Honoré n’est pas passé inaperçu en traversant Louviers. Déjà devant le Carrefour Market il avait créé un attroupement mais en plus c’était jour de marché et nous voulions passer à la poissonnerie des Halles faire un coucou à notre hôte de la veille. La traversée de la ville se déroule plutôt bien, il faut dire qu’Honoré a l’habitude et qu’il se comporte comme un grand. La sortie de la ville se fait par une belle côte, on avait perdu l’habitude. Ensuite c’est de la forêt plutôt calme et agréable. Nous croisons des chasseurs qui, dès qu’ils nous ont aperçu, ont rappelé les chiens et tenus pour nous laisser passer. Tous nous on dit bonjour et souhaité une bonne journée, je les ai remercié et à mon tour souhaité une bonne après-midi. Je ne veux pas ici démarrer un débat pour ou contre la chasse, mais juste souligner qu’ils ont été franchement agréables, contrairement à certains sportifs que j’ai croisé qui nous ont gentiment ignoré. Je ne suis pas un grand fan de chasse mais pour autant, je dois reconnaître que je n’ai rien à leur reprocher. Nous terminons la traversée de cette jolie forêt à la recherche d’un bivouac. À un carrefour une voiture m’interpelle me signalant la présence de chasseurs dans le bois suivant et donc un potentiel danger. Je le rassure en lui disant que je cherche plutôt un bivouac et ne compte pas rentrer dans le bois. « Alors suivez moi » s’exclame Ludo me proposant un terrain derrière chez lui où il met ses chevaux. Sa fille Garance vient nous rejoindre et m’apporte de l’eau potable, Honoré a un pré où il peut gambader. Plus tard, ce passionné d’animaux, pilote qui vole avec ses oies, m’apporte quelques fruits et le lendemain matin le petit déjeuner.
Le soleil est de retour, ça fait du bien. La journée s’annonce belle, et je suis plutôt content car aujourd’hui on traverse la Seine par le pont de Pont-de-l’Arche. Tout se passe bien, mis à part une trottinette électrique bruyante qui nous double sur le pont mais Honoré gère bien. Ouf ! C’est après que ça se gâte. Une colline à franchir avec une pente très sévère. Je montais à quatre pattes et, erreur de débutant, je n’avais pas, comme je le fais pourtant habituellement, attaché la longe au bât. Le sol glissant (c’est humide la Normandie) et pentu, je glisse mais arrive à me maintenir. Honoré prend peur et tire… Dégringolade façon toboggan, Honoré fait demi-tour, il m’attendra en bas. Bref je suis couvert de boue, mal partout, ça m’apprendra. Détour obligé par les bords de Seine, y’a pire, mais ça va faire des bornes 26 au total de la journée.
Et ce soir nous sommes attendus. Escortés même, puisque Élodie et Antoine viennent nous rejoindre avec leurs ânes. Quelle gentille attention ! Honoré est aussi tout content, mais vu qu’il est le plus âgé, il se la pète et passe devant. Bon pas grave c’est quand même super de marcher tous ensemble. Ce soir il a de la compagnie, moi aussi, une bonne douche chaude et une délicieuse tartiflette. Le bonheur total. Élodie est une jeune médecin généraliste, Antoine est maraîcher. L’accueil est extra et ça fait un bien fou après cette longue journée. Le jeune couple attend un heureux événement, je leur souhaite tout le bonheur possible.
Ce matin, c’est le vent qui anime le départ. Et les petites routes pour rejoindre les chemins sont situées sur les plateaux de Seine Maritime. Donc le vent est dominant et souffle à 60km/h, parfois plus car j’ai du mal à tenir debout. C’est fatiguant et les chemins, mieux abrités, ne sont finalement pas plus faciles à marcher car imbibés et donc boueux. La boue plus le vent, plus Honoré qui a peur des lanières du sac a dos qui claquent au vent, donc il tire… Bref, c’est très difficile de marcher droit. Obligé de compenser, le dos en prend un sérieux coup. Les jambes, les cuisses et les bras aussi. D’ailleurs je suis courbaturé de partout. Je décide donc de m’arrêter à Martainville-Épreville où je suis accueilli par le maire qui me fait faire une place sous abri pour monter la tente, me fait tirer une rallonge pour le téléphone, j’ai de l’eau et un U Market à côté pour les courses, le château Renaissance derrière… Et de l’herbe et de l’eau à volonté pour Honoré. Bivouac de luxe et repos cette après-midi. Le soir le château est illuminé, dommage que les photos ne soient pas à la hauteur de la vue.
