Avec le changement d’heure, je pars trop tôt de mon bivouac sur le bord du GR 65 chez ces particuliers que je n’ai pas beaucoup vu, ils partaient dans la famille à l’occasion de la Toussaint. Honoré lui a pu gambader avec deux congénères, ça lui a fait du bien.
À peine une dizaine de kilomètres aujourd’hui pour arriver au Mont Saint-Cyr où j’ai prévu de bivouaquer. Je profite d’une magnifique vue sur Cahors, il y a de l’herbe pour Honoré et de l’eau. Parfait ! Je profite aussi du snack pour manger un truc tout prêt et une glace. C’est tout bête mais ça fait du bien. Je passe la journée à observer les promeneurs, nombreux en ce dimanche ensoleillé. Quelques uns viennent poser les habituelles questions, d’autres, plus timides, préfèrent expliquer ce qu’ils pensent savoir de notre petit convoi. C’est amusant, je laisse parler et je me marre. Quand une personne du groupe s’approche finalement et que je donne ma version, les gens ont du mal à me croire. C’est encore plus drôle. J’ai la chance d’assister au coucher de soleil sur Cahors, vu d’en haut c’est magnifique.
Aujourd’hui l’étape s’annonce assez courte et sans difficulté majeure, si ce n’est de descendre du Mont Saint-Cyr et de traverser Cahors. Pour la descente du Mont Saint-Cyr, je décide de faire un détour pour prendre la pente la moins raide et ainsi éviter de devoir rebater en arrivant à Cahors. On arrive par le pont Louis-Philippe qui donne directement sur la boutique de Caminoloc où j’avais commandé mes chaussures. Malheureusement Mahdi n’est pas là mais je ne peux pas attendre, des orages sont annoncés ce soir et j’aimerais être arrivé avant la pluie. Je fais quelques courses puis traverse Cahors qui est une très jolie ville. On longe le lot puis on prend la direction de la vallée qui mène chez Martine. À la sortie d’un village, on fait la pause casse-croûte et je suis rejoint par Myriam et Joseph qui me suggèrent d’aller bivouaquer chez Mag et Patrick qui proposent de la randonnée avec des ânes. J’explique que je suis déjà attendu chez Martine, justement Myriam connaît bien Martine puisqu’elle intervient dans ses formations d’ânier générale en tant que dentiste équin. Ici tout le monde connaît les ânes ! Myriam et Joseph me rejoindrons ce soir chez Martine pour prendre l’apéro.
À peine avais-je fini de déjeuner, le téléphone sonne, c’est Mahdi qui me propose de me rejoindre. Je suis touché que ce pèlerin légendaire fasse un détour pour me rencontrer. Mahdi n’est pas un marcheur comme les autres, il a notamment effectué une grande marche pour la paix partant de Jérusalem et reliant Compostelle en passant par Rome, le tout à pied ! Il ne marchait pas seul, le groupe était constitué d’un chrétien, d’un musulman et d’un juif. Une belle leçon d’humanité qui a conduit Mahdi à s’installer à Cahors sur la voie du Puy-en-Velay en direction de Compostelle. Il est aussi connu pour avoir tenu pendant quelques années le magasin Caminoloc, boutique du pèlerin par excellence. De nombreux pieds ont été sauvés dans cette boutique et de nombreux sourires réapparus. Autant vous dire que je suis particulièrement touché qu’il soit venu à ma rencontre, même si elle fût brève, je suis ému.
Mais il est temps de reprendre le chemin pour arriver à l’ânerie de Martine où je suis accueilli chaleureusement par toute sa famille. Martine est également une légende mais dans le monde de l’âne. Ses formations, ses analyses, la compréhension de ce qui se passe entre les deux grandes oreilles de nos ânes adorés, font d’elle une référence chez tous les âniers. D’ailleurs la plupart des âniers professionnels ont fait au moins un stage chez elle.
