Tous les départs d’après pause depuis le début de ce Tour de France, ont été difficiles. Mais celui-ci est au moins aussi difficile que celui de chez Âne Victoire ou chez Charlotte de Aux ânes etc… Et je pense aussi à Louis et Olivier et à Rébecca. C’est toujours un moment où les émotions sont fortes, probablement amplifiées par la magie du chemin. Et comme à chaque reprise, Honoré me test et ce matin j’ai le droit à la totale : on double à gauche et même par la droite au lieu de rester sagement derrière, on tire pour aller brouter, on s’arrête pour faire semblant de se gratter, on accélère au moment de s’arrêter et on s’arrête au milieu de la route quand une voiture arrive. Bref, je sais que j’en ai pour deux ou trois jours.
Après avoir traversé la Bretagne et la Normandie, pays du beurre et de la crème fraîche, l’Alsace et son Munster, j’arrive au pays du Gruyère. Et je me rend compte que j’ai mal calculé mon coup, je vais arriver dans la région de la raclette en plein été. Heureusement qu’ensuite je ferais un crochet par le pays de l’Aligot, du Cantal et du Saint Nectaire, pour ça y’a pas de saison. Les gens ici sont vraiment accueillants, en passant devant une maison, on m’invite à m’installer dans le jardin. Il est trop tôt pour le bivouac, mais pour pique-niquer ce sera parfait. J’ai même une part de tarte aux pommes et des fraises du jardin. Beaucoup de route pour ce jour de reprise, quelques déchets aussi, même si ce sont des petites routes. J’appelle la mairie de Moimay, ce soir je bivouac près de l’Église. Je fais juste attention à planter la tente devant le buis.
Pour cette deuxième journée après la reprise, nous commençons par devoir traverser deux passerelles en bois, de celles qu’Honoré redoute habituellement. Après seulement cinq minutes de négociations, il franchit la première et ho surprise, il ne ralenti même pas pour passer la seconde. Plus loin deux autres passerelles, plus longues, plus hautes et avec de l’eau en dessous… Hé ben pas de problème, Honoré les passe fièrement. Enfin, c’est moi qui suis fier de lui. Je regarde la carte pour viser dans quel coin bivouaquer, il y a quelques petits villages mais éloignés. J’appelle la mairie d’un village qui me semble dans la limite du kilométrage possible et je tombe sur le portable de Baptiste, le maire qui me propose de bivouaquer chez lui. Rendez-vous est pris, ouf, pas de bivouac à chercher ce soir, y’a plus qu’à marcher. De plus en plus souvent j’anticipe les bivouacs, d’autant que les petites mairies ne sont ouvertes que quelques heures par jour, le matin ou l’après-midi. Les paysages sont magnifiques et je découvre qu’une partie du chemin emprunté aujourd’hui, est également une portion d’un chemin de Compostelle. Il y a de beaux dénivelés, notamment la sortie de Rougemont, une côte qui fait bien mal au genou. Heureusement avant la montée, un couple a rempli les gourdes et offre une bassine d’eau à Honoré. D’en haut je regarde le panorama qui est splendide et duquel il serait possible de voir la ferme de Valérie Alain, avec de bonnes jumelles. Valérie et Alain sont des gens d’une telle gentillesse qu’on ne peux pas les oublier. J’aurais donc bien profité de la jolie vue tout la journée avant d’arriver chez Baptiste et Nadège à Huanne. Promis il n’y a pas de faute, ça c’est s’écrit bien comme ça, c’est bien en France et pas en Chine, c’est dans le Doubs et je n’ai pas vu de pangollin. Et comme je suis dans une période de chance, Baptiste est aussi cuisto et m’invite à dîner. Une soirée très agréable encore une fois autour d’un bon repas et d’un bon verre.
