La route est ensoleillée mais toujours fraîche. Pas beaucoup de chemin aujourd’hui mais de la petite route sans trop de circulation. On longe le golf de Saint Malo – Le Tronchet et apercevons quelques golfeurs. Honoré est intrigué par ce petit chariot qui les suit partout. Une pause déjeuner au bord du Lac de Mireloup, mais le temps est frais. J’espère trouver un bivouac pas trop tard, j’ai des engelures aux pieds qui me font souffrir quand je marche. Le soleil commence à décliner quand j’arrive chez Christophe qui restaure une vieille grange avec son père. Je peux m’installer près du verger, ce sera parfait. Je vais chercher de l’eau, Christophe me propose même de l’eau chaude. Un brin de toilette et ça ira pour aujourd’hui. Mon hôte n’est pas très loquace, peut-être est-il timide. Je lui explique quand même ce qu’on fait là. Il s’en va et je ne le reverrai pas.
Le lendemain matin, le soleil promet une belle journée, la tente est à peine humide par rapport à d’habitude. Pas beaucoup de chemin encore aujourd’hui, mais la route n’est pas désagréable. C’est jour de ramassage des ordures ménagères et pour la première fois depuis le départ, les ripeurs m’interpellent. On discute un moment sur le ramassage des déchets, forcément, et aussi à propos d’Honoré. Plus loin je les recroise près de la boulangerie, l’un d’entre eux est allé me chercher un sac de pain sec. C’est une gentille attention, mais je dois lui expliquer que ce n’est pas une bonne idée, que le pain est dangereux pour mon compagnon aux grandes oreilles. Je le sent déçu, mais je ne peux pas accepter. Pique-nique près du stade de foot et de la seule benne de collecte de verres. Ici les emballages et papiers sont recyclés dans des sacs jaunes, que je n’ai pas. Les bennes collectives sont rares également.
Rébecca m’a appelé pour me confirmer qu’il y a bien possibilité d’accueillir Honoré dans sa ferme et donc que je vienne faire du woofing chez elle. Chouette, j’ajuste mon itinéraire afin d’arriver avant la pluie annoncée, enfin pour en prendre le moins possible. Je vais donc profiter au maximum du beau temps pour avancer. Honoré a du sentir que j’ai accéléré la cadence, il est chiant. Je le vois faire avec l’ombre au sol, il tire doucement la longe, puis un coup sec, comme le pêcheur qui ferre son poisson, il tire au renard. Sauf que ça ne m’amuse pas du tout d’être un poisson et surtout, même si je m’y attend, ça fait mal au dos. Je ralentis, il trouve un autre jeu, celui de me doubler par la gauche. Comme je lui demande toujours de marcher à droite, je tiens la longe avec la main gauche le pouce accroché à la sangle ventrale du sac à dos pour relâcher les épaules et éviter les contractures. Aussi, ça évite que je lui fasse mal avec mon mouvement de bras droit qui tient le bâton de marche. Du coup je me retrouve saucisonné par la longe qui se coince sous le sac à dos. Bref, il est chiant. La fatigue se faisant sentir, je commence à chercher un bivouac. Pas simple dans la campagne où il y a peu de monde, les habitants sont encore au travail. Finalement une dame me propose d’aller chez un éleveur bio à 500 mètres d’ici. C’est un élevage de brebis laitières et juste en face, il y a un pré parfait pour nous, abrité par haies et arbres. Ça tombe bien, la météo annonce du vent et de la pluie dès cette nuit. Je n’ai même pas pensé à demander à l’agriculteur comment il s’appelle. Je sais juste qu’il tient une ferme familiale avec sa femme et ses fils dont l’ainé va prendre la suite. Un bâtiment est en construction pour faire une pépinière d’après ce que j’ai compris. Dommage qu’il n’avait pas de temps, il voulait finir ses tranchées avant la nuit et la pluie, je pense qu’il avait de belles choses à m’apprendre. J’ai remarqué les toitures végétalisées, ça m’intéresse.