J’avais demandé à Martine de me conseiller une ostéopathe pour contrôler l’état d’Honoré et je profite de ma halte chez elle pour offrir cette consultation à mon compagnon. C’est Eugénie qui est venue à l’ânerie ausculter Honoré dans tous les sens. J’ai beaucoup apprécié son approche énergétique de l’ostéopathie. Comme Nadège, que nous avions rencontré dans la Marne, elle prend le temps de connaître et ressentir l’animal afin de lui apporter le soin optimal. En effet il n’est pas forcément nécessaire de tirer les pattes dans tous les sens et faire craquer, comme le font certains pour impressionner la galerie. Honoré a donc pu profiter d’une séance très complète qu’il semble avoir particulièrement apprécié. Merci Eugénie pour ton travail, ta patience et ta bienveillance. Et merci à tous les contributeurs de la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane grâce à qui j’ai pu offrir cette séance à Honoré. Pour la contacter 06.47.00.78.06.
Repos total maintenant pour conserver les bienfaits de la séance, et comme la météo s’en mêle, on prolonge le séjour de deux jours supplémentaires. Le temps pour Honoré de rencontrer quelques copains ânes et chevaux et pour moi de rencontrer les amis incontournables de Martine. Cette prolongation m’aura permis d’en apprendre encore plus sur l’âne chaque jour et donc de mieux comprendre certains comportements de mon ami aux grandes oreilles. Je suis très fier d’avoir rencontré la légende qui parle à l’oreille des ânes et qui est un trésor de connaissances à son sujet. Aussi, dois-je préciser à quel point l’émotion était forte ce matin quand il a fallu reprendre notre chemin.
Mais ça fait parti du Tour de France, il faut avancer, l’hiver approche et ces derniers jours, les températures sont enfin de saison. La journée est belle les paysages sont magnifiques, les villages typiques du Lot invitent au voyage et à la découverte de l’histoire locale. Les dénivelés sont assez doux, la vue est impressionnante quand on est en hauteur, reposante dans la verdure des vallées. Pour la reprise, on pousse jusqu’à Labastide-Murat où un couple me conduit à un terrain communal riche en bonne herbe et avec de l’eau. Plus tard il m’apporte même des cannelés, le mari est originaire de Bordeaux.
Auteur : Stéphane
Quercy
La reprise de la marche en partant de chez Jennifer et Ghislain commence par du bitume pour rejoindre Gaillac. L’avantage sur le bitume et en agglomération c’est qu’Honoré me test beaucoup moins que quand on est sur des petits chemins. Par contre il est plus difficile de trouver un endroit où pique-niquer confortablement. Il a fallu donc marcher un peu plus afin de trouver des vignes et des chemins agréables. Une fois le GR 46 rattrapé, le chemin recommence tout doucement à proposer des petites collines. Ça veut dire que les étapes de plaine se terminent et qu’on va rattaquer les dénivelés.
Je reprends les bonnes habitudes de ramassage de déchets, à nouveau on croise des randonneurs qui posent des questions sur notre duo. Et déjà il est l’heure de chercher un bivouac. C’est dans la ferme de Jean-Paul que je trouve mon bonheur, un petit carré d’herbe bien grasse dont Honoré se délecte. Il m’invite même à prendre une douche et sa femme Martine me propose de dîner avec eux et leur fille. Jean-Paul élève des vaches, il travaille aussi en bio et nous échangeons sur notre vision commune de l’agriculture. Chouette soirée, trop courte.
Les premières pentes se présentent sans difficulté, la première descente glisse un peu à cause des feuilles, mais rien qui nous impressionne. Ça monte et d’en haut la vue est magnifique. Les montées rappellent un peu l’Hérault mais en moins dur et pour compenser il y a quelques obstacles comme des arbres couchés sur le chemin ou des barrières. On aperçoit les méandres de la rivière Aveyron qui passe en bas, on voit bien les dénivelés qui nous attendent.