Aujourd’hui encore, les paysages qui s’offrent à nous sont magnifiques. Les foins sont commencés et dégagent une bonne odeur de miel qui présage une bonne récolte. Une famille me propose un bivouac mais il est trop tôt, il faut que j’avance encore un peu. Finalement je tarde à trouver, du coup j’intercepte les gendarmes pour leur demander conseil (c’est toujours drôle d’arrêter les gendarmes ). Je me dirige donc vers un vieux lavoir dans lequel il y a de l’eau bien fraîche et bien clair, qui sera parfaite pour la toilette et la lessive. Honoré a de la bonne herbe, mais il la souille parce qu’on est à côté d’une ferme laitière et la traite est terminée. Voir une quarantaine de vache passer si près de lui sans clôture, ça lui a fait peur. Et pareil pour la traite matinale au retour du pré. Bon ceci dit, il y avait largement assez à manger pour la nuit.
L’étape du jour est encore très jolie et assez vallonnée. Je fais un petit crochet pour aller chercher du pain puis retour vers le chemin, enfin ce qu’il en reste, j’ai de l’herbe presque sous les bras… Il y a beaucoup de versions du chemin de Compostelle par ici, on en quitte un, on en trouve une autre. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome (ou à Compostelle) ? Après la dernière grande montée on fait une pause broute pour Honoré et pique-nique pour moi et même sieste pour tous les deux. La descente est longue et douce et nous conduit vers le Doubs. Rapidement on retrouve la civilisation et une jeune fille et sa maman nous invitent à bivouaquer. Mais il est trop tôt, et surtout le problème se posera demain pour trouver un bivouac. En effet demain il faudra traverser Besançon. Il y a une bonne vingtaine de kilomètres à parcourir pendant lesquels il sera difficile à trouver un bivouac. On a quand même pris le temps de papoter, à côté on prépare le marché du soir et on nous offre de l’eau, puis nous reprenons notre chemin. Maintenant c’est tout plat on longe le Doubs sur un chemin de halage. Ça nous rappelle plein de souvenirs. Ce soir le bivouac sera dans la cour d’une ferme de charolaise. Mais il y a une clôture, Honoré n’a pas peur et nargue même les vaches en se roulant par terre.
Auteur : Stéphane
Pause Francomtoise
Je suis en pause à la ferme pédagogique de Château Gaillard (https://www.facebook.com/chateaugaillard.genevreuille/) chez Valérie et Alain.
Alain est scieur de long et possède une scierie mobile avec laquelle il arpente les routes de sa région pour débiter le bois qu’il abat également.
Valérie est agricultrice et AESH (Aide auprès d’Enfants en Situation de Handicap) dans un collège. Elle accueille des enfants des IME dans sa ferme afin de les aider dans leurs pathologies à atteindre des objectifs évalués avec une équipe pédagogique et/ou les éducateurs qui les suits. Elle intervient également auprès d’EHPAD dans lesquels elle apporte paradoxalement un peu d’humanité grâce aux animaux. Même si c’est une activité professionnelle, le sourire sur les visages, le plaisir d’aller promener le chien ou juste le papouiller, caresser le lapin, la chevrette, les poules, les petits poussins… Réveillent tellement de souvenirs chez nos anciens qui changent de comportement en s’ouvrant spontanément. Quel cadeau ! Et cette générosité, cet amour des animaux et de l’humanité, ce profond respect de l’environnement et de l’agriculture biologique ! Quelle belle leçon. J’ai eu la chance de pouvoir accompagner Valérie lors de ses animations, merci pour cette découverte.
Je pensais m’arrêter là quelques jours, le temps d’entretenir le harnachement d’Honoré et les sacoches. Mais déjà en arrivant et en découvrant la vue et la nature préservée du lieu, j’ai compris qu’il allait être difficile de partir d’ici. Mais si le chemin m’a conduit ici, il y a bien une raison. Alors je lâche prise et laisse faire le temps.
Au lieu de quelques jours, j’aurais passé deux semaines à la ferme à faire du wwoofing et de belles rencontres. De ces rencontres qui font se remettre en question. Ça fait partie de l’aventure je suppose. Il est temps de repartir mais la météo en a décidé autrement… soit, je ne suis plus à une journée !
