La pause chez Fanny à la chèvrerie fait beaucoup de bien aux organismes, tant à Honoré qu’à moi. Les alternances d’orages et de soleil permettent aux champignons de pousser généreusement, de beaux bolets feront nos repas de la journée. Avec les œufs des poules de Fanny et ses délicieux fromages, c’est le bonheur. D’ailleurs c’est une aubaine car pour se ravitailler par ici, c’est difficile. Il y a peu de commerces et mes valises sont presque vides.
Même si la pause a été brève, ce matin je pars avec le moral dans les chaussettes. Je ne sais pas pourquoi mais c’est pas la grande forme. En plus Honoré est un peu chiant ce matin. Mais rapidement il comprend que quelque chose ne va pas et s’assagit.
Je pars assez tard en espérant croiser Fanny, mais finalement c’est son chien que je croise, qui se promène sur le GR. Il accompagne une famille qui marche en direction de la ferme, je préviens Fanny qui le récupérera un peu plus tard. Il y a beaucoup de sources par ici, ce matin on passe celle de la rivière Ardèche. Il y a peu de commerces, mais aussi peu d’habitations et de villages. Difficile de s’approvisionner même en eau. Heureusement à la croisée du GR 7 et du GR 4, il y a un restaurant. J’espère pourvoir y faire le plein des gourdes, et pourquoi pas y bivouaquer. Mais le resto est complet, le coup de bourre vient de passer et la serveuse exténuée me repousse d’un « c’est pas le moment » ! Le prochain ravitaillement en eau est à 12 km. Et en plus il y a du dénivelé aujourd’hui ! Plus loin je rencontre un couple fort sympathique qui me pose les questions habituelles sur notre tour de France. Il m’offre sa bouteille d’eau et me propose de participer à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane. Je suis très touché, d’autant que cette journée est vraiment compliquée. Et en plus je dois faire plus de kilomètres que je ne l’aurais souhaité. Heureusement, le couple qui est de la région m’indique une abbaye où, sans aucun doute, je pourrais bivouaquer.
Il se trouve que la fameuse abbaye n’est autre que Notre-Dame-des-Neiges dans laquelle avait séjourné Robert-Louis Stevenson. Cette rencontre est providentielle. Honoré a été remarquable aujourd’hui, il m’a beaucoup aidé malgré un début de journée compliqué. On a passé des endroits très difficiles d’accès, sauté des barrières, grimpé des rochers et descendu des chemins de galets abruptes. Au final, on a parcouru 28 km avec 800 m de dénivelés positifs avec de forts pourcentages et 900 m en négatif. Autant dire que ce soir je monte le campement, un coup de gant pour la toilette, une soupe et au lit. La journée de repos chez Fanny est réduite à néant avec ces efforts.
La nuit fut agitée par la douleur au genou, c’est décidé je vais accepter la proposition des Ânes de Philémon (qui m’a envoyé un message via un groupe d’âniers) et faire une pause chez lui. Mais d’abord ravitaillement. La supérette de La-Bastide-Puylaurent est bien dévalisée mais ça fera l’affaire, les sacoches sont vides et j’ai faim. Juste après on traverse l’Allier qui prend sa source un peu plus haut, nous passerons tout près après la pause déjeuner. Encore un volcan à grimper et c’est dans les nuages que je fais la pause déjeuner. Honoré ne mange pas, reste à l’affût, mais de quoi ? De temps en temps j’entends un bruit que je n’arrive pas à identifier… La pause fût rapide encore car des averses sont encore annoncées et j’ai trouvé un camping où je pourrais prendre une douche et laver mon linge. Il y a même un parc pour ânes, merci Stevenson. Après la pause on traverse un parc d’éoliennes récent mais quand même bruyant, c’était ça le bruit que j’entendais et qui inquiétait Honoré. Avec les nuages je ne les avais pas vu, mais une éclaircie les laisse apparaître, c’est impressionnant, étouffant. Puis la descente, les crottes d’ânes qu’Honoré s’empresse de lire (il y a des messages dedans, chut, c’est pour les ânes). Enfin, nous traversons la rivière Allier, ou plutôt le ruisseau, puis plus loin on la passe carrément à gué. Enfin on arrive au camping, un peu de confort fait du bien. Honoré a un immense parc avec de la bonne herbe bien verte, mais il ne me voit pas, il s’inquiète, m’appelle.