Au détour d’un chemin, Honoré s’arrête et semble attendre quelqu’un. Je ne vois rien ni personne et je me dis que c’est certainement le bât qui a un peu glissé en accrochant une barrière, on en a croisé quelques unes… J’ajuste le harnachement mais il fait demi tour. Il a vu Martine (il y a beaucoup de Martine par ici) qui a arrêté son vélo plus haut et qui veut le saluer. On discute un instant et il se trouve qu’elle habite au bord de notre parcours, près de l’endroit où j’envisageais de bivouaquer. Rendez-vous est pris, on arrive. Martine et Yves ont deux ânesses avec qui Honoré va pouvoir gambader, c’est chouette pour lui. Moi j’ai un beau jardin pour planter la tente, une bonne douche et un repas chaud avec Martine et Yves. Encore une soirée agréable, comme toujours dans le Tarn. Ce matin je prends un petit café et il est déjà l’heure de se mettre en marche.
Ça descend jusqu’à Penne, joli village typique avec son château médiéval, on traverse l’Aveyron, puis ça remonte. La vue est splendide, les gens sont agréables et accueillants. La montée est heureusement assez courte, mais ça remet en jambes pour les jours à venir. Et nous arrivons dans le Tarn-et-Garonne par les plateaux en suivant le GR de pays du Quercy. C’est assez plat, calme, peu de circulation et la vue est reposante. Difficile toutefois de trouver un spot pour pique-niquer, il y a de part et d’autre de grands grillages qui doivent clôturer une chasse gardée. L’ambiance est à nouveau minérale et l’herbe moins riche. Arrive l’heure de chercher un bivouac quand j’approche d’une ferme. Ça sent le bouc et la chèvre, super je dois être sur une chèvrerie. J’aperçois un gamin qui fait du vélo dans la cour et le grand-père assis à l’ombre, je m’approche et demande s’il y a un carré d’herbe pour bivouaquer. « Y’a pas d’herbe ici, c’est la sécheresse, les champs sont cultivés » me répond le vieux avec un air particulièrement con. Hé ben, heureusement que je ne peux pas bivouaquer ici, les bâtiments sont immenses, le quai de traite imposant… Il doit bien y avoir 300 chèvres dans ce grand bâtiment et pas un centimètre carré d’herbe pour les faire pâturer. Les chiens sont attachés dans la cour dans les cailloux avec 3 m de chaîne et ils aboient désespérément. Bref, tout l’opposé de ma vision de la ferme, ici c’est une exploitation, chaque millimètre est exploité, et vu la tronche de sa chemise, chaque millilitre d’eau est économisé.
Je continue mon chemin et tombe sur une charmante famille qui me propose de l’eau mais qui n’a pas de place pour m’accueillir. En face habite le maire qui n’est pas là, je demande au voisin de derrière qui m’accueille en pantoufles, mais qui me dit qu’il n’habite pas ici… On est bien loin de l’accueil chaleureux des gens de Tarn. J’arrive à la mairie qui est exceptionnellement fermée pour cause de réunion. Heureusement tout près il y a une aire de jeux ou des enfants m’indiquent la salle des fêtes où je serai tranquille. C’est la première fois que je dîne seul dans ma tente depuis que j’étais arrivé dans le Tarn.
Ce matin je fais un petit détour complément de course à Septfonds. J’ai retrouvé du plat mais les chemins sont toujours bordés de grillages de chasses gardées. Étrange ! Je trouve quand même un coin avec un petit peu d’herbe pour qu’Honoré puisse brouter et aujourd’hui c’est le jour où le parcours officiel du Tour de France 2023 est dévoilé. Des fuites avaient annoncées que le Tour cycliste ferait la part belle à l’Auvergne, ce sera le cas autant pour le Tour masculin que féminin. Chouette !
Je continue et fais un détour vers Puylaroque, un charmant village perché sur une colline. Impossible de joindre la mairie ni le maire pourtant boulanger du village. Je profite que je suis en avance pour m’arrêter au café du village prendre une bonne bière. La patronne du bar n’est pas très loquace et Honoré commence à manger ses fleurs. Bon tant pi, on s’en va. En tout cas cette mini pause était bien agréable. J’ai repéré sur la carte un terrain de tennis abandonné près du cimetière, ça sera parfait pour la nuit.
Ce matin je pars de bonne heure parce que je me suis réveillé tôt, ça va me permettre de prendre mon temps car le dos recommence à tirer un peu. La journée aura été ponctuée par des tirs d’artillerie, on a longé un camp militaire en plein exercice.