Les courses sont faites pour repartir et ici je découvre un appareil que permet de consigner les bouteilles plastiques et les bouchons, contre des bons d’achats dans la grande surface. J’en avais déjà entendu parler pour certains SuperU, ici c’est Leclerc, mais le principe est le même. Cela confirme que c’est possible, que ça existe et que ce n’est pas un énorme investissement, sinon la grande distribution ne placerait pas un Euro dans ce projet. C’est bon pour porter notre projet de loi. Mais les sessions parlementaires sont closes, suite après les élections…
Haute Saône
Nous quittons le gîte des Montagnôts et la journée commence par une longue descente. Je décide de faire un petit détour pour aller chercher du pain, mais je vais vite regretter cette décision qui va considérablement compliquer le déroulement de la journée.
On commence par de nombreux gués à traverser, bon ça maintenant Honoré a l’habitude et il gère de mieux en mieux. Mais tout à coup le chemin disparaît, et bien que nous soyons habitués à passer en mode « sanglier » sur certaines portions, là il est vraiment impossible de progresser. Demi-tour obligatoire. Deuxième essai un autre gué, mais celui-ci est trop grand et puis ne débouche sur rien, ok on fait encore demi-tour. Sauf que cette fois-ci on est obligé de prendre une route départementale à forte circulation. Bon ça aussi Honoré a l’habitude et il gère plutôt bien. Troisième essai pour rattraper le chemin que j’avais prévu… pas de bol c’est une propriété privée. Retour sur la route départementale puis quatrième essai, encore une fois pas de chance c’est une usine de bois et le chemin est barré. Bon ben c’est pas grave aujourd’hui j’avais deux bivouacs potentiels qui m’étaient proposés, un au nord de mon itinéraire, l’autre au sud.
Le chemin a choisi pour moi, ce sera au nord, impossible d’accéder au chemin décidé au départ. Finalement ça m’arrange car le départ du bivouac plus au sud me posait problème pour retrouver ma direction sans utiliser de grandes routes. Christine vient me rejoindre en route et me fait découvrir les petits sentiers autour de chez elle, c’est magnifique. Christine est une cavalière formidable, souriante, enthousiaste et aux petits soins pour nous. Encore une belle rencontre placée sur mon chemin par Valérie, chez qui nous allons dans quelques jours, et qui permet à Honoré de bien se reposer et moi aussi. La journée a été particulièrement longue. L’accueil adorable, le repas délicieux mais déjà la journée se termine.
Petite parenthèse, nous sommes à côté de Mélisey, village d’où est originaire Thibault Pinault le coureur de la FDJ. Encore un cycliste du Tour de France sur mon parcours.
Il faut repartir, Christine travaille et sa journée va être longue aussi. En partant, je me rends compte que je m’éloigne aussi des montagnes. Avec un peu de nostalgie, je quitte le massig des Vosges. La journée est bien plus courte, moins de dénivelés et de distance pour arriver chez Cécile et Rémi, eux aussi amis de Valérie, qui m’accueillent dans leur jardin. Cécile est enseignante, on fera une petite vidéo pour ses élèves, comme on avait fait avec Manon. La soirée est agréable autour d’un barbecue de saumon préparé par Rémi. Mais il est déjà tard, demain tout le monde travaille de bonne heure. Ce matin je me rends compte que je me suis planté sur l’implantation de la tente pour qu’elle soit au soleil tôt. L’arbre à côté la garde à l’ombre et la rosée du matin ne s’évapore pas. Tant pi, l’étape est courte, environ 12 kilomètres.
En route France 3 Bourgogne Franche-Comté m’appelle, un journaliste et un caméraman doivent me rejoindre en route. Le tournage se fait dans le village de Adelans et sera diffusé ce soir : https://www.france.tv/3399886-null.html#xtor=AL-85-%5Bpartage_video%5D
Après le reportage on se fait une petite pause déjeuner avant de rejoindre la ferme de Valérie et Alain. Valérie nous accueille alors qu’elle est en médiation animale avec ses ânesses et des jeunes de l’IME. Le temps de débater Honoré, impatient d’aller à la rencontre de nouvelles copines et je m’installe dans un magnifique chalet, construit par Alain. Rapidement Valérie me fais visiter sa ferme et me présente ses animaux. Puis, nous partons chez Jean-Claude chercher la pince de sellier dont j’aurai besoin pour renforcer les sacoches et changer la laine du licol de l’avaloir et de la bricole du harnachement d’Honoré.