Il a beaucoup plu cette nuit, j’ai bien entendu le vent mais j’étais bien à l’abri. Je profite d’une accalmie pour plier et prendre le départ. Je n’ai que 8 km a faire avant d’arriver à la ferme de Rébecca. Le trajet se déroule bien, sauf qu’il y a beaucoup de prairies avec des chevaux. Honoré fait le con, s’arrête, repart… Pas sympa. Mais je comprends bien qu’il n’est pas à l’aise avec les chevaux. Pourtant on avance bien et nous arrivons avant midi. J’essaierai de donner ses nouvelles dans la semaine. Honoré est à l’abri avec les brebis, le Mont Saint Michel est tout proche, il est comme un phare qui attire le regard en permanence. Même quand il pleut, c’est beau.
Auteur : Stéphane
Tempête
En repartant du pays de Bernard Hinault, je me dis que je ne peux pas garder ces bouteilles dans les sacoches. Trop lourd pour Honoré, trop fragiles, et trop tentant. En même temps, si je dois passer Noël tout seul dans la nature, ça pourrait aider, mais non c’est décidé, je fais un détour par Dinan pour envoyer le butin à la maison. La pluie ponctue le trajet, mais Dinan est une belle ville. On rattrape la Rance que nous traversons par le pont mobile de la Hisse, comme conseillé par Marc et Alexandre. En effet, c’est super joli. Mais il faut trouver un lieu pour se mettre à l’abri, dès ce soir et demain toute la journée, avis de tempête avec rafales à 80 km/h. En vain, tout ce qui est possible est trop loin, les mairies fermées… Je trouve un terrain derrière une forêt, je sonne… Une dame âgée ouvre timidement et m’autorise à m’installer. Mais pas trop près de la maison, hein ! Je sens bien qu’elle n’est pas rassurée, mais je n’ai pas le choix il se fait tard, le vent se lève, il faut vite que je m’installe. Je retourne chez elle chercher de l’eau pour me laver et pour Honoré. Je n’aurais rien de plus. Le vent se lève rapidement et avec lui le froid venant du Nord et les grêlons qui l’accompagne. Je sens déjà que la nuit va être compliquée et fraîche. Au matin je comprends vite que je ne pourrai pas bouger de la journée. Le vent, la pluie, la grêle et le manque de réseau… La journée va être longue. Je me décide toutefois à aller voir la grand-mère pour lui demander de charger la batterie et emprunter les WC. Elle finit par accepter pour la batterie, mais pour le petit coin, elle fait semblant de ne rien entendre. Je dois donc aller chier dans les bois.
J’en profite pour remercier ma fille de m’avoir offert le livre « comment chier dans les bois » qui regorge de conseils pratiques et surtout hygiéniques, sur l’art et la manière de faire la commission sans polluer l’environnement. Tant qu’à parler de déchets, celui-ci en fait parti et doit respecter quelques règles. Outre le côté pratique (et le bon sens) d’éviter de déposer la chose sur le passage pour ne pas marcher dedans (on pense aussi aux copains quand on marche en groupe), on évitera aussi de faire son popo au bord d’une rivière où cours d’eau quelconque. Les bactéries que contiennent la chose, risquent fort de polluer ledit cours d’eau (Escherichia-coli par exemple). Ceci étant dit, la parenthèse est importante pour éviter tout débordement. Pour le pipi je vous laisse avec votre imagination, je rappelle juste que nous sommes en avis de tempête… Et qu’il fait froid. Ha, mon côté poète revient, faut que je me ressaisisse. Pour rester dans les déchets, toujours la même quantité ramassée chaque jours, soit 20 litres de déchets non recyclables et au moins autant de plastiques. Ici il y a peu de bennes collectives, mais assez de colonnes de tri sélectif. Je ramasse toujours peu en ville par sécurité, surtout avec le vent sur le plastique qui effraie Honoré. Et pas du tout quand il pleut, parce que tout est bâché par sécurité aussi, mais en plus pour l’hygiène et pour préserver le matériel. Voilà, fin de la parenthèse.