On quitte le Tarn-et-Garonne et nous voici dans le Lot et sur le GR 65, le fameux chemin de Compostelle qui va du Puy-en-Velay à Saint-Jean-Pied-de-Port. Enfin, en fait il part de la Suisse, on en avait emprunté une portion en juillet dernier.
J’arrête la journée assez tôt en trouvant un bivouac chez un paysan qui travaille également au couvant de Vaylats. Des sœurs de cette congrégation étaient encore présentes à Saint-Pourcain-sur-Sioule il y a encore trois ans. C’est sa fille qui m’accueille et me propose de m’installer derrière les hangars, là où il y a assez d’herbe pour Honoré. Ce sera parfait pour la nuit.
Ce matin, je reviens au café du village qui fait dépôt de pain car j’aurais du mal à en trouver dans la journée, même sur le chemin de Compostelle, les villages sont trop petits pour avoir un boulanger.
Je m’arrête de bonheur ce midi pour faire ma pause casse-croûte et je suis rattrapé par un groupe de pèlerins. Ils font partie de ce que j’appelle des pèlerins professionnels, ce sont des gens qui marchent avec des objectifs précis, comme quand ils travaillaient : on part à une heure précise du gîte, on marche tant de kilomètres on fait la pause à tel endroit pour déjeuner puis on remarche encore tant de kilomètres car il faut avoir fini à telle heure pour arriver au gîte… Bref, tout est programmé, pas de temps pour la découverte ou les rencontres, les surprises du chemin… Je plains sincèrement ces marcheurs qui ne profitent pas du paysage et de la marche pour méditer et se ressourcer. « N’oublie pas de lâcher prise ! Que va-t-il rester de ton pèlerinage ? » Bon après tout il font bien ce qu’ils veulent, moi je marche à mon rythme, ou plutôt à celui d’Honoré qui me fait remarquer que je suis fatigué. Il a raison, on va écourter l’étape, on s’arrête juste après être passé sous l’autoroute A20. C’est étrange cette sensation, on était passé au-dessus l’an dernier au mois de juillet quand on a traversé Limoges.
Je refais un petit point déchets parce que sur cette portion passante de Compostelle, je trouve régulièrement des morceaux de papier hygiénique sur les bas-côtés. Alors voici un petit rappel inspiré du livre « comment chier dans les bois ? » Tout d’abord la règle principale d’hygiène est d’éviter que nos bactéries viennent polluer un cours d’eau. Donc on s’éloigne le plus possible et on est vigilant quand il y a des dénivelés, que le colombin ne dévale pas la pente. Ensuite on évite d’utiliser des papiers colorés ou parfumés. Je confirme que le papier blanc essuie aussi bien que le papier rose ou le papier à fleurs ! Et comme je ne suis pas assez souple pour renifler à cet endroit-là, je ne suis pas persuadé que le parfum « trèfle d’Irlande » soit utile. Franchement, que ce soit pour mettre dans les toilettes sèches, dans les toilettes à la turque ou au pied d’un arbre, si on pouvait éviter de faire intervenir la chimie dans ces moments-là, ce sera toujours ça de gagné. Ensuite, je conseille de ne pas enterrer complètement la commission, mais seulement de la recouvrir avec des feuilles et du branchage voire des pierres quand on n’a rien d’autre. Parce que nos colombins seront d’autant plus longs à dégrader par la nature, qu’ils sont enterrés profond. Dame nature connaît bien son boulot, elle est équipée d’une armée d’insectes coprophages qui se nourriront de nos bactéries. À ceux qui disent encore au revoir à leur caca, n’oubliez pas que c’est surtout pour les enfants.