Mais je vous expliquerai tout ça dans un prochain post, parce qu’ici ce n’est pas une ferme, c’est le paradis .
Territoire de Belfort
La journée de pause aux asneries d’Uffholtz a fait du bien, la reprise est progressive et le paysage toujours aussi agréable. Les vallons ne sont pas très forts et se passent facilement. Honoré s’est griffé le dos probablement en se roulant au sol comme il aime tant le faire et tire un peu au flanc. Ça devrait aller on ne va pas loin, la prochaine pause est proche et on aura tout le temps pour se reposer et soigner si besoin.
Il n’y a presque plus de vignes, on retrouve du bocage et des vaches qui pâturent. Je dois modifier le tracé en cours de route car en ce premier mai, il y a une course cycliste pile sur la route que je dois emprunter. Honoré est maintenant bien habitué aux vélos, mais là ça roule vite et j’ai peur qu’il panique quand le peloton va passer. Surtout que sur cette portion de route, ça descend, ça va donc rouler très vite et s’il y a un accident, les conséquences peuvent être dramatiques. On fait donc un détour qui m’oblige à prendre une route appréciée des motards et des passionnés de Porsche. Sauf que malgré mes signes pour les faire ralentir, ils font vrombir leurs moteurs préparés, ce qui est très bruyant. Les vieux riches sont plus cons que les jeunes avec leurs mobylettes, eux au moins ils ralentissent.
Le détour retarde pas mal la recherche d’un bivouac. Je fini par me poser près d’une chapelle sur le chemin de Compostelle. Plusieurs personnes viennent bavarder, c’est agréable. Mais ma pause de quelques jours qui était prévue, vient de tomber à l’eau. Je devais arriver demain et ne peux pas être reçu avant jeudi. Impossible de prendre le risque d’aller la haut pour attendre, la mairie n’ouvre qu’à 17 heures. S’il n’y a pas de solution il sera trop tard pour changer de direction et il est hors de question de prendre le risque d’improviser au dernier moment et de tomber sur un coin avec des plantes toxiques. Je dois donc trouver une autre solution et justement, Claire et Julien m’avaient proposé de faire une halte chez eux. J’arrive demain mais pas de problème, on improvise. Grand merci à eux. Ils viennent d’acheter une maison dans la montagne, juste en dessous de la Planche des Belles Filles, arrivée désormais mythique du Tour de France cycliste.
Mais avant je dois trouver un bivouac et la mairie de Grosmagny me propose un terrain communal. Le personnel communal vient même m’ouvrir la salle des fêtes le temps que je fasse le plein d’eau. Il fait beau, la nuit confortable, la voisine m’offre le café et des fruits. Merci !
Et puis, c’est parti direction Auxelles-haut, mais le chemin pour s’y rendre de là où nous sommes est semé d’embûches. Passerelles, gués, ponts en bois, barrières… Honoré semble avoir compris que je ne ferais aucune concession et que je suis armé de carottes. En chemin je m’étais arrêté « au Petit Marché » à Etueffont, le gérant nous a offert des carottes et une bouteille de vin blanc à partager avec Claire et Julien. Bref aujourd’hui mon compagnon aux grandes oreilles a décidé de me montrer qu’il est à la hauteur, il passe presque sans marchander la grande passerelle en bois. Pour les petites métalliques en grillage, c’est non mais moi non plus je ne peux pas passer, trop étroites avec le sac à dos. Mais a côté de chacune, il y a moyen de passer à gué. À chaque fois il fait semblant de ne pas vouloir mais je pense que ça l’amuse. L’orage monte, il faut écourter la pause déjeuner.