Sinon un jour de tempête sous la tente, sans réseau… Hé ben on se fait chier. Voilà. Il y a bien quelques rafales qui nécessitent de tenir la tente (en fait on a dépassé les 110 km/h). Au passage, bravo Décathlon, la tente Trek 900 vendue pour des rafales à 80 km/h, a tenue la part belle aux 110km/h et a la tempête qui a soufflée la plupart du temps à 75-80km/h pendant 36 heures. Bon le gars dedans un peu moins, mais la tente, oui. Parceque 1° avec ce vent du nord, immobile dans une tente, le ressenti est plutôt de l’ordre de -5°. Les arbres alentours ont aussi soufferts, j’en ai entendu tomber. Sinon, le matelas changé à Décathlon Rennes, se dégonfle déjà. Alors, que faire pendant la tempête ? Hé bien heureusement que j’ai envoyé les bouteilles, parce que je suis tombé dans la confiture de châtaignes de Calorguen et le miel de Marc. Un excès de sucre que je vais vite consommer dans les prochains jours, sans aucun doute. En tout cas ce sont des saveurs réconfortantes. Autrement j’ai essayé d’organiser autrement les sacs à dos, mais l’espace est restreint et les contorsions, pas au programme pour mes vertèbres déjà douloureuses. Le vent souffle toujours en ce dimanche de novembre, abaissant le ressenti de la température. J’avance doucement, m’arrête au Carrefour-Contact de Pleudihen-sur-Rance racheter du pâté, sardines et brioche. On fait ce qu’on peut pour le midi, ça ira bien. Je marche quelques kilomètres été arrivant dans le bourg de Miniac-Morvan, une voiture s’arrête à ma hauteur. « Votre âne est magnifique » me lance Isabelle qui se gare quelques mètres plus loin. Rapidement, elle me propose de venir bivouaquer chez elle. Mais il n’est que midi, c’est un peu tôt. Tant pi, malgré le beau temps, je ne refuserais pas une douche, j’ai besoin aussi de me raser, j’accepte sa proposition. En route un autre véhicule s’arrête à ma hauteur pour me proposer un bivouac à 5km d’ici. Tant pi, j’ai accepté chez Isabelle et je ne regretterai pas. Le pré est magnifique pour Honoré, il y a de la place sur la pelouse pour la tente et une douche chaude m’attend. Le bonheur total. Je rencontre Madani, le mari d’Isabelle et Thomas et Samuel, les enfants du couple. Isabelle et Madani sont très fières de leurs enfants, faut dire qu’il y a de quoi, ils sont tous deux étudiants, l’un en école d’ingénieur statisticien, l’autre en médecine. Bravo messieurs ! Et comme c’est dimanche, Alfred, le grand-père, apporte la tarte aux pommes et je suis invité à la partager avec toute la famille. Quel réconfort ! Et en plus le soir je suis invité à dîner, une vrai galette bretonne maison. La famille dispose d’un terrain d’un hectare et s’interroge sur son entretien. La surface est trop petite pour un agriculteur, alors l’idée d’y mettre des ânes leur a traversé l’esprit. Il faut dire que 2 ou même 3 ânes y seraient heureux. En tout ça Honoré valide l’idée. Le lendemain matin, la tente est gelée mais un bon café chaud m’attend. Je reprends la route plus tard que d’habitude mais prendre son temps, ça fait du bien. Et puis la météo annonce encore une semaine de pluie. Je profite des prises de courant pour recharger batterie et téléphone et contacter un potentiel woofing près du Mont Saint Michel. Ce serait parfait pour être à l’abri et trouver où passer Noël. À ce propos, Isabelle m’a glissé une enveloppe à ouvrir à Noël avec le linge que j’ai lavé et qu’elle a fait sécher sur les radiateurs. Wahou.