Comme on est sur un chemin de randonnée réputé, il y a beaucoup de randonneurs qui font halte ici. C’est le cas de Léa, une jeune venue de région parisienne qui a fait Compostelle et qui a besoin de retourner aux sources du chemin pour méditer et se concentrer sur ses choix de vie. Comme je la comprend ! La conversation est riche, un bel échange.
Je profite du camping pour une nouvelle pause, reposer mollet et genou et esquiver les nouveaux orages annoncés. Sur la route j’avais cueilli des coulemelles, au camping il y a des mousserons. La nature m’offre encore trois repas, ça fait du bien. Je suis en pause de marche certes mais pas en pause concernant les déchets. Je profite d’avoir accès à l’électricité et recharger mon téléphone pour poursuivre mes démarches politiques et faire avancer le projet de loi. N’ayant pas de réponse de la part des députés, je décide d’aller à la pêche de nouveau via le site de l’Assemblée Nationale. Comme je ne suis plus particulièrement attaché à une circonscription, je décide de chercher par mot clé. Hé bien figurez-vous que dans la liste des mots clés suggérés par l’Assemblée Nationale, aucun ne fait référence à l’environnement, ni à la pollution, ni au dérèglement climatique, même pas à l’écologie d’une manière générale. Comme s’il n’y a aucun problème à ce sujet. Allô, y’a quelqu’un ? On attend quoi pour s’inquiéter ? Non je dis ça, c’est pas comme s’il y avait des millions de morts à cause des déchets plastiques quand même !
Bref, les orages sont passés, à côté de nous heureusement, on reprend la route à la recherche de pain. Mais il n’y a pas de boulangerie. Quand par chance je trouve une épicerie, les prix sont multipliés par deux et on n’accepte pas la carte en dessous de 15 €. Sachant qu’il y a un distributeur tous les 80 km je trouve que la notion de commerce par ici est un peu poussée à la consommation. En même temps, ils ont passé l’été à avoir des bobos parisiens qui sont venus se prendre pour Antoinette dans les Cévennes, je comprends qu’ils soient fatigués Mais moi j’y suis pour rien.
Enfin j’arrive à Le Bleymard où on me propose de bivouaquer au camping, de forts orages sont annoncés : « ne vous mettez pas trop près du ruisseau » m’annonce la secrétaire de mairie. Bon c’est pas rassurant mais les locaux semblent plus optimistes. Le camping est au bord de la source du Lot, département que j’espère traverser dans quelques semaines.
Auteur : Stéphane
Parc des Monts d’Ardèche
Je pars de bonne heure ce matin car des orages et de la grêle sont annoncés pour aujourd’hui. Et j’ai 15 km à faire pour atteindre le prochain village où je peux potentiellement m’installer. Le chemin nous promène entre l’Ardèche et la Haute-Loire, les paysages sont toujours agréables, le Mont Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc dominent maintenant notre horizon. Un premier orage éclate au loin, il nous reste encore une heure de marche avant d’arriver mais l’orage à la bonne idée de nous contourner. J’arrive au stade de foot que la secrétaire de mairie de la commune de Les Vastres m’avait proposé. Il y a un petit abri sous lequel je pourrais monter la tente en cas de grêle mais je descends quand même au village vérifier qu’il n’y ait pas un autre lieu mieux abrité pour Honoré. Finalement retour au stade on devra se contenter de ça mais c’est déjà pas mal.