Tôt le matin, la pluie prend la place du vent, je prends mon temps. Honoré est trempé, je le sèche autant que possible avec l’étrille et je vois qu’il baisse les fesses quand je frotte ses reins. Il a du se faire mal en se roulant ou en faisant le fou… je dois surveiller ça. On quitte les plateaux pour de petits dénivelés, ça fait du bien. Je dois aller à la Poste de Ry chercher un colis, mais il est 11h30 et elle ferme à 11 heures. Je demande donc un bivouac car elle ne rouvre qu’à 16h30, il sera alors trop tard. Le cantonnier me conduit au terrain de jeux, ça sera parfait. Étape courte d’à peine 5 km qui fera du bien aux organismes. Finalement le cantonnier revient vers moi avec le colis attendu. C’est vraiment sympa de sa part d’avoir fait le détour alors que l’agence postale est fermée. L’endroit est reposant malgré qu’il soit à côté de l’école, la tente est montée et tout le matériel rangé à l’intérieur. Soit, je reste ici ça nous fera une pause. Dans l’après-midi je vais faire un petit tour dans le bourg avec Honoré pour aller chercher de l’eau et des carottes et ce sera tout pour aujourd’hui. Demain matin j’ai rendez-vous avec la presse locale, ça faisait longtemps.
Avant le départ, je reçois Isabelle, journaliste au Bulletin. Comme souvent je serais probablement loin quand son article va être publié mais elle m’enverra le lien web. Ha j’allais oublier, Ry est la ville décrite par Flaubert dans son œuvre Madame Bovary. Un peu de culture au passage, ça fait du bien. La journée se déroule tranquillement, le paysage a changé radicalement, ici c’est joliment vallonné et même si le soleil ne se pointe pas, ça fait du bien de voir ces collines. Je commence à chercher un potentiel bivouac sur la carte et un vieux 4×4 arrive sur le chemin, c’est Christine et Bruno (non pas ceux qui m’ont hébergé la semaine dernière) qui me proposent de les rejoindre chez eux pour un café le temps de trouver une solution. Finalement c’est la voisine qui me propose un terrain clos. Parfait pour Honoré, et moi pendant ce temps je vais prendre ma douche chez Christine et Bruno.
Auteur : Stéphane
Eure
Je n’ai pas hâte de partir de chez Bruno, d’abord parce qu’on y est bien, on mange bien, Christine et Bruno sont adorables, Honoré est avec deux gentilles copines qui lui laissent l’abri et le foin. Mais aussi parce que ce matin il a gelé à -2,5° et que le thermomètre ne remonte pas. Bruno nous accompagne avec son chien adorable, Honoré est plutôt sage au départ puis recommence à tirer brutalement. Il tire si fort que la seconde fois, je tombe. La douleur est violente mais je dois me relever. Dans la journée je dois passer à Brionne, il y a un véto, j’irai le voir, ce n’est pas normal qu’il tire comme ça. Le brouillard givrant ne se lève pas, dommage, le paysage doit être joli par ici. Mais difficile de trouver un site pour déjeuner. Finalement, c’est dans la forêt que nous faisons la pause et que Bruno prend le chemin du retour. J’espère avoir l’occasion de le revoir un jour.
