Parc des volcans d’Auvergne

Ce dimanche il neige, une véritable journée de repos encore imposée avant le départ. Et ça fait beaucoup de bien. J’en profite pour organiser mon arrivée, je dois trouver un compagnon pour Honoré, un camion pour le transport des ânes… J’ai du pain sur la planche.
Il est vrai que ces derniers temps j’ai peu parlé des déchets. C’est que forcément quand on est en pause, on ne ramasse peu. Pourtant comme il y a un point de collecte pas très loin, je vais faire mon tri et me débarrasse des déchets afin de repartir à vide.
Et voici l’heure de partir de cette agréable pause. Le soleil semble nous indiquer que c’est le bon moment. Le départ comme toujours est maladroit à cause de l’émotion, finalement c’est Honoré qui donne le ton en foulant les premiers pas sur la route. D’ailleurs je constate immédiatement que la pause lui a fait le plus grand bien. Je retrouve mon âne d’il y a quelques semaines, volontaire et concentré en route vers de nouveaux horizons. On commence par descendre dans la vallée avant une belle et longue montée qui nous conduit sur le plateau de Tauves sur lequel on tombe nez à nez avec le massif du Sancy. Au sud c’est le Cantal qui est tout blanc et qui brille sous le soleil radieux. Honoré avance d’un bon pas mais de temps en temps il s’arrête à cause d’un rondin ou d’un piquet pas à sa place. Bref, dans l’ensemble la journée est plutôt agréable. Je crois que j’ai pris 150 photos du Sancy, de la Banane d’Ordanche, le Puy-de-la-Tache… Des reliefs où sont né l’idée de partir ramasser les déchets. C’est émouvant d’en faire le tour par ici, être si près sans parcourir ces chemins. Mais la neige et les barrières d’estive m’en empêchent.
Pour autant, la vue est magique avec ces contrastes neige-herbe, soleil-ciel bleu. On en oublie même de compter les kilomètres et on arrive ainsi à Saint-Sauves-d’Auvergne. Il a parfois fallu jouer les sangliers pour passer certains chemins et faire quelques détours à cause de ponts trop bruyants avec le courant des ruisseaux gorgés d’eau. J’arrive sur la commune juste à la fermeture de la mairie. Heureusement j’avais appelé en route mais il est 17 heures, la nuit tombe très vite et le froid l’accompagne. Des élus m’ont rejoint et m’accompagnent sur le lieu de bivouac. Inquiet des températures négatives annoncées, une adjointe court à la mairie chercher la clé du gîte communal sous la fenêtre duquel je peux attacher Honoré. C’est parfait je suis à l’abri Honoré est devant la fenêtre et j’ai de l’eau et une prise de courant. Le grand luxe !
Il a bien gelé cette nuit, je ne sais pas combien affichait le thermomètre, mais c’était bien blanc ce matin. Certe on est à 868 m d’altitude et nous sommes entourés de neige. Ce matin, cette après-midi aussi d’ailleurs, il y avait pas mal de verglas malgré le sel réparti sur les routes. Honoré n’aime pas cette sensation de déséquilibre. Il est comme moi, il en a marre du chemin et rechigne sur pas mal d’obstacles qu’il ne calculait même pas auparavant. Comme les ponts ! Autant on a galéré sur les passerelles, mais jamais aucun refus de pont, pourtant on en a passé quelques uns impressionnants (le pont à bascule de Braut, le pont Eiffel de Touaret près de Nantes, le pont qui traverse la Seine…) Il s’arrête aussi à chaque rondin de bois, certains poteaux téléphoniques, les veaux (pas les vaches ni les taureaux). Bref il est chiant.
Le compte à rebours a commencé, même si j’essaie de ne pas y penser, chaque jour on me demande combien de kilomètres il me reste, ou combien de temps. Pour moi c’est pareil. Au détour d’un chemin, je me trouve face au Puy-de-Dôme ! Enfin, je le vois ce géant d’Auvergne, le phare comme j’aime l’appeler. Et l’image est émouvante car j’ai la même vue que la veille du départ lors de mon dernier apéro en terrasse, mais en sens inverse (effet miroir) vu que je suis au sud du Puy-de-Dôme et que je suis parti du nord. Ça veut dire que je pourrais le voir jusqu’à l’arrivée. Ha qu’il a raison Stéphane Blaise quand il me prédit que les derniers kilomètres seront difficiles.