Direction La mer
J’ai donc passé une nuit fraîche mais agréable (-3°) dans la cour d’un magnifique château féodal, restauré avec soin par Madame Ontrup, une dame âgée qui met un point d’honneur à utiliser des méthodes et matériaux respectueux de l’environnement. Au café nous échangeons longtemps des anecdotes et au moment de repartir elle me glisse un billet. Je suis ému de son geste, la vielle dame me serre dans les bras en me remerciant. Même ses enfants et petits enfants ne l’ont pas étreinte depuis le début de la crise sanitaire. Elle est contre le vaccin et cela l’éloigne de ses proches. Je repars avec ce sentiment étrange d’avoir illuminé la journée de cette dame alors que je n’ai fait que bivouaquer dans sa cour. Je la quitte le coeur lourd, mais il faut profiter du beau temps qui ne devrait pas durer. Je sors des chemins de randonnée pour éviter des passerelles, quand soudain mon téléphone que j’utilise pour les cartes, ne veut plus s’allumer. Il n’a qu’une semaine, il reste 80% de batterie, il n’y a pas de raison… Je suis dépité. Sans téléphone plus de lien avec la famille, plus de liens avec personne mais aussi, plus de carte. Sans téléphone le chemin s’arrête ici. À ce moment-là en plus des vieilles douleurs qui s’imposent, le moral est au plus bas. Heureusement, j’avais oublié de renvoyer l’ancien téléphone dans le colis qui est parti de la poste de Rennes samedi matin. J’appelle à la maison pour chercher un peu de soutien moral parce qu’à ce moment-là je ne sais plus quoi faire. Je pleure comme un bébé, je me rend compte qu’on n’est pas grand-chose dans la solitude. Heureusement c’est mercredi, Véro est à la maison, elle appelle le service après-vente et, comme par magie, le téléphone redémarre comme si rien n’était. Ouf, quel soulagement. Je commence à chercher un bivouac, le soleil décline lentement mais sûrement. En passant devant une maison j’aperçois quelqu’un derrière la porte vitrée je m’avance, c’est Hannah qui va chercher sa maman Marielle et me propose de bivouaquer dans le jardin. L’endroit est très agréable, au bord d’une piscine. Très vite Marielle revient me voir et me propose d’utiliser la douche et m’invites à dîner. Plus tard Marc le papa, me propose de l’accompagner à l’apéritif avec une bière locale et bio. La soirée est très agréable, Keren, la cadette, nous rejoint pour le repas délicieux. Je repars avec du pâté de sanglier maison, du miel maison et du chuchen maison aussi. La nuit s’annonce moins fraîche puisque le ciel est couvert. Au matin, le petit-déjeuner m’attend sur la table, Marc se prépare pour aller à la chasse, puis je reprends le chemin sous les premières gouttes de la journée. Merci à toute cette charmante famille qui a illuminé ma journée pourtant bien triste quelques heures pour lus tôt. Mais finalement la pluie ne fera vraiment son apparition qu’à la pause de midi. C’est désagréable de manger sous la pluie, mais au moins j’aurai eu le temps de nous protéger. Le ciel s’éclaircit, il est temps de repartir, mais c’est le vent du nord froid et saisissant qui nous accompagnera toute l’après-midi. Il est temps de chercher un bivouac, mais au bord de la Rance, il fait humide et le vent domine. Je décide donc de quitter le chemin pour m’approcher du prochain village en espérant que le vent sera moins fort. Hors, il se trouve que le prochain village c’est Calorguen, là où vie Bernard Hinault. Qu’à cela ne tienne, j’appelle la mairie pour trouver un bivouac. Le maire en personne, Marcel Robert, et son adjointe Delphine m’accueillent et m’accompagnent jusqu’au lieu idéal pour être à l’abri cette nuit. Plus tard l’adjointe viendra m’apporter une baguette et m’annonce la visite des correspondants locaux. Un correspondant n’arrive pas seul, il est accompagné du fils de Bernard