Nous poursuivons notre progression dans les Monts d’Ardèche. Le paysage est vallonné, mais maintenant nous y sommes habitués. Nous avons été doublé par deux Québécois à vélo, qui m’ont bien fait rire en me demandant si j’avais le droit de faire le tour de France à pieds avec un âne. Je ne comprenais pas bien le sens de la remarque quand ils m’ont expliqué que la France est un pays étrange. Pour les Québécois, en France, pays des droits de l’homme, il faut toujours demander une autorisation pour tout. Si la remarque n’est pas drôle, notamment quant à l’image qu’elle donne de notre pays, l’accent avec lequel la remarque est soulignée est assez amusant, tabarnak. Nous suivons le GR7 et par ici, il longe pour partie ce qu’on appelle la ligne de séparation des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée. En fait c’est une ligne imaginaire mais parfois symbolisée par des œuvres d’art, qui marquent cet endroit d’où l’eau va s’écouler : sur le versant Est de cette ligne, l’eau va s’écouler vers la Méditerranée, sur le versant Ouest, l’eau va s’écouler vers l’Atlantique. C’est le cas de la Loire, elle s’écoule sur le versant Ouest. Il s’en est fallu de peu pour que le plus long fleuve de France, ne soit qu’une rivière qui se jette dans le Rhône, quelques mètres plus à l’Est…
La journée a été longue à cause des dénivelés et parce qu’il est difficile dans ces petits villages de trouver du ravitaillement et un endroit pour pique-niquer le midi. Par précaution, j’appelle la mairie des Estables, une petite station de ski familiale, pour trouver un bivouac. Dans ces zones escarpées, les fermes ne sont pas toutes habitées et les terrains des particuliers, souvent en pente, ne permettent pas de nous recevoir. On me propose alors une aire de pique-nique à l’extérieur du village. Ce soir je bivouac donc près d’un ruisseau qui s’appelle la Gazeille. Pour ceux qui connaissent Robert-Louis Stevenson et son fameux voyage dans les Cévennes avec un âne, ce nom doit leur rappeler quelque chose… Le-Monastier-sur-Gazeille est à une quinzaine de kilomètres d’ici. Ici le ruisseau fait moins d’un mètre de large mais le débit est suffisant pour y faire la lessive et la toilette.
Nous partons de bonne heure ce matin car je sais que le dénivelé va être encore important et entre le déchirure musculaire au mollet gauche et la tendinite au genou droit de plus en plus présent, je vais devoir y aller doucement. Sur les hauteurs la vue est vraiment époustouflante et j’imagine que par temps clair, on doit voir très loin. La journée a été marqué par le passage près du Mont Gerbier de Jonc, comme je me l’étais promis. Le chemin est toujours agréable et je décide de faire un crochet vers Sainte-Eulalie, un joli petit village au pied du Mont Gerbier de Jonc et au cœur duquel coule la Loire. J’appelle la mairie pour savoir si je peux bivouaquer mais le maire est catégorique, il y a un camping 4 étoiles et aucun terrain communal. Je passe pourtant devant le stade de foot et le tennis justement au bord de la Loire, mais ma démarche ne semble pas intéresser l’individu. Tant pi, finalement ça m’arrange, ça fera moins de kilomètres demain, de gros orages sont encore annoncés et je devrais vite me mettre à l’abri ainsi qu’Honoré. Finalement c’est à Sagne-et-Goudoulet, un charmant petit village de montagne, que je trouve le bivouac parfait. Parfait parce qu’en fait tout est organisé pour accueillir des ânes. En saison, le bâtiment tout proche est un gîte et le terrain est aménagé pour les ânes car il est sur un circuit d’un loueur d’ânes tout proche.
Petit détour par le cimetière pour faire le plein d’eau avant de prendre la route qui va être longue aujourd’hui. 23 km avec beaucoup de dénivelés et peu de pauses car le temps presse, de nombreux orages sont encore annoncés cet après-midi et de la grêle ce soir. Heureusement Sabine et Anthony, les boulangers bio de Bourbon-l’Archambault, sont passés par ici l’an dernier avec leur âne et m’ont conseillé une adresse, chez Fanny. Le premier orage passe à côté de nous, j’en profite pour faire la pause déjeuner, le second arrive juste au moment du départ mais comme la forêt tu es plutôt dense à cet endroit nous sommes peu mouillés. On prendra quand même quelques gouttes du troisième orage. La météo nous laisse le temps d’arriver et de monter le campement. Nous allons faire une pause ici, Honoré moi l’avons bien mérité ! Soudain le ciel devient noir et menaçant… ça y est la grêle arrive. Heureusement grâce à l’application de météo, j’ai pu voir d’où allait arriver l’orage et installer le campement à l’abri de grands sapins qui semblent suffisamment solides. Nous sommes à l’abri, assez pour ne pas subir de dégâts. Un camping-car garé dans la cour de la chèvrerie, a eu des impacts sur son panneau solaire.