Ce soir il va encore geler fort, j’appelle la mairie de Rochefort-Montagne pour trouver un bivouac. Un adjoint me rappelle et me propose le terrain de foot et les vestiaires chauffés. Parfait, je serai encore au chaud ce soir. Mais c’est dur, Honoré me fait sentir son mécontentement. Les élèves du lycée ont une séance de rugby cette après-midi, ce soir il y a foot pour les jeunes. Mais je suis au chaud.
Ce matin le ciel reste gris, la route verglaçante et les arbres blanchis de givre. Les températures restent négatives et ce que je pensais être une engelure à l’index semble plutôt être un panaris. J’ai du mal à mettre les gants, il va falloir que je trouve une pharmacie. Le ciel ne permet pas de voir le Puy-de-Dôme, mais je sais où il est, on vient de rejoindre le GR441 que j’avais emprunté pour prolonger le GR30 et monter au sommet du géant d’Auvergne. C’est en partie sur ce chemin que j’ai commencé à réfléchir à une solution pour lutter contre les déchets. Heureusement aujourd’hui il y en a peu, de toutes façons j’ai trop froid aux doigts pour les ramasser. Il est tombé quelques flocons le temps de la pause déjeuner, je décide d’écouter la journée à Mazayes pour me réchauffer. La secrétaire de mairie me propose d’aller à l’auberge, mais à 71€ la nuit, pas question pour moi, c’est plus que mon budget alimentation pour le mois ! Je reviens à la mairie, au dessus il y a un gîte pour randonneurs. Je devrais m’en contenter, mais à 13€ la nuit, il fait un peu frais et Honoré est loin de moi. Je ne sais pas si c’est lui ou moi qui se sent le plus seul… Mais au moins je ne vais pas congeler dans le duvet.
Ce matin je passe à Pontgibaud et m’arrête à la pharmacie, j’ai trop mal au doigt, il y a une infection, je dois agir. Le pharmacien essaie de m’obtenir rapidement un rendez-vous avec un médecin local, mais tous sont surchargés. Il me donne un désinfectant mais il insiste, je dois voir un médecin. Je poursuis ma route et commence à fouiller dans mon application Doctolib pour dégoter un rendez-vous avec mon médecin dès mon arrivée. Mais pas de réseau… J’avance quand je me souviens que Michel (chez qui est né Honoré) m’avait parlé d’une Marine à qui il a vendu des ânes et qui habite tout près. Je prend la direction de chez elle et dès que possible je l’appelle. Elle me rappelle à midi, c’est Ok pour monter la tente à l’abri. Cool, je pourrais faire mes démarches dans l’après-midi. Mais en arrivant à la ferme, la douleur au doigt est insupportable, j’ai chaud, froid mal au bras…. Marine appelle son médecin qui ne peux pas me prendre et me conseille les urgences. Dubitatif, j’appelle le 15, j’envoie une photo du doigt, le médecin régulateur m’envoie une ambulance. Bon, Honoré est à l’abri, Marine gère une ferme pédagogique, La ferme de Marinette, où il y a donc des ânes avec qui Honoré peut discuter. Il peut galoper, manger et boire, parfait pour lui. Je passe la nuit aux urgences et rentre le lendemain en fin de matinée. Merci à tous pour vos nombreux messages de réconfort. Repos aujourd’hui et on redémarre demain sans faute, après la météo sera trop compliquée pour rentrer. Merde, il reste 80 kilomètres, on va arriver à les faire ! Il reste quatre jours de marche, trois nuits à trouver un abri, pas question de bivouaquer, il va geler trop fort.
J’ai trouvé pour les deux dernières nuits, reste demain mais j’ai deux options. Ouf, y’a plus qu’à marcher.
Je remercie profondément Marine et son mari Hervé ainsi que leurs trois charmants enfants de l’accueil qu’ils m’ont réservé, c’était vraiment chouette de se sentir en sécurité dans ce moment compliqué. Et du coup, il y aura une autre publication de la fin de notre parcours. D’autres suivront pour tenir informé de l’évolution du livre, des compagnons qui rejoindront Honoré, de la « loi Honoré »…
Merci aussi à tous ceux qui ont participé à la cagnotte leetchi.com/c/tdfane et qui ont soutenu notre tour de France. Je laisse la cagnotte encore ouverte pour une visite de contrôle pour Honoré, ostéopathe et parage des pieds. Et le reste servira à l’édition du livre.