Hinault qui m’apporte une bouteille de sa cuvée spéciale. Pour le fan de vélo que je suis, c’est un cadeau d’une valeur inestimable. Et la seule visite d’Alexandre Hinault me touche particulièrement. Et le lendemain matin, c’est Martine Hinault, la femme du coureur, qui vient me souhaiter bon courage et me féliciter pour mon action. Là c’est la cerise sur le gâteau. Depuis mon départ, j’ai reçu beaucoup d’encouragements, de félicitations, mais j’avoue que les « bravo, vous êtes courageux ! » de la famille Hinault raisonnent différemment de la part de ces gens qui connaissent la valeur de l’effort. Toutefois, ça n’enlève pas l’importance des autres commentaires qui m’ont tout autant touchés. Je n’ai pourtant pas l’impression d’accomplir un exploit, surtout à la hauteur de ce qu’a fait Bernard Hinault en remportant 5 fois le tour de France… et tant de belles courses prestigieuses… Mais je suis touché. Voilà encore une commune où j’ai reçu un super accueil. Avant de partir, une dame a fait spécialement un détour pour venir m’offrir un pot de confiture de châtaignes de son mari. Je n’ai même pas pensé de lui proposer de faire une photo avec son bébé et Honoré.
Maraîchage
Comme je le disais dans le post précédent, je fais une pause d’une semaine aux Jardins de Toucanne où je fais du woofing. Cette pause nécessaire permet de reposer mon compagnon aux grandes oreilles et aussi de changer un peu de rythme avec la marche. Je suis accueilli par Louis et Olivier qui sont super agréables et accueillants. Les tâches à la ferme sont variées et j’ai la chance de partager ces tâches avec Tom, un futur jeune papa de 20 ans, en formation ici. Une jolie rencontre qui me rappelle ce que je vivais à son âge. D’autres rencontres comme avec Anne-Claude la veille de mon arrivée ou encore Annie, éleveuse de chèvres retraitée… Forcément on a des choses à se dire. La semaine est bien occupée avec le ramassage des dernières cucurbitacées, pommes, poireaux… Et samedi c’est marché a Rennes. Comme je dois aller à Décathlon (mon matelas se dégonfle) j’accompagne Louis pour l’installation. Ça me fait tout drôle de remonter un stand sur un marché, ça remu quelques souvenirs et je ne me sens pas dans mon élément avec les fruits et légumes, me manquent mes fromages… et mes clients avec lesquels des liens s’étaient tissés. À 9 heures Louis me laisse carte blanche, j’en profite pour aller faire le touriste et rencontrer Justine, justement sur le marché. Elle suit nos aventures sur Facebook et se prépare elle aussi a faire un périple avec son âne encore en cours d’éducation. Brève rencontre mais nous restons en contact pour la suite de sa préparation. Bonne chance à toi Justine. Je passe par La Poste décharger les affaires que je n’utilise plus, puis prend le bus pour Décathlon et faire quelques courses. Rennes est une grande ville, avec tous les inconvénients de toutes les grandes villes. Mais il est déjà temps de retourner au marché et rejoindre Louis, puis de repartir. Une rapide visite de Rennes avant de livrer le magasin bio, nous rentrons avant de recevoir Annie et Hervé a dîner. Agréable soirée, trop brève, comme tous les bons moments. Dimanche c’est repos total, enfin cartographie pour moi, lundi je paye mon inactivité par un bon mal de dos et mardi il est l’heure de repartir. Louis et Tom, en stage sur la ferme, m’accompagnent jusqu’au village, c’est super de marcher ensemble et facilite les au-revoir, bien que l’émotion s’impose sobrement. Annie habite sur mon trajet, elle m’a invité à déjeuner. Et quel déjeuner… Huîtres, magret de canard… Un festin oui ! Mais je dois profiter du soleil et reprendre la route. Louis et Annie m’ont donné une adresse pour bivouaquer, Annie appelle et je suis attendu dans la cour d’un magnifique château féodal.