Tarn toujours
On part tard de chez Florence et Hervé, Honoré se remet en mode test, juste pour la forme et garder les bonnes habitudes. Les paysages sont toujours agréables, vallonnés mais pas difficiles. Nous sommes toujours sur la voie romaine. On traverse une randonnée et un trail, nous ne sommes pas passés inaperçus quand on a franchi l’arrivée… Et avant d’arriver à Lavaux je trouve un joli bivouac chez Sylviane et Didier. Sylviane est randonneuse et a déjà parcouru les chemins de Compostelle, elle sait qu’une douche me fera plaisir. Didier me propose une bière Basque ramenée de chez sa fille. On discute moto et je suis invité à dîner. Décidément ces Tarnais sont accueillants. Encore une soirée riche d’échange et ce matin après un bon petit déjeuner, il est temps de reprendre la route en passant par le centre ville.
Didier avait pris la moto pour nous voir traverser la Grand-Rue et prendre quelques photos pour la famille. Et finalement heureusement qu’il était là pour rassurer honoré parce que je devais aller à la Poste et la machine à nettoyer le parking faisait peur à Honoré. Beaucoup de bitume aujourd’hui puisque je n’ai pas encore rattrapé le GR46. En route je suis interpellé par Marie-Thé, membre du groupe facebook des grandes oreilles qui me propose un bivouac. Mais comme elle travaille il va falloir patienter dans un pré avant de monter la tente. Comme promis à la sortie de son boulot elle passe me voir et m’attend chez elle. Son mari Christophe me conduit au pré, je vais pouvoir monter le bivouac et dormir près d’Honoré. Il y a beaucoup d’animaux chez eux, trois ânes, un lama, une petite vache Highland et de nombreuses poules. Je peux profiter de la douche et je suis invité à partager le repas de famille avec leur fils Paul. Comme d’habitude la soirée est très agréable et on parle beaucoup d’ânes et de leur comportement parfois magique.
Je vais devoir m’absenter pour raison familiale et ce matin je trouve un bivouac où je pourrais laisser Honoré en toute sécurité. Reste plus qu’à trouver un véhicule pour aller à Bordeaux et finalement les blablacar sont plus cher que le train. Est-ce dû à l’augmentation des carburants ou à la grève, quoi qu’il en soit, j’arriverai à destination plus vite que par la route.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que je le comprendrais au moment voulu, le chemin m’a détourné de ma direction vers les Pyrénées et m’empêche de me diriger plus à l’ouest. Pourtant il m’impose des arrêts. Est-ce que ça veut dire que je dois arriver au bon endroit au bon moment pour trouver ma ferme ? En tout cas je l’espère vivement car c’est un point qui commence à peser moralement face à la fin de ce Tour de France. Mais bon pour l’instant je poursuis mon chemin et la journée est à nouveau très agréable bien que chaude pour la saison.
En reprenant de la hauteur, j’aperçois à nouveau les Pyrénées mais aussi le Tarn qu’on a traversé dans la matinée. Il a bien grossi depuis les Cévennes où il prend sa source, on aurait pu le traverser à gué, mais il y avait un magnifique pont romain. J’arrête la journée de marche chez un couple d’agriculteurs en retraite et qui reçoit régulièrement des marcheurs. Je peux prendre une douche et partager le repas du soir. Sylvie et Bernard on posé un robinet sur le mur extérieur pour les marcheurs qui passent devant chez eux. Je ne suis pas le premier à bivouaquer dans le jardin et Honoré n’est pas le premier âne non plus, une famille est passée par ici en allant à Lourdes pour leur fille aînée atteinte de leucémie.
Après un bon café, il est temps de repartir à travers champs et vignes. La plaine me rappelle la Normandie et la Marne, finalement ça fait du bien. Je fais un détour par Lisle-sur-Tarn prendre une bonne bouteille pour remercier les hôtes qui vont me garder Honoré quelques jours. On ne passe pas inaperçu dans cette charmante ville où les habitants nous interpellent régulièrement. La journée est longue car beaucoup de bitume à parcourir, j’ai quitté le GR46 et peu d’habitations où m’arrêter bivouaquer. Et quand il y en a, il est trop tôt, les gens sont au travail. Je continue et finalement arrive chez Jennifer et Ghislain plus tôt que prévu. Et quelle surprise en arrivant, c’est Jennifer qui m’avait vendu les enveloppes à La Poste avant hier. Impossible à ce moment là d’imaginer qu’on se reverrait dans son jardin. Fatigué par la longue journée de marche, je suis contraint de refuser l’invitation à dîner, mais j’accepte la douche volontier.