Puy-de-Dôme

On entre dans le Puy-de-Dôme par la traversée de la Dordogne au nord du lac de Bort-les-Orgues. Les couleurs sont magnifiques, la lumière magique, comme pour nous souhaiter la bienvenue et bon retour en Auvergne. Je m’en vais visiter une ferme dont j’avais trouvé l’annonce sur un site spécialisé. La ferme est gérée par un collectif composé de Léo et Sam. C’est Sam qui m’accueille et me propose de m’installer dans la caravane où je pourrais m’asseoir, m’habiller debout… Des petits conforts auxquels je n’ai pas accès dans la tente.
L’endroit est magnifique, la végétation riche et variée, un joli coin de paradi. Le lendemain c’est repos total, j’en ai grand besoin et Honoré aussi. Ensuite c’est Léo qui me fait découvrir les parcelles et la biodiversité du site.
Je dois faire quelques courses et le premier magasin est à 12 km que je n’ai pas envie de faire à pied, il faut que je me repose. Il n’y a pas non plus de blablacar par ici… Je cherche donc à louer une voiture et quand je vois les prix, ça me dissuade mais j’ai bien peur de ne pas avoir le choix. Et, miracle du chemin, Léo me propose d’utiliser sa voiture. Je suis vraiment touché de ce geste qui me permettra de pousser jusqu’à Clermont pour faire mes derniers achats de ce Tour de France. Quelle émotion en apercevant la majestueuse cathédrale noire (en pierres volcaniques) de la capitale auvergnate. C’est comme si j’étais arrivé chez moi. Je fais mon petit tour habituel et je reçois un message d’une amie qui me propose une maison. Ça y est enfin, je sais où je termine ce tour de France ! C’est un immense soulagement qui me permet d’envisager l’avenir plus sereinement.
Je profite de la grande ville pour aller faire les derniers achats à Décathlon (l’an dernier je m’étais passé de blouson d’hiver en associant la polaire avec la veste de pluie, mais en Normandie les températures étaient plus clémentes) et les achats alimentaires nécessaires pour joindre l’arrivée.
Je ne suis pas fan des agglomérations en général, mais Clermont est une belle ville et elle est en ébullition à l’approche de Noël. Le sapin est en place mais pas encore terminé de décorer, la grande roue accueille ses visiteurs et le marché de Noël déjà ouvert au public. J’en profite pour déambuler dans les odeurs de vins chauds et les artisans locaux qui proposent des produits variés. Bon, malheureusement ce ne sont pas tous des produits 100% made in Auvergne, mais c’est l’ambiance que je suis venu chercher… et aussi une part de truffade. Lors de mes nombreuses haltes, notamment en woofing, j’ai cuisiné ce plat auvergnat chez mes hôtes. Alors j’ai décidé de m’offrir une part de truffade sur le marché de Noël.
Il est temps de rentrer à la caravane. Reste plus qu’à tracer le dernier itinéraire, ce qui ne sera pas le plus simple par ici. Jusqu’à maintenant, la contrainte était d’éviter les grandes routes et les agglomérations compliquées à traverser. Ici s’ajoute le contournement des estives dont les échelles de passage pour randonneurs ne pourront pas être franchies par Honoré. Et en plus à cette saison, je dois veiller à rester en dessous de 1100 m d’altitude, au-dessus il y a de la neige et je ne suis pas équipé. La météo des jours prochains est très instable, pluie, neige, froid… Je pourrais attendre une amélioration, mais j’ai hâte de rentrer, j’espère arriver avant Noël. Que faire ? Prendre le risque (mesuré) de prendre la pluie (ça ne sera pas la première fois) ou attendre et prendre le risque que l’amélioration se fasse attendre, longtemps. C’est décidé, je repars lundi, ça nous aura fait une semaine complète de pause, j’espère que ça suffira pour Honoré.