Nous, on va voir le véto. J’y suis agréablement accueilli et la docteur ausculte soigneusement Honoré, qui semble apprécier. Il a même droit à une séance d’ostéopathie. La visite est offerte par le cabinet, touché par notre démarche écologique. Il aura droit à son vermifuge et une carotte. On reprend la route, j’ai réussi à me réchauffer au cabinet et le brouillard épaissi, il faut trouver rapidement un bivouac. Des clients du véto me proposent d’aller chez eux, mais trop loin et dans la direction opposée. Je trouve sur les hauteurs de la ville dans le jardin d’une famille nombreuse. Je suis accueilli par Jessica, la maman et les enfants viennent nous voir : Gwendoline la plus grande, Maïlys, Lou et Nyno. Noan et le papa Grégory arrivent un peu plus tard. On respecte les gestes barrières, Jessica a contracté le COVID et Maïlys est positive. Au départ j’ai un bon café bien chaud et Honoré se voit donner des carottes par les enfants. C’est un jeu pour les enfants et Honoré adore ce jeu.
Il fait moins froid aujourd’hui mais les doigts sont toujours engourdis, autant aux mains qu’aux pieds. D’ailleurs les engelures sont revenus, ce qui complique la marche. Heureusement aujourd’hui Honoré est bien plus sage. Nous passerons la majeure partie de la journée sur la voie verte. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas marché sur ce genre de chemin calme. On a dû croiser deux joggers dans toute la journée, après être passé sous un viaduc sur lequel circule l’A28. Le viaduc était d’ailleurs très impressionnant par sa hauteur et sa longueur et en-dessous raisonnent les roues des camions passant sur les joints de dilatation. Concernant les déchets, comme sur toutes les voies vertes j’en trouve peu et se sont à 70 % des déchets accidentels. Heureusement car aujourd’hui je ne suis pas très motivé à les ramasser à cause des doigts trop engourdis pour utiliser la pince. Les douleurs causée par les engelures sont vite insupportables et donc je décide d’écourter la journée de marche et chercher un bivouac. Ce sera derrière la salle des fêtes de Villez-sur-le-Neubourg. Je suis accueilli par Chantal, ancienne employée communale qui me donne le numéro du maire. L’élu passe m’ouvrir la cuisine afin que j’ai accès à l’eau et il allume le chauffe-eau. Il me confie la clé qu’il récupère le lendemain matin avant de prendre une photo pour le bulletin municipal. Je rattrape la voie verte. Le temps est plus dégagé mais le vent est froid. Les engelures aux orteils sont insupportables. On doit aujourd’hui traverser Le Neubourg, j’espère y trouver de la terre de diatomée pour un traitement préventif contre les insectes. Mais personne ne connait ça par ici, même pas les magasins Bio. Je cherche aussi une mercerie pour changer la boucle de ceinture que j’ai cassé. Y’a pas ! Tant pi je commande sur Internet, de toutes façons ça sera moins cher chez Déco cuir. Après la ville, le désert de la voie verte. Tout droit, tout plat, venteux, froid. Et dire que certains pensent que je m’amuse . N’empêche que cumulé avec les engelures et les hernies discales réveillées par le comportement d’Honoré ces derniers jours, il y a de quoi douter. Mais non, je garde le moral et l’envie grâce à toutes les belles rencontres faites depuis mon départ. Je sais qu’il m’en reste encore beaucoup à faire, je ne vais pas céder maintenant !
Difficile de trouver un bivouac par ici, j’ai même vu des gens tondre leur gazon, oui, en janvier. Ça n’existe pas chez nous ça ! Bref direction la mairie qui m’envoie à côté du cimetière. Pas grave je ne peux pas aller plus loin. La pluie a eu la bonne idée d’attendre que je sois installé pour tomber. Qui dit pluie, dit tente mouillée au démontage. Ça faisait longtemps… Et le brouillard est épais ce matin, je marche avec la frontale que j’allume à chaque fois qu’une voiture approche. Heureusement on rattrape vite un joli chemin vallonné. Enfin joli j’imagine, parce qu’on n’y voit rien. Ha j’oubliais, le chemin est humide aussi, on est en Normandie quand même. En pleine forêt je dois bifurquer, le chemin que j’avais choisi est barré, privé. Détour par la route. Puis les vallons laissent à nouveau place à un grand plateau. Avec le brouillard, c’est triste. Les pieds et le dos sont douloureux, il faut s’arrêter. D’autant que le prochain village serait trop loin. Je cherche un bivouac mais il est tôt, tout le monde est au travail. Je vais à la mairie. Fermée. Je cherche sur internet le nom du maire, je viens de passer devant chez lui. J’y vais, sa femme ne veut pas de moi chez elle et quand je demande un terrain communal, elle me dit qu’elle ne sait pas. C’est ça, fout toi de moi ! Bon je m’en vais parce que je vais être désagréable. Heureusement que ce genre de personne est rare. Plus loin une voiture s’arrête dans la cour, Alan me propose son jardin. Je m’installe, me repose quelques instants, dîne et m’apprête à faire ma toilette quand Alan et sa compagne Andréa arrivent. Flûte, trop tard pour la pizza, mais une bonne bière je ne refuse pas. Ni la douche. Je vais vite me coucher, il ne fait pas trop froid et la pluie est annoncée. Et ici la pluie a la bonne idée de tomber la nuit. J’apprécie de marcher au sec. Un petit café et c’est le départ pour la ville de Louviers. Comme dit la comptine, je n’ai pas vu de cantonnier sur la route de Louvier, mais un âne bâté.