Avec l’avance gagnée sur les trajets, je peux bénéficier d’une journée de repos total. Même Honoré ne comprends pas ce qui lui arrive. Je vais faire un tour au village prendre du pain, dès qu’il s’est aperçu de mon absence, il a brai. Ça me fend le cœur de le laisser trois jours, mais il est dans une bonne famille et les enfants seront sans doute tout près de lui autant que possible. Je n’imaginais pas à quel point je serai triste de laisser mon loulou tout seul quelques jours. Même si je sais qu’il est en sécurité avec des gens adorables, je sais aussi qu’il va stresser de ne pas me voir.
Jennifer me conduit à Gaillac, c’est jour de marché et celui-ci est plutôt bien achalandé avec de nombreux exposants. Ça me permet d’attendre l’heure du départ du train et de trouver de quoi déjeuner sur le pouce. Je rencontre également une savonnière qui travaille comme Anne-Laure de Belisama (https://www.savonbelisama.fr) et Clotilde de La Terre Bleue (https://laterrebleue.fr). Et comme les Cévennes sont déjà loin, le savon de Clotilde est déjà presque terminé. C’est un TER qui me conduit à Toulouse. Jusque là, tout va bien. En sortant du TER, je me suis senti comme un indien dans la ville, perdu, désorienté et il y a 1 heure d’attente avant le train pour Bordeaux. Là c’est un TGV OUIGO, finalement pas plus confortable que le TER.
Le retour est identique mais avec plus de monde. Bref, je suis bien content de retourner à la campagne, d’autant que Jennifer vient me chercher à la gare. Ça me fait du bien de revoir mon compagnon aux grandes oreilles même s’il semble que je ne lui ai pas beaucoup manqué. La fille aînée de Jennifer et Ghislain l’a couvert de papouilles et n’a pas manqué de demander à maman d’acheter des carottes pour lui faire plaisir. Honoré a été chouchouté, il a bien mangé, prêt pour le prochain rendez-vous avec l’ostéopathe. On va faire une pause chez une asnières bien connue par de nombreux compagnons d’ânes.
Pause castraise
Je profite de la pause pour entretenir un peu le matériel et changer ce qui est défectueux. J’avais commandé des nouvelles chaussures chez caminoloc.com, les dernières lowa ont passé les 2500 km et ne sont plus étanches, elles sont craquées sur les côtés et le deuxième ressemelage du talon est usé. Je les commande sur Caminoloc parce que c’est une boutique qui est réputée pour prendre soin de ses pèlerins et Mahdi du camino n’est pas avare de conseils précieux pour notre plus grand confort. En plus en ce mois d’octobre et avant la fermeture des magasins pendant l’hiver, des promotions sont en cours. Je reçois les nouvelles chaussures par la Poste et comme à chaque fois il y a toujours un petit mot gentil dans le carton et une coquille Saint-Jacques. Merci Philippe !
Valérie me conduit à Décathlon car mon duvet plume ne garde plus la chaleur correctement et le double toit de la tente n’est plus étanche. Et vu la saison qui approche il vaut mieux être au top sur ces points importants. Je rencontre le responsable randonnée du Décathlon de Castres. Comme à chaque fois l’enseigne bleue est un partenaire à la hauteur, le duvet sera échangé et une réduction est appliquée sur le double toit. Mais il faut attendre quelques jours la livraison, ce qui n’est pas un problème puisque je peux profiter de l’accueil chaleureux de Valérie et Christophe.
Ah j’ai failli oublier de vous dire, Valérie et Christophe sont très engagés pour le bien-être animal et font partie d’une association qui s’appelle champ libre aux poules, qui permet de sauver des poules d’élevage destinées à l’abattoir, pour les remplacer dans les familles qui prendront soin d’elles.