Ce matin pour la première fois, il m’a faussé compagnie. C’est le genre d’incident qui a hanté quelques-unes de mes nuits de bivouac, il fallait que ça arrive. Je suis soulagé que ce soit arrivé dans des conditions sécurisées, dans le sens où il y a de grandes pâtures qui, même si elles ne sont pas clôturées, sont assez grandes. Il n’est pas allé bien loin, quand je suis parti a sa recherche, à l’opposé de sa position, c’est lui qui est venu me chercher. J’espère juste qu’il n’aura pas trop mangé de glands, il y a beaucoup de chênes autour du pré.

Parc naturel de millevaches

Ce matin le brouillard est partout mais ne gâche rien au charme du paysage qui s’élève progressivement. Dès la pause déjeuner, la pluie s’invite et ne me quittera pas de l’après-midi. Les températures ont considérablement baissées, mais ça reste supportable, bien que la nuit, on a frôlé le 0°. Par endroit il a gelé, les gens ont gratté les pare-brises et d’autres gelées sont attendues pour les jours prochains.
Ce soir j’arrive dans un magnifique petit village pittoresque qui s’appelle Beaumont et je suis accueilli par Philippe, le 1er adjoint, qui m’invite rapidement à prendre une douche et à dîner avec son épouse Liloue. Le couple a déjà accueilli des voyageurs par ici dont un certain Stéphane Blaise et son âne Marius. Le fameux Stéphane dont j’avais suivi les aventures et qui m’a invité plusieurs fois dans sont émission sur la webradio Allô la planète. Je l’avais d’ailleurs rencontré dans le Gard avec sa compagne Florence, elle aussi animatrice sur la webradio.
Ce matin, des averses sont annoncés et la pluie cette après-midi, mais la météo capricieuse a préféré pleuvoir toute la journée. Je suis trempé des pieds à la tête, Honoré est chiant et s’arrête tous les 100 m… La journée est un véritable enfer ! En plus la mairie de Chaumeil est fermée, le bistrot aussi, il n’y a pas âme qui vive par ici. Je poursuis, ça monte sévèrement puis le GR est dévié… Tant pi je le suis, il faut vite que je trouve un abri. Heureusement le paysage est vraiment très beau par ici, mais le moral est dans les baskets. Quand j’arrive dans un charmant hameau… Je toque à la première maison, j’ai repéré une grange sous laquelle monter la tente et essayer de sécher un peu mes affaires. Christophe sort de la maison, coiffé comme le professeur Raoult, il me plaît bien ce type ! Tout de suite il me conduit à la grange, comme s’il savait ce dont j’avais besoin. Je décharge Honoré, il allume la cheminée pour me réchauffer et sécher mes affaires. Quand j’arrive dans la maison, il évoque mon nom, mais je ne me suis pas présenté… M’a-t-il vu dans la presse ? Non, j’ai une autre source, annonce le jeune retraité, un autre marcheur… Stéphane et son âne Marius sont aussi passés par ici et Stéphane connaît très bien Christophe et son épouse qu’il a eu au téléphone le temps que je m’installe. Je suis aussi invité à dîner et dormir au chaud et même à rester quelques jours si la météo reste instable. Et je suis bien content de cette invitation car la pluie ne semble pas vouloir s’arrêter de sitôt.
Il aura fallu trois jours devant la cheminée pour que tout sèche correctement. Le temps de découvrir la passion de Christophe pour les vieux vinyles et écouter de bons vieux rocks. Christophe est un type cultivé avec qui il est agréable de discuter. J’ai adoré sa compagnie, j’espère que je ne l’ai pas trop saoulé avec mes histoires…
La pluie semble se calmer, la météo annoncée est meilleure pour quatre jours, il faut reprendre la route. Mais avant, les voisins viennent boire l’apéro, Isabelle prend des photos d’Honoré et Serge apporte une pizza. Nous échangeons nos découvertes musicales, puis il est temps de se dire au revoir.
Ce matin le ciel est encore bas mais pas de pluie prévue. Je pars tard pour une bonne journée de marche d’une vingtaine de kilomètres à travers la montagne corrézienne. Nous sommes dans le parc régional de Millevaches, c’est beau, vert, vallonné mais pas difficile. L’architecture est à la fois austère (n’est-ce pas Christophe) et solide, mélange de la Creuse et de la Bretagne, beaucoup de granit sur les façades. Le climat est bien plus humide que je ne l’aurais pensé, mais c’est logique m’expliquait Christophe, les pluies viennent de l’océan et les nuages bloquent contre le massif central. Ce soir je dors près du cimetière de Bonnefond, une petite station de ski de fond où je suis attendu à la mairie pour discuter de mon parcours.