Lisieux
Comme prévu je fais une pause chez François et Emmanuelle chez qui je passe deux jours. Le premier jour, François doit suivre une formation et j’en profite pour me faire conduire à Lisieux. J’ai quelques courses à faire pour Honoré et moi et surtout je veux visiter la ville. Lisieux est une ville assez grande et plutôt industrielle, mais ce qui attire mon attention, c’est la basilique et la cathédrale. Je me dirige d’abord vers la basilique qui tout de suite m’impressionne par ses dimensions. Je me sens tout petit mais elle est pourtant très accessible. Je n’en loupe pas une miette et visite tout jusqu’à la crypte. Une grande émotion s’en dégage, une grande beauté mais paradoxalement une grande simplicité. Je me dirige ensuite vers la cathédrale que je ne peux pas visiter parce qu’il y a un enterrement. Tant pi, j’ai eu ma dose d’émotions pour la journée. Je remonte chez mes hôtes à pieds, pour une journée de pause, j’ai dépassé les 20 km de marche. Au moins Honoré s’est reposé et je lui ramène une nouvelle pierre à sel, il est tout content.
Le lendemain, je fais une vraie journée de pause. Enfin entretien du matériel, graissage des cuirs, des chaussures, soins préventifs à Honoré, équilibrage des pieds… Nettoyage des sacoches et rangement. Ça fait quand même du bien. Je reçois quelques messages et une invitation de Sophie, cousine de Jérôme (Christelle et Louise) chez qui j’avais bivouaqué il y a quelques jours. Pour cette reprise après pause, ce sera une étape plutôt courte et ce soir je n’aurai pas à monter la toile de tente et un repas chaud m’attend. Autre surprise, Honoré a un camarade congénère de pâture qui s’appelle Lulu ainsi que quelques moutons et poules. La famille arrive les uns après les autres, il faut dire qu’il y a du monde : Charlotte l’aînée, Thibault n’est pas venu car en pleine période d’examens, Juliette, Joseph et Gaston et le dernier à arriver est le papa, Guillaume. On les appelle la Tribu Leroux 😉. Charmants et accueillants, j’ai passé en leur compagnie une bien agréable soirée, et j’ai même goûté le cidre Normand.
Ce matin Honoré doit dire au revoir à son copain Lulu et nous devons reprendre la route pour quitter ce joli pays d’Auge, vallonné et verdoyant. Après la petite forêt, les collines laissent place à des plateaux céréaliers qui font penser à la Beauce. Nous sommes dans l’Eure. Ici les maisons sont regroupées en hameaux qu’on aperçoit de l’un à l’autre par leurs clochers. C’est amusant mais peu encourageant lorsque l’on marche, l’impression de ne pas avancer encombre l’esprit. Pourtant la journée à été productive, tant au niveau des kilomètres parcourus que des déchets ramassés. Il reste quelques maisons à colombages et chaumières, ce soir je bivouac dans le parc de l’une d’entre elles. Honoré est même libre dans un immense paddock où il peut gambader. Nous sommes toujours en Normandie, il y a des chevaux partout et Honoré semble s’y habituer, même parfois, jusqu’à aller chercher leur compagnie.