Rapidement on arrive au gîte guidé par Julien au téléphone. Je suis au gîte « les Montagnôts » (Chez Claire et Julien) qui vont proposer plusieurs sevices prochainement :
- ouverture de 2 gites (celui que j’inaugure ouvrira officiellement dans le mois de juin)
- éco-pâturage avec leurs deux vaches highland (entretien des espaces verts de la commune de manière écologique par le pâturage)
- ferme de bio-diversité (animaux de la ferme + favorisation de la biodiversité : arbres, plantes, fleurs variés, mare, installation de ruches de biodiversité où le miel ne sera pas prélevé, etc…) qui sera dans le futur ouverte au public avec des animations : découverte, activités avec les animaux de la ferme… En plus, la vue est magnifique sur les Alpes Suisses et le territoire de Belfort (oui nous avons quitté l’Alsace, nous sommes en Franche Comté). L’orage laisse place à de majestueux arcs-en-ciel. Là-haut c’est repos total, juste le chant des oiseaux, le craquement des branches au passage d’un chevreuil qui aboie parfois et le clapotis de la petite cascade à côté de la maison.
- Un journaliste de France Bleue Belfort vient nous interviewer (même Honoré a dit son petit mot), l’Est Républicain aussi vient faire un bel article (https://www.estrepublicain.fr/environnement/2022/05/07/avec-son-ane-honore-il-fait-le-tour-de-france-pour-ramasser-les-dechets?utm_medium=Social). Encore un reportage qui génère des dons sur la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane
Merci à tous pour vos participations et le partage de la page Facebook. En attendant j’ai pu me reposer, Honoré a eu la compagnie de Tagada, un poney super gentil. Et moi j’ai été aux petits soins de la famille. J’ai même eu une part de gâteau d’anniversaire de Louise qui fêtait ses deux ans. Et la grande sœur Anne, n’était pas la dernière pour caresser Honoré qui n’attendait que ça. Après quatre jours de repos, il est temps de repartir. Le bobo d’Honoré a cicatrisé et nous n’avons qu’une petite cinquantaine de kilomètres à faire avant une nouvelle pause technique, pour changer la laine de la bricole, de l’avaloir et du licol. Les départs sont toujours particuliers. Je devrais pourtant y être habitué… Pourtant cette fois c’est différent, Claire est passée ce matin chercher Tagada et dire au revoir. Nous partons seuls, mais c’est toujours la même émotion. Le même rituel à vérifier mille fois si je n’ai rien oublié, profiter un dernier instant du canapé, du lavabo, de la vue magnifique. Rituel sans cesse répété comme pour repousser au maximum le départ. Ce n’est jamais agréable de dire au revoir à quelqu’un, ou même à un lieu où l’on se sent bien. Dans ces moments-là, je me demande si ma démarche à toujours un sens. Alors je relis vos commentaires et je sais que je dois continuer. Il reste tant de belles rencontres à faire et de beaux paysages à découvrir. Et puis je ne peux plus abandonner la « loi Honoré ». Alors en route ! Et bonne chance à Claire et Julien pour leur projet de vie et leurs gîtes.
Haut Rhin
En partant de chez Sonia et Jacques on se prend une belle averse orageuse qui nous oblige à nous réfugier sous un auvent. Heureusement l’averse ne dure pas longtemps et nous pouvons vite reprendre le chemin dans le vignoble alsacien. Le chemin que nous suivons est aussi celui de Compostelle. On navigue entre vignes et châteaux en passant par des petits villages pittoresques.
Après avoir passé la journée à monter et descendre et à subir quelques averses, on arrive à Ribeauvillé. Une magnifique petite ville touristique aux charmes alsaciens. J’avais appelé la mairie pour avoir un bivouac au cas où la météo ne s’arrange pas. La police municipale me dirige vers le camping, fermé à cette saison, mais les policiers m’avaient ouvert la porte pour avoir de l’eau. Touché par notre périple, un des deux agents est revenu dans la soirée m’offrir une bouteille de vin blanc local. La nuit fut ponctuée par de nombreuses averses, mais j’aime autant il pleuve tant qu’on ne marche pas.