Voie verte
Toujours sur la voie verte, le paysage change assez rapidement. Après Saint Guen, les parcelles agricoles se font plus grandes, les dénivelés moins intenses et donc la production agricole plus intense aussi. Pendant quelques kilomètres on marche entre départementale et voie express, même si on reste sur la voie verte, c’est pas génial. J’insalle le bivouac à Loudéac, nous sommes à la moitié du parcours qui nous conduira jusqu’à Saint-Méen-le-Grand, ville de Louison Bobet. Après Julian Alaphilippe à Saint-Amand-Montrond, Raymond Poulidor à Saint-Léonard-de-Noblat, bientôt Louison Bobet, on passera peut-être chez Bernard Hinault à Calorguen ! En attendant, je suis au bord de la voie verte près de chez Stéphanie, Olivier et leurs enfants Thomas, Louanne et Tony. Ils ont la gentillesse de m’offrir l’apéro, dîner et une bonne douche. Encore une soirée très agréable et réconfortante. En attendant de passer à table, le voisin du coin vient discuter avec moi. Deux autres personnes m’invitaient ce soir. Mais celui-ci me raconte l’histoire de sa région à tel point que je le prends pour un historien. Mais non, juste un vieux paysan qui aime sa région. Je suis toujours impressionné par ces gens qui connaissent aussi bien l’histoire, les dates des guerres, noms des rois, dates de leurs reignes… J’ai déjà du mal à me souvenir de ma date de naissance ! Mais il est l’heure d’aller dîner au chaud, ça va faire du bien. D’autant que comme il a fait très beau aujourd’hui (même les chaussettes ont séchées), il risque fort de geler cette nuit. Bon, ici la météo change vite, à 5 heures du matin le brouillard est tombé et nous a caché le soleil toute la journée du lendemain. Heureusement les enfants sont venus m’apporter le café, des clémentines et des pains au lait pour le petit-déjeuner, juste avant de partir pour l’école. Merci les enfants. Ha j’oubliais, Honoré avait été gâté de carottes hier soir. Le brouillard, disais-je, ne se lèvera pa. Je fais une brève halte au supermarché de Loudéac, Honoré avait attiré l’attention sur son harnachement… puis c’est reparti pour une nouvelle journée de marche.
Mais c’était sans compter sur une série de passerelles qu’Honoré ne voudra pas prendre. Pourtant sur la première, il avait mis les quatre pieds, il ne restait qu’un petit mètre à passer… non, demi-tour au galop, et le Stéphane par terre ! Pas content, puisque c’est comme ça, pas de pause herbe aujourd’hui. Je recompte mes vertèbres… ça ira, mais j’ai mal. Faut continuer, détour. Une seconde, puis une troisième passerelle… changement de cap, j’ai déjà plus de 4 km de détours pour rien. Il n’y a même pas d’eau en dessous, parfois même pas de route ! Âne à vendre ! Mer…de. Finalement j’arrive à La Prennesaye, un joli petit village avec un camping et un étang. J’en ai marre des étangs, c’est beau mais humide. Mais ça me fera mon bivouac. Après avoir demandé aux riverains, je m’installe et ne reverrais personne. J’ai acheté le journal aujourd’hui, les chaussures sont trop mouillées, il faut éponger de l’intérieur. Et dedans (oui je l’ai lu quand même), il y a les coordonnées de la correspondante locale. J’envoie mon dossier de presse, elle me rappelle quelques minutes plus tard. Le lendemain à 9 heures, Ouest-France, Le Courrier et le Télégramme sont venus me voir. Sympa l’échange d’infos entre correspondants, ça me rappelle la belle époque avec Dédé et Kiki (Le Berry et la Nouvelle République, quand je couvrais pour l’Écho du Berry).