Je remercie au passage toutes les personnes qui continuent de participer à la cagnotte http://www.leetchi.com/c/tdfane ça va permettre à Honoré de prochainement refaire une visite avec un ostéopathe et contrôler que tout va bien et renouveler le matériel usé 😉
Entre deux PNR
Au départ de Pil’ânes, je croise une ânesse en fugue. Elle vient de chez Bernard, mais d’un autre pré. Vu qu’elle tape la discute avec Honoré, j’en profite pour appeler Bernard et le rassurer en attendant qu’il arrive pour la ramener en sécurité. Petite escapade qui m’aura permis de marcher quelques mètres avec deux ânes… Et du coup de penser à Sylvain avec Balthazar et Lucie, maintenant avec Pupy.
Il fait encore très chaud aujourd’hui malgré les orages de la veille. Et le dénivelés est parfois rude, Honoré me le fait remarquer, mon mollet aussi. Heureusement le dos semble vouloir me laisser tranquille, ça m’arrange.
Les paysages sont toujours aussi beaux et les villages de montagne, pittoresques. Depuis hier soir, on marche sur le GR 65, le chemin de Compostelle historique qui passe par Le-Puy-en-Velay, ville choisie par de nombreux pèlerins pour démarrer leur chemin. Le chemin est aménagé pour les pèlerins avec des gîtes qui leur sont dédiés et des attentions particulières comme ce square chemin de croix où l’on fait la pause pique-nique. On longe l’Ardèche, mais nous sommes toujours dans la Loire. Vu que j’ai vu pratiquement son embouchure (Nantes il y a tout juste un an) je vais bientôt passer à sa source, au Mont Gerbier de Jonc.
La journée à mal commencée, ça faisait longtemps qu’Honoré ne m’avait pas refusé une passerelle, mais ce matin il n’y a rien à faire, il ne passe pas ! Je suis contraint de faire un détour, qui finalement m’arrange bien puisque je peux aller faire un complément alimentaire au Carrefour Contact du coin. Mais je suis en colère !
Aujourd’hui le terrain est en pente montante pour pratiquement toute la journée. +771 mètres de dénivelé positif, -122 en négatif. Altitude maxi 1207, altitude minimum 501. Sur une distance de 19 km. Comme rééducation pour une déchirure musculaire au mollet, j’ai pas trouvé mieux ! Mais bon j’ai marché doucement je me suis bien hydraté et ça a tenu.
Il y avait comme d’habitude quelques déchets à ramasser et à trier. Mais j’y reviendrai.
En traversant Bourg-Argental, j’ai rencontré Serge, un pèlerin Suisse-allemand étonné de notre duo. Il fait quelques emplettes dans la ville mais nous c’est déjà fait, on trace. Il me rejoindra plus tard sur un air de pique-nique à Saint-Sauveur-en-Rue. (Note à moi-même : ils sont étranges ces Allemands et Suisses-Allemands, il y a 5 tables de pique-nique libres, mais c’est à la mienne qu’il vient déjeuner). Oui c’est une pause express à peine le temps d’avaler un sandwich et une pomme, moi je préfère prendre mon temps et faire une petite sieste.
Plus tard une famille s’approche pour caresser Honoré. J’apprends que les habitants de la commune sont surnommés « les Picatios d’ânes » ce qui signifie en patois « les pique cul d’ânes ». C’était semble-t-il le seul moyen de les faire avancer dans les montagnes alors qu’ils étaient très chargé de sacs de sel. Nous sommes sur la route du sel. Arrivé pratiquement au point culminant de ma journée, j’ai le choix de poursuivre sur le GR 65 ou de retrouver le GR 7 que j’avais quitté fin juillet avant la déchirure musculaire. Pour des raisons pratiques d’approvisionnement en eau je choisis de poursuivre sur le GR 65. J’amorce la descente et à la sortie de la forêt, un nouveau paysage s’offre à moi. Désormais j’ai une jolie vue sur le Mont Gerbier de Jonc. Je trouve un bivouac dans un pré avec vue sur les montagnes, au Nord le Livradois Forez, au sud les Monts d’Ardèche. Je suis entre le Parc Naturel Régional du Pilat et celui d’Ardèche. Et il y a une chapelle, j’en profite pour temponner ma crédenciale.