Ce matin le soleil est de retour mais rapidement les nuages reviennent en alternance de nuages est d’éclaircies. Quelques gouttes viennent perturber la journée mais le paysage est tellement beau, surtout aux alentours de Riquewihr. Comme il pleut peut, je peux reprendre le ramassage des déchets et heureusement il y a de nombreuses bennes de tri sélectif par ici. Est-ce la proximité avec l’Allemagne ? Pourtant les Teutons n’affichent pas la même rigueur ici que chez eux. Ces villages typiques sont magnifiques et le tourisme est très important. Trop à mon goût, il y a beaucoup de monde et certains doivent penser que je fais une animation dans la commune et m’imposent d’être pris en photo avec leurs enfants… La pauvreté mentale du consommateur… Bref je m’en fout, je visite, enfin non je cherche juste une boulangerie. Il y a des restos, des vignerons, des marchandises pour touristes, mais la boulangerie est au bout d’une ruelle.
Je retourne dans les vignes et Honoré cherche à brouter. Mais comme les céréales de la Marne ou de l’Eure, les vignes reçoivent copieusement des produits qu’il ne vaut mieux pas manger. En ce moment ce sont les désherbants qui sont épandus. Alors je suis en conflit permanent avec mon compagnon qui me fait vivement savoir son mécontentement. Enfin j’arrive à Niedermorschwihr (je ne saurais pas le prononcer) où j’avais demandé à la mairie un endroit pour bivouaquer. La secrétaire de mairie se trouvant bredouille dans ses recherches, attendait le retour d’un élu pour me rappeler. Mais entre temps, je suis arrivé à la mairie. L’attroupement se fait rapidement et Élisabeth, qui est la sœur de la pâtissière juste en face, me propose son terrain. Élisabeth travaille avec sa sœur dans la boulangerie – pâtisserie familiale et m’avait vu passer devant l’échoppe. Le temps de poser le tablier, elle me rejoint dans les vignes où elle me fait visiter son petit paradis, un petit jardin avec des poules au milieu des vignes face à la vallée avec Colmar puis plus loin Fribourg et au fond, la forêt noire (non, pas celle au chocolat que j’adore). Plus tard, elle me ramène quelques victuailles que je ne finirai pas ce soir, j’aurais assez pour demain midi. Je passe une agréable nuit, tout est presque sec et je reprends mon chemin vers le sud.
Je repasse à la boulangerie prendre mon pain et je suis accueilli avec café et pain au chocolat. Merci Élisabeth. Si vous passez par là, je vous assure que les viennoiseries sont parmi les meilleures de la région (www.christineferber.com).
La journée est marquée par les dénivelés, parfois entre 15 et 20%. Ça pique un peu les mollets, il faut aussi recentrer le bât. Mais on arrive au château de Hohlandsbourg à 644 m. Et quand ça monte, ça redescend. Et c’est là qu’Honoré s’amuse. Il se prend pour un cabri et courre en faisant le pitre avec son air de branleur, celui où il « galope » la tête haute en regardant par dessus son épaule l’air de dire « je vais plus vite que toi, vieux bipède ». Regarde donc devant toi, jeune quadrupède, il y a un ravin et ça fait deux fois que tu glisse et une où c’est moi qui t’ai retenu parce que j’étais devant toi pendant que tu faisais le Kéké.
J’essaie de joindre la mairie de Gueberschwhir pour trouver un bivouac. Il y a bien un couvent dans la montagne mais j’arriverai tard et il faut encore remonter, je n’ai plus le courage. Finalement la secrétaire de mairie m’envoie chez Georges Scherb, conseiller municipal et viticulteur bio, qui m’accueille près de sa cave. Il m’offre une bonne douche et me prépare une assiette bien garnie. Merci beaucoup.