Départ retardé du coup, mais moment agréable. Pourtant je ne ferai pas moins de kilomètres aujourd’hui. Mal au pieds, dos, genou… je trouve une chapelle, Sainte Brigitte et Saint Antoine se partagent le lieu. J’ai « la chance » d’être repéré par le voisin qui a la clé et me fait visiter. Je lui demande de l’eau pour Honoré et me laver. Il me donne un sceau d’eau de pluie. « Ho, ça va être frais pour la toilette » répondis-je au brave homme. « Non pensez-vous, c’est de l’eau de gouttière, elle est propre et pas trop fraîche » me repond le retraité. Bon ben je vais me contenter de ça… Au petit matin, alors que je prépare mon petit déjeuner, une dame âgée m’observe au loin. Je la regarde, lui dis bonjour, mais pas de réponse. Elle est resté plantée là comme une vache qui regarde passer le train, tout le temps de mon petit déjeuner. Bizarre les gens ici. Je plie ma tente humide et constate que de la fenêtre de la maison d’à côté, quelqu’un m’observe derrière la vitre. Il est décidément grand temps de partir !
Je vais chercher mon pain dans la petite ville voisine et m’apprête à marcher sur une ligne droite interminable dont une longue partie se trouve le long d’une quatre voies en construction. Bref, j’ai hâte d’en terminer avec cette voie verte. La fatigue se faisant ressentir, je quitte l’ancienne voie de chemin de fer pour m’approcher d’habitations à la recherche d’un bivouac. Je croise des dames qui me disent qu’au lieu dit suivant, j’ai des chances de trouver mon bonheur. Première maison : Bonjour madame, je fais le tour de la France avec mon âne et je cherche un endroit pour bivouaquer cette nuit, auriez-vous un bout de terrain ? Non ! Lance le mari arrivant derrière. Ha, pourtant j’avais bien vu le verger derrière mais bon… quel con celui-là ! Je poursuis, même question à la ferme suivante. Ha ben vous comprenez c’est pas grande chez nous. OK ! Ferme suivante, un vieux se balade torse nu avec le bras en écharpe et les cheveux en bataille au milieu de tas de ferraille (il doit faire 3 degrés dehors), un autre plus jeune ne semble pas en meilleur état. J’ai l’impression d’être dans un film… Délivrance, c’est ça, le nom du film. Plus loin, un autre type sale, la moustache affichant le menu de la semaine, comme le pull d’ailleurs. OK Honoré, on se sauve d’ici et vite. Dépité, le soleil commence à décliner, il faut trouver et rapidement. Je tente un ultime détour et fini par trouver une maison habitée. OK pour le terrain. J’ai même de l’eau chaude pour me laver et fraîche pour Honoré. Ouf. En tout cas merci Mélanie et sa famille pour l’accueil et les conseils d’itinéraires. En effet, Mélanie est une grande randonneuse et connaît bien le coin. Normalement de mon bivouac, je devrais voir la forêt de Brocéliande, mais le ciel n’est pas suffisamment dégagé. Demain matin je change de département, j’arrive en Ille-et-Vilaine et commencerai la journée par Saint-Méen-le-Grand (prononcer Saint-Main). Au passage, des dames m’interpellent, elles tiennent la permanence des Restos du cœur et m’offrent un quatre quart qui fera mon dessert et mon goûter. Pourtant je vais quand même à la grande surface, demain je vais faire du woofing, je ne veux pas arriver les mains vides. En sortant d’Intermarché, la gérante, vient offrir des carottes à Honoré et parlera de nous sur la page du magasin. Puis finalement demi-tour, Louis me propose un lieu de bivouac chez une amie, Anne-Claude, qui m’accueille chaleureusement, douche et invitation à dîner. Il me restera 14 km demain pour rejoindre sa ferme. Magnifique rencontre avec Anne-Claude, une artiste aux vies bien remplies et riches de savoirs. Je serais bien resté quelques jours discuter avec elle, mais je vais woofer. Merci pour cette belle rencontre.