C’est vallonné comme j’aime, verdoyant comme j’aime, de la petite montagne d’élevage avec tout le charme que cela apporte. Le ciel est encore lourd ce matin, des averses sont annoncés mais n’arriveront pas avant midi. Et ça tombe bien parce que les premières difficultés de terrain se présentent à nous. Il faut descendre dans une vallée rendue glissante par les feuilles humides cumulés au pierres granitiques du sol. Nous passons de nombreux petits ruisseaux et jolie petite cascade avec succès. D’ailleurs Honoré se montre exemplaire dans ce genre de difficulté, alors que ces dernières journées de marche, il a été plutôt pénible, voire caractériel. Je pense qu’il a mal aux pieds, qu’il déteste l’humidité, et qu’il est tout simplement fatigué de ce Tour de France, comme moi. Pourtant, il a vu récemment l’ostéopathe qui a fait un bilan complet plutôt positif.
Bref, revenons à notre charmante vallée corrézienne pleine de multiples charmes d’ambiances, de couleurs, de sons… Et quelle déception quand arrivant tout au fond de la vallée, il faut franchir un dernier ruisseau gorgé d’eau et grondant de remous à cause des dernières pluies intenses. Impossible de passer tant le brouhaha, le courant et la profondeur du ruisseau, sont forts. Pas le choix, nous devons faire demi-tour. Mais les obstacles techniques de la descente ne sont pas encourageants à la remontée. D’après la carte IGN, il existe des chemins de débardage, abruptes, mais l’option s’envisage. C’est difficile mais nous y arrivons et la récompense est un charmant pré en hauteur, riche d’une herbe bien grasse que je peux enfin offrir à Honoré. Mais la surprise est de courte durée, puisque les averses annoncés arrivent pile au moment où nous nous installons pour pique-niquer. Pas grave, je mange sur le pouce, Honoré lui mange peu car il est intrigué par des copains chevreuils qui nous tournent autour. Pas farouches, les chevreuils ne partiront qu’au moment où je vais rebatter Honoré. Je recalcule le trajet pour arriver à Meymac au plus vite afin de faire quelques courses et enfin me reposer après cette grosse étape de plus de 25 km.
Pour les deux jours à venir nous n’aurons pratiquement plus de chemin puisque le GR s’arrête ici et que nous prenons la direction du Puy-de-Dôme. Mais dans une quarantaine de kilomètres, nous pourrons probablement faire une pause dans une ferme que je dois visiter. Cette nuit honoré a bien mangé, j’espère que ça va l’encourager à passer une bonne journée être moins pénible que lors des précédentes. Mais non, il se déconcentre pour rien, il tire, il s’arrête. Je trouve un petit coin d’herbe à un carrefour où il sera possible de pique-niquer. Je mange rapidement car il fait froid et pour me réchauffer je fais les cent pas le long du chemin. Et là la magie opère quand les nuages se lèvent, j’aperçois le Puy de Sancy et je fond en larmes tellement je suis ému par cette vue. Ému parce que c’est là qu’est née l’idée de partir ramasser les déchets, ému parce qu’au delà des cartes, je retrouve un paysage familier, ému parce que ça veut dire aussi que la boucle est bientôt bouclée.
La journée se termine par la traversée d’Ussel. C’est une ville comme toutes les agglomérations c’est jamais très confortable. Je pensais m’arrêter dans une supérette mais il n’y a que de grands supermarchés, il est trop compliqué et d’y laisser Honoré seul. Et comme souvent dans les agglomérations, il est difficile de trouver un bivouac surtout les weekends alors que la mairie est fermée. C’est donc à la sortie de la ville que je commence ma recherche, mais les riverains ne sont pas très coopératifs. Je vise donc une ferme et justement il y en a une tout près mais il est tard, la nuit commence à tomber. Pourtant Sylvie et Jacques n’hésite pas une seconde à me proposer le terrain en face nous serons bien pour la nuit. Jacques est éleveur de vaches laitières, très engagé dans la production locale. Rapidement après mon installation il me propose une bonne bière que j’accepte avec grand plaisir. Puis je suis invité à dîner avec le couple et une amie qu’ils devaient retrouver à un salon du vin. La soirée était riche en échange et Jacques il connaît bien les chemins des environs me conseiller efficacement sur mon itinéraire du lendemain.