Beaucoup de bitume aujourd’hui et quand c’en n’est pas, ce sont des cailloux, dans les descentes bien sûr. Et descendre dans les cailloux avec une déchirure musculaire, ben ça fait mal, plus que de monter 😁 ! J’avais repéré sur la carte un bivouac possible, sur place le site n’est autre que l’héliport du restaurant du chef Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire. Tant pi, je poursuis et arrive en Ardèche. Là un couple m’offre une bière fraîche et m’envoi au village suivant où il y a moyen de bivouaquer près de la salle des fêtes, il y a de l’eau et un WC public. Et une gentille ânesse de 3 ans juste à côté. Parfait pour cette nuit.
Le chemin est agréable ce matin entre monts et forêts. On trouve ici régulièrement des bacs de tri, de ceux qu’on appelle les « apports volontaires », qui invitent les habitants à opérer un tri efficace. Cependant les bennes à ordures ménagères sont fermés à clé. Pas sûr que l’incitation soit suffisante pour tous, mais en tout cas on a le choix. De mon côté ça m’oblige à plus sélectionner les déchets que je ramasse, car sans clé je ne pourrai pas me débarrasser des ordures ménagères. Je continue cette matinée de marche très agréable en direction du lac de Devesset. Il y a des tables de pique-nique à l’ombre de pins très odorants. Il y a même un peu d’herbe pour Honoré, la pause sera parfaite. J’ai tout juste le temps de déjeuner, je m’allonge pour une sieste qui sera écourté par un couple de vieux qui passent leur temps à râler et s’engueuler. À tel point que j’hésite entre leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls, et partir d’ici. Quand tout à coup j’écoute une voix familière qui crie mon prénom. C’est avec une grande émotion que je retrouve Cathy et Christophe, des amis de longue date de passage ici avec un couple d’amis. Je suis ému de les revoir, ils étaient venus à ma rencontre au tout début de mon tour de France et j’avais promis de passer les voir à Chambéry, mais je n’ai pas pu tenir ma promesse. Enfin pas pour l’instant. Juste le temps de boire un café et de discuter un peu et il est temps de repartir car je dois vite trouver un bivouac pour ce soir, des orages sont annoncés. Finalement la mairie de Saint-Agrève me propose un bivouac près d’un ranch en construction. Un festival de country music et rodéo y est organisé régulièrement. Je suis attendu par un correspondant local du Dauphiné libéré et rejoint rapidement par une adjointe.
Le Pilat
Depuis quelques jours, j’ai commencé la rééducation du mollet en reprenant la transhumance des brebis entre la ferme et les pâtures. Si le mollet est encore sensible, la cicatrisation semble se poursuivre et tenir le coup.
Honoré quant à lui, montre de signes d’impatience à reprendre la route. Il m’appelle de plus en plus souvent et me suit le long de la clôture comme s’il craignait que je parte sans lui.
Il y a quelques jours, Miel, la border de la ferme qui est une assistante parfaite pour transhumer les brebis, a fait des petits. Sept chiots sont nés, dont la moitié sur le lit où je dors… Alain me promet de m’en réserver un, il propose même de commencer son éducation au troupeau. Ça tombe bien je ne serai pas arrivé au terme de mon tour de France avant le sevrage de ma futur assistante 😉
Peut-être qu’une semaine de plus à la ferme serait un choix raisonnable, mais comme Honoré, j’ai des fourmis dans les pattes. La météo annonce encore des chaleurs pour les prochains jours et des orages pour la semaine prochaine, mais je sens qu’il est temps. Comme toujours quand on reste quelques temps en pause, on s’attache aux gens, aux lieux, aux nombreuses rencontres… Et comme à chaque fois, c’est toujours difficile de dire au revoir.
Les premiers pas sont hésitants, ça va être compliqué de marcher avec le bas de contention, je fais un strap avec la bande, ce sera plus confortable. Et nous sommes en route. Un peu de bitume pour commencer mais il ne fait pas trop chaud. Pause pique-nique avec une magnifique vue sur la vallée du Rhône avec les Alpes au loin. Ha décidément ces Alpes, elles m’attirent et je ne peux pas y aller. C’est probablement pour une autre fois, il y a sûrement une raison.
Ce soir j’arrive sur un spot qui attire mon attention, il y a de l’herbe presque verte, des habitations où je peux trouver de l’eau et une table de pique-nique. Au terme de cette première journée de marche un petit parage des pieds de d’Honoré était nécessaire, pour contrôler l’état et arrondir les angles, la pause a ramolli la sole qui mue un peu.