Pendant cette pause, je reçois la visite d’un journaliste du Tarn Libre et la correspondante de la Dépêche du Tarn (https://www.ladepeche.fr/2022/10/13/puylaurens-stephane-et-son-ane-honore-font-une-halte-au-village-10734077.php#xtor=%5B%5Bddm-ladepeche81%5D%5D) L’article du Journal d’ici est paru matin et les voisins se font un plaisir de nous en informer et nous proposent le café, le temps d’en savoir plus sur ce vagabond-voisin pour quelques jours.
Je remercie au passage Biocoop Castres Le Siala (https://www.biocoopcastres.fr/) qui m’a gentiment appliqué une réduction sur mes achats pour encourager ma mission de ramassage des déchets. Merci à la charmante vendeuse (pardon de n’avoir pas pensé à demander son prénom) qui en plus m’a donné un très bon conseil pour le choix d’un vin à partager avec Valérie et Christophe qui m’accueillent si chaleureusement.
Une belle pause, de belles rencontres et la semaine est passée hyper vite, il est déjà temps de se dire au revoir. Notre séjour a été très agréable reposant, même si je ne tiens pas en place 😉 et Honoré s’est bien amusé avec son nouveau copain Calichon. Comme à chaque départ, l’émotion est palpable, mais il faut bien terminer ce tour de France.
Après la côte qui nous sort de la vallée d’où on vient de partir, Honoré regarde en arrière comme pour attendre ses potes, il brai en réponse à un autre âne, puis nous sommes en chemin. Arrivé sur les hauteurs, j’aperçois au loin à l’horizon les Pyrénées. Des chasseurs qui ont reconnu Honoré grâce à la presse, expliquent où se trouve Perpignan et Tarbes par rapport aux montagnes que nous apercevons. « On voit les deux tiers des Pyrénées d’ici » commente fièrement l’un des chasseurs avec l’accent prononcé du coin.
Chaque départ est chargé d’émotion et fait ressortir la solitude du chemin, solitude d’autant plus grande aujourd’hui que ce midi j’apprends une triste nouvelle. Heureusement cette semaine a été plus que positive et de nombreuses interrogations ont trouvés leurs réponses et des situations administratives se sont débloqués.
Je profite que les dénivelés sont beaucoup plus doux par ici pour tenter de marcher sans la gaine de maintien au mollet. C’est la première fois depuis la déchirure musculaire que je peux marcher sans rien. Même si le mollet est encore sensible il n’y a plus de franche douleur. Et je repense à Laetitia et Jérôme qui m’avaient donné ces manchons sans lesquels le chemin aurait été très douloureux.
Le chemin est agréable et je reprends le rythme des rencontres et explications de ma mission. La fatigue se fait sentir et je quitte la voie romaine pour trouver un bivouac. Je m’arrête à une maison toutes fenêtres ouvertes et Christophe et ses filles m’accueillent avec enthousiasme, mais ils n’ont pas de terrain. Christophe me conduit chez Hervé et Florence où il y a de la place, une douche et un repas que Christophe vient partager avec nous.
Merci encore à tous ceux qui ont participé à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane et qui m’ont permis de changer de chaussures et le double toit de la tente. Une pause ostéopathe est programmée pour Honoré très bientôt. Merci de partager le lien de la cagnotte, on a encore besoin de votre aide même si on arrive à la fin, il reste du chemin.
Midi-Pyrénées
La journée débute avec des brumes matinales dans la vallée, mais nous restons en hauteur. Le décors est bien différent de ce que nous avons vu les semaines passées et même si on est encore en altitude (autour des 800m) la verdure reprend le dessus sur le minéral, les pâturages deviennent la norme. C’est étrange comme ces odeurs m’avaient manqué. Encore une belle journée entre lacs et collines et on n’a pas vu les kilomètres passer. Et quand je commence à les sentir on arrive à La-Salvetat-sur-Agout, ce nom vous dit sûrement quelque chose… On bivouaque dans un pré, le paysan voisin me laisse accès à l’eau.