Cette nuit il a gelé, et ce matin le soleil mort un spectacle merveilleux des Monts Corréziens, et à l’horizon, le Sancy est mon phare et les Monts du Cantal brillent au soleil levant. Ce soir on arrive en pause, il est temps ! Le reportage de France 3 est en ligne, la diffusion devrait avoir lieu lundi soir au journal, sinon vous pouvez consulter l’excellent travail le Julie et Éléa sur le lien suivant : https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/correze/rencontre-le-pelerinage-ecologique-de-stephane-marechal-avec-son-ane-honore-2659448.html

Corrèze

J’étais donc en pause chez Charlène et Dimitri un couple adorable avec un gentil petit bébé, qui offre un lieu de vie et d’accueil pour qui souhaite partager ses connaissances sur la permaculture et la forêt nourricière. C’est aussi un lieu d’accueil jeunes en difficulté. J’ai eu la chance de pouvoir partager un peu de temps avec eux ici et d’autres occupants comme Marie, Sidonie, Manu et Yann. Quand j’arrive au lieu de vie, mon colis Décathlon est arrivé mais qu’à moitié. En plus de mon double toit j’avais également commandé de nouvelles semelles et des chaussettes pour cet hiver. J’avais reçu dans la journée un mail avertissant que je serai livré en deux fois et donc ce que je devrais attendre samedi pour recevoir le fameux double toit. Le samedi un nouveau contretemps me renvoie au lundi. Et lundi, le livreur de Chronopost n’a pas trouvé l’adresse.
Du coup je joue les prolongations, ce qui n’est pas désagréable en ce lieu charmant, d’autant que la météo pluvieuse me conforte dans le choix de rester en pause. Ça me permet aussi de recevoir un journaliste et une photographe de La Montagne, le chef d’agence de Brive était auparavant à Montluçon et c’est lui qui m’avait fait entrer comme correspondant pour le quotidien. J’ai droit à un très très bel article paru ce matin dans l’édition de La Montagne Corrèze https://www.lamontagne.fr/brive-la-gaillarde-19100/actualites/avec-honore-son-ane-bourbonnais-il-a-fait-5-500-km-a-pied-avant-une-halte-a-mansac-correze_14216770. Tellement bel article d’ailleurs que France 3 souhaite me rencontrer pour un reportage cette fin de semaine. Je suis super ravi de voir que notre démarche écologique est relayé par les médias, pourvu que cela agisse aussi sur nos élus.
Cette journée de reprise est très humide. Déjà ce matin j’ai plié la tente sous la pluie et toute la matinée ce sont succédées de petites averses. Ce soir je trouve un bivouac près d’une aire de pique-nique, mais il y a un arrêté municipal interdisant le bivouac, alors j’ai droit à une dérogation. Bref c’est humide, le gazon vient d’être tondu par les employés municipaux, mais on est à côté de l’aire de camping-car et il y a de l’eau à volonté.
Après une bonne nuit réparatrice, on reprend le chemin avant que les grosses pluies ne ralentissent la progression. Ce matin c’est vallonné, rien de très impressionnant mais de belles côtes quand même. Les premières petites averses arrivent mais nous sommes à l’abri dans les bois. J’écourte la pause du midi car d’après les radars météo, une grosse averse va arriver vers 15 heures. Pas de chance, le vent s’est levé et la grosse averse arrive bien plus tôt et nous sommes à découvert. Alors que nous sommes trempés jusqu’aux chaussettes pour moi, jusqu’aux sabots pour Honoré, j’aperçois un camping à la ferme, évidemment fermé à cette saison, mais il y a un numéro de téléphone… J’appelle et le propriétaire, sans hésiter, me propose de m’installer. Ouf ! Merci beaucoup, il y a de l’électricité, l’eau est dans l’étable et il y a suffisamment d’herbe pour Honoré. Du vent fort est annoncé et des gros volumes d’eau sont attendus, on est à l’abri c’est le principal.