Ce matin Bruno vient me rejoindre au départ de ce bivouac, il nous accompagnera jusqu’à chez lui où nous passerons une nouvelle journée de repos. Et ça tombe bien parce qu’Honoré est particulièrement vilain aujourd’hui. Je dois identifier la cause de son problème car la journée a été un enfer pour moi. Il tire, fait demi-tour, ralenti, accélère, recule. Bref, j’ai les lombaires en compote, le genre de douleur qui peut compromettre la suite de notre tour de France. Y’a quelque chose qui ne va pas ! Est-ce que j’ai accéléré la cadence ? Est-ce que j’ai mal mis le bât ? En effet il tourne, mais il bouge tout le temps quand je lui met. Je n’ai pas vu de plaie, les réglages sont les mêmes, les valises sont équilibrées, les tapis propres, les cuirs graissés… Ou est-ce qu’il me teste encore comme après chaque pause ? Demain je refais une pause pour vérifier tout ça. En attendant je suis accueilli chez Christine et Bruno. Bruno m’avait contacté en décembre pour me proposer une pause chez eux. Il a deux anesses qui vont tenir compagnie à Honoré. Je fais une nouvelle pause et visite Bernay. Demain on reprendra la route tout doucement.
Plages Normandes
Il a gelé toute la nuit, ce matin je dois faire chauffer le café pour pouvoir ouvrir la fermeture éclair de la tente. Je dois aussi me dépêcher car ce matin nous avons rendez-vous avec Marie-Pierre et Marie-Annick, deux pèlerines que nous avions croisé le long du canal de Nantes à Brest et qui depuis, suivent nos aventures. Normandes, elles attendaient que nous arrivions près de chez elle pour marcher un bout de chemin avec nous. Elles nous rejoignent avec le pique-nique du midi. L’escapade nous emmène sur les zones de combats de la seconde guerre. Nous montons vers les anciennes batteries du Mont Canisy d’où j’espérais voir la mer une dernière fois avec Honoré, parce que la prochaine mer qu’on verra la mer, ce sera la Méditerranée. Et ce n’est même pas sûr qu’on s’en approche suffisamment pour mettre les pieds dans l’eau. Nous sommes tout près de Deauville et les maisons, que dis-je les manoirs et les châteaux, montrent que nous sommes dans un quartier chic. Difficile avec ce temps gris et froid de trouver l’endroit idéal pour picniquer, c’est dans la cour de la mairie, seul endroit où il y a de l’herbe et un banc, que nous nous posons pour déjeuner. Nos chemins se séparent là et je repars avec les restes des mets préparés avec grands soins, par mes compagnes de marche du jour. Ça m’a fait super plaisir que Marie-Pierre et Marie-Annick fassent le déplacement pour marcher avec notre duo. Chacun repart dans sa direction mais je pense que nous nous retrouverons bientôt.
Les chemins sont encore gadouilleux et parfois même tellement que des passerelles ont été ajoutées. Mais celles-là, Honoré ne veux pas les passer, il faut faire demi-tour. Plus loin il y a un cours d’eau que je pense pouvoir passer mais le niveau a dépassé la route, il faut encore faire demi-tour. Las, et la nuit approchant, il est temps de trouver un bivouac. Après quelques refus je rencontre Jérôme qui malgré sa petite cours me propose de m’installer. Plus tard sa compagne Christelle et sa fille Louise viennent nous souhaiter la bienvenue à leur tour. Je profite d’une bonne douche chaude pour me réchauffer de cette journée pendant laquelle les températures sont restées négatives. Je suis également invité au dîner où une bonne quiche me réchauffe de l’intérieur cette fois-ci. La petite famille est très accueillante, je répond avec plaisir aux questions habituelles ponctuées par l’expérience de mes hôtes en équitation. La comparaison entre les deux animaux est intéressante dans la compréhension de leurs caractères. J’ai passé une agréable soirée. Au matin la famille m’offre le café et le papotage reprend. Du coup je ne pars pas avant 10 heures. Pas grave, je n’ai pas de rendez-vous.