Les premiers voisins nous offrent de l’eau, les enfants des carottes et de la luzerne pour Honoré, j’installe le campement et un autre voisin vient discuter. Jérôme est directeur d’un magasin Sport 2000 près de Saint Etienne. Il a lui aussi souffert d’une déchirure musculaire au mollet et m’offre un manchon de contention qui me permettra de mettre des chaussettes de rando et maintenir le mollet. Il sait que la guérison sera longue, dans son cas, il aura mis quatre ans avant de pouvoir reprendre la course à pies. Je peux aussi prendre une douche et je suis invité à dîner. Sa femme Laetitia, s’occupe de la communication du village et gère la page Facebook, elle vient faire un photo de notre petit convoi. Nous passons une très agréable soirée, une bonne bière bien fraîche, un repas sur le pouce en terrasse avec leur fils Eliott, bref une petite famille bienveillante, ce jour de reprise est parfait.
Jérôme passe me saluer avant le boulot, Laetitia m’apporte de l’eau fraîche au départ et m’indique que je vais passer près de Pil’ânes, une location d’ânes de randonnée au pied du massif du Pilat. Alors je me mets en route et découvre les magnifiques paysages proposés par le Parc Naturel Régional du Pilat. Quand la vue est dégagée, on voit du Mont Blanc au Mont Ventoux. Avec la chaleur le temps est nébuleux mais on distingue le massif de la Chartreuse et du Vercors de l’autre côté de la vallée du Rhône. C’est beau, vallonné, comme j’aime. En route j’appelle Bernard de Pil’ânes et lui raconte mon histoire. Il me propose de bivouaquer au pré où son ses ânes. Il y a son bureau dans lequel je peux dormir sans monter la tente. Et Honoré a des potes pour gambader. Malheureusement Bernard ne peux pas rester mais nous sommes bien installés. Ça fait 15 ans que Bernard loue des ânes, c’est sa dernière année.
Nous avons rattrapé le GR65. Vu que j’envisage d’aller à Cahors, il serait tentant de suivre ce chemin, mais le Tour de France ne serait pas suffisamment complet. Je suis bien content de pouvoir dormir à l’abri ce soir, un orage éclate avec un peu de grêle. Pas de dégâts mais c’est toujours impressionnant.
Convalescence
C’est étrange de ne rien faire ou tout au moins pas grand-chose. J’en profite pour me promener un petit peu, en voiture pour changer. Je fais le copilote en accompagnant Alain reconduire son petit-fils sur Chambéry. Chambéry et ses paysages magnifiques, le lac du Bourget et ses montagnes majestueuses que j’avais prévu initialement le parcourir avec Honoré. L’escapade aura été brève, tout juste l’après-midi, mais j’aurais pu admirer encore une fois ces montagnes. Au retour je conduis un petit peu pour soulager Alain fatigué, heureusement c’est une voiture automatique et mon mollet gauche peut donc rester au repos.
J’accompagne aussi Bernadette sur Montpellier où elle devait ramener Philippe et son fils qui ont passé quelques jours à la ferme et ramener Sylvie la sœur d’Alain. Petite escapade au bord de la Méditerranée que je ne pensais pas voir dans mon périple. Je profite de la plage pour tremper les pieds dans l’eau. La dernière fois, c’était en partant de Crozon, cette fois-ci c’est à Mèze, en face de Sète. À Deauville, il faisait trop froid pour mettre les pieds dans l’eau. Que de distance parcourue !
Le projet de loi stagne, mais c’est sûrement normale en cette période de vacances. Par ailleurs, la météo caniculaire et les nombreux incendies occupent toute l’actualité, à juste titre.
J’ai malheureusement pu observer les dégâts de la canicule qui, depuis mi-juillet, a sérieusement jaunie les arbres. En cette première quinzaine d’août, l’automne est déjà là dans le sud. Ajouté à celà les hectares de végétation brûlés par les incendies, l’ambiance lunaire n’augure rien de bon. Ma motivation à ramasser les déchets ne faiblit pas, bien au contraire avec ces observations, toute pollution doit être arrêtée pour limiter les dégâts déjà considérables.
Enfin, cette période d’anniversaires loin de la famille, titille un peu le moral, mais j’ai encore tellement de belles rencontres à faire et de magnifiques paysages à traverser… Rien que d’y penser, ça remonte le moral pour avancer dès que possible.