Enfin une journée de marche calme avec des gentils dénivelés, pas de piège et un temps parfait pour la marche. En chemin je rencontre des pèlerins dont une pèlerine qui reconnaît Honoré (on parle de nous chez les randonneurs), puis dans un refuge, des chasseurs m’offrent du saumon. Un autre groupe de pèlerin qui va en direction de Rome, vient me rejoindre à la table de pique-nique. Et au moment de partir, Honoré m’indique une visite, en effet un randonneur arrive avec deux ânes. Il vient de Fatima au Portugal et s’en va à Roscoff en Bretagne en faisant un détour par ici. Lui aussi a entendu parler de nous, à priori on commence à être connus chez les âniers aussi 😉. Je décide d’interrompre la journée de marche bien remplie toutefois, à Anglès où je rencontre un couple de camping-cariste qui vient de Bretagne et avec qui la conversation s’engage facilement. Je les retrouve plus tard à la boulangerie qui m’indique un coin pour bivouaquer, puis le couple vient à nouveau discuter. Une agréable rencontre comme le chemin en propose souvent.
Cette nuit il a plu et c’est sous le brouillard que je me réveille et plie la tente. Aujourd’hui c’est notre dernière journée en altitude, cette après-midi ça commence à descendre avant notre arrivée sur Castres. Je passe tout près de chez un autre cycliste célèbre, Laurent Jalabert.
En arrivant dans le Tarn nous arrivons aussi dans la région Midi-Pyrénées et au pays des chocolatines. C’est peut-être anecdotique dit comme ça, mais ça veut dire que nous sommes dans la dernière partie de notre tour de France. Hier déjà j’apercevais les prochaines collines et me rendais bien compte que nous allions quitter la montagne pour la plaine. Si ce n’était pas encore flagrant par rapport au paysage proche, c’était indéniable quand on regardait au loin en arrivant aux sommets. Avec la descente sur Castres la plaine se confirmait et la montagne s’éloignait. Je l’avais tant attendu cette montagne l’hiver dernier avant d’arriver dans le massif des Vosges, nous l’avions pratiquement pas quitté mise à part entre le Jura et la Bourgogne mais ce n’était que pour quelques jours. Même si je suis un peu soulagé de quitter la montagne parce que physiquement ça commence à tirer, c’est une nouvelle page qui se tourne dans notre magnifique aventure.
Comme à chaque traversée de ville, il faut redoubler de vigilance. Mais ça se passe bien, la circulation n’est pas trop dense et les automobilistes prudents nous laissent passer. J’ai quand même hâte de sortir de l’agglomération, d’autant que je dois prendre de gros rond-points et traverser des ponts, mais là encore ça se passe bien, il faut dire que ce n’est pas l’heure de pointe.
Rapidement je vois sur la carte un hameau où je trouve des possibilités de bivouac. Un riverain me propose son terrain, puis la voisine appelle le voisin du dessus qui a un terrain où il y avait des ânes… Je me retrouve donc avec deux bivouac possibles et en même temps la presse locale qui m’appelle pour venir à notre rencontre. Je reçois la presse puis décide d’accepter la deuxième proposition, même s’il y a peu d’herbe, au moins Honoré pourra gambader librement dans le pré. Victor et sa compagne Clara, qui emménage tout juste ici, m’accueillent très chaleureusement me proposant même la douche et un succulent repas. Encore une belle rencontre offerte par le chemin, de celles qui font croire en l’humanité et la bonté des gens.
Cette nuit il a plu et je range encore la tente humide mais ce n’est pas très grave ce soir nous arrivons chez Valérie et Christophe à notre pause bien méritée. L’accueil est super convivial, on se sent vraiment attendus et l’endroit est super agréable. Il y a trois ânes, on fait les présentations tranquillement avant de laisser les quatre congénères se découvrir et jouer ensemble. Très vite Honoré et Calichon deviennent copains, l’ânesse et sa fille restent encore un peu en retrait mais très vite le groupe s’unit et s’en va vaquer ses occupations. Du coup je n’ai pas besoin de monter la tente et j’ai une chambre qui va me permettre de soulager le dos douloureux. Ici c’est la maison du bonheur pour les animaux (et les humains aussi hein !) je vous en dirai plus dans un prochain post.