La journée commence tôt à la belle lumière de l’Est qui dessine la forêt noire. Georges revient vers moi avec quelques victuailles mais je ne peux pas tout accepter, trop lourd ou trop de volume pour nos sacs et sacoches déjà bien chargés. Je suis quand même touché par le geste généreux. La marche commence par une montée, longue et parfois raide. Je suis sur le chemin de Compostelle dont les signes sont encore discrets face aux nombreuses randonnées proposées par le Club Vosgien. Mais les gens d’ici connaissent et guident spontanément. Toutefois il existe plusieurs variantes, quelques unes plus physiques que les autres. Je choisis un mélange de difficultés et passe par un magnifique chemin de croix. Après la longue montée, la descente vers la ville, puis remontée vers un autre chemin de croix qui débouche sur une splendide clairière autour de la chapelle Sainte Marie. Il y a une source et la clairière semble habituellement squattée par les scouts locaux. L’endroit est en effet propice au bivouac mais il y est interdit sans autorisation et je peux marcher encore. L’endroit est agréable et les rencontres nombreuses, de quoi évoquer le ramassage des déchets et notre périple. Les paysages commencent à changer, les vignes se font plus rare, l’élevage et les céréales deviennent plus fréquents. Il est l’heure de repartir et se mettre à la recherche d’un bivouac pour ce soir. J’appelle la mairie de Guebwiller, tous les responsables sont en réunion, on me rappelera dans l’après-midi. Je profite que le téléphone est allumé (je suis en mode avion pour économiser la batterie) pour consulter mes messages. Sylvain, un anier chez qui je dois faire une pause vendredi, m’a laissé un message proposant un potentiel arrêt chez Christine et Maurice qui ont un centre équestre. Mais je n’ai pas de numéro. La mairie de Guebwiller me rappelle et me propose un terrain, mais il n’y a pas d’eau. Je décline et décide de pousser jusqu’à Jungholtz. Une adjointe de Guebwiller me rappelle et me propose justement d’aller chez Maurice, elle lui téléphone, ce sera là-bas le bivouac du jour. Arrivé au centre équestre, je consulte mes messages et j’en avais un de Pierre qui m’attendait justement dans le village le midi. Oups, désolé je n’avais pas vu le message, pensant que c’était un doublon de Sylvain. Il me rejoint donc chez Maurice et nous prenons l’apéro ensemble. Après une bonne douche nous dînons puis dodo, la journée a été longue et le dénivelé important.
Ce matin Pierre apporte les croissants et après le petit déjeuner je dois aller à la mairie pour une photo souvenir qui servira dans le bulletin municipal. Pierre m’accompagne et m’offre une gourde en cuir à l’effigie des ânes. Joli cadeau. La journée est courte, je suis attendu Aux âneries d’Uffholtz et je vais dormir chez Sylvain et Maryline. Nous sommes accueillis par Sylvain, le patron des lieux, accompagné de Shannon, Gilbert et André, venus à l’asinerie pour une séance de médiation que nous avons quelque peu perturbé. Honoré quand à lui, est accueilli par cinq congénères chez qui il se sent immédiatement comme chez lui. Pierre, éleveur d’ânes de Provence qu’il attelle, et que j’avais déjà rencontré la veille, nous rejoint. Mais nous devons interrompre ce moment agréable, je dois faire ressemeler les talons de mes chaussures, déjà usés. Avec le temps de séchage, il faut que ce soit fait ce soir. J’avais appelé pour expliquer la situation inhabituelle au cordonnier, mais il avait l’air pris de court. Bon, j’espère que le travail sera bien fait quand même.
Les ânes semblent avoir passé une bonne nuit, on va les mettre dans un pré plus garni puis les laissons jouer ensemble. Le midi Sylvain et Pierre ont la gentillesse de m’inviter dans un restaurant qu’ils tenaient à me faire découvrir et près duquel Sylvain y a deux ânes. La montagne est belle mais l’orage gronde. Les visiteurs qui devaient venir rencontrer Honoré l’après-midi, sont restés à l’abri. Les échanges étaient passionnants, comme toujours. Du coup l’après-midi s’est terminée plus tôt que prévu, laissant le temps d’aller voir les ânes de Pierre, bien installés dans la montagne.
Et ce matin, il est temps de repartir, mais avant, on va chercher Gilbert et André à l’Institut pour qu’ils disent au revoir à Honoré. Pierre et Éric, lui aussi membre de l’association et qui était passé la veille, étaient eux aussi présents pour nous saluer. Je ne suis jamais bien doué dans ce genre de situation, à la fois amicale et émouvante et je suis maladroit pour gérer le moment. Mais je suis très touché. Nous partons tous ensemble mais Sylvain, Gilbert et André m’accompagnent un bout de chemin. C’était une sacrée étape ! Encore merci à tous.
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