Effectivement la soirée et la nuit ont été secoué par le vent et la pluie. Les chaussures n’ont même pas eu le temps de sécher, rien a séché d’ailleurs. Ce matin je profite de l’accalmie pour plier et prendre la direction de la commune de Vigeois où j’ai rendez-vous avec Julie, journaliste de France 3 Corrèze et Éléa sa camérawoman. Elles ont passé la journée avec Honoré et moi, on a même déjeuné ensemble au café du coin. C’était une belle rencontre, les deux jeunes femmes étaient vraiment très à l’écoute de notre projet et ont succombé au charme d’Honoré qui sait être un vrai séducteur quand il a besoin de récompense. Le reportage sera diffusé dans le courant de la semaine prochaine, je mettrai le lien pour ceux qui veulent le visionner, je pense que ça va être un bean moment. Au passage, c’est étrange mais une fois que les journalistes sont parties, j’ai monté mon campement comme d’habitude mais pour la première fois je me suis senti seul…
Du coup la journée de marche a été raccourcie, Honoré semble apprécier et moi aussi avec cette humidité, ça fait du bien d’être arrêté pas trop tard. Le maire m’avait proposé de bivouaquer près du cimetière, ça me va. Et comme vous aimez bien les histoires de pipi-caca, ben vous vous doutez que je n’ai pas pu chier dans les bois aujourd’hui 😁… Et pas moyen d’aller au WC public qui sent vraiment trop mauvais. Alors comme il y a un gentil voisin à côté de mon campement du jour (oui les autres ne sont pas dérangeants non plus) je retourne au bistrot de ce midi boire une bière et faire ma commission. Et devinez quoi ? Ils font des pizzas le soir… Bon par contre il n’y a pas grand chose à manger pour Honoré.
Je suis bien content d’avoir dormi en hauteur, près de la rivière en bas du village, tout est dans le brouillard. Et nous y descendons pour rejoindre le GR46, mais en bas il y a une passerelle non répertoriée, trop étroite et glissante. Demi-tour ! Honoré me fait payer sa maigre nuit, il tire, s’arrête, il est chiant. La journée a été pénible, d’autant que le détour oblige à marcher sur des routes parfois avec de la circulation. Mais a midi on a retrouvé notre chemin qui est une ancienne voie de chemin de fer. Ça rappelle la Bretagne l’an dernier à peu près à la même époque. Ce soir ça sera bivouac près de la salle des fêtes du village de Pierrefitte où j’ai été accueilli par Madame le maire.

Lot suite

Les journées de marche se ressemblent, ça monte, ça descend, c’est super beau et agréable, le soleil met en évidence les reliefs et il n’y a pas plus de déchets qu’ailleurs. Mais ce matin j’ai eu une belle surprise, en haut d’une colline j’apercevais au loin les monts du Cantal. La belle surprise s’est vite transformée en émotion, car ces monts enneigés me rappellent que l’hiver approche et sera potentiellement moins doux que le dernier, la région est plus rude et par ailleurs que la fin du voyage se dessine puisque je suis parti du nord de l’Auvergne et qu’il ne me reste que deux départements avant d’y arriver, la Corrèze et le Puy-de-Dôme. Enfin en théorie…
Bref, sur le GR46, il y a des pèlerins, c’est une variante de plusieurs chemins de Compostelle. Je n’en ai pas croisé, mais des gîtes leurs sont destinés un peu partout, de l’eau à disposition, des abris… Et des gens qui en ont marre de les voir bivouaquer sur la place du village. Tant mieux, ainsi j’ai bivouaqué dans le jardin d’une riveraine et j’ai pu laisser Honoré gambader. Comme quoi il y a du positif même quand les gens râlent !
Ce matin, les dénivelés ne sont pas plus impressionnants, mais plus raides. La descente vers Rocamadour est même parfois vertigineuse sur le côté, le chemin est par endroits étroit et avec les feuilles, il s’agit de ne pas glisser. En bas je replace le bât qui a bougé dans la descente et nous commençons la traversée du charmant village tout en hauteur. Difficile de faire du tourisme avec Honoré d’autant qu’il y a beaucoup d’escaliers et qu’on est lundi, en arrière saison, tout est fermé ou presque. Je voulais des cartes postales, ben j’en n’ai pas trouvé.