Notre petit convoi reprend la route sous un ciel incertain, nous traversons Beaumont-en-Auge et alors que je suis au téléphone, un type à vélo engage la conversation. Je lui fais signe que je suis en ligne mais non, il continu de parler en insistant pour que je lui réponde. Je l’ignore ! À ce moment là, une voiture s’arrête à ma hauteur et le conducteur me prend en photo. Je le regarde avec insistance il me dit : « je vous prends en photo ! » « Ben je vois ça », répondis-je a l’individu, « d’habitude on me demande l’autorisation et je ne la refuse pas, c’est une question de politesse ou de savoir vivre, mais vous ça ne semble pas vous toucher ». Le conducteur continue ses photos comme si je n’avais rien dit. Alors non, je n’ai pas été agréable, mais un bonjour aurait tout changé. C’est quoi ces habitudes à se servir sans demander ? D’ailleurs plus tard, quand je cherchais un bivouac, je me suis rendu compte que ce genre d’individu n’était pas très ouvert au dialogue et à l’accueil. J’ai essuyé quelques refus avant de trouver un bivouac, où j’ai été bien reçu par un vrai Normand qui m’a proposé l’accès à la douche chaude et son épouse m’a préparé un petit panier repas car ils sont les invités ce soir et ne peuvent m’inviter à leur table. Je ne préciserai pas les numéros des départements inscrits sur les plaques d’immatriculations des indélicats qui sont chez eux partout.
Comme souvent en Normandie, la météo n’a pas été fidèle à ce qu’elle avait annoncé, il a plu une partie de la nuit. Et ce matin le départ se fait sous le brouillard avec la frontale car j’emprunte de petites routes étroites. Heureusement il y a peu de circulation mais il vaut mieux assurer une bonne visibilité. Le brouillard ne se lèvera qu’en fin de matinée, juste à temps pour dévoiler un paysage magnifique, vallonné et verdoyant, typique du pays d’Auge que je traverse actuellement. Je me dirige vers Lisieux que j’aperçois déjà à la pause de midi. Le seul bémol à cette belle journée de marche sera l’état pitoyable des chemins traversés par le GR. En effet, déjà hier nous avons croisé de nombreux motocyclistes et quads qui empruntent ces chemins piétons sans scrupule. Il faut dire que c’est une région qui comporte de nombreuses sources qui inondent régulièrement ces petits chemins, mais quand des motos passent à toute vitesse sur le sol boueux, les roues labourent littéralement le passage. Il faut alors jouer les équilibristes pour arriver à tenir debout à pieds, d’autant plus que les dénivelés ici sont importants. Je poursuis l’avancée tranquillement à la recherche du bivouac du soir. Les maisons sont assez éparpillées sur le contournement de Lisieux, il semble que la plupart de leurs habitants sont au travail. Je fini tout de même par trouver un bout de terrain devant chez Jacques, un brave homme qui culpabilise à me laisser dormir dehors et qui m’amène des briques chaudes pour la nuit. Demain la journée devrait être plus courte car je suis attendu chez François chez qui je ferai une pause d’un jour ou deux.
