette Jeanette. Me voici donc à Grémecey, à la villa bon repos, chez Delphine et Olivier.  Ils ont créé l’association « La Source » dont l’idée de départ était d’en faire un gîte pour sortir les enfants de leur foyer social. Au fur et à mesure, leur maison et siège de l’asso devient un lieu de ressources qui accueille des concerts, conférences… Puis Delphine récolte plantes avec une amie et en fait des tisanes. Le succès est immédiat. Les bénéfices vont à l’association. Depuis elle crée des ateliers d’identification des plantes. Facebook https://www.facebook.com/Association-La-Source-992252694210018/ Delphine vient également de quitter son emploi de travailleuse sociale pour devenir acuponctrice.
Olivier a préparé un tajine délicieux, il y a aussi du fromage de l’ancienne ferme de Bettina… Le monde est petit.
Après une nuit confortable, il a gelé à -7° cette nuit, heureusement j’ai dormi dans un bon lit douillet, je dois reprendre le chemin. Le vent se lève doucement, il fait frais mais la forêt me protège. À la sortie, des arbres sont tombés, il faut contourner en mode sanglier, la terre est collante, mais ça passe. Honoré est concentré, ça marche tout seul. En arrivant au sommet d’une colline, j’aperçois enfin la ligne bleue des Vosges. C’est la même émotion que lorsque j’ai vu l’océan dans le Finistère. Mais là, on la distingue à peine. Les jours prochains la pluie est annoncée, la visibilité sera réduite. Le vent se fait de plus en plus fort, il va être temps que je monte le bivouac. J’appelle la mairie de Vic-sur-Seille qui me propose un parc avec des sanitaires à proximité. Ce sera parfait. Je cherche toujours une gendarmerie pour faire ma procuration pour les élections, les petites gendarmeries ne sont pas ouvertes tous les jours, à chaque fois il faut faire un détour de 20 kilomètres. La bonne blague !
Sinon en ce qui concerne les déchets, le vent m’empêche de ramasser efficacement et ici, tout le monde a son petit sac jaune qu’il dépose tous les quinze jours. Donc pas de bac de tri ni même de e benne collective. Mis à part des bennes a verre, mais ça j’en trouve peu. Ha, j’ai failli oublier, j’ai vu mon premier nid de cigogne 😉