On continue sur l’Hospitalet et à la pause de midi, Honoré trouve des crottins d’ânes… Certainement ceux des ânes de Justine, souvenez-vous je l’avais rencontrée l’an dernier à Rennes, elle préparait sont voyage. Suivez les sur (https://www.facebook.com/profile.php?id=100083228176003)
Après la pause on se dirige vers Montvalent quand je trouve un bivouac sur le terrain d’un particulier qui fait des travaux. Le chien du voisin est un peu agressif mais au bout d’un quart d’heure d’aboiments incessants, il finit par faire taire son canidé. Ceux du propriétaire où nous nous installons sont bien plus dociles et copinent vite avec Honoré. Pour éviter qu’Honoré enroule sa longe autour de l’arbre, j’attache un tendeur entre la tente et l’arbre. Habituellement ça suffit à le tenir à distance, mais ce soir, le chien agressif échappe à son maître et Honoré fuit derrière la tente, s’entravant dans le tendeur et heureusement sans se blesser. Mais le double toit tout neuf de la tente est déchiré. Et la pluie est annoncée… Dans trois jours j’arrive à Brive, je dois vite en commander un nouveau ! Je peste contre cet imbécile qui ne gère pas son chien, mais le mal est fait ! Heureusement je vais bientôt faire une nouvelle pause et je peux recommander un double toit chez Décathlon grâce à la cagnotte Leetchi.com/c/tdfane que votre générosité alimente. Merci encore.
Encore une belle journée de marche même si le soleil joue à cache-cache. Ce matin on a traversé la Dordogne que j’ai l’habitude de voir bien plus petite au Mont Dore, près de sa source. Mais aujourd’hui elle est bordée par des falaises magnifiques que nous longeons et parfois même passons en-dessous. Puis nous traversons Martel, une très jolie commune qui a gardé un marché couvert et un centre historique dans un état de conservation remarquable.
J’essaie d’avancer au maximum et arrive à l’hôpital-Saint-Jean où je bivouac sur un terrain communal. La pluie arrive mais j’ai récupéré un adhésif pour recoller le double toit. Il n’est pas étanche mais j’espère que ça fera l’affaire.
La nuit a été moins pluvieuse que prévu mais ce matin les orages sont un peu plus chargés de pluie.
La tente a tenu le coup et je plie entre deux averses. Honoré n’aime pas être bâté mouillé et il me le fait bien comprendre. Mais il faut bien avancer et avec le brouillard matinal c’est plutôt joli. Rapidement on quitte le Lot pour arriver en Corrèze.
Même si nous sommes encore dans les causes, on sent progressivement un nouveau paysage se dessiner et de nouvelles architectures s’imposent. Enfin pas si nouvelles puisque nous arrivons aux portes du Limousin, région que nous avions traversé au début de ce Tour de France. Nous sommes au pays des gouffres et des grottes, des noix et des truffes.
La journée a été humide avec de nombreuses petites averses et ce soir tout est un peu mouillé quand je monte le bivouac à Lissac-sur-Couze près de Brive. Et comme pour me narguer, ce soir juste en face mon bivouac un camion à pizza vient s’installer. Je me dis que finalement j’ai bien mérité un petit extra et je m’offre une bonne pizza au Saint Nectaire.
Départ pour ma pause avec un beau lever de soleil sur la brume dans la vallée, puis une belle montée avant de dominer Brive-la-Gaillarde. L’étape sera courte pour arriver chez Charlène, la fille d’Isabelle, une pèlerine que j’avais rencontrée sur la voie d’Arles et qui m’avait conseillé d’aller bivouaquer chez elle. Chez Charlène et Dimitri, c’est un lieu de vie communautaire ou chacun passe apporter ou partager son expérience autour de la permaculture et l’agroforesterie. J’attends mon colis Décathlon, mais il sera livré en deux fois, je dois donc attendre samedi mon double toit. Il y a sûrement une bonne raison, une pause n’est jamais désagréable alors je profite, Honoré aussi. Prochaine pause vers Treignac, si un ânier habite par là où connait quelqu’un qui pourrait nous prêter un pré pour un jour ou deux, ça m’intéresse.