La mer
Après une bonne nuit réparatrice dans le jardin l’ancien presbytère j’ai encore le nombre de kilomètres de routes passantes à parcourir. À midi je rencontre le correspondant local de l’hebdomadaire « liberté », puis je quitte enfin la route pour du chemin gadouilleux, où il est difficile de marcher droit sans se faire mal au dos. De plus, une partie de ce chemin, longe une route nationale. Et je me rends compte que je n’ai pas suffisamment consulter la carte et que les prochaines habitations sont à plus d’une heure de marche. Trop tard, donc je n’ai plus qu’à me concentrer sur les déchets. À ce propos sur les routes passantes que j’ai suivi depuis hier, je n’ai pas ramassé grand-chose à cause de la circulation. Mais depuis que j’ai rattrapé les chemins de terre, canettes et bouteilles plastiques remplissent rapidement le sac. Cependant, on trouve ici très peu de colonne de tri. Les particuliers ont tous leurs bacs jaunes mais il n’y a pas de benne collective, ni pour les déchets à trier, sauf le verre, ni pour les déchets domestiques. De plus ici les déchets sont incinérés, la chaleur dégagée est utilisée pour chauffer le village adjacent et une serre de production de tomates. Je cherche à visiter cette usine d’incinération… À suivre. Je prolonge donc la marche jusqu’à Bavent où le mal aux pieds et au dos me confirment qu’il faut s’arrêter ici. La mairie étant fermée, il va falloir trouver un bivouac soit chez des particuliers soit sur un terrain communal, mais avec l’accord des riverains. Je m’arrête à la boulangerie et demande à la jeune boulangère où trouver un terrain communal. Elle m’indique un étang tout près, j’en prends la direction quand j’entends appeler derrière moi. C’est le boulanger qui me propose de bivouaquer derrière son fournil, il y a un grand pré. Je fais demi-tour je suis accueilli par toute la famille : Antoine le boulanger, Sandra sa compagne et vendeuse, Louis et Emma les enfants ravis d’accueillir Honoré dans leur jardin. Je veux les remercier de leur accueil en achetant de leurs produits pour mon dîner de ce soir. Mais Sandra tient à me les offrir. Plus tard Antoine me propose même une bonne douche chaude que je ne refuse pas évidemment. Si vous avez l’occasion de passer à Bavent dans le Calvados, arrêtez-vous à la boulangerie, non seulement ils sont très gentil mais en plus leurs produits sont super bons.
Ce matin, le confort du duvet me pousse à retarder le lever. Mais quand même, il faut se remettre en route. Antoine m’offre un bon café et un pain au chocolat (ils ne font pas de chocolatine par ici). Louis me pose 1.000 questions pertinentes sur Honoré et notre voyage. C’est super intéressant. Et il faut se remettre en route. Prêt à partir, Sandra m’apporte deux sacs avec mon repas du midi, du soir et même demain matin. Wahou merci beaucoup de prendre soin de moi ainsi. Surtout que c’est super bon. Le soleil, comme moi, peine à se lever. Mais ce midi il s’impose et je décide de faire un détour par la plage. Honoré découvre le sable fin et gambade comme un gamin. Je rigole tout seul de le voir s’amuser dans le sable malgré le chargement. On dirait un chiot avec pouik. Du coup il se fait prier pour sortir de la plage. Mais le sable est trop mou pour marcher confortablement, on va longer la côte par la piste cyclable. Forcément on rencontre du monde, beaucoup d’arrêts et on avance doucement. Ça fait du bien. Nous sommes à Cabourg alors je me doit de faire avancer le schmilblick. Bon là je pense que j’ai perdu tous les moins de 40 ans 😆. Bref, on fait de la pédagogie.
Mais Cabourg est une ville plus grande que je ne le pensais, il faut trouver un bivouac et la mairie me propose le terrain des ateliers communaux. Il y a de l’herbe et de l’eau, parfait. Je suis bien accueilli, le personnel communal est sympa et étonné de notre convoi. Les questions habituelles reviennent et c’est agréable d’y répondre. Je traine un peu pour repartir, il a bien gelé cette nuit et la tente est bien prise. Mais je veux profiter du beau temps. On reprend la marche tranquillement et longeons la digue et les bateaux. La lumière est belle sur les façades à colombages Normandes. Pique-nique sur les hauteurs de Houlgate d’où la vue est magnifique. Au loin de nombreux bateaux confirment qu’on n’est pas loin du port du Havre. En arrivant sur Villers-sur-Mer, on aperçoit les grues des dockers. Je rencontre Marine qui me propose d’aller bivouaquer chez sa sœur, je doit l’attendre une heure. Soit, petit tour sur la plage ou Honoré est la star du jour. Puis retour à notre rendez-vous. Changement de plan, la sœur ne peut pas nous recevoir mais la cousine en face oui. Mais elle est absente. Pas grave il est l’heure de monter le bivouac. Honoré a passé un gué et même une bâche… Bon le lendemain sera